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Publié par Dreuz Info le 15 décembre 2007

INTERVIEW EXCLUSIVE « LE BLOG DRZZ » 

(voir aussi
Interview d’un ancien agent fédéral)

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(Guy Millière et William Kristol, directeur du Weekly Standard, dans les locaux de la rédaction du très influent magazine néoconservateur à Washington,  à deux pas de la Maison Blanche)


Nom :
 

Guy MILLIERE

CV

Titulaire d’un doctorat du troisième cycle en littérature, d’un autre en Sociologie culturelle et d’un doctorat d’État en Philosophie /

Enseignant à l’Université de Paris VIII en Licence d’« Information et communication » / 

Titulaire d’un « Master of Sciences in Economy » de l’Université de Stanford /

Visiting Professor à la California State University, Long Beach /DSCN0683-1-.JPG

Conférencier pour la Banque de France / 

Enseignant à Sciences po /

Conseiller auprès de l’Union européenne en bioéthique et biotechnologie /

Éditorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, FrontPage Magazine, Les Quatre Vérités
upjf.org /
 
 
Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman /

Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992 / 

Vice-Président de l’Institut de l’Europe libre et Directeur délégué / 

Membre du Conseil scientifique de l’Institut Turgot /

Directeur de l’Institut Turgot /

Ses derniers livres : 

Michael Moore, l’ultime imposteur, Editions du Rocher, janvier 2008
– Houdna, Editions Underbahn, novembre 2007 (commander sur le site de l’éditeur)
– Pourquoi la France ne fait plus rêver, Editions Page après page, mai 2006 
– Le futur selon George W. Bush, Page après Page, octobre 2005 
– Pourquoi Bush sera réélu, Editions Michalon, septembre 2004 
– Qui a peur de l’islam ? Editions Michalon, mars 2004 
– Ce que veut Bush, Editions La Martinière, mai 2003 
– Écrits personnels de Ronald Reagan, Traduction, présentation, et annotations de Guy Millière, Editions du Rocher, janvier 2003 
– Un goût de cendres…, Editions François-Xavier de Guibert, avril 2002 
– L’Amérique monde, Editions François-Xavier de Guibert, novembre 2000

 



PRESIDENCE BUSH
 
DRZZ : 2008 sera la dernière année de l’ère Bush, quel bilan tirez-vous de ce deuxième mandat ?

MILLIERE : Il me semble qu’il est beaucoup trop tôt pour tirer un bilan du second mandat de George W. Bush. Les deuxièmes mandats de présidents américains sont toujours semés d’embûches: le Président ne peut se représenter une troisième fois, son poids politique s’estompe, parfois des ennuis judiciaires se dessinent. Le second mandat de Ronald Reagan, à l’époque, semblait marqué surtout par l’affaire des ventes d’armes à l’Iran aux fins de financer la résistance antimarxiste au Nicaragua. L’héritage d’ensemble que laissera Bush tiendra sans doute en quelques points majeurs: il aura été le Président qui, malgré les attentats du onze septembre, sera parvenu à maintenir l’économie américaine en croissance, il aura fait preuve après le 11 septembre du « sens du commandement », il aura aussi sans doute changé la donne au Proche-Orient, encore qu’il est impossible aujourd’hui de dire à quel degré. Le renversement de Saddam Hussein aura, en tous cas, envoyé un message fort aux dictateurs du monde arabe. Si, comme c’est tout à fait envisageble, un Irak stabilisé émerge de la guerre en fin d’anée 2008, ce sera un atout considérable. La défaite d’al Qaida en Irak qui semble se profiler sera elle aussi un atout majeur. Comme l’a dit Bush d’emblée, cela dit, la guerre en cours sera longue et aura de multiples fronts. Elle se poursuivra au delà de Bush.Le thème du « conservatisme compassionel », entré dans la politique américaine avec Bush restera lui aussi, très vraisemblablement, et continuera à imprégner les politiques sociales américaines.

DRZZ : Quelles ont été les grands moments de la présidence Bush ? Les pires ?

MILLIERE : Il est difficile de répondre à cette question dès lors que la présidence Bush aura été marquée, avant tout, par la guerre que les islamistes ont déclaré aux Etats-Unis et au monde occidental et par une vague de détestation antiaméricaine particulièrement virulente. Bush s’est montré à son meilleur lorsqu’il a réagi après les attentats du onze septembre 2001, lorsqu’il s’est rendu dans les décombres du World Trade Center pour s’adresser aux sauveteurs, lorsqu’il a tenu les discours dans lesquels s’est trouvée formulée la « doctrine Bush », entre septembre 2001 et la fin de 2002. Il s’est montré alors tel qu’il est: courageux, humble, opiniâtre, volontaire, généreux, proche des autres. Bush s’st montré à son meilleur aussi lorsqu’il sest rendu auprès des troupes en Irak pour thanksgiving. Les pires moments ont sans doute été les minutes où Bush a appris les attentats du onze septembre, dont on oublie aujourd’hui un peu trop la portée et l’effet de choc. Il faut garder à l’esprit ce que cela a été: une attaque terroriste sans précédents, imprévue, et dont nul ne savait alors si elle allait s’arrêter là, si d’autres attentats allaient suivre. Cela a été un moment d’épreuve pour tout le peuple américain. Cela a été sans aucun doute une épreuve particulièrement rude pour le Président: c’est dans ce genre de moments qu’on sent un poids immense peser sur ses épaules et qu’on sait qu’il faudra être à la hauteur de l’épreuve. La haine antiaméricaine qui a si vite déferlé en divers points du monde si peu de temps après le onze septembre a dû être elle aussi vécue difficilement par Bush. 

DRZZ :  L’un de vos amis néoconservateurs, David Frum, va publier prochainement un livre intitulé « Come back, how conservatism can win again ». Estimez-vous, comme lui, que les années Bush ont gravement porté atteinte au courant (néo)conservateur aux Etats-Unis ? 

MILLIERE : David Frum ne pense pas que les années Bush ont porté atteinte au mouvement conservateur et néoconservateur. Il pense que les idées conservatrices en matière d’éthique sociale et de baisse régulière des impôts ont porté leurs fruits. Il partage plus que jamais les orientations générales de la « doctrine Bush ». Il pense seulement que Bush n’a pas procédé, au sein de l’administration, à tous les changements qui auraient dû être faits, ce qui a eu pour conséquence, au sein du Département d’Etat, une force d’inertie et le retour à des positions plus « réalistes » et plus favorables au statu quo. Il pense aussi que Bush n’a pas suffisamment veillé sur l’augmentation des dépenses gouvernementales. Et il constate que, sur divers terrains, les consevateurs et néoconservateurs aux Etats-Unis ont, ces dernières années, perdu du terrain dans la bataille des idées, tout particulièrement dans des domaines tels que la défense de l’environnement et les assurances maladie. Dans son prochain livre, il fait des propositions qui lui semblent aller dans le sens d’une reconquête du terrain perdu. Il s’agit, pour lui, de ne concéder aucune victoire à la gauche dans une période cruciale pour les Etats-Unis et pour le monde car, Frum ne l’oublie pas, nous sommes en guerre, et  une victoire de la gauche risquerait fort de se traduire par des décisions irresponsables et délétères à l’intérieur des Etats-Unis, et des déstabilisations en chaîne à l’extérieur. Quand les Etats-Unis sont faibles, les totalitaires en profitent pour avancer. C’est ce qui s’est passé sous Carter, puis à nouveau sous Clinton. Dans le contexte actuel, cela pourait être très grave.

 
GUERRE CONTRE LA TERREUR

 
DRZZ : Même la presse de gauche a dû admettre une amélioration nette des conditions en Irak. Les Etats-Unis auraient-ils trouvé en Petraeus leur général Grant, un homme susceptible de mener une guerre efficace contre le terrorisme ? Est-ce une victoire sans lendemain, ou cela ouvre-t-il des perspectives intéressantes pour le futur ?

MILLIERE : Bien que, très significativement, hélas, la presse européenne n’en parle pas, l’évolution de la situation en Irak au cours des derniers mois a été considérable, et la stratégie de Petraeus a été, jusqu’à présent, couronnée de succès. Al Qaida a subi une défaite majeure. Le pays se stabilise. Un gouvernement reconnu par les sunites aussi bien que par les shiites est en train de prendre forme. Ce qui résultera de cela dépendra grandement de la politique qui sera menée au cours des mois et des années à venir. L’administration Bush semble, je l’ai dit, engagée dans une voie pour le moment plus « réaliste » et propice au statu quo. Et elle ne bénéficie pas, au sein de l’opinion américaine, d’un soutien qui pourrait lui permettre de faire preuve de davantage de fermeté. Beaucoup dépendra de l’élection présidentielle de 2008. L’élection d’un ou d’une démocrate risquerait de compromettre le succès actuel et de venir défaire ce qui a été fait avec tant de difficultés. Le seul républicain susceptible d’être élu me semble être Rudy Giuliani. Si c’est lui le candidat républicain, et s’il est élu, on peut très raisonnablement penser que le succès actuel sera consolidé et prolongé. Rudy Giuliani, significativement, ne parle pas de guerre contre la terreur, mais de guerre que le terrorisme islamique a déclenché contre les Etats-Unis.
 
DRZZ : Vit-on encore dans la « doctrine Bush » ou a-t-on glissé, comme certains commentateurs l’ont affirmé après la conférence d’Annapolis, dans la « doctrine Rice » ?

MILLIERE :  Il est, je l’ai noté, incontestable qu’un virage a été pris en direction du réalisme, et il est incontestable que le Département d’Etat et Condi Rice y sont pour quelque chose. La conférence d’Annapolis constitue une tentative de remettre en route un « processus de paix » dont les néoconservateurs savent depuis longtemps qu’il est ilusoire dès lors qu’on ne peut jamais faire la paix avec des totalitaires. Elle implique la reprise en compte, commune au monde arabe et aux diplomaties européennes, de l’idée selon laquelle le problème central du Proche-Orient est le conflit israélo-arabe, ce qui implique de passer sous silence la situation catastrophique en termes de développement humain qui règne dans le monde arabe. Ce virage est très préoccupant dans la mesure où il implique des pressions très délétères pour la sécurité d’Israël, une attitude d’apaisement vis-à-vis du monde arabe où, dès lors que les racines des frustrations ne sont pas soignées, les frustrations ne peuvent que grandir. Au delà d’Israël, c’est l’Europe qui pourrait, vite, payer ce virage au prix fort. 

IRAN

 
DRZZ : Un récent rapport de la communauté du renseignement américain dément que l’Iran poursuive des ambitions nucléaires à des fins militaires. Y apportez-vous du crédit ?

MILLIERE :  Ce rapport, si on le lit, est beaucoup moins clair que cela est dit. Il y est, certes, souligné que l’Iran a cessé de chercher à travailler à se doter de moyensnucléaires militaires en 2003, mais il y est noté aussi que l’Iran a continué ses efforts pour se doter d’installations nucléaires civiles opérationnelles. Or, comme chacun le sait, la maîtrise des technologies nucléaires civiles permet de passer très aisément au nucléaire militaire. Ce rapport, et la façon dont il est rédigé, semblent destinés à venir torpiller toute action efficace et déterminée de l’administration Bush envers l’Iran. Il ressemble à une manoeuvre supplémentaire du camp « réaliste » aux fins de conforter sa position. Je lui accorde peu de crédibilité, tout comme les services de sécurité israéliens.Tout montre que les dirigeants iraniens n’ont renoncé à rien, et que le danger représenté par l’Iran continue à croître et à requérir toute notre vigilance.
 
DRZZ : Croyez-vous à une intervention militaire des Etats-Unis contre l’Iran durant l’année 2008 ?

MILLIERE : Je pense que la possibilité d’une telle intervention est désormais très faible, voire quasi nulle, en raison précisément des effets et retombées du rapport dont nous venons de parler, et dont le but principal était sans doute d’écarter la perspective d’une opération militaire américaine contre l’Iran. Si une action devait s’avérer nécessaire, les Israéliens se retrouveraient face à l’âpre nécessité de la mener seuls, avec les terribles difficultés que, le cas échéant, une telle action impliquerait.

 
ISRAEL-PALESTINE

 
DRZZ : La menace iranienne est un péril mondial, qui touche en priorité Israël. Beaucoup de monde parmi les commentateurs conservateurs et néoconservateurs ont une piètre estime du premier ministre Ehud Olmert. Partagez-vous cette opinion négative ?

MILLIERE : Je n’ai jamais caché, dans mes article publiés dans la Mena ou dans Israel Magazine, la piètre opinion que j’avais d’Ehud Olmert et de son gouvernement. La guerre contre le Hezollah pendant l’été 2006 a été menée de manière désastreuse et a coûté inutilement des vies humaines. Olmert aurait dû avoir la dignité de démissionner à l’époque et de provoquer des élections anticipées: celles-ci auraient vu sans aucun doute le retour au pouvoir du Likoud. Avoir eu, à l’époque, un ministre de la défense qui avait pour compétence principale d’être un ancien syndicaliste était, en soi, consternant et pathétique. Ce qu’Olmert a accepté de signer à Annapolis est indigne. Ses propos concernant le futur d’Israël et la nécessité de voir naître un Etat palestinien relèvent du défaitisme actif et semblent indiquer qu’il est contaminé par les analyses de la gauche américaine, pour qui le choix est entre faire la paix aux conditions voulues par les dirigeants palestiniens ou voir s’installer en Israël un régime d’apartheid. J’attends avec impatience qu’Israël retrouve un gouvernement plus digne et plus fort.Olmert pouvait se rendre à Annapolis sans entériner un document où il est dit que les responsabilités, en termes de violence, sont partagées. Israêl doit retrouver un gouvernement disant qu’Israël doit se défendre contre une agression incessante, et que la violence naît du fanatisme cultivé soigneusement par les dirigeants palestiniens, qui ne sont pas, et n’ont jamais été, des interlocuteurs avec qui il serait possible de négocier quoi que ce soit. 

DRZZ : A votre avis, 2008 verra-t-il la création d’un Etat palestinien, selon les souhaits du Président Bush ?

MILLIERE : Non, je ne pense pas. George Bush a toujours dit qu’il voulait voir naître un Etat palestinien libre, démocratique et susceptible de vivre en paix avec Israël. Le but des dirigeants palestiniens quels qu’ils soient est une dictature totalitaire violente servant de base arrière pour mener une guerre de destruction contre Israël. Le Département d’Etat, les diplomaties européennes seraient prêts à voir naître une dictature arabe supplémentaire: le Président Bush n’entérinera jamais ce genre de décision. Je ne crois pas que le peuple israélien laissera Olmert continuer à faire avancer son pays vers le suicide.
Non seulement, je ne pense pas qu’un Etat palestinien verra le jour en 2008, mais je ne pense pas qu’il y aura un jour un Etat palestinien. Ce serait la fin d’Israël et une telle victoire pour le pire de ce qu’a engendré le monde arabe que ce serait aussi l’entrée dans une ère de convulsions majeures. Comme je l’explique dans mon livre Houdna, l’idée de « peuple palestinien » et l’idée de « mouvement national palestinien » ont été conçues aux fins de mettre au point une machine de guerre antioccidentale et anti-israélienne, une machine de guerre ne peut pas servir à faire la paix. Il y a déjà un Etat arabe palestinien qui s’appelle la Jordanie.

 
PRESIDENTIELLES 2008

 
DRZZ : Quel candidat républicain soutenez-vous à ce stade, si vous en soutenez un ? 

MILLIERE : Je ne puis que souhaiter la victoire d’un républicain, et cela ne me semble pas impossible, même si ce sera difficile. Les démocrates ont misé sur une défaite en Irak, et les choses ne se sont pas passées comme ils semblaient le souhaiter. Il existe aussi, toujours, au sein du parti démocrate, un courant gauchiste dont les effets pouraient être très destructeurs: au centre de ce courant, on trouve des gens tels que Michael Moore à qui j’ai consacré un autre livre, qui sort au mois de janvier. Ce qui pourrait jouer en faveur des démocrates serait la lassitude des Américains après plusieurs années de guerre, et le sentiment de sécurité découlant du fait que, depuis 2001, les Etats-Unis n’ont plus été attaqués sur leur sol. Le seul candidat qui me semble susceptible d’avoir une chance d’être élu, je l’ai dit, est Rudy Giuliani. Giuliani est très bien entouré puisqu’il est conseillé, entre autres, par David Frum, Daniel Pipes et Norman Podhoretz. Il a, en ces conditions, ma faveur, mais je suis prêt à soutenir tout candidat républicain.
 
DRZZ : Les sondages prédisent une course entre Rudy Giuliani et Hillary Clinton, avec avantage pour l’ex-première dame. La plupart des médias européens, ainsi que certains médias conservateurs à l’image du Washington Times, estiment que les Démocrates vont gagner. Et vous ?

MILLIERE :  Je pense que ce sera serré, que pour les raisons que je viens d’indiquer, il sera difficile pour un républicain de l’emporter. Mais je ne pense pas que ce soit impossible. Rudy Giuliani est tout à fait à même d’expliquer que le monde est plus que jamais dangereux, que le totalitarisme islamique est toujours à l’offensive, et que la guerre en cours n’est pas du tout achevée. Les profondes avancées constatées en Irak me semblent jouer en faveur de Giuliani. Hillary Clinton dispose d’une imposante machine de campagne, mais les sondages montrent qu’elle n’est pas aimée par le peuple américain. Le Washington Times n’est pas monolithique et mon ami Tony Blankley partage mes analyses sur ce point. La partie n’est pas gagnée pour Hillary. Barack Obama est en train de montrer, en Iowa, que la suprématie d’Hillary peut se trouver ébréchée.

DRZZ : Quelles conséquences cela aura-t-il sur les relations avec la France de Nicolas Sarkozy, selon que l’hôte de la Maison Blanche soit conservateur ou démocrate ?

MILLIERE : Je pense que cela n’aura pas de conséquences notables sur ce plan. Je ne pense pas qu’il y aura à nouveau une rupture profonde entre la France et les Etats-Unis. Le personnel politique et médiatique français, c’est une évidence, préférerait infiniment une victoire démocrate et serait consterné par une nouvelle victoire républicaine, mais une présidence démocrate ne ferait pas pour atant des Etats-Unis un pays plus proche, en ses comportements, de l’Europe. Il y aurait des mesures plus écologiquement correctes, mais, en cas de danger, les Etats-Unis ne prendront pas l’attitude de la faiblesse. Des différences profondes se sont creusées entre les deux rives de l’Atlantique et ces différences subsisteront quel que soir l’occupant de la Maison Blanche.

VOS PROJETS 
 

DRZZ :  Vous publierez, en janvier 2008, un livre consacré au cinéaste Michael Moore aux éditions du Rocher. Pourquoi consacrer un livre à une personnalité aux antipodes de vos idées ?

MILLIERE : Ce livre m’a été suggéré. C’est presque une commande. Je pense, cela dit, qu’il est très important d’en finir avec le « mythe Michael Moore ». Moore n’est pas, pour moi, un adversaire ou un ennemi respectable, c’est un propagandiste dangereux, c’est quelqu’un qui ment et qui falsifie. Que ses films aient pu recevoir, en Europe, l’accueil qu’ils ont reçu me semble très profondément inquiétant. Que quiconque puisse se dire un seul instant qu’il y ait un milligramme de vérité dans des films tels que Bowling for Columbine ou Fahrenheit 911 me met très mal à l’aise. Je prends la propagande très au sérieux. C’est avec la propagande qu’on fanatise, qu’on incite à la haine et qu’on pousse des populations à consentir parfois aux pires abjections. Moore a été pour beaucoup dans la haine anti-américaine et anti Bush de ces dernières années. Il a créé un climat qui a fait oublier les horreurs du 11 septembre et l’abomination qu’a été le régime de Saddam Hussein en Irak. Comme je le dis dans le livre, il faut parfois oser montrer le caractère répugnant de ce qui est répugnant. Certains m’ont dit que Moore était un clown et les faisait rire: j’entends montrer quel visage se cache derrière le masque du clown. Et ce visage n’est pas beau. Je suis certain que ceux qui liront « Michael Moore au delà du miroir » apprendront beaucoup sur l’histoire américaine de ces dernières années et ne pourront plus jamais regarder du même oeil un film signé Moore. Par ailleurs, comme je l’ai dit, Moore est au coeur de la dérive gauchiste qu’a connu le parti Démocrate américain, et, en une année électorale, il est très intéressant de voir les dessous de cette dérive gauchiste.
 
DRZZ : Après l’échec de « Sicko », Michael Moore serait-il sur le déclin ? 

MILLIERE : Sicko a été un échec en Europe, et c’était prévisible: le film traite des défauts du système de santé américain, qui intéresse peu les Européens, et présente des systèmes de santé anglais et français sous un jour si naïf qu’il est difficile de le prendre au sérieux. Cela dit, le film a eu une audience aux Etats-Unis eta contribué à replacer les questions d’assurance santé au centre des débats de l’élection présidentielle. Quand bien même Sicko a eu un succès moindre que des films précédents de Moore, on y trouve des mensonges graves sur le système de santé américain ou sur les sauveteurs du 11 septembre qu’il ne faut pas laisser passer, et que personne n’a dénoncé en France, tout comme personne n’a dénoncé en France les vingts minutes du film qui en font un outil de propagande pro-castriste et, si on regarde les faits de manière précise (ce que je fais dans le livre) le rendent profondément répugnant.

Au delà, oui, Moore me semble sur le déclin. Mais les traces et les conséquencves de ce qu’il a fait sont là. Elles durent, et il importe de les effacer autant que faire se peut. C’est ce à quoi je me suis employé, en me promettant de ne rien laisser debout.
 
DRZZ : Quels sont vos prochains projets ?

las-del-uni-267-1-.jpgMILLIERE : J’ai plusieurs livres en chantier ou achevés. Le prochain à paraître devrait s’appeler « La septième dimension ». Il apportera un regard profondément neuf sur tous les aspects de l’évolution économique, technologique et géopolitique du monde aujourd’hui. Ce sera, pour moi, une étape majeure dans l’oeuvre que je m’efforce de construire, et sans doute mon livre le plus ambitieux, le passage à une autre phase.

Je continue, par ailleurs, à présider l’Institut Turgot. Nous travaillons sur la médecine de pointe, la propriété intellectuelle, les biotechnologies, l’économie de la connaissance, le capital intellectuel, l’environnement et des sujets plus culturels tels que la bataille pour le coeur de l’islam. Une collection de livres Turgot devrait bientôt commencer à paraître: le premier titre sera un ouvrage de Daniel Pipes, le second un livre que j’ai rédigé à partir d’entretiens avec Fereydoun Hoveyda, qui était pour moi l’un des grands représentants d’un islam éclairé. Devraient suivre des livres de Tony Blankley et, j’espère, de Norman Podhoretz, mais aussi un livre que je consacrerai au bilan des années Bush et aux perspectives pour le monde à l’heure des élections américaines de 2008.

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