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Publié par Guy Millière le 18 février 2007

 

Par Guy Millière, Metula News Agency, 14 février 2007, www.menapress.com

Dans le numéro de janvier de la revue Commentary figure un bel article de Christian Delacampagne sur l’affaire Redeker et sa signification. L’auteur y décrit le climat douteux et délétère qui règne en France. Pour l’essentiel, écrit-il, «la classe politique se tient à l’écart de tout ce qui touche à l’islam» : au moins cinq millions de musulmans résident en France et nombre d’entre eux ont le droit de vote. «Les médias sont complices», poursuit-il, de l’attitude de la classe politique. Lorsqu’on considère le domaine universitaire et intellectuel, ajoute-t-il encore, «l’histoire est plus compliquée : aujourd’hui, en France, aborder certains sujets relève du tabou, peut vous valoir l’exclusion et l’inscription sur une «liste noire» pour peu que vous ne teniez pas le «bon» discours politique. Et celui-ci implique, bien sûr, de «dénoncer la politique américaine au Proche-Orient comme un exercice de «cruauté barbare».

Les origines de tout cela, poursuit Delacampagne, tiennent aux relations entre la France et le monde arabe depuis des décennies, à la volonté de la France d’être une «puissance arabe», aux épisodes coloniaux, aux rapports du gaullisme au mouvement des «non alignés». Aujourd’hui, précise-t-il, «la gauche, en raison de sa haine irraisonnée d’Israël, est devenue bien plus antisémite que l’extrême droite, malgré la longue histoire de l’animosité de celle-ci envers les Juifs». Les origines tiennent aussi à l’orientalisme français, de Louis Massignon qui, au temps de l’affaire Dreyfus, circulait dans des «cercles ouvertement antisémites, à Gilles Kepel, Olivier Roy et François Burgat aujourd’hui qui, chacun à sa manière», explique Delacampagne, «se sont lourdement trompés dans certaines de leurs analyses». «Une république fondée sur les idées de liberté et d’égalité», conclut-il, «ne peut s’accommoder d’idées aussi nocives».

Cette description, et la conclusion à laquelle il parvient, correspondent bel et bien à la réalité.

J’irai un peu plus loin : en France, la république est très malade. Delacampagne précise qu’il a vu les portes de l’Université française se fermer devant lui, et il décrit les déconvenues de Robert Redeker. Pourtant, Redeker n’est pas seul dans son cas. J’ai défendu, voici quelques années, l’écrivain et géopolitologue Alexandre Del Valle, bien que je ne partage pas toutes ses idées et analyses : simplement pour une question de principe. Parce qu’il n’est pas admissible que quelqu’un qui accomplit un travail intellectuel dans une société censée être une société de liberté puisse être harcelé, persécuté, menacé de mort et traîné dans la boue.

J’ai défendu Rachid Kaci pour les mêmes raisons.

Mon attitude était motivée par des principes éthiques, mais également par mon parcours personnel et, une fois n’est pas coutume, je vais parler de moi dans ces colonnes. Pour exprimer d’abord que je ne me plains pas. Je ne regrette rien. Je pense simplement que mon parcours est significatif de la façon dont la société française, en raison de lâchetés et de pathologies diverses, peut broyer un être humain. Simplement parce qu’il ne pratique pas la pensée correcte et parce que ses idées, considérées comme dignes et nobles partout ailleurs dans le monde civilisé, n’ont pas, en France, droit de cité.

J’ai commencé à enseigner à l’université en 1971 ; à l’époque, mes activités touchaient aux domaines du théâtre, du cinéma et de la chanson. Je n’avais pas encore réfléchi en profondeur aux problèmes du monde.

Certaines circonstances m’ont conduit à entrer en relation étroite avec une famille juive. J’y ai été confronté aux horreurs de la Shoah vues par des survivants. J’ai découvert la réalité d’Israël dans sa diversité, sa richesse, sa fécondité. Je me suis aussi rendu de «l’autre côté» : en Syrie, au Liban, dans les camps de l’OLP qui venait d’être chassée de Jordanie. Là-bas, j’ai vu la propagande palestinienne et la façon dont on apprenait aux enfants à égorger. A Damas et un peu plus tard à Bagdad, j’ai constaté la culture vivace du négationnisme, de l’antisémitisme, les complaisances et les complicités avec le nazisme. J’ai remarqué, à mon retour en France, que ceux à qui je m’adressais pour témoigner adoptaient une attitude d’hostilité dogmatique, voire haineuse. Peu à peu, j’ai commencé à comprendre l’aveuglement idéologique qui les guidait et comment le racisme et le totalitarisme pouvaient s’emparer d’esprits qui se pensaient éclairés et qui, au nom d’une idée frelatée de la «justice», pouvaient nier les faits, les documents et la réalité historique. C’est à cette époque que j’ai lu Orwell, Huxley, Arthur Koestler.

Quelques années plus tard, d’autres circonstances m’ont amené à rencontrer et à nouer des contacts proches avec des Vietnamiens. Je n’ai pu me rendre au Vietnam car c’était la guerre et peu après la débâcle, le système concentrationnaire, et la tragédie des boat people. J’ai connu de près des rescapés, des gens qui avaient survécu à un véritable enfer et qui sont arrivés en Occident dépouillés de tout, témoins d’atrocités, maigres et tremblants. J’ai entendu Alexandre Soljenitsyne parler de la tragédie que serait une victoire communiste. De beaux esprits le considéraient avec horreur et dégoût, et lui répondaient qu’il s’agissait d’une «libération». Quant à moi, je doutais de cette «libération» déjà bien avant que le doute ne soit rendu légitime par la repentance de Jean-Paul Sartre. J’ai tenté de parler aux amis qui me restaient de ce qui arrivait aux peuples vietnamien, laotien et cambodgien, mais l’hostilité dogmatique à mon égard a redoublé.

A lire : ma rencontre avec Guy Millière à Paris en novembre 2006

Je ne savais pas encore qu’il pouvait y avoir pire, dans une société qui se dit civilisée, que de perdre tous ses amis. Après la publication d’un livre où je m’interrogeais sur la France de l’époque, j’ai été assigné à un procès en sorcellerie. Il a été question de m’exclure de l’Université, de me faire condamner pour manquement aux règles professionnelles et pour «propagande fasciste» au sein de l’institution. J’ai été menacé, par téléphone, mais aussi physiquement, jusqu’à mon domicile. Des dossiers emplis de faux témoignages ont été montés contre moi. On a fait courir des rumeurs nauséabondes sur mon compte, et ceux que je tentais de prendre à témoin n’avaient rien vu ni entendu. Les seules personnes qui ne m’ont pas traité comme un pestiféré étaient des libéraux, au temps où ce terme n’était pas encore devenu, en France, un mot obscène.

Au cours de mes voyages, j’ai commencé à m’attacher aux Etats-Unis. Malgré tout, j’étais blessé. Au plus profond de moi. Je parlais de droits de l’homme, de liberté de parole, de liberté individuelle, et on me traitait de «fasciste». Je me situais sur le terrain de la connaissance et on me traitait de «propagandiste». On menaçait de me tuer physiquement et intellectuellement.

Insidieusement, j’ai glissé vers une dépression que j’ai laissé s’aggraver parce que je la niais. Dans l’incapacité d’écrire et de me défendre, presque de penser, je n’ai pu honorer divers contrats et j’ai quasiment tout perdu, bien que j’aie continué à enseigner, je ne sais comment, à vrai dire. Je ne me suis pas adressé à la police ou à la justice, ce qui, j’en conviens maintenant, a peut-être été un tort.

A lire : Un article de Guy Millière sur le futur de l’Europe

Après presque une décennie de descente aux enfers, grâce à des amis à San Francisco ainsi qu’à deux psychiatres, je me suis reconstruit. J’ai pris en charge une revue et ai traduit plusieurs livres. Puis j’ai retrouvé la capacité d’écrire, de donner des conférences. Ma vie personnelle était en lambeaux, mais j’ai reconstruit une famille.

Quelques années plus tard, refaisant surface, je découvre que rien n’a changé dans ce pays, strictement rien. Ceux qui crachaient sur Israël et sur les Juifs «sionistes» continuent à le faire, et je ne suis toujours pas du «bon côté». Je vois toujours en Israël une démocratie confrontée à des haines totalitaires et fanatiques : faut-il être incorrigible ! Ceux qui vomissaient les Etats-Unis continuent à le faire, et moi qui connais les Etats-Unis et leurs valeurs fondamentales, je persiste à voir en l’Amérique un pays le plus souvent exemplaire en matière de liberté. Je pense, par ailleurs, que Reagan a été un grand président, et j’ai même eu l’«indélicatesse» de le rencontrer et detraduire ses écrits.

J’ai poussé le «mauvais goût» jusqu’à trouver des qualités à George Walker Bush et à penser que défendre les droits de l’homme, la liberté et la démocratie face au totalitarisme islamique était une bonne chose. Comme si cela ne suffisait pas à mon malheur, j’ai adopté les thèses de Daniel Pipes sur la «bataille pour le coeur de l’islam ». J’aurais mieux fait, pour mes affaires, de devenir un peu antisémite, «pro-palestinien» et anti-américain… Le fait est que je subis, de nouveau, l’exclusion et le désagrément d’être sur une liste noire. D’être traîné dans la boue. Le MRAP m’a dénoncé comme «raciste» au prétexte que l’islam radical serait une race – on est inventif en France ! -, de jeunes journalistes sans éthique ni scrupules m’ont assimilé au Front National, avec lequel, est-il besoin de le souligner, je n’ai pas la moindre parcelle d’affinités. Parce que je me suis indigné de ce genre d’amalgame, ils me traînent à nouveau en justice. Je suis censé les avoir diffamé, alors qu’eux, bien sûr?

J’ai publié un best seller, mais l’éditeur, pour des raisons impénétrables, n’a pas voulu prendre le risque de diffuser un autre de mes livres. Deux de mes ouvrages sont parus chez un autre éditeur, et ils se sont bien vendus, mais ce dernier ne me répond plus au téléphone. La dernière fois que je l’ai vu, il m’a avoué qu’on lui avait murmuré dans les salons parisiens que j’étais «le diable». J’ai publié encore deux livres dans une petite maison qui a, depuis, déposé son bilan. J’ai achevé plusieurs ouvrages, mais aucun grand éditeur n’en veut. Je fais courir, semble-t-il, aux grands éditeurs un risque bien plus grave que celui de publier des livres indigents et qui ne se vendent pas : celui de publier des livres incorrects qui se vendraient sans doute !

Brutalement, et suite à la circulation d’un dossier expliquant que je suis un «sioniste islamophobe», j’ai, en un an, perdu tous les contrats que j’avais pour des conférences.

A une ou deux très honorables exceptions près, plus aucune radio ou télévision française ne m’invite, aucun journal ne me publie, sauf en Israël et aux Etats-Unis. Je pourrais utiliser un pseudonyme, me déguiser pour dissimuler le personnage incorrect que je suis, édulcorer le contenu de mes écrits. Je n’en ai pas envie.

Les sociétés totalitaires, comme l’Union Soviétique il y a vingt ans, pratiquaient ouvertement la censure et la déportation. Ceux qui les subissaient étaient publiés à l’extérieur et appelés dissidents. Je me sens aujourd’hui dans la peau d’un dissident, dans un pays qui n’est pas défini comme totalitaire, mais dont le fonctionnement relève pourtant d’un totalitarisme sournois qui tait son nom. Je peux parfois publier de façon marginale, mais je ne peux pas parler. On me traite presque comme si j’étais mort ou comme si je ne devais pas exister. Je mets ma plume au service d’idées pour lesquelles des hommes se sont battus pendant des siècles. Je défends ceux qu’on broie, qu’on opprime, qu’on exclut, mais sans doute pas de la «bonne» façon.

J’ai traduit des textes de Daniel Pipes et de Norman Podhoretz, mais ces textes eux-mêmes n’intéressent guère, semble-il, les grands éditeurs français, parce qu’écrits par des Juifs, américains, qui pensent autrement qu’en France.

Christian Delacampagne a sans doute eu, finalement, beaucoup de chance d’être maintenu à l’écart de l’Université française: il a évité ce que je subis. Quant à Robert Redeker, je pense que c’est une chance relative d’avoir vu ses problèmes médiatisés.

Des gens comme moi ont pénétré l’université, certes. Ils ont été édités, mais ils ont subi et subissent toujours une oppression tentaculaire et multiforme.

De fait, j’ai été victime, sans jamais porter plainte, de deux tentatives de meurtre. Ceux qui ont tenté de m’assassiner intellectuellement et moralement, voici une vingtaine d’années, ont bien failli réussir. Ceux qui tentent la même chose aujourd’hui ne réussiront pas. Ce sont les mêmes. Il m’arrive de craindre qu’ils conservent leur position jusqu’à ce que la France meure. De «l’antisionisme» anti-américain des années 1970 à celui d’aujourd’hui, des persécutions d’il y a vingt ans à l’asphyxie consensuelle de maintenant, la France, plus que malade, ressemble à une mauvaise fiction.

Je continuerai à me battre, bien sûr. Je ne baisse pas les bras. Mais le poids à porter est lourd, très lourd, et j’ai beaucoup d’indulgence pour ceux qui ont renoncé. Si je devais mourir, je sais que je disparaîtrai sans laisser de traces, comme si je n’avais jamais existé. Au temps de l’Union Soviétique, on effaçait des personnages sur les photos. Je ne me plains pas. Je ne regrette rien. Et si je devais refaire ce que j’ai fait, je le referais. Je voulais seulement exprimer tout cela. Au moins une fois. Voilà, c’est fait.

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« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage »

Périclès

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