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Publié par Dreuz Info le 5 juillet 2007

La guerre des universités n’aura pas lieu

Jean-Louis Caccomo, le 3 juillet 2007
 
 
Ou le syndrome de la droite décomplexée

« Avant je faisais pipi au lit et j’avais honte. Je suis allé voir un psychiatre, je suis guéri. Mantenant, je fais toujours pipi au lit et j’en suis fier ! ».

 
Voilà comment Coluche décrivait un homme décomplexé. Grâce à Coluche, je viens de comprendre avec effroi ce qu’est la droite décomplexée en France. Avant, la droite faisait une politique de gauche, mais elle en avait honte. Aujourd’hui, la droite fait une politique de gauche, et elle en est fière.  Tel est donc le sens du changement. Certes, ce n’est sans doute pas en ce sens que je l’espérais à l’instar des millions de Français qui ont élu le nouveau Président de la république en se remettant à croire à la politique et en l’homme qui incarnait le retour de la politique. Mais j’ai décidé d’espérer ; et j’espère sincèrement aujourd’hui me tromper.

 
Cependant, le dossier universitaire est lourd de symboles significatifs pour le moins inquiétants. Avant de mettre en ¦uvre le projet de réforme des universités, le Président a consulté des « partenaires sociaux » trop heureux de vider de sa substance le projet initialement défendu par la ministre de l’enseignement supérieur. Ce zèle dans l’ouverture et la consultation pourrait être à l’honneur de l’équipe en place si cela ne cautionnait pas une dérive inquiétante de nos institutions qui a rendu notre pays autant ingouvernable qu’irréformable.
Et c’est un aveu de faiblesse  quand on sait que des personnalités socialistes sont promues auprès du premier ministre  en tant que conseillers sur la question des universités,  pour le plus grand bonheur de Jack Lang à qui l’on doit pourtant le bilan actuel sans appel [1].
Les « partenaires sociaux » imposent un « dialogue social » qui nous conduit dans l’impasse  puisque les termes même de ce dialogue  (la préservation des acquis) ont pour fonction de rendre toute véritable alternance impossible.
Les projets de réforme du gouvernement doivent être présentés et discutés au parlement (c’est ce que demande la gauche quand elle est majoritaire).  Tel est le fonctionnement normal de nos institutions à moins que nous n’ayons insidieusement changé de régime politique.

Les universités ont besoin d’être mises en concurrence dans le cadre d’une autonomie réelle fondée sur des conseils d’administration dans lesquels siègent ceux qui sont les plus impliqués dans le financement de l’université. Dans le monde entier, les universités ont une autonomie de gestion  qui leur permet d’aller chercher les moyens là où ils se trouvent. On ne peut pas prendre de décisions responsables avec l’argent des autres.
De plus, notre système universitaire produit un véritable gâchis humain dans la mesure où il neutralise la rationalité des choix individuels, car ni les étudiants ni les professeurs n’assument aucune conséquence de leurs choix personnels d’orientation : les étudiants choisissent des filières sans tenir compte des débouchés tandis que les professeurs montent des formations qui ne trouvent pas d’étudiants.

Comme dans le secteur de la santé, les choix des uns et des autres sont privés mais les charges sont collectivisées,  étant payées par le budget de l’Etat.
Le parallèle avec le secteur de la santé est d’ailleurs tout à fait instructif puisque, dans ce secteur non plus,  l’offre de soins n’est pas adaptée  (en qualité comme en quantité)  à la demande de soins,  étant donné que le mécanisme du marché, fondé sur la vérité et la flexibilité des prix,  et qui a précisément pour rôle d’ajuster constamment l’offre à la demande,  est écarté au nom d’une régulation administrative qui se prétend  plus juste et plus efficace.
Le patient veut pouvoir consulter son médecin comme il le désire, consommer les médicaments qu’il veut  et demande à la collectivité de payer.
L’étudiant n’agit pas autrement : il veut pouvoir choisir sa filière, accumuler autant de diplômes qu’il le souhaite (en autant d’années qu’il le souhaite) et ce serait à la collectivité de payer la facture. Le résultat est qu’une grande partie des étudiants ont tendance à s’engouffrer dans des formations qui n’offrent aucune perspective de débouchés tandis que les formations scientifiques et techniques, offrant des qualifications pointues demandées sur le marché du travail, sont désertées par les étudiants français. C’est une folie, que l’Etat français n’a même plus les moyens de payer.

Mais, au-delà du souci purement comptable d’équilibrer les comptes, c’est une règle morale qui devrait inspirer dans toute réforme. Que l’on fasse les études de son choix, sans considération de l’utilité sociale en termes de débouchés, du moment que l’on engage son propre argent (c’est-à-dire son temps), c’est le droit de tout individu libre et responsable. Mais à partir du moment où l’on demande à autrui – à la « collectivité nationale » – de payer ses études, on confère le droit moral à autrui de demander des comptes, notamment en termes d’orientation.

Ainsi, soit on laisse exister un système libre d’enseignement supérieur dans lequel les acteurs sont libres de faire les choix qu’ils veulent du moment qu’ils les assument ; soit on maintient un système public d’enseignement supérieur dans lequel l’Etat se donne le droit d’imposer l’offre de formations. Mais, dans le domaine de la formation supérieure comme dans celui de la santé, il est difficile d’avoir à la fois la liberté et la gratuité. A s’accrocher à tout prix au second, les étudiants risquent de perdre définitivement le premier [2].

Si ces notions élémentaires ne sont pas comprises par ceux qui sont en charge du système d’enseignement supérieur, les chercheurs, les professeurs les plus motivés et les plus responsables, découragés par le fonctionnement délirant de la machine, continueront de déserter l’université française.

[1] Hubert Védrine, un éléphant socialiste de l’ère mitterrandienne, se voit aujourd’hui propulsé consultant es mondialisation.

[2] Qu’est-ce qui est le plus coûteux pour l’étudiant : payer 5000 euros pour s’inscrire dans un master qui débouche en quelques mois sur un emploi ; ou s’inscrire pour un diplôme gratuit qui risque de le conduire, au bout de quelques années, au chômage de longue durée ? J’ai vu des étudiants réaliser une licence en 6 ans ou accumuler deux à trois masters dans les disciplines les plus inattendues. Sur le papier, l’étudiant coûte à la collectivité le prix d’un ingénieur mais, à la sortie, aucun ingénieur ne pointera à l’horizon. Je veux préciser pour le lecteur que je n’ai jamais été un nanti et que je ne suis pas né avec le diplôme en poche, ayant financé mes études jusqu’au doctorat en travaillant chaque été (aux champs, à l’usine, au restaurantŠ). En effet, mes parents d’origine modeste n’avaient pas les épaules pour payer les études de leurs quatre enfants. J’ai d’ailleurs appris par mon père (immigré sicilien) que l’indépendance ne consiste pas à vivre aux crochets de quelqu’un, ni des parents, ni de la collectivité ; et que l’on apprend à faire des choix judicieux avec l’argent que l’on a gagné par son propre travail. Est-il si inconvenant de rappeler cela à notre jeunesse que l’on dit entreprenante ?
 

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