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Publié par Dreuz Info le 23 mars 2007

  Etre une critique de cinéma est un métier difficile aujourd’hui. Pas seulement parce que vous naissez avec des oeillères et que vous avez tendance à saluer les mêmes films, les mêmes messages et la même idéologie, viellotte, poisseuse et fatiguée de la gauche caviar.

Non. Surtout parce que vous pouvez être tiraillée entre votre amour du cinéma et votre carcan idéologique. Lorsque Team America est sorti en 2004, la grande majorité de nos chers journaleux ont salué ce film écrit et réalisé par les créateurs de South Park, bien que ces derniers massacrent la gauche et lancent un tonitruant America Fuck Yea au reste du monde. Durant le film, une chanson interroge le spectateur : Seriez-vous prêt à vous battre pour la liberté / La liberté n’est pas gratuite / Il faut la défendre / Ou nos enfants en paieront le prix /  Seriez-vous prêt à vous lever pour la liberté / Ou fuirez-vous comme des femmelettes ?

Les références idéologiques sont plutôt claires, non ? Pas pour nos critiques, qui ont feint de ne pas les comprendre. Maintenir le lecteur dans l’état pré-foetal de la pensée gauchiste est un devoir qui exige toutes les dérives, même les plus grotesques. Après tout, nos chers médias voient troubles à l’air libre, pourquoi seraient-ils lucides dans les salles obscures ?

Une nouvelle débâcle générale pointe son nez à l’horizon, alors que les grands esprits européens commentent la dernière perle de Hollywood. Sous le titre de « 300 », celle-ci raconte l’histoire des Spartiates qui sont morts dans les Thermopyles pour arrêter l’armée du roi Perse Xerxès en 480 av. J-C. Le décor historique a peu d’importance, puisque le récit se présente sous les traits jouissifs de la science-fiction. Le « roman graphique » dont le film est inspiré a été écrit en 1998 par Frank Miller, puis réadapté pour le cinéma. Je n’ai pas lu l’original, mais on dit le film très fidèle.

Que dire de « 300 » ? Visuellement époustouflant, c’est certainement le film le plus original et le plus osé qu’Hollywood ait produit depuis des lustres. Pas de politiquement correct, pas de demi-mesure. Deux heures de spectacle oscillant entre la bande-dessinée et le film de guerre. Rhinocéros de combat, éléphants, phalange bombardée de boules de feu, ralentis christiques… Stupéfiant.

Voilà. Pour nos critiques, le film s’arrête là. Magnifiques effets spéciaux, jolie musique, exploits graphiques… A les croire, « 300 » ne serait qu’un grand jeu vidéo que vous ne contrôlez pas. Vraiment ?

Leur laxisme n’est pas innocent. Sous ses acclamations wagnériennes, « 300 » roule 100% à la  testostérone. Pour nos chers journalistes émasculés, ce défaut est rédhibitoire. A moins de se risquer à une greffe, ils ne peuvent apporter leur caution à cette fresque qui évoque étrangement l’héroïsme d’hommes libres, debouts, face à une horde d’envahisseurs en turbans qui leur promettent l’esclavage, la destruction totale de leur culture et intiment l’ordre à leurs femmes de se taire. Cela ne vous rappelle rien ?

Le roi spartiate Léonidas, conscient du danger, s’en réfère à la loi commune de Sparte. Aussi demande-t-il l’avis du conseil de sécurité de la ville, sans lequel il n’a pas le droit d’aller en guerre. Les sages, pourris par la lèpre, corrompus par l’ennemi, souillent l’oracle (incarnation de la Justice et de la Vérité ?) de leurs doigts mités et refusent d’autoriser l’armée à partir en campagne. De retour chez lui, Léonidas demande à sa femme : « que doit faire un roi pour sauver son peuple si les lois qu’il a juré de protéger l’interdisent d’agir ? ». Et sa femme de répondre : « demande toi ce que doit faire un homme libre. » Ainsi Léonidas passe outre la loi et part combattre l’ennemi. Vous commencez à comprendre ?

Si vous êtes de la rubrique culture au Figaro ou à Ciné Live, pas le moins du monde. « Un film un peu creux » ai-je pu lire. Mais continuons. Léonidas, à la tête de 300 guerriers, reçoit des renforts de villageois alentours, qui s’étonnent que les Spartiates partent en guerre sans l’aval du conseil. A terme, ces « renforts » fuiront la bataille au moment critique. Toute référence à une situation connue est purement fortuite bien entendu…

Le roi Xerxès, qui se présente lui-même comme un dieu, trône sur un char décoré de deux veaux d’or écrasant de son poids des centaines d’esclaves. Circulez, il n’y a rien à en déduire. Le Perse lui-même est un androgyne, à l’opposé des hommes aux pectoraux bombés et aux femmes aux hanches délicieuses de Sparte. Plus tard, alors que les premières vagues ennemies s’élancent, les Spartiates forment la phalange pour repousser les milliers de Perses aux foulards. Non, non, non, n’y voyez aucune référence idéologique, les Perses n’étant, c’est notoire, pas issus du Moyen Orient.

Un monstre bossu, laid et déformé, demande au roi de se joindre aux solides soldats grecs. Léonidas refuse. Dépité, Quasimodo passe à l’ennemi. Xerxès, satisfait, l’invite dans sa tente où règne la luxure et lui dit : « Léonidas t’a demandé de te relever, je te demande de te soummettre. » Le monstre s’agenouille en remerciant son nouveau dieu des privilèges qu’il lui accorde en retour, et promet de trahir les Spartiates. Que voir dans cette séquence ? Allez, je vous aide… Décadence, relativisme, lâcheté ? Dhimmitude ? Europe ? France ?

Restée à l’arrière, la reine de Sparte doit lutter contre les manoeuvres politiques bien décidées à sacrifier son mari. Son principal adversaire, qui se dit « réaliste » et se moque « des idéalistes qui croient en la liberté », finit par être démasqué comme étant un traître à sa patrie. Pour le déstabiliser, la reine s’exclame : « la liberté n’est pas gratuite, elle se paie avec le sang. » Freedom isn’t free, anyone ?

Au final, le sacrifice des braves Spartiates des Thermopyles n’a pas été vain. Les peuples de Grèce, ligués contre les armées perses, livrent la bataille ultime. Dans l’histoire réelle, si les Grecs avaient été vaincus, leur culture, fondement de la civilisation occidentale, aurait été détruite. En se sacrifiant, les hommes libres des Thermopyles ont sauvé l’Occident de la barbarie.

En Iran, les mollahs se sont étouffés devant cette pièce guerrière aussi éloquente qu’un B-2 vombrissant au-dessus de Téhéran. Aux Etats-Unis, le film fait un triomphe. Reste l’Europe, où les critiques saluent l’exploit artistique et enterrent l’idéologie de résistance intrinsèque. Que nos chers médias se rassurent : Frank Miller, le bédéiste à l’origine du projet, prépare actuellement un comix intitulé « Batman contre Al-Quaeda », afin que les Américains « se souviennent contre qui nous nous battons. » Parions que cette fois-ci, nos critiques de cinéma ne pourront pas nier l’évidence. 

« 300 », c’est l’Amérique qui est en guerre. Elle le hurle. Et derrière elle, c’est tout l’Occident qui gronde.

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