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Publié par Dreuz Info le 10 juin 2007

L’écrivain américain Bruce Bawer, auteur d’un extraordinaire ouvrage sur la dérive islamique de l’Europe, a fait écho à Jean-François Revel au sujet de l’opinion publique européenne. L’académicien avait en effet observé que les Européens en général et les Français en particulier n’avaient pas d’opinion personnelle, ou plutôt qu’ils la réservaient au domaine exclusivement privé, au contraire des Américain. Reprenant le jugement de Revel, Bawer écrit que les Européens ne sont pas habitués à penser librement. Héritiers d’un système monarchique, ils acceptent sans coup férir les diverses atteintes à la démocratie que les médias, la politique ou la culture pourraient leur infliger.

Les médias européens, à l’exception du Daily Telegraph britannique, n’ont pas pour mission d’informer. Ils n’ont pas, non plus, pour objectif de faire réfléchir leurs lecteurs, de leur inculquer un esprit critique, de brasser des idées originales et pertinentes. Non, Bawer l’écrit, le but ultime est de rappeler au lecteur la matière à penser officielle, sorte de dogme que l’on peut décliner en plusieurs teintes, mais qui reste au fond inflexible. 

En France, on appelle cela le « politiquement correct » – PC. Un  terme connu. La plupart de ceux qui le fustigent sont les premiers à l’alimenter. A gauche, on trouve l’appellation tendance, cool, originale, en écho aux appels à la révolution contre l’ordre établi des soixante-huitards. A droite, on sait que l’électorat révulse le terme, mais il s’est installé dans les consciences comme la ligne rouge à ne pas franchir. Vous pouvez être de droite, c’est (encore) permis, mais mieux vaut arroser votre discours de considérations PC, cela améliorera votre image auprès des médias de gauche, qui sont un relais obligé entre le politicien et l’électeur. Même un lecteur UMP vous le dira : un peu de PC ne fait de mal à personne, et atténue votre image « d’homme de droite », que le PC a habilement habillé des couleurs mussoliniennes dans la mentalité populaire.   

On pense en Europe, certes. Mais une réflexion brimée par des codes ne saurait être réflexion, surtout quand les frontières d’auto-censure empêchent l’observateur de dépeindre la réalité vraie – i.e. le monde dans lequel nous vivons. 

Dès lors, un Européen qui lit les débats explosifs ayant cours en Amérique reste sans voix devant l’inanité des débats qui ont lieu dans son pays. Mieux, en France, un sondage vient régulièrement mettre la touche finale au travail de propagande : 

Question standard (sondage du Monde, Libé, le Figaro, le Parisien…)

– Coyez-vous au réchauffement climatique dû à l’homme ? 

– Trouvez-vous que le gouvernement fait assez dans la lutte contre le chômage ? Etes-vous pour ou contre l’ultra-libéralisme ? 

– Quelle doit être la priorité du nouveau gouvernement : le social, l’écologie, la lutte contre le chômage ou la suppression des inégalités ?

– Quelle est votre grand sujet d’inquiétude : l’écologie, la lutte contre le chômage, la suppression des inégalités ou le social ?

– Dans quel domaine la France est-elle championne : la lutte contre le chômage, la suppression des inégalités, le social ou l’écologie ?

Social-écologie-chômage-inégalités-ultralibéralisme-écologie-chômage-social-inégalités-ultralibéralisme-chômage… (PS peut se lire aussi dans l’autre sens)

Y’a-t-il eu débat ? Le lecteur lambda peut-il avoir un avis original s’il n’a jamais lu des disputes sur le sujet ?Comment cela se fait-il qu’un Français moyen, par définition intelligent, libre et curieux, ait pris l’habitude de répondre ou de lire tout naturellement des sondages qui sont l’ultime preuve qu’on le prend vraiment pour un âne ? Sait-il encore que la question de l’islam est un sujet phare, qui devrait logiquement trôner en tête des organes dits d’information, et qu’à ce titre il devrait connaître les tenants et les aboutissants du problème ? Ou lit-il les sondages en pensant, résigné, que si ses compatriotes ne veulent pas réfléchir, pourquoi le ferait-il ?

Il est très inquiétant que vous puissiez déjà deviner les réponses à certaines questions de société dans les sondages de vos quotidiens. Que vous puissiez même en deviner les proportions, tant la pensée circule dans un seul sens. 

Peut-être est-ce là le coeur du problème. Bien des gens savent que c’est dramatique, mais la routine a pris le pas sur la raison. Ils ne s’indignent même plus que l’un de leurs pères fondateurs ait dit d’eux : 

«Les Français sont des veaux. Ils sont bons pour le massacre. Ils n’ont que ce qu’ils méritent. » 

Est-ce vraiment l’image que les Français veulent donner ?

Sous-titre de l’image :
La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds
.

Bertolt Brecht

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