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Publié par Dreuz Info le 2 juin 2008

Les Suisses ont rejeté, à deux contre un, l’initiative de l’UDC (Union démocratique du Centre, premier parti de Suisse), visant à permettre aux communes de décider elles-mêmes, par les urnes, d’octroyer ou non la nationalité aux candidats étrangers. C’est un camouflet mérité pour l’UDC.

Pour argumenter en faveur de la démocratisation des naturalisations, l’UDC avait deux voies. Elle pouvait se fonder sur l’idéal démocratique et défendre la démocratie directe comme on prône un principe supérieur ou trop fondamental pour être remis en question. Ou elle pouvait parler du risque qu’il y a à naturaliser des étrangers dont la loyauté envers la Suisse est incertaine. Or, si l’on a certes un peu parlé de démocratie directe et des fondements du droit dans une nation qui s’en réclame, l’UDC a clairement axé le gros de ses efforts sur l’autre pilier. Et, dans ce cadre, au lieu d’informer ouvertement, elle a raconté des histoires.

D’une certaine manière, il était indispensable de fonder la campagne sur le «problème des étrangers», car sans ce problème, la nécessité d’un débat national sur la légitimité d’un processus dont seule une petite minorité de communes faisait usage semblait tout de même un peu légère. Mais c’était demander au peuple suisse de se déclarer officiellement xénophobe que d’accepter cette initiative sur la base des arguments affichés par l’UDC.

La criminalité des étrangers, ou plutôt son aggravation, est certes établie et préoccupante, mais il n’en est pas moins faux de les stigmatiser globalement, comme le faisaient notamment les affiches de l’initiative (avec des mains de gens de couleur s’emparant de passeports suisses). Ce sont certains étrangers qui posent problème, pas les étrangers. Et ce n’est pas une question de gènes, de couleur de peau, mais de valeurs culturelles, ou de comportements dictés par ces valeurs. Et le problème n’est grave qu’en présence de valeurs culturelles très spécifiques — même l’absence d’intégration n’est qu’un problème mineur pour des communautés qui respectent les mêmes principes de moralité que ceux qui ont fondé le droit suisse.

Le problème n’est grave que lorsque des gens, qu’ils soient étrangers ou pas d’ailleurs, transportent, diffusent, prônent ou imposent des valeurs culturelles intrinsèquement antagonistes aux nôtres, des valeurs qui s’attaquent à la légitimité de la démocratie, de l’État de droit, des libertés individuelles, de l’égalité devant la loi, de la dignité de la personne humaine. Des valeurs qui établissent des fossés entre les êtres, qui déshumanisent une partie des gens et suggèrent leur assujettissement, voire leur élimination. C’est cela, ces valeurs et les actes qui leur servent de vecteurs, qu’il faut mettre en lumière et stigmatiser, et surtout pas les communautés qui en souffrent déjà le plus.

Mais pour cela, il faut préférer la vérité aux précautions seulement politiciennes.

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