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Publié par Dreuz Info le 21 mars 2008


Décidemment, les médias francophones ne savent plus où donner de la tête. En 2004, ils moquaient le néoconservatisme dont ils annonçaient la mort imminente. En 2007, les commentateurs de droite se bousculaient pour demander « un néoconservatisme français », avant d’en prédire la fin trois mois plus tard. 

Nos grands esprits continuent à valser aujourd’hui. Voyez Francis Fukuyama, un intellectuel-girouette ayant prédit la fin des néoconservateurs quand ces derniers étaient en difficulté. Trois ans plus tard, il signe un ouvrage retraçant les origines du mouvement ! 

Est-ce une surprise ? Pas vraiment. La gauche s’est exfiltrée de l’histoire et a brouillé ses modèles de compréhension du monde. Dépassée par les évènements, elle tente aujourd’hui de rattraper son retard. Aussi lit-on des articles comme celui ci-dessous, qui découvre la pensée néoconservatrice sept ans après le 11 septembre.

Il s’agit d’un billet publié par un quotidien suisse et découvert par DJ – merci à lui. Je vous laisse juger de la pertinence de l’analyse donnée ici par Olivier Meuwly, historien.

Notons par ailleurs que « le blog drzz » et ses alliés sont les seules plateformes ayant expliqué la teneur du discours néoconservateur depuis 2006. Si l’on en croit M. Meuwly, le néoconservatisme restera comme « l’un des phénomènes marquants du début du XXIe siècle politique ». Vous imaginez ?

Félicitations aux lecteurs du blog drzz ! Vous êtes ainsi les rares francophones à vivre de plein pied dans votre temps.

L’histoire humaine est par essence l’histoire des idées. (Herbert Wells)


LE TEMPS, 13 MARS 2008

Parmi les nombreuses
questions que recèlent les élections américaines, l’une d’elles concerne l’avenir de la pensée néo-conservatrice, alors même que s’achève le long déclin de celui qui incarna justement le conservatisme de son pays huit années durant. Mais il se trouve que le discours conservateur a essaimé en Europe, comme le montrent sa percée en Suisse, dans le sillage de l’UDC, et l’avènement de Nicolas Sarkozy, fortement tributaire des suffrages des conservateurs français. Ces événements doivent nous amener à nous intéresser au phénomène «néo-conservateur» qui restera, quoi qu’il arrive, comme l’un des phénomènes marquants du début du XXIe siècle politique.

«Néo-conservateur», ou en raccourci «néo-cons»: l’épithète fait pourtant frémir depuis qu’elle est systématiquement accolée aux ruades bellicistes de l’administration Bush. N’entend-on pas en effet régulièrement que les harangues guerrières lancées par le gouvernement américain lui ont été inspirées par des «think tanks» rattachés à la mouvance néo-conservatrice? C’est devenu l’un des lieux communs du discours moderne.

Mais que signifie l’étiquette «néo-conservatrice»? C’est ce que s’est demandé, dans un ouvrage récent*, le politologue américain Francis Fukuyama, célèbre par son livre sur la fin de l’histoire. Au fil d’un bref mais stimulant essai, il tente de suivre l’histoire de la pensée néo-conservatrice et d’expliciter son contenu actuel. On remarquera que le détour américain permet de mieux saisir certains des ressorts de cette pensée, y compris dans sa version européenne.

Le néo-conservatisme apparaît dans les années 1930 à New York, sous la plume d’anciens étudiants trotskistes. Viscéralement anticommunistes, ils vont abandonner leurs oripeaux marxistes dès la fin de la Seconde Guerre mondiale et porter main-forte aux anticommunistes «classiques» des USA, dominés par les idéaux libéraux (au sens européen du terme) et religieux du parti républicain. Leur ancrage à droite se poursuivra dans le courant des années 60 du XXe siècle, où les néo-conservateurs vont combattre en rangs serrés la Nouvelle gauche largement adossée aux mouvements culturels alternatifs, et souvent libertaires, alors en vogue.

A travers le sas néo-conservateur s’est ainsi créé un vaste terrain doctrinal vers lequel convergeront contempteurs des institutions internationales et du relativisme ambiant, adversaires de toute ingénierie sociale, zélateurs d’une démocratie que les USA se doivent d’imposer au monde quitte à renverser par les armes les régimes dictatoriaux en place, ainsi que certains tenants d’un anarcho-capitalisme qui, au nom d’une liberté absolue, rejettent en réalité l’idée même d’Etat. Mais l’arrière-fond «gauchiste» n’a jamais été aboli: on sait que le «conservatisme de la compassion» brandi par Bush lors de sa première campagne électorale lui a été dicté par un professeur d’Austin, lui-même ancien trotskiste. Ainsi nanti d’un discours à la fois moral et économique, le néo-conservatisme fut alors à même de conquérir de larges pans de la droite américaine.

Et les origines gauchistes du néo-conservatisme, associé à un messianisme démocratique indéniable, ne peuvent que nous interroger sur les mutations subies par le conservatisme sous nos latitudes, représenté, en Suisse, représenté dans une large mesure par l’UDC. Retrouve-t-on dans ce parti certains éléments propres au néo-conservatisme américain?

A certains égards, oui. On a souvent relevé que l’UDC avait attiré un vaste électorat ouvrier, et on a attribué cette affection des petites gens pour ce conservatisme de droite au discours très social, aux accents parfois populistes, tenu par les responsables de ce parti. Mais la réponse est incomplète. Si M. Blocher aime à citer Hayek, on a repéré aussi un grand nombre d’anciens adeptes du mouvement soixante-huitard qui, au seuil des années 90, ont passé avec armes et bagages du côté de l’UDC, surtout en Suisse alémanique. Et si l’isolationnisme prôné par M. Blocher et ses amis relève partiellement du néo-conservatisme, leur mystique du peuple et leurs assauts contre l’Etat providence rappellent bien l’idéalisme démocratique et antibureaucratique des «néo-cons», truffé de références à la fois libérales, au nom de la liberté individuelle, et traditionnelles, comme expression d’une liberté collective comme authentique foyer de sécurité et de ressourcement.

Cette dimension traditionnelle se reflète d’ailleurs dans l’appel religieux auquel se livrent les discours conservateurs. De l’évangélisme «born again» de Bush à la piété protestante du fils de pasteur qu’est Christoph Blocher, en passant par le retour aux valeurs religieuses fondatrices de la France que réclame Sarkozy, la religion resurgit comme ferment de l’unité morale unissant les membres de toute collectivité. Dans cette reconstruction éthique, les prolongements libéraux, voire ultralibéraux parfois, sont à la fois banalisés et contrôlés: le libéralisme économique est dégommé comme fin en soi d’un absolutisme libertaire, mais s’impose comme conséquence logique d’un mouvement qui place la liberté individuelle et nationale au centre du processus social.

Cette reconstruction morale autour d’un discours conservateur reformulé explique l’alliance entre gauchistes déçus et gens de droite déçus d’un socialo-libéralisme étatique et individualiste. Car trotskistes et néo-conservateurs ont puisé, à un moment de leurs développements respectifs, à une source identique: une mythique pureté originelle, identifiée au peuple fier de ses origines et de sa prétendue supériorité morale. Ce romantisme a essaimé à droite et à gauche. Il n’était dès lors pas étonnant que ses partisans s’assoient un jour à la même table. En Suisse ou en France, où l’amitié subite de maints intellectuels de gauche pour le locataire de l’Elysée ne peut se comprendre par les seules séductions du «bling-blingisme» présidentiel…

Avec ou sans Bush, face à une droite libérale qui ne comprend plus ses fondements conservateurs [?], le néo-conservatisme de ce début de siècle n’est donc pas près de s’éteindre. La question est plutôt de savoir s’il demeurera amarré à droite ou s’il continuera à se ramifier vers la gauche [?], notamment à travers l’écologisme, comme on le constate de plus en plus.

*Francis Fukuyama. «D’où viennent les néo-conservateurs?», Grasset, Paris 2006.

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