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Publié par Dreuz Info le 28 décembre 2007


Par Guy Sorman

L’Irak ? Non. Le Dollar ? Pas plus. L’absence d’assurance sociale ? À peine. La débâcle du crédit immobilier ? Certes pas . Le réchauffement climatique ? À coup sur , non. L’Iran ? À la rigueur.

Rien de ce qui, vu d’Europe ou d’ailleurs, nous paraît constituer une sorte de crise américaine, ne déterminera les prochaine élections présidentielles. Ce qui emportera le choix des primaires puis l’issue finale relèvera avant tout , de la morale , de la religion, de la psychologie des candidats. Ces candidats sont-ils pieux ? Démocrates et Républicains, tous pratiquent ou le prétendent ; la piété est plus intérieure chez les Démocrates , affichée chez les Républicains. Mitt Romney est Mormon : est-ce suffisamment chrétien ? Huckabee est un pasteur baptiste ? Voici qui en fait un candidat crédible . Mais il est soupçonné d’avoir accepté des cadeaux , Hillary Clinton aussi : est-ce bien moral ?Barack Obama avec un tel prénom, n’est-il pas un peu musulman ? Par chance , il se trouve un pasteur qui se porte garant de sa foi chrétienne. Rudolf Giulani s’est marié trois fois ? Désormais, c’est juré, il est un mari fidèle. Le Président américain pourrait être noir, une femme, mais athée , jamais.

Il importe ensuite que ce futur Président ne soit pas de gauche . Il n’existe pas de parti socialiste aux Etats-Unis ; mais les Démocrates doivent tous se défendre d’être libéraux, un mot (qui aux Etats-Unis, signifie l’inverse de son sens français) si salissant qu’on ne le désigne que pas son initiale , L. Etre L, c’est envisager que l’Etat résoudrait les problèmes économique et sociaux mieux que n’ y parviendraient l’économie de marché et la responsabilité individuelle ; alors que le vrai problème , disait Ronald Reagan, c’est l’Etat , c’est Washington . Tout candidat pour Washington, se doit d’être contre Washington.

Pacifiste est aussi suicidaire que L : le candidat sera donc un chef de guerre crédible qui fait confiance aux troupes. Le seul pacifiste déclaré , Ron Paul, passe pour extravagant ; une dérive qu’il compense par une passion immodérée pour le capitalisme . 

Du côté Républicain, l’allure martiale sied naturellement à John McCain, héros du Viet Nam et Rudolf Giuliani, héros du 11 septembre ; chez les Démocrates , Hillary Clinton y travaille en gommant sa féminité et par des tournées sur le front. Ce n’est qu’à New York, plus exactement au Nord Ouest de Manhattan ( Upper west side) , ou sur quelques campus universitaires, qu’un observateur européen en quête d’une gauche américaine, rencontrera une poignée d’anti-impérialistes avec qui sympathiser.

Vu d’Europe , ce qui rend les candidats si semblables est donc plus net que leurs différences : tous estiment que les Etats-Unis ont une destinée manifeste, de caractère quasi mystique. Tous dialoguent avec le Christ. Tous considèrent que le capitalisme américain est insurpassable. Aucun n’envisage un retrait du monde, ni économique, ni militaire. N’ayons sur ce sujet aucun doute : le cœur des Etats-Unis reste Reagano -conservateur .Un Président démocrate sera moins conservateur qu’un républicain mais il ou elle ,restera tout de même à l’intérieur du carré magique tracé par Ronald Reagan en 1980 : peu d’Etat, de la morale , du marché et de l’activisme militaire .

L’Irak ? Seul Obama regrette que l’armée y soit allée, il souhaite qu’elle en parte vite mais ce sera pour se renforcer en Afghanistan. Aucun autre candidat sérieux n’envisage un retrait du Proche-Orient d’autant que le sort des armes à Bagdad, grâce au général Petraeus, paraît tourner à l’avantage des Etats-unis. Ajoutons que l’Irak, aperçu à la télévision américaine, c’est assez loin et une affaire de professionnels.

L’assurance maladie est une préoccupation plus immédiate mais pas centrale non plus ; aux quelques dizaines de millions d’Américain non assurés (mais soignés dans les hôpitaux) , les Démocrates, et aussi les Républicains, proposent une meilleure couverture à condition qu’elle ne soit ni centralisée ni étatisée. Une Sécurité sociale à la française, ou à la canadienne qui lui ressemble, un monopole public, nul n’en voudrait aux Etats-unis et nul candidat ne le suggère : la liberté du choix et la privatisation, restent des normes incontournables . Une même prudence vaut pour le crédit immobilier : quelques millions de familles surendettées ont perdu leur logement ,mais il importe avant tout que le plus grand nombre continue à accéder à la propriété . Aucun candidat ne porterait atteinte à ce rêve-là. 

L’écart entre Républicains et Démocrates est-il plus franc sur les sujets qui fâchent et dressent véritablement certains Américains contre d’autres ? L’avortement , le droit de porter des armes , la peine de mort , l’immigration . Pour tous les candidats , c’est un exercice de funambule : les Démocrates penchent vers la liberté du choix des femmes, le contrôle des armes personnelles, l’abolition de la peine de mort mais avec modération. On s’en remet volontiers à la sagesse de la Cour Suprême et à la responsabilité locale des Etats . Les Républicains ne surenchérissent pour condamner l’avortement que pour mobiliser leur base radicale ; face aux électeurs dans leur ensemble, ils balancent sur la même ligne étroite que leurs adversaires . 

Reste l’immigration : sur ce sujet, les postures relèvent de l’arithmétique électorale. Depuis Ronald Reagan et avec George W Bush , les Républicains sont plus accueillants aux immigrés que les Démocrates , parce que plus individualistes ou à l’écoute des entreprises en quête de main-d’oeuvre . Les Démocrates ? Plus proches des syndicats , ils sont restrictifs , avec précaution : les Latinos pèsent plus lourd que les xénophobes et les riverains du Mexique hostiles aux clandestins . La même arithmétique rapproche les candidats confrontés à la mondialisation et aux importations chinoises : les emplois perdus coûtent des voix, mais les consommateurs des supermarchés en rapportent plus .

Le réchauffement climatique ? En dehors de la Californie, toujours en pointe ou à la mode, la plupart des Américains n’y croient pas et ceux qui le redoutent sont moins nombreux que ceux qui refusent une taxation de l’énergie , serait-ce pour sauver la planète. George W Bush n’a pas fait ratifier le traité de Kyoto par le Sénat , mais Bill Clinton et Al Gore non plus, parce que tous savaient que le Sénat y est unanimement hostile. Parions que le prochain Président, fera confiance à l’innovation technique, le credo américain, plutôt que d’accepter une contrainte internationale.

À ce seuil, l’économie n’a pas été évoquée parce que ce n’est pas aux Etats-Unis, un sujet politique ; il n’existe pas de Ministère de l’économie , on s’en remet au marché et à ses institutions, la Banque fédérale en particulier . Les controverses ne portent que sur la redistribution de la croissance : les Démocrates sont disposés à taxer les super riches , mais sans excès . Ils savent que les capitaux et les chefs d’entreprises sont volatiles.

Comment les Américains pourraient –ils arbitrer entre des programmes aussi nuancés ? La personnalité des candidats fera la différence : le caractère, la psychologie plus que l’économie ou la guerre , comme un vaste reality show à l’échelle de la nation.

Le monde devrait-il s’en inquiéter puisque le président des Etats-unis est aussi celui des non Américains ? La prospérité, la paix, la libre circulation sont partout tributaires du cours du Dollar et de la présence militaire américaine, gendarme planétaire . Mais le résultat de ces élections présidentielles sera-t-il si décisif ? La Maison blanche est pour l’essentiel un système autogéré et les institutions américaines plus durables que le pilote . Oui, l’idéologie dominante importe mais les élections de 2008 ne préfigurent pas une mutation comparable à celle de 1932 avec le New Deal, ni à celle de 1964 avec la Grande Société de Lyndon Johnson, ni à la Realpolitik de Richard Nixon en 1968 .La révolution conservatrice des années 1980 n’a pas encore épuisé son élan ; elle n’a pas non plus d’alternative , pas cette fois-ci .

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