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Publié par Dreuz Info le 2 mai 2008

  

  
Le P. Remaud : un prêtre catholique résidant en Israël s’exprime. Je publie ci-après un article du Père Remaud, qui vit en Israël depuis des décennies. Son témoignage complète avantageusement les opinions que divers clercs véhiculent à leur retour de pèlerinnage en Terre Promise. Je sais que ce témoignage du Père Remaud ne fera pas plaisir à certains de mes corélogionnaires. Oserais-je ajouter que je commence à en avoir l’habitude ? Miguel Garroté

Bibliographie de l’Abbé Michel Remaud, spécialiste des relations entre chrétiens et juifs

« On connaît la formule célèbre du général De Gaulle, dans ses mémoires de guerre : « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». La modestie du propos était à la mesure du personnage. Aujourd’hui, des écrivains de moindre envergure souscriraient volontiers, semble-t-il, à la proposition inverse : « De l’Orient compliqué, je revenais avec des idées simples ».

Un article publié par l’hebdomadaire catholique belge Dimanche paroissial, sous le titre « Bethléem, une prison en territoire occupé », en fournit une parfaite illustration. Si nous nous arrêtons sur cet article, c’est à la fois parce qu’il est très récent (20 avril 2008) et parce qu’il est caractéristique d’une littérature christiano-simpliste qui fleurit dans un nombre de feuilles impossible à recenser.

Nous voilà donc partis pour Bethléem. Après avoir franchi « plusieurs points de contrôle » pour y parvenir, l’auteur nous décrit un bâtiment criblé de tirs d’obus, la basilique déserte au milieu du « ghetto », les « murs infranchissables [qui] enserrent insolemment les quartiers de la ville » et les hôtels vides de clients, les agents de voyages envoyant touristes et pèlerins loger dans les « colonies » qui enserrent la ville. « Aux points de passage, des femmes enceintes ont dû accoucher ; des enfants comme des adultes, dont l’état de santé nécessitait des soins urgents sont morts parce que les militaires israéliens les ont délibérément fait attendre ». On apprend aussi que les chrétiens, « hormis quelques cas isolés », ont toujours vécu « en bonne entente avec les musulmans », au sein d’une société palestinienne dont on nous vante la chaleur de l’hospitalité.

Au risque de soulever des cris d’indignation, n’hésitons pas à le dire : cette littérature est perverse. Elle l’est d’abord par la manière dont elle amplifie la réalité tout en la gauchissant. Il n’y a pas « plusieurs points de contrôle » entre Jérusalem et Bethléem, il y en a un, le barrage 300, entre Tantour et la tombe de Rachel, qui est franchi tous les jours dans les deux sens par des milliers de travailleurs palestiniens, comme l’auteur aurait pu le constater si elle s’était rendue sur les lieux à 7 heures du matin, ou en fin d’après-midi. Il y a eu effectivement des cas d’accouchements et de décès aux points de contrôle (encore faudrait-il préciser que des ambulances transportant des femmes enceintes ont parfois servi à faire passer aussi des ceintures d’explosifs, et que les garde-frontières ont de bonnes raisons d’inspecter les véhicules qui entrent en Israël); et il n’est que trop vrai que des Palestiniens y subissent des traitements humiliants, souvent injustifiés, qui sont d’ailleurs largement dénoncés par les organisations humanitaires israéliennes. Mais si l’auteur avait disposé d’un peu plus de temps pour son reportage, elle aurait pu aussi se rendre dans les hôpitaux israéliens pour voir avec quel soin les patients palestiniens y sont traités. Cet article est pervers parce qu’il laisse croire qu’une fois dessinées les grandes lignes du tableau (Israël est l’oppresseur, les Palestiniens sont les opprimés), l’objectivité est une question secondaire, et que le lecteur qui osera crever quelques ballons se verra accuser de « chercher la petite bête ». Peu importe, par conséquent, que Bethléem ne soit pas encerclée de colonies ; la seule colonie édifiée à proximité est celle de Har-Homa, construite sur des terres, non volées aux Arabes, mais achetées au plus gros propriétaire foncier du pays, l’Église orthodoxe. Peu importe qu’à la date où l’article est publié, les restaurants de Bethléem soient combles, au point que les groupes doivent attendre parfois une heure ou davantage pour y entrer, et que les hôtels doivent faire face à une demande qu’on n’avait pas vue depuis de nombreuses années. Peu importe que des groupes de pèlerins doivent renoncer à descendre dans la grotte de la nativité à cause de la densité de la foule qui emplit la basilique. Peu importe que l’auteur ne dise pas dans quelles implantations elle aurait vu des hôtels, puisque le lecteur n’ira pas vérifier ; on aurait pourtant aimé le savoir ! Et où a-t-on vu que des murs sépareraient les quartiers les uns des autres à l’intérieur même de la ville ? En second lieu, cette littérature est perverse par son caractère unilatéral.

Si les habitants de Bethléem sont asphyxiés derrière une clôture de sécurité, la raison de cette situation n’est pas à chercher du côté d’un sadisme gratuit imaginé par une quelconque perversité israélienne. Qu’on ne nous fasse pas dire pour autant que la population palestinienne dans son ensemble serait responsable de ses propres malheurs ; l’argument est trop facile. Mais c’est un fait que cette clôture est le seul moyen qu’ait trouvé Israël pour se protéger des attentats. Le sujet est tabou, on le sait ; il n’est pas politiquement correct de parler de l’efficacité de la clôture. Il y a pourtant un fait incontestable : quand elle n’existait pas, il y avait des attentats et les pèlerins ne venaient pas. Il nous est souvent arrivé de dire à ceux qui nous interrogent sur ce mur, et souvent de façon provocante : « S’il n’existait pas, vous ne seriez pas là ».

À notre connaissance, les agences qui mettent ce mur de béton à leur programme n’organisent pas de rencontres avec les victimes des attentats ou avec leurs proches, ni même une minute de silence devant une plaque commémorative. Il serait pourtant utile et honnête que les visiteurs sachent ce que cette clôture veut empêcher. Elle est perverse, enfin, par son caractère exclusivement affectif. On n’y trouve aucun élément d’analyse : tout se réduit à l’émotionnel. Tout pour les yeux, rien pour la tête. La télévision nous a habitués à ce genre où les glandes lacrymales sont sollicitées plus que les neurones, pour reprendre la formule d’une journaliste.

Que ce type de littérature puisse s’épanouir dans une revue catholique est le symptôme d’une confusion inquiétante entre la charité et le bon cœur. Et le bon cœur qui n’est pas éclairé par l’intelligence peut conduire à envenimer les problèmes qu’il prétend résoudre.

Il y a déjà plus de vingt ans que Jacques Ellul écrivait ces phrases, qui visaient les membres du clergé, protestant d’ailleurs autant que catholique, vu l’appartenance de l’auteur, et que l’on peut étendre à tous les « bons chrétiens » : « Les membres du clergé sont particulièrement sensibles aux problèmes de conscience, et il suffit d’évoquer le sort tragique des Palestiniens, ou leur massacre, pour aussitôt obtenir leur adhésion fracassante en toute ignorance de cause. Ils prennent le parti des faibles et des opprimés, c’est-à-dire de ceux qu’on leur montre et désigne comme tels, et sans chercher plus loin. Quand les belles âmes se mêlent de politique, elles font des choix parfaitement aveugles, et sont en même temps garants de la cause et les plus extrémistes dans leur jugement. »
  

  
On ne saurait mieux dire. Dans le monde chrétien, il n’est pas rare que le cœur et la tête ne fassent pas bon ménage. Il est facile aujourd’hui d’être un bon chrétien s’il suffit pour cela de prendre en photo la clôture de sécurité — ce qui ne coûte rien, depuis l’invention des appareils photo numériques — et de crier ensuite son indignation. Et en plus, ça dispense de penser. Parce que penser, ça fatigue ». Père Michel Remaud, prêtre catholique résidant en Israël © Un écho d’Israël Mis en ligne le 27 avril 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org
  

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