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Publié par Dreuz Info le 26 juin 2008


On ne joue pas
les mariolles avec le Mossad. Ni avec Israël, d’ailleurs. Ou on le paie cash.

Quelques lignes ont fleuri sur le Kidon à l’occasion de la sortie du très mauvais film de Steven Spielberg, Münich , consacré à la vengeance des attentats des JO (commandités par Yasser Arafat lui-même), mais il est encore mal connu.

Le Kidon (baïonnette en hébreu) est une cellule active des services secrets israéliens. Il s’agit d’une division minuscule de la CAESAREA, la branche clandestine de l’Institut. Officiellement, il n’agit que dans les pays-bases (non-hostiles), mais sur le terrain, les kidonim, recrutés parmi les forces spéciales israéliennes (Sayeret Matkal, Sayeret Shaldag et Sayeret Golani surtout), sont devenus indispendables pour mener une opération ciblée où que ce soit à l’étranger. 

Le commando Kidon compterait 48 membres permanents, dont 12 femmes.  Il a eu plusieurs chefs connus, dont Mike Hariri (qui dirigea l’Opération « jeunesse de printemps » jusqu’au fiasco de Lillehammer, en 1973) et Shabtai Shavit, futur directeur général ou encore Hagai Addas, qui dirigea les commandos pendant deux décennies et jusqu’au milieu des années 90.  

Labellée comme tout « combattant », l’identité de chaque kidon est soumise au secret le plus strict. « Il faut savoir se battre, se battre à mains nues, avec n’importe quel type d’arme en circulation, avec un couteau, avec un stylo et même une carte de crédit. Nous devons manipuler les explosifs, les plus hautes techniques de surveillance, de filtrage et de filature » commente un officier de cette branche spéciale. Deux types de cibles sont traités : certaines sont éliminées dans l’urgence d’une opération, pour secourir un katsa (agent) par exemple. Les autres sont assassinées au fur et à mesure selon une liste à laquelle seuls les kidonim, le directeur du Bureau et le Premier Ministre d’Israël ont accès. Toute personne qui menace la vie d’Israéliens se retrouve, un jour ou l’autre, sur la liste noire du Kidon et devient un mort en sursis.

Le Kidon agit comme le glaive qui s’abat sur tous les ennemis mortels de l’Etat juif. Entraînés quelque part dans le désert du Néguev (la base aérienne de Kfar-Tsin, dit-on), ses escadrons se déplacent à quatre, généralement trois hommes et une (jolie) femme – le piège idéal pour éliminer les cibles masculines. Leurs armes sont multiples : dague, gaz tabun, poison, uzi, beretta… L’Afrique, théâtre-phare des kidonim a vu récemment plusieurs islamistes être assassinés de manière particulièrement brutale ( livrés aux lions !), signe que le Mossad a tiré les leçons des derniers attentats dirigés contre les touristes israéliens en terre africaine. 

Une fois la cible déclarée « ennemie d’Israël » et condamnée à mort dans une planque spéciale de la rue Pinsker, à Tel Aviv, des juristes proclament la sentence ultime, immédiatement relayée aux tueurs professionnels par le directeur du Mossad, Meir Dagan (photo). 

L’unité « Teud », qui gère une imprimerie spéciale cachée au second sous-sol du centre d’entraînement des agents (Tsomet Glilot), procure les faux-papiers nécessaires aux opérations. Jusqu’en 1998, les fausses nationalités les plus prisées par les kidonim étaient canadiennes, mais depuis le fiasco d’Amman, après lequel le Canada menaça de rompre ses relations diplomatiques avec l’Etat hébreu, il semblerait que l’ont soit revenu aux papiers « classiques et universels », soit turcs, suisses ou belges.  

On a vu comment le groupe terroriste Septembre Noir a été anéanti par le Kidon dans les années 70, ou comment celui-ci a retardé le programme nucléaire irakien au début des années 80 en éliminant systématiquement les scientifiques impliqués dans le projet et séjournant en France. Nous savons aujourd’hui que les membres du programme nucléaire iranien disparaissent les uns après les autres, à l’image du professeur Ardeshir Hosseinpour, empoisonné au gaz début 2007. On imagine mal, cependant, avec quelle régularité la sentence ultime est appliquée par Israël, Etat en lutte perpétuelle avec des ennemis nihilistes.

Les premières opérations de ce qui n’était encore que des Nokmin (vengeurs) a eu lieu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Bien décidés à faire payer ceux qui avaient voulu anéantir le peuple juif, ces hommes de l’ombre ont infiltré les prisons alliées pour y empoisonner, battre ou égorger les tortionnaires nazis. La plus remarquable de cette opération provoqua la mort de 4’300 SS dans la nuit du 13 au 14 avril 1946 dans la prison de Nuremberg, autant de criminels empoisonnés au nez à et à la barbe de leurs geôliers américains.

La même fermeté est nécessaire à l’égard des nouveaux barbares. L’actualité le prouve.

Entre l’été 2007 et le printemps 2008, on sait que l’Etat hébreu a frappé quatre fois, au moins, dont trois mortellement, sans compter les opérations dont personne n’entendra parler. Ashraf Marouane a fourni au Mossad des renseignements pendant près de trois ans.

26 juin 2007, Londres. Des kidonim précipitent Ashraf Marouane (photo) du haut de son balcon dans la banlieue de la City. Motif ? Marouane, ancien agent du Mossad sous le nom de code « Babel », gendre de Nasser recruté par l’Institut dans les années qui ont précédé la guerre du Kippour, écrit secrètement un livre détaillant la manière dont le gouvernement israélien n’a rien vu venir de l’offensive arabe en 1973. En effet, à l’époque, Marouane avait livré des informations si précises sur l’imminence d’une offensive ennemie que personne ne l’avait cru à Tel Aviv ! L’ancien agent compte bien proposer ce scoop sensationnel à des éditeurs britanniques. Coup de théâtre à l’été 2007 : un article de la presse israélienne consacré au projet de Marouane alerte le Mossad. Conscient de la gravité de la situation, l’Egyptien se plaint à des amis d’avoir un « affreux mal de tête », sans commune mesure toutefois avec le mal de crâne dont il est mort après la chute de son balcon.

12 février 2008, Damas. Il est 22h30. Le chef du renseignement et co-fondateur du Hezbollah, Imad Mughniyeh sort d’un appartement du quartier chic et hautement sécurisé de Kfar Soussa, à Damas. Mughniyeh est le terroriste le plus recherché du monde. Longtemps avant Oussama Ben Laden, il a été traqué par toutes les agences de la planète, et a provoqué des centaines de morts en organisant des attentats en Israël et au Liban. Jamais depuis Ali Hassan Salameh (cerveau derrière les attentats de Münich, finalement éliminé en 1979), un homme était parvenu à défier aussi longtemps les services secrets occidentaux. Mughniyeh est heureux : en 2006, il a vaincu Israël au Liban. Les Américains sont fixés sur l’Irak. Le Liban est devenue terre du Hezbollah. Mieux encore : le monde se presse à nouveau au chevet d’Assad. A l’évidence, la saison est pleine de promesses pour son organisation.

Confiant, le Hezbollahi ouvre la portière de sa Mitsubishi Pajero. Il vient de participer à une rencontre avec l’ambassadeur iranien à Damas. Les deux partenaires planifient en effet des attentats contre Israël en riposte à l' »Opération Orchard » du 6 septembre 2007. 

Mughniyeh (photo) s’assied côté conducteur. Il ne sait pas qu’il se trouve alors au-dessus
 de puissants explosifs nichés dans le rembourrage de son siège. Mughniyeh a été repéré. Ali Al Jarrah, agent du Mossad d’origine libanaise et recruté dans la vallée de la Bekaa, l’a repéré dans une ville étrangère, hostile et hautement sécurisée, un exploit que nulle autre agence de pourrait réaliser. Jarrah le voit fermer la portière.
Mughniyeh enclenche le moteur. Et saute. Selon des témoins , l’explosion est si puissante qu’elle couvre le parking de verre et projette le corps de Mughniyeh dans le corridor d’un immeuble adjacent.  Le Mossad vient de réaliser sa plus belle opération depuis trente ans. A l’ombre des dénégations officielles, Meir Dagan, le directeur de l’Institut, est chaleureusement félicité par Ehoud Olmert dans les heures qui suivent la confirmation de la mort de l’emblème du Hezbollah.

20 février 2008, Damas. Khaled Meshaal (photo), fondateur du Hamas, se sait traqué. Dix ans plus tôt, à Amman, en Jordanie, deux kidonim lui ont versé du gaz mortel dans l’oreille gauche au milieu d’un meeting. Malheureusement, le leader islamiste a pu en réchapper, et les kidonim ont dû être rappatriés en urgence en Israël à la suite d’un échange de prisonniers. Caché dans une galerie de souterrains, Meshaal renonce au dernier moment à aller voir son bras droit, Hisham Faiz Abu Libda . Bien lui en prend : la voiture qui devait l’y conduire est piégée. Et le kidon qui guettait sa venue, une télécommande à la main, finit par disparaître dans les rues de Damas.

25 avril 2008, Damas. Hisham Faiz Abu Libda, conseiller personnel de Khaled Meshaal, se rend à un rendez-vous secret. Il est le coordinateur entre son patron en exil et les chefs opérationnels du Hamas à Gaza et en Cisjordanie, et entretient des rapports très étroits avec les Iraniens et ses hôtes syriens. Libda engage sa voiture dans le trafic houleux de la capitale syrienne. Alors qu’il s’arrête péniblement à un feu rouge, une voiture vient à sa hauteur. Plusieurs balles de kidonim le frappent au visage. Il s’effondre. Le mystérieux véhicule disparaît. Le Hamas vient de perdre l’un de ses membres les plus illustres.

Si le public connaît principalement la CIA, agence surestimée, il ignore que le David de la communauté du renseignement (380 agents, 750 employés) compense sa petitesse par la même habileté que le berger de Bethléem. Le Mossad frappe. Et souvent juste.

   


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