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Publié par Dreuz Info le 16 novembre 2007

Maurice Dantec, votre dernier roman se divise en trois récits en apparence non liés, pourquoi un tel choix sur la forme ?

Une nécessité absolue née d’une contingence : je devais contractuellement un recueil de novellas à Albin Michel, à l’origine des textes déjà écrits voire publiés. J’ai changé d’orientation car l’idée de trois récits singuliers formant un roman unique s’est imposée, comme image de la Trinité, et donc comme vecteur de ce mystère. Si l’homme a été créé à l’image de Dieu il est à la fois un et trine, le problème de l’identité se pose alors entre le je, l’altérité et une troisième entité, secrète, qui permet la réunification de l’ensemble. C’est le sens ésotérique que j’ai donné au mot « artefact ».

Pour moi, forme, structure, sens, rien ne peut jamais être délié, ce n’est même pas conscient, je suis un maniaque. Je crois que dans ce livre cela apparaît encore plus.

Le premier récit, Vers le nord du ciel, nous propulse au coeur des événements tragiques du 11 Septembre et s’impose en quelques chapitres comme la plus grande fiction jamais écrite sur le ground zero, récit d’un réalisme inouï s’il en est. Comment vous êtes vous documenté et enfin pourquoi démarrer votre livre sur l’effondrement des Twin Towers ?

La documentation sert à l’exactitude scientifique. Aujourd’hui elle est la composante la plus intime de nos vies grillagées par les dispositifs de contrôle. Elle est disponible partout. Je suis un maniaque de la précision, donc des nombres, j’ai passé des semaines à compulser les différents horaires, les vitesses de vol, les hectolitres de kérosène, la hauteur des étages, la puissance d’impact d’un Boeing dans une tour, etc.

Mais cela reste de la documentation. Pour raconter précisément – et au-delà du « réalisme », car un tel événement fait exploser le réel – la destruction des tours du WTC, il fallait se trouver à l’intérieur. C’est le terrible miracle de l’imagination fictionnelle : elle est cognition pure, immédiate, « extrasensorielle » en quelque sorte, sans même la médiation de vos sens et de votre « existence ». J’étais donc dans la tour, avec les autres, parce que la tour était en moi, avec l’Autre. Celui qui est en moi.

Pourquoi démarrrer ainsi ? Parce qu’il s’agit de l’événement qui focalise la destruction comme point préliminaire, tel que l’indique Ernst Jünger, pour l’histoire du siècle qui vient de commencer.

D’autre part, de cette catastrophe terminale/initiale, pouvait-on percevoir une authentique vérité, pouvait-elle s’invertir et éclairer le mystère de l’amour et de l’altérité ? De l’effondrement vers l’enfer pouvait-on envisager un contrepôle nous aimantant vers le ciel ? La Paternité est-elle d’ordre purement génétique ou fait-elle intervenir un processus ontologique qui dépasse de loin le meccano protéinique ? Mon personnage extraterrestre parvient à adopter une petite terrienne, mais plus encore il en fait sa propre fille : il accélère en elle les processus évolutionnistes afin de lui faire rejoindre sa propre humanité, stellaire.

Après les Racines du Mal, Vers le nord du ciel est votre second récit édifiant de virtuosité sur la schizophrénie. Pourquoi visiter le 11 Septembre par cette maladie psychiatrique ?

Le 11 Septembre a été l’actualisation d’une schize – sans doute terminale – dans l’histoire humaine. Voici la première guerre mondiale CIVILE. Des appareils civils frappent des tours civiles, des civils détournent des avions remplis de civils pour accomplir leur « mission » purement « symbolique ». C’est l’évacuation du militaire hors de la sphère de la guerre, c’est non pas le choc des civilisations, mais leur disjonction absolue, car « synthétique », « globale ».

D’autre part, pour ce texte comme pour les autres, chaque personnage central est double, quoique d’une manière spécifique, c’est le problème du rapport entre identité et altérité qui est à chaque fois posé, mais depuis un point de vue à la fois conjoint et différencié, comme les personnes divines de la Trinité.

Raphaël Sorin, éditeur de Houellebecq, a salué ce premier récit comme le plus grand texte de la rentrée littéraire 2007. Pourquoi ne pas en avoir fait un roman à part entière ?

Il est un roman à part entière, toute personne de la Trinité est entière. Le premier récit est écrit – à tous les points de vue – depuis la personne du Père. Le second – Artefact – est placé sous le signe du Saint-Esprit, et le troisième, Le Monde de ce Prince, via son inversion diabolique, puis sa réversion salvatrice, sous celui du Fils – de l’Incarnation.

Comme toujours la forme s’est imposée d’elle-même, et comme je vous le disais : d’une rencontre entre la contingence et la nécessité absolue.

Le long voyage du personnage principal avec la jeune fille nous fait visiter parmi les plus beaux paysages du Canada, ses lacs, sa nature immensement poétique, telle une sorte d’éclipse onirique sur le soleil rouge du terrorisme. La beauté de la nature semble vous consoler de l’horreur humaine ?

Je n’ai besoin d’aucune consolation particulière, le Monde créé par Dieu est irrémissiblement un déversoir continu de grâce et de beauté, ensuite le monde des hommes vient y apporter ses abominations tout comme ses propres merveilles. Il n’y a rien de plus « naturel » qu’une mégalopole, car elle fonctionne comme un système organique primitif, et rien de plus « artificiel » qu’une vaste forêt sauvage car sa production n’est pas humaine, et qu’elle participe d’un Acte où la Parole a créé le Monde, donc d’un Acte artistique au plus haut degré d’intensité.

Après l’écriture-machine de Cosmos Incorporated (Albin Michel, 2005), votre style épouse cette fois ci la galaxie de l’amour filial alors que la jeune héroïne de Vers le nord du ciel n’est pas la fille du personnage principal. Quel est donc l’identité de cet amour ?

J’ai voulu commencé par la figure paternelle de la Trinité, quoi de plus logique ? Dans cette configuration-là j’avais besoin de montrer en quoi la création ontologique différait de la simple reproduction biologique. Cela fait longtemps que j’utilise les théories du junk-DNA pour mes romans. Dans ce récit je n’ai pas voulu parler explicitement de la chose, mais le fait patent que 97% de notre code génétique ne sert pas à la fabrication du meccano protéinique,née avec les autres tout comme l’Unité primordiale, aucune de ces entités n’est « créée ». Je voulais essayer de suivre la ligne de fuite d’une « renaissance » extraterrestre d’un être humain par la reconstruction ontologique qui, selon moi, ne peut avoir d’autre vecteur que l’amour.

L’amour « généalogique » (filial ou fraternel, voire strictement spirituel) est d’ailleurs l’ombre portée par toutes les histoires qui s’assemblent dans ce « tri-roman ».

Le second récit porte le nom du roman, Artefact, texte peu accessible en revanche, subtilement lynchien dans son traitement. Ombres sur la réalité, sur l’identité, ne serait-ce pas finalement une sorte d’autobiographie ?

Le livre s’est étrangement configuré avec la forme très précise d’un cerveau. Deux hémisphères – le premier et le dernier récit et un corps-interface – dit « corps calleux » en neurologie – qui permet l’entrelacement continu des diverses fonctions hémisphériques, le récit central.

Je savais aussi que ce qui reliait chaque récit tenait dans le fait que chaque « je » était – d’une façon ou d’une autre – un « écrivain », une « machine à écrire », et dans le récit central il fallait que cet angle de vue soit abordé de plein fouet, sans reculer devant l’indicible, car c’est ce récit qui donne sens au deux autres, même sous une forme ésotérique, je le reconnais. Il est le motif caché dans les deux récits qui le complètent.

Quant à votre question sur l’autobiographie je dirais ceci : c’est plutôt une tentative d’autodissection de l’organe même de la littérature, et de son « organiste », l’écrivain, cette « machine à écrire » qui, dans ce texte, tient une place prépondérante comme forme de vie.

Le dernier récit, Le Monde de ce Prince, dialectique du Prince de ce Monde, annonce le retour du Mal absolu dans la littérature. Il est véritablement la foudre d’Artefact et sans doute la fiction la plus hallucinante du genre noir des 10 dernières années. Tout d’abord, comment le désir d’écrire un tel monument de cruauté a pu toucher votre esprit ?

J’ai beaucoup prié pour avoir la force d’aller aussi loin au ceur des ténèbres. Je savais que j’allais laisser le Diable parler par ma bouche, c’était une expérience fascinante et effrayante tout autant que nécessaire. Je savais aussi que je pousserais au plus loin la mise en lumière de la concommittance entre le monde de la technique et la dialectique démonique, je savais que j’allais faire la démonstration que l’horreur réside dans un mécanisme plus-que-parfait, et non dans des flots de sang humain, je voulais reprendre ce thème-là où je l’avais laissé, il y a 12 ans, avec Les Racines du Mal.

D’autre part, je ne pouvais parler de la Trinité en évacuant son inversion diabolique, je ne pouvais montrer la littérature comme l’arme permettant la réunification du corps et de l’esprit sans aborder le sujet du Grand Diviseur, il fallait donc que le dernier récit, celui de l’Incarnation du Verbe, soit aussi celui de son « antéforme », et dans le monde d’aujourd’hui le Diable est paradoxalement plus « présent » maintenant que sa disparition est totale – ou quasi – et que le diabolique a pris possession de l’ensemble des pixels du simulatron général. Je devais donc sinuer sur cette paradoxale ligne de fuite : le Diable prenait des « vacances », et ses « vacances », lui qui est pur néant, consistait justement à trouver un élément humain où – provisoirement – il pouvait s’incarner. Il n’y avait dès lors aucun « pacte faustien » qui tienne. C’était l’élément humain qui, pour une fois, donnait un « pouvoir » à celui qu’il surnomme son « Grand Frère », son « Big Brother ». Pour ce faire, l’humain en question devait rester totalement libre, c’est-à-dire absolument seul. Comme tout écrivain. Et c’est par l’enfant qu’il a été un jour qu’il peut choisir la seule liberté qui vaille, celle qu’on obtient par le sacrifice.

Depuis Andreas Schaltzmann, le tueur inoubliable des Racines du Mal, jamais un tueur n’a été si effrayant. Avez vous ressenti des instants de stupeur à la relecture de vos lignes ?

Je me suis dit que certaines pages était de la plus totale inhumanité. Elles étaient à la hauteur du « Grand Frère », de sa dialectique, de sa technicité définitive.

L’Amérique vous ouvre les portes par son plus important éditeur, Random House, qui publiera Babylon Babies à haut tirage dès janvier prochain, deux mois avant la sortie de son adaptation au cinéma par Mathieu Kassovitz Babylon AD. Avez-vous suivi le déroulement de la production ? Que pensez-vous du travail de ce réalisateur ?

Je n’ai pas suivi le déroulement de la production, je n’étais pas payé pour. Nous nous sommes rencontrés, lui et moi, à Montréal, durant l’été 2003 je crois bien, et nous avons échangé nos points de vue, parfois contradictoires, sur le livre et les sujets qu’il aborde. J’ai lu ensuite un scénario final que j’ai annoté, c’est le seul droit que je me suis permis, en spécifiant bien à M. Kassowitz que mes choix, spécifications, changements, etc., étaient bien sûr purement indicatifs. Je ne peux exercer aucun droit sur une oeuvre achetée rubis sur l’ongle et j’entends n’être jamais mêlé au travail du réalisateur et son équipe de scénaristes, dialoguistes, etc. Je suis un romancier, point-barre.

Je suis très curieux de voir comment un réalisateur français va s’en sortir dans un univers de science-fiction qui mélange géopolitique du chaos, sciences biologiques et cybernétiques, Gilles Deleuze, junk-DNA et Jeremy Narby.

Mis à part deux prix (Imaginaire et 813 pour vos deux premiers romans), vous n’avez jamais été courronné par un grand prix littéraire « parisien ». Cosmos Incorporated sera aussi publié aux Etats-Unis cette année, en août et toujours chez Random House et vous êtes déjà sur la liste des Philip K. Dick Awards, le prix dont vous rêvez ?

Je ne rêve à aucun prix littéraire, ce n’est ni un but, ni même un simple « étalon » de mon éventuel « talent » ou « succès ». J’ai dit un jour que le seul prix auquel je serais sans doute sensible se nomme le prix Hugo et qu’il est une récompense honorifique du public américain pour des oeuvres de science-fiction. J’aurais pu citer aussi bien le prix Nébula, ou les PK Dick Awards, en effet.

Je suis un écrivain nord-américain de langue française, ce serait en fait une grande fierté pour moi de pouvoir démontrer au peuple du Nouveau Monde que la littérature de mon pays d’origine n’est pas confinée sur le divan des psychanalistes du Ve arrondissement.

Michel Houellebecq a déclaré à peu de choses près que depuis une quinzaine d’années, il estimait que seul lui et vous traverserez la postérité. Pourtant vous êtes sans doute l’auteur qui peut se targuer d’être à la fois l’écricain le plus admiré et le plus haï du pays. Qu’avez-vous à lui répondre sur ce point ?

Qu’il a raison.

Internet a généré des forums de discussions où des anonymes passent des heures à critiquer, insulter parfois, sous l’alibi de la polémique. Vous êtes un des auteurs les plus attaqués dans votre pays d’origine. Qu’est-ce que vous avez à répondre aux forumistes qui s’acharnent sur vous sur internet ?

L’anonymat est une vertu typiquement franchouillarde, souvenons-nous avec émotion des héros de la délation nationale vers 1942. Un forumard est généralement un merdaillon nihiliste qui confond Oui-Oui avec Nietzsche et se propose de changer le monde en deux pets foireux sortis de son anus labial. C’est un clone de seconde catégorie d’un Jean-François Kahn ou d’une de ses catins de la « République » : un rebellocrate, comme disait Muray, qui confond le doigt qu’il maintient enfoncé dans le cul avec l’étoile du berger qu’il vient à grand peine d’apercevoir. On les trouve assis sur les plus fameuses des tinettes du Oueb, genre subversives, mais il leur arrive de posséder leur propre blog, dont ils oublient régulièrement de tirer la châsse.

Micro-Michaël Moore de la « pensée » contemporaine, autant dire de leur propre diarrhée verbale, ils se croient de « gôche » alors qu’ils ne sont que des nazillons de garderie, ou de « droite » alors qu’ils ne sont que des chihuahuas jacobins. Dans le meilleur des cas, ils peuvent postuler à la fonction de garde du corps de Dieudonné, autant dire suceur de bite agréé, ou bien aider Alain Soral à écrire les paroles du prochain tube de Jean-Marie le Pen. Hit mondial en perspective ! 

 
 
 
 
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