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Publié par Dreuz Info le 22 juillet 2007


Le moral, c’est bon pour la stratégie
 


Suicide de société

 

    par Mark Steynsteyn.jpg

A peu près un an après que l’ Ayatollah Khomeini a mis un contrat sur Salman Rushdie destiné à la foule islamiste, le romancier apparut à Londres lors d’un show télévisé. Son hôte, Melvyn Bragg, était une vieille vedette de la télé britannique. La rapidité avec laquelle l’entretien s’installa dans l’habituel échange de critique littéraire fut proprement stupéfiante. Lord Bragg ramena Rushdie à son oeuvre d’avant la fatwa. « Avant votre premier livre » , dit-il en ralentissant la voix, « qui ne fut pas particulièrement bien reçu… « 

C’est supposé être le pire qu’un romancier doive endurer. Son livre ne rencontrera « pas particulièrement un bon accueil » — i.e., quelques critiques stupides joueront les morveux à ses dépens dans le New Yorker et le Guardian. Dans le monde clos et protégé des lettres anglaises, ce fut une surprise de découvrir que « pas particulièrement bien reçu » signifiait que des gouvernements étrangers mettaient une récompense sur votre tête et tuaient vos éditeurs et vos traducteurs. Même alors la scène littéraire éprouva des difficultés à prendre les choses au pied de la lettre. Après des scènes des news qui montraient des musulmans britanniques en train de brûler le livre de Rushdie dans les rues de villes anglaises, on retrouvait les sopo des arts de la BBC en cercle, assis sur des sofas de talk-show et déplorant le »symbole » de cette attaque sur les »idées » .

Il n’y avait là aucune symbolique. Ils ont brûlé le bouquin parce qu’ils ne pouvaient pas brûler Rushdie lui-même. Si sa femme et son garçon avaient fait un détour par là, ils les auraient brûlés avec joie, comme la foule le fit à Siva, avec les 37 Turcs qui firent l’erreur de loger dans le même hôtel que les traducteurs du romancier. Lorsque les musulmans britanniques en appelèrent au meurtre pour Rushdie, ils pensaient ce qu’ils disaient. D’une mosquée dans le Yorkshire, Mohammed Siddiqui écrivit au journal The Independent pour approuver la fatwa de la Sourate 5 du Coran, versets 33-34:

« La punition pour ceux qui combattent Dieu et son prophète et vont à travers le pays en corrompant est d’être éxécutés, crucifiés, d’avoir mains et pieds coupés des deux côtés, ou l’exil hors du pays ».

Ce dernier point n’était apparemment pas une option.

L’Angleterre a mal géré tant de choses durant l’affaire Rushdie, tout comme l’ Amérique, durant le siège de l’ambassade en Iran dix ans plus tôt. Mais nous sommes maintenant en 2007, presque deux décades après que l’Iran a proclamé sa souveraineté sur des sujets britanniques, presque trois après qu’ils ont proclamé leur souveraineté sur territoire américain. Eh bien qu’avons-nous appris? J’étais avec divers parlementaires l’autre jour, et nous discutions des scènes à Islamabad, où les habituels gugusses de « mort-au-grand-Satan »avaient brûlé une effigie de la Reine pour protester contre l’anoblissement conféré à Rushdie. J’ai dit à mes amis de Londres que je devais le reconnaître aux conseillers de Blair: Quel moyen plus simple pour le vieux lion britannique édenté, après les humiliations infligées aux marins de la Royal Navy par leurs ravisseurs iraniens, pour montrer que vous êtes toujours dans le jeu, que de faire chevalier Salman Rushdie pour « services rendus à la littérature »? Vu que son principal service à la littérature aura été d’introduire le terme fatwa dans la langue anglaise. On pourrait supposer qu’un fonctionnaire britannique cynique a agité cette affaire de chevalerie comme un moyen relativement bon marché de faire un doigt aux mollahs.
Mais non. Il semble qu’à Londres le gouvernement de sa majesté fût complètement pris au dépourvu par les images des JT du soir où l’on brûlait des drapeaux del’Union Jack.

Est-il possible que cela soit vrai? Dans une de ces déclarations à la »évidemment-nous-sommes-désolés-s’il-y-a-eu-un-malentendu » Margaret Beckett a donné une réponse d’une incompétence modèle dans laquelle elle a réussi à insinuer que Rushdie avait été honoré en tant que représentant de la communauté musulmane. Ce qu’il n’est pas. C’est un ex-musulman. Il est le représentant de la volonté de la communauté de tuer celui qui essaye de quitter la communauté musulmane. Mais enfermée dans une manière usée de penser l’identité multiculturelle en fonction du groupe, Mme Beckett a vu instinctivement en Rushdie un membre d’une minorité étrangement exotique au lieu de voir un individu libre de naissance.

Voilà où nous en sommes arrivés en deux décades. Depuis nous devrions avoir appris quelque chose. Dans le monde musulman la critique artistique peut-être fatale. En 1992, le poète Sadiq Abd al-Karim Milalla a lui aussi trouvé que la réception de son oeuvre « n’était pas particulièrement bonne ». Les Saoudiens le décapitèrent pour avoir suggeré que Mahomet avait cuisiné le Coran tout seul. En 1998, le chanteur algérien Lounès Matoub parla de lui-même comme ni « Arabe ni musulman »(dans le texte) et quelques temps après il se retrouva pas bien du tout et mort. Ce ne sont pas des hommes hyper célèbres. Ils ne sont pas dans le coin la nuit des Oscars à se féliciter les uns les autres de leur «courage» à s’exprimer contre le fascisme de Bush et Rove. Mais si nous ne pouvons pas faire grand chose pour la liberté d’expression en Iran ou en Arabie nous pourrions au moins faire un peu pour que les standards irano-saoudiens ne s’incorporent au monde occidental. Tant de problèmes avec l’Iran d’aujourd’hui viennent de n’avoir rien fait pour nos problèmes avec l’Iran d’hier. Des hommes comme Khomeiny méprisaient les nationalistes pan-arabistes comme Nasser qui tentaient d’imposer une variante locale du marxisme au monde musulman. Khomeiny réalisa: Pourquoi importer l’idéologie d’une civilisation en déclin? Exporter l’islamisme vers un Ouest en fin de parcours n’a-t-il pas plus de sens?

Et pour un type considéré par la plupart d’entre nous comme timbré, il a mis dans le mille. La fatwa sur Rushdie a posé les règles. Le camp qui ne bluffe pas remporte la manche. Des foules ont marché à travers l’Angleterre en appelant au meurtre d’un sujet britannique…et en tant que problème politique lié à la sensibilité multiculturelle, la police a un peu gesticulé puis a détourné le regard. Un lecteur anglais se rappelle une manif au cours de laquelle il a demandé à un responsable policier pourquoi les »leaders de la communauté musulmane» n’étaient pas arrêtés pour incitation au meurtre. L’officier lui a répondu «va te faire f….., ou je t’arrête ». D’authentiques «musulmans modérés» furent contraints au silence et de pseudo-modérés ont joué avec le flou artistique. A Sir Iqbal Sacranie qui allait devenir leader du plus considérable lobby de musulmans britanniques on a demandé son opinion sur la fatwa contre Rushdie. Ayant réfléchi: »La mort est peut-être trop facile. »

En 1989 Salman Rushdie entra dans la clandestinité sous la protection de la police. Dix ans plus tard, malgré les généreuses augmentations apportées à la récompense et les reconductions de la fatwa, il décida de ne plus vivre ainsi et sortit à l’air libre pour une vie plus ou moins normale. Il avait appris le plus important, à savoir ceci:comme il est simple d’être poussé dans l’obscurité.

Voilà ce qui, progressivement, arrive au monde libre, à chaque concession de rien du tout à des groupes qui s’offensentde tout et réclament le droit de tuer à chaque fois qu’on manque d’égard. Ce qui est arrivé à Rushdie a métastasé sur vingt ans. La faute en partie à la faiblesse de la réponse de ces derniers mois. La mort est peut-être trop facile? C’est bien possible. Mais pour une société, le suicide au ralenti est plus facile encore.

trad. adamastor 

 www.suntimes.com/news/steyn/450356,CST-EDT-steyn01.article

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