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Publié par Dreuz Info le 12 novembre 2007

 

Par Guy Millière, www.menapress.com

Je viens de passer quelques jours aux Etats-Unis. J’y étais pour des raisons de travail. Mon emploi du temps a été très rempli. J’ai dû limiter mon séjour à la ville de New York. Cela n’en a pas moins été, une fois encore, un véritable bain d’oxygène. Certes, le politiquement correct est très largement représenté, mais, à la différence de ce qui se rencontre à Paris, il n’est pas hégémonique, et celui qui ne pense pas « correctement » n’est pas seul de son espèce et n’a pas un sentiment d’isolement, de dissidence et de déréliction.

Certes, dans les librairies, on trouve des livres nauséeux, tels « The Israeli Lobby and U.S. Foreign Policy » (le lobby israélien et la politique étrangère américaine) de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt. Une expansion, sur près de cinq cent pages, d’un article infâme, paru un plus tôt dans la London Review of Books (la Revue londonienne des livres). Les auteurs y développent que le soutien accordé par les Etats-Unis à Israël ne peut s’expliquer par des raisons « stratégiques ou morales » et repose, « bien évidemment », sur l’action de « forces occultes ».
 
Mais on trouve aussi, juste à côté, sur le même présentoir, le livre rédigé en réponse par Abraham Foxman, directeur national de l’Anti-Defamation League, « The Deadliest Lies: The Israel Lobby and the Myth of Jewish Control » (Les plus mortels mensonges : le lobby israélien et le mythe du contrôle juif) : « les théories de la conspiration constituent un baromètre de la santé mentale d’une société : quand elles montent en puissance, de graves problèmes s’annoncent », y est-il expliqué. Je crains qu’en France, dans quelques mois, je puisse trouver le poison qu’est l’ouvrage de Mearsheimer et Walt, mais pas l’antidote proposé par Foxman.

Certes, il existe, sur les écrans de télévision américains, des reportages très orientés. On y voit des entretiens révoltants avec des abrutis malfaisants, tel Jimmy Carter, auteur de « Peace, not Apartheid » (La Paix, pas l’Apartheid), et, très souvent, les dirigeants du Parti démocrate ; mais, grâce à une simple pression sur sa télécommande, on switche sur Foxnews, pour y regarder les programmes de Sean Hannity ou Bill O’Reilly. En France, on peut recevoir CNN, où Carter et les dirigeants démocrates passent nuit et jour, on peut aussi recevoir Al Jazeera et d’autres chaînes du même genre, mais absolument pas Foxnews.

La presse américaine inclut, naturellement, son lot de journaux et de magazines de gauche ou très à gauche : il en existe tout un éventail, qui va du New York Times à The Nation, en passant par Newsweek. Mais ils ne constituent pas, loin s’en faut, le seul recours pour qui veut s’informer : on peut aussi acheter, dans les kiosks, le Washington Times, le Weekly Standard, la National Review ou le remarquable magazine Commentary, dirigé si longtemps par Norman Podhoretz, que je tiens pour l’un des grands penseurs de ce temps. Quiconque vit en France et ne lit que le français se trouve confronté à une forme d’asphyxie de l’intelligence. Quiconque lit l’anglais est contraint de souscrire à des abonnements internationaux ou à passer du temps, chaque jour, à chercher de quoi alimenter ses réflexions, en utilisant cet outil de liberté que les frontières ne peuvent arrêter : Internet. Mais évoluer dans une société où les lecteurs d’une presse vraiment pluraliste se comptent par millions n’est pas du tout pareil, intellectuellement et au sens des libertés, que se trouver dans un pays où ils se comptent sur les doigts des deux mains.
 
On me dira, bien sûr, que la France est en train de changer. Ce qui est exact est que la politique étrangère française est devenue moins malsaine depuis que Nicolas Sarkozy est Président et que Bernard Kouchner est aux Affaires Etrangères, et il y a là, effectivement, de quoi se réjouir. On peut discerner aussi chez les nouveaux dirigeants du pays une volonté de redresser une situation intérieure gravement compromise sur divers plans. On doit, néanmoins, si on veut rester lucide, faire preuve de scepticisme. Il est fort loin d’être certain que l’ensemble des dirigeants politiques au pouvoir discernent pleinement les enjeux géopolitiques et stratégiques auxquels nous sommes confrontés. Les médias, en leur écrasante majorité, font preuve, vis-à-vis des nouveaux dirigeants, d’une hostilité pratiquement avouée, et les vieux réflexes anti-américains, anti-israéliens, anti-occidentaux, marxisants, sont prompts à refaire surface à chaque occasion. Le traitement infligé à des ministres proches de Sarkozy, telle Rachida Dati, me semble souvent frôler le racisme ou la vindicte envers une fille de l’immigration, qui aurait « mal » choisi son camp, et qui aurait l’impudence de vouloir réformer un appareil judiciaire longtemps abandonné aux dérives les plus diverses. Et puis la France est en Europe, et l’Europe ne va, elle-même, pas très bien. Et Nicolas Sarkozy a contribué à renforcer les dérives absolutistes de l’Europe en « débloquant » le projet constitutionnel rejeté voici deux ans par les électeurs français et néerlandais.
 
Il y aura, même si on lui donne un autre nom, un ministre des Affaires Etrangères européen, et celui-ci reflétera l’état spirituel et mental dans lequel se trouve toute l’Europe aujourd’hui. Des livres existent, aux Etats-Unis, qui décrivent cet état, le dernier en date étant « The Last Days of Europe » (les derniers jours de l’Europe), de Walter Laqueur, auteur déjà de nombreux ouvrages d’une immense lucidité. Ces livres n’ont pas d’équivalents européens. En Europe, on glisse vers l’agonie, mais nul ne semble vouloir en parler. Nul ne semble autorisé à en parler. Cela fait partie des sujets tabous. Il en est d’autres : on évoque  beaucoup la Résistance au nazisme en France, beaucoup moins la collaboration. Nul ou presque n’a dit que le jeune Guy Môquet, dont il a été beaucoup question récemment, a été arrêté pour propagande communiste en un temps où le parti communiste français campait sur une ligne collaborationniste, qu’il n’a abandonnée qu’au moment de la rupture du pacte germano-soviétique. On reconstruit le passé, et cela se fait aussi en Allemagne, où la dérive en vogue est que le peuple allemand a été la principale victime du nazisme.
 
L’une des raisons pour lesquelles mon dernier livre publié, Houdna [1], n’est paru que deux ans après sa rédaction est que j’y rappelle la vérité sur l’histoire d’Israël et du Proche-Orient. Or, quand bien même on serait prêt, en France, à faire preuve de davantage de mansuétude envers Israël, on n’ira pas jusqu’à remettre en cause la vision officielle arabe du monde, qui fait du « conflit israélo-palestinien » le problème essentiel, grâce à la résolution duquel, tout le reste redeviendra le paradis terrestre. Dire la vérité sur le nationalisme arabe et sur l’islamisme est désormais presque impossible. Reparler du mufti de Jérusalem, arrêté dans les décombres du nazisme, prisonnier en France, et exfiltré grâce à un vrai faux passeport aux fins de reprendre ses activités antijuives est très malséant…

L’autre raison pour laquelle Houdna paraît si tard est que j’y parle de l’antisémitisme ancré dans la culture française, jusque chez Alphonse Daudet. Et il semble que cela ne se fait pas. Houdna ne sera donc pas disponible en librairie : il y a, en France, aujourd’hui, deux catégories de livres qui ne peuvent être en devanture : les livres pornographiques et les livres comme Houdna. Ecrire des livres pornographiques reste une activité plus lucrative et plus honorable. Houdna a été publié par un éditeur américain dont le siège social est dans le Delaware. L’éditeur lui-même est de New York. Ce n’est pas seulement physiquement et mentalement que New York m’apporte de l’oxygène.
 
En des temps qu’on pourrait penser révolus, des livres qu’on ne pouvait éditer en France étaient édités aux Pays-Bas ou en Suisse et rentraient sous le manteau. Nous n’en sommes pas tout à fait là. Mais il faut parfois un éditeur venu de la libre Amérique pour que des livres en langue française pas très « politiquement corrects » existent. Cela en dit long sur la situation présente. Cela explique mon scepticisme.

Celui-ci ne me fait pas renoncer à me battre pour la liberté d’agir et de penser, pour les droits de la personne humaine et pour la compréhension des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Mais ne pas renoncer à se battre n’empêche pas d’ouvrir les yeux. Le sous-titre du livre de Walter Laqueur (sur lequel je reviendrai longuement) est : « Epitaphe pour un vieux continent ». Laqueur pense que nous en sommes au moment de graver l’inscription funéraire. Pour tenter de retarder ce moment, pour garder des forces, il me faut, souvent, de plus en plus souvent, l’oxygène que je trouve de l’autre côté de l’Atlantique.
 

Houdna, Guy Millière; ISBN 0-9774224-6-1

 
 
[1] Houdna n’est disponible que par correspondance, sur le site : Underbahn.   

Note :

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