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Publié par Dreuz Info le 20 novembre 2007

L’improbable

« Parole commune entre vous et nous » (1)

Réponse à la Lettre de 138 Dignitaires de l’Islam, auteurs et signataires

 © Par François Celier (2)   

 Pasteur et écrivain, je me devais de répondre courtoisement aux 138 Dignitaires du monde musulman et, par la présente, en informer leurs homologues récipiendaires, depuis sa Sainteté le Pape Benoît XVI, ses Béatitudes, Popes et Patriarches, Archevêques, Métropolites, très Révérents Evêques, Pasteurs et confrères chrétiens.

Messieurs les Sultan, Imam, Sheikh, Grands Mufti, Ayatollah, Ministre, Historien, Professeur, Author, Uléma, Théologien et autres Autorités musulmanes, voici les réflexions que m’inspire en géopolitique religieuse votre appel du 13 octobre 2007 adressé aux guides des « Eglises chrétiennes » de part le monde pour un « dialogue de vérité ». Incidemment, cette louable intention aurait dû préciser le terme « Eglises judéo-chrétienne », mais il semble que les juifs demeurent toujours pour vous des adversaires ontologiques.

 Bien qu’inappropriée (fikf, en Droit islamique) votre Lettre serait intéressante dans la mesure ou elle ne relèverait en aucune manière de la Takkiya (user de subterfuges et de mensonges  pour mieux circonvenir et duper). Les judéo-chrétiens, de sa Sainteté le Pape au simple disciple de Jésus (dont je suis), n’étant ni d’obédience coranique et mahométane, cette invite ne peut concerner la chrétienté. Il faudrait que celle-ci soit préalablement conquise, soumise et assimilée à un nouveau courant de l’Islam dans l’Oumma.

 Il convient de rappeler que dans la mentalité musulmanne, tous les judéo-chrétiens occidentaux font partie de la zone de guerre (Dar-al-Harb) et non de « l’espace musulman ». Autrement dit, ce « dialogue » politico-religieux, par ailleurs existant depuis de trois décennies (soldé d’échecs récurants), est actuellement impossible, à moins que vous, éminents Dignitaires ne rénoviez l’esprit de l’islam par un improbable aggiornamento dogmatique et politique, étant donné que le coran est par nature consubstantiellement politique.

Selon l’entièreté de l’islam, tous courants confondus, la seule existence possible offerte aux kouffar (non musulmans, judéo-chrétiens, agnostiques, athées et autres) consisterait à se soumettre à Allah, au coran, aux lois de la chari’ah et à « l’exemplarité » de Mahommet, ou alors, à Dieu ne plaise, à un engagement partiel de soumission permettant aux adhérents de vous payer ponctuellement une jizyah (impôt payé par ceux qui choisissent de rester fidèles à leur foi et de ne pas se convertir à l’islam) afin de vivre un erzat de liberté, surveillée par de sourcilleux gardiens de l’Oumma (communauté des croyants) et de se contenter de miettes répandues par les seigneurs du pétrole sous la férule d’un cimeterre modernisé et du terrorisme.

 Depuis le regain de l’islam dû aux violences meurtrières du terrorisme intégriste qui s’étalent à la Une des médias, l’occident n’ignore plus qu’un non-musulman peut être tué en parfaite impunité juridique, édictée par le coran lui-même  : « s’ils se détournent, tuez-les partout où vous les trouverez » Sourate IV verset 89.

Un musulman peut donc aggresser religieusement tout apostat, infidèle et insoumis avec bonne conscience, étant cautionné par le saint Livre incréé, intouchable et inamovible depuis quatorze sièles. Nous sommes très éloigné d’une parole commune entre vous et nous

 Votre Lettre cite une exhortation coranique insistant sur la nécessité de l’amour de Dieu : « Invoque sans cesse le Nom de ton Seigneur et communie intensément avec Lui ! »

(Al-Muzzammil, 73:8). Fort bien, de même que sur la nécessité d’aimer son prochain :

« Aucun d’entre vous n’est croyant tant que vous n’aimerez pas pour votre prochain ce que vous aimez pour vous-mêmes. » Excellent !

Sauf qu’il s’agit d’un prochain ne pouvant être que musulman. Quant au statut des non musulmans, incroyants et infidèles ils demeurent des ennemis à combattre et à soumettre.

 Vous citez notamment ces paroles du Nouveau Testament à propos de Jésus-Christ, que vous estimez comme un prophète majeur. En chrétienté, il est Fils de Dieu et Messie, ainsi que juif central de la Bible (qui inspira grandement le coran) :

« Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est Un. / Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. C’est là le premier commandement. / Le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là ». (Marc 12 : 29-31)

Vous évoquez-là les paroles de Jésus le juif s’adressant à la population juive qui l’écoutait et à ses disciples juifs qui en recueillaient chaque mot pour les répandre dans le pays et dans le reste du monde… jusqu’à nous, gens du XXIème siècle. Mais avez-vous évalué l’effet boomerang que de telles paroles, parfaitement interprétées dans l’esprit de la Bible, pourraient produire au sein de l’Oumma ?

 Vous dites que dans le Saint Coran, Dieu le Très-Haut enjoint les musulmans à lancer l’appel suivant aux chrétiens (et aux juifs, également Gens des Ecritures) :

Dis : « Ô gens des Ecritures ! Elevez-vous à une parole commune entre vous et nous, à savoir de n’adorer que Dieu Seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en-dehors de Dieu. »

S’ils s’y refusent, dites-leur : « Soyez témoins que, en ce qui nous concerne, notre soumission à Dieu est totale et entière. » (Aal ‘Imran 3:64)

L’expression de ne rien Lui « associer » se réfère à une Unicité absolue de Dieu, sans partage ; celle de n’adorer que Dieu Seul renvoie au fait de lui être totalement dévoué. Elles expriment également le premier et le plus grand commandement. Très bien. Mais alors, que devient la tri-unité du Dieu des chrétiens, qui se déploie dans toute l’Histoire de l’humanité en trois « expressions divines » ; le Père Eternel, s’incarnant circonstanciellement dans son Fils par la puissance du Saint-Esprit, pour l’édification de l’Eglise (oserais-je dire l’Oumma judéo-chrétienne ?) si ce n’est celle de passer corps et bien à la trappe de la théologie islamique ?

 Sur les 138 dignitaires et signataires de la Lettre aux chrétiens, un seul d’entre-eux à ma connaissance, le professeur Aref Ali Nayed (2) avoue sa perplexité. Il reconnut dans une déclaration antérieure (sic) «…  le véritable enseignement » du Coran a aussi été brouillé par « une décadence et une stagnation interne » du monde musulman, ce qui a conduit à « l’avènement de déformations de l’islam légalistes, ultra politisé et spirituellement vides ». Parmi ces déformations, le déchaînement actuel du terrorisme au nom de la religion, que chacun d’entre nous a le devoir théologique et moral de condamner et répudier ». Le professeur Aref Ali Nayed revendique «  le respect total de la liberté religieuse et de la liberté de conscience : une liberté définit comme un « ordre divin ».

Assurément, sur de telles déclarations, un dialogue islamo-chrétien pourrait alors voir le jour. Mais au préalable, il conviendrait que la liberté de changer de religion devienne être un droit universel. A cet égard, le coran déclare « en religion pas de contrainte (sourate 2, verset 256). Certes, un verset allant dans le bon sens… hélas contredit par l’hadith d’Ikrima, Bukhari LII 260 stipulant « Mais sans aucun doute je les aurais tués puisque le prophète a dit : si quelqu’un (un musulman) s’écarte de sa religion, tuez-le ».

 Par ailleurs, il faut incessamment rappeler que les chrétiens en pays musulmans sont persécutés de diverses manières, en sursis, persécutés, parfois en danger de mort et contraints à l’exil dans le meilleur des cas.

Considérons à présent le sens profond de votre exhortation quant à une parole commune sur l’amour du prochain. Dans l’esprit de tous musulman lambda, « non contrainte » et « amour du prochain » ne s’applique qu’entre musulmans et non à l’égard de ceux qui n’embrassent pas l’islam.

 Si je ne m’abuse, cette lettre des 138 dignitaires de l’islam ressemble à une tentative de A’Jihad bi al Kalan (une intimidation scripturaire et médiatique) des occidentaux. Serait-ce pour accroître un peu plus de pouvoir politico médiatique ?

Les occidentaux devraient se souvenir que depuis 1988, des Oulémas décrétèrent que l’Europe est terre d’Islam (Dar-al-Islam).

Dans la guerre métaphysique que l’islam livre à l’occident, le glissement sémantique qu’il signifie n’est pas anodin. Passer de Dar Al Harb (zone de guerre) à Dar Al Islam (espace musulman) donne à réfléchir sur l’affaiblissement de la vigilance européenne. Cette longue Lettre des 138 dignitaires pourrait n’être qu’une invite à un « dialogue biaisé », dans le but de conforter et banaliser le concept sous-jacent de dhimminisation de l’Europe.

 En tant que penseur judéo-chrétien évangélique, j’émettrais quelques idées simples avec, je le crains, peu d’espoir d’être entendu. Au fond de notre conscience intime, nous savons tous, vous et nous,  que l’espérance est consubstantielle à la nature humaine (et non celle d’un désespérant fatalisme).

La force de l’espoir n’est-elle pas la dynamique de la foi religieuse en Dieu (mais lequel ? Allah, Dieu de l’Oumma ou le Dieu judéo-chrétien ?)

Après des siècles de malentendus et de guerres fratricides s’est faite jour une règle partout admise en occident : aux religions le spirituel ; à la république et aux démocraties le temporel. Il apparaît que cette intelligence du bon sens (douloureusement acquise) ne peut s’appliquer en pays musulmans car leur spiritualité est indissociablement imbriquée au temporel politique et socio juridique.

 En occident judéo-chrétien, la foi religieuse des Eglises, des synagogues, des temples et des organisations d’athées peut se vivre indépendante du pouvoir de l’Etat. La Mosquée seule ne peut-être indépendante du pouvoir politique puisqu’elle en est l’inspiration et l’émanation. L’occident organise la vie sociale et politique de ses concitoyens dans une dimension temporelle. Et ses diverses expressions religieuses judéo-chrétiennes aspirent à lui donner une éthique et un sens représentant une espérance existentielle.

 Pour chaque occidental, la spiritualité peut se vivre comme un itinéraire individuel, sachant que la foi relève du domaine privé de la personne, qu’elle ne se raisonne pas et ne se discute pas. Elle est un don, une certitude qui se vit au quotidien, qui s’impose par l’évidence d’un appel intérieur issu de l’ordre de la conviction, parfois d’une révélation providentielle.

La foi se doit d’habiter librement le cœur de l’homme, avec la grâce de  Dieu.

Entre la raison politique et la foi religieuse, l’abîme qui les sépare ne se franchit que par la capitulation de l’ego et, consécutivement, se montre par une manifestation d’amour et de gratitude de celui qui y répond. La foi n’est-elle pas une rencontre intime avec Dieu ?

 Comme tout être humain de part le monde, les occidentaux sont divisés entre ceux qui espèrent en Dieu et ceux qui ne croient pas en lui. Qu’en est-il dans la sphère islamique ?

L’extrémisme religieux est une perversion de l’espérance spirituelle. L’Histoire l’a souvent démontré et le christianisme en a souffert. Il commence avec la projection d’un absolu impérialiste sur les autres, assorti d’une volonté de les contraindre, de les asservir, de les priver de libre arbitre et d’autonomie de penser et d’agir librement par eux-mêmes.

Depuis la nuit des temps, l’existence du fait religieux témoigne de la fragilité de l’homme, de son sentiment de vulnérabilité, d’éphémère et d’aléatoire.

Oui, tout homme est effrayé par l’inéluctabilité de sa mort ; quant au concept d’éternité, il espère, ignore, spécule ou fabule sur sa signification.

Seule la foi en la paternité créatrice d’un Dieu d’amour peut lui donner une paix qui surpasse toute intelligence.

 Suivant à la lettre certains préceptes mortifères du Coran (bien heureusement tous ne le sont pas) et « l’exemplarité » de son prophète, les intégristes religieux deviennent, par la force du conditionnement répétitif, des schizophrènes ivres de violences, de sang, de cruauté. En fait, et c’est le drame traumatique de leur vie, ils ne font qu’appliquer les versets guerriers du coran à la lettre. Entre leurs mains, ceux-ci deviennent des commandements qui constituent un véritable Manuel de guerre idéologique et géopolitique, qu’ils mettent en pratique jusqu’au sacrifice de leur vie, A’Jiahd a’ Nafas (les islamikazes).

 Messieurs les Auteurs et Signataires de cette Lettre adressée aux chrétiens, il me semble qu’en l’état conflictuel des évènements, le « protestantisme musulman » n’est pas pour demain. Quoique… un Signataire sur 138, deux Signataires un jour prochain, puis trois Signataires…

A dix pour cent d’entre-vous, tout espoir serait permis. Sans être analogue, cette injonction fait allusion à la prière d’Abraham/Ibrahim qui plaida devant Dieu de prendre en considération au moins dix justes pour le salut de la cité de Sodome et Gomorrhe. Nous savons ce qu’il advint, un seul « juste » et sa famille furent sauvés de la destruction.

 

© François Celier

(1) Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. A l’occasion du Eid al-Fitr al-Mubarak 1428 A.H. / October 13th 2007 C.E., et à l’occasion du Premier Anniversaire de la Lettre Ouverte de 38 Savants Musulmans à S.S. le Pape Benoît XVI. Weeb Site : http://www.acommonword.com/index.php?lang=en&page=downloads

 

(2) François Celier. Philosophe judéo-chrétien. Analyste en Politique Métaphysique. Derniers ouvrages : « Le choc des religions ». Essai. Presses de la renaissance.

« Pieds nus dans les étoiles ». Roman. France Europe Editions.

 (3) Prof. Dr. Aref Al i Nayed. Former Professor at the Pontifical Institute for Arabic and Islamic Studies (Rome);Former Professor at International Institute for Islamic Thought and Civilization (ISTAC, Malaysia); Senior Advisor to the Cambridge Interfaith Program at the Faculty of Divinity in Cambridge, UK.

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