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Publié par Dreuz Info le 4 février 2008

Par Rama Yade, secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme, Le Monde, 4 février 2008

En proposant, lors de sa visite en Inde, à Taslima Nasreen de se rendre à Paris pour recevoir le prix Simone-de-Beauvoir, le président de la République a souhaité exprimer à l’écrivaine bangladaise menacée de mort par les intégristes islamistes le soutien de la France dans son combat pour la liberté. Il a voulu lui dire que la France éternelle, celle de 1789, de Hugo, de De Gaulle, de Simone Veil, celle de Ni putes ni soumises, l’a entendue. La parole présidentielle est celle de tout un peuple qui s’est promis de porter, par-delà les océans, ces mots qui tonnent, jusqu’à donner le vertige aux peuples étrangers : « liberté, égalité, fraternité ».

Le crime de Taslima Nasreen est d’avoir écrit que l’islam n’autorisait pas l’humiliation des femmes : « Faut-il que je paie le crime d’être née femme ? » Elle paie si cher, Taslima, obligée de quitter son pays en 1994 ; contrainte à une longue errance qui l’a conduite en Inde, où, en 2007, sa tête a été mise à prix pour 500 000 roupies par un groupe islamiste. Nous aurions voulu la rencontrer pendant notre séjour indien pour lui dire que la France ne l’oubliait pas. Elle se rappelle à notre souvenir au moment où Benazir Bhutto est assassinée. Cet assassinat et l’errance de Taslima Nasreen nous rappellent que le pire peut côtoyer le meilleur, l’obscurantisme cohabiter avec la modernité. Pour l’avenir, selon qu’il tranchera dans un sens ou dans l’autre, le sous-continent indien sera un exemple ou un cauchemar pour le monde.

 

11 septembre 2007 : Ayaan Hirsi Ali est à Paris. Notre rencontre tombe le jour anniversaire des attentats de New York. Ex-députée néerlandaise d’origine somalienne, elle arrive en France, chargée du poids d’une fatwa qui l’a conduite à se réfugier aux Etats-Unis. Qu’elles soient du Bangladesh ou de la Somalie, les combattantes de la liberté se ressemblent toutes : chez Ayaan comme chez Taslima, la douceur cohabite avec la hardiesse. Taslima dit ces mots froids : « Femmes, libérez-vous des morsures de la peur pour vous tenir debout, droites et fières ! » Ayaan, elle, a l’audace de celles qui jouent leur va-tout, quand elle dit : « Vous pouvez exprimer votre opinion, mais votre tête sera coupée. Vivre dans une démocratie ne change rien à l’affaire, alors que c’est rien de moins que la liberté d’expression qui se joue ! »

Elle vous enchante, Ayaan, autant qu’elle vous glace. Sa vie a été aussi mise à prix : elle a participé à l’écriture d’un scénario de film sur l’islam. L’auteur du film, Theo van Gogh, a été assassiné en plein jour, en 2004, de huit coups de revolver. Son meurtrier a égorgé son cadavre et lui a planté deux couteaux dans la poitrine. Dessus, une fatwa adressée à Ayaan Hirsi Ali.

Taslima, Ayaan, deux femmes pourchassées pour avoir osé dire leur vérité de femmes libres. On peut les trouver dérangeantes, excessives, sulfureuses. On n’est pas obligé d’être en accord avec leurs propos, mais elles doivent avoir le droit de les tenir. Toutes les fureurs qu’elles portent en elles doivent être entendues par le pays des droits de l’homme. Le long sanglot de ces Voltaire des temps modernes est celui de femmes qui ne veulent pas vivre à genoux. Leur détresse est notre humiliation. Leur désarroi, notre remords.

Ayaan et Taslima, que tout sépare mais que les fatwas rapprochent, en ont toutes les deux appelé au même pays, la France. Pourquoi nous ? Parce qu’un jour nous avons eu l’audace inouïe de nous proclamer pays des droits de l’homme. Parce qu’elles ont entendu Nicolas Sarkozy prendre le parti des femmes opprimées dans le monde et annoncer courageusement que, désormais, elles étaient françaises. Parce qu’être français, c’est pour elles, être libre.

C’est à elles que les femmes françaises ont décidé d’attribuer le prix Simone-de-Beauvoir. Mais Ayaan veut aussi que nous l’aidions à assurer sa sécurité où qu’elle soit. Taslima, elle, souhaite que l’Inde lui accorde la nationalité indienne. Ce que veulent ces deux femmes, c’est la liberté de circuler sans risquer d’être tuées.

Face à leurs requêtes, certains peuvent choisir le parti de la prudence, de peur de provoquer les fondamentalistes. Alors que la main des terroristes ne tremble pas quand il s’agit de tuer, le monde occidental, lui, tremblerait-il désormais quand il s’agit d’affirmer ses valeurs de liberté, de justice, de solidarité ? C’est pourquoi je propose que l’Europe fasse de l’égalité des droits entre les hommes et les femmes une priorité partout dans le monde, y compris les pays musulmans. Si nous abdiquons, nous risquons de nous trouver dans une situation où ce sont ces femmes isolées, venues de pays supposés étrangers à nos valeurs, qui les défendront le mieux. Ne pas les soutenir, c’est négliger nos valeurs. Les oublier, c’est oublier qui nous sommes. Nous sommes à un tournant civilisationnel. Ce sera eux ou nous. Taslima et Ayaan l’ont compris. Il est encore temps de les sauver. Et, de nous sauver nous-mêmes.

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