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Publié par Dreuz Info le 29 juin 2008

INTERVIEW EXCLUSIVE « LE BLOG DRZZ » 


Entretien réalisé par Marc Brzustowski pour le compte du blog drzz

Nom

Laurent MURAWIEC

CV

Diplômé de l’Université de la Sorbonne /

Senior Fellow à l’Hudson Institute (Washington DC) /

Il a enseigné à l’Ecole des Hautes Etudes sociales de Paris et à la George Washington University (USA) /

 Il a été le premier Français à être engagé comme analyste auprès de la RAND Corporation, une société proche du Pentagone /

Laurent Murawiec a donné des conférences aux Universités Columbia, Cambridge, à l’académie navale des Etats-Unis, à l’Université des forces armées canadiennes et à l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (Paris) /

Ses articles ont paru dans le Washington Post, the Financial Times, National Review Online, Le Figaro, Le Monde, Die Welt… /

Il a notamment
donné une conférence sur l’Arabie Saoudite au Defense Policy Board, un organe dépendant du Pentagone /

Il a écrit, entre autres, une traduction de Clausewitz (Perrin, 1999), et deux livres consacrés à l’Arabie Saoudite (La Guerre d’Après, Albin Michel, 2003 et Princes of Darkness: the Saudi Assault on the West, Rowman & Littlefield, 2005) 

En 2004, Laurent Murawiec a publié une étude intitulée « les vulnérabilités de la machine de guerre chinoise » pour le compte du Département de la Défense américain. Sa dernière étude pour le Pentagone, consacrée à l’islam radical, a été publiée en deux volumes en septembre 2008 (Mind of Jihad, Cambridge University Press).

1h30 minutes d’interview par téléphone !


1ere partie : Géopolitique

MARC B. :  Tout d’abord, Laurent Murawiec, je vous remercie de bien vouloir accepter de répondre aux questions des lecteurs du Blog Drzz.

J‘aimerais vous poser quelques questions au sujet de la reconfiguration de la carte du Proche et Moyen-Orient, à la veille du départ de G.W Bush de la Maison Blanche :

 

A posteriori : l’administration Bush a t- elle, selon vous, pris les bonnes options (l’Irak/Afghanistan) ou les seules possibles à l’époque ?

 

L’Afghanistan d’abord :

 

MURAWIEC : On a fait ce qui fallait, on a renversé les Taliban, on les a chassés. On a essayé d’installer dans un pays qui n’a jamais réellement  eu d’Etat central effectif, – parce que c’est une mosaïque de tribus-, un gouvernement central qui marche Cahin-Caha, avec le problème lié aux services de Renseignements de l’armée pakistanaise, qui sont les créateurs des Taliban. (Services) qui ont essayé de reconstruire leur créature, de recréer un mini-Talibanistan au Waziristân, autour de Peshawar. Et, tant que la question, particulièrement difficile, du Pakistan ne sera pas réglée, on aura des problèmes en Afghanistan. Dans ce cadre-là, sachant que le Pakistan est le problème et pas la solution, les options prises sont les bonnes. Rien ne fera de l’Afghanistan un pays stable et bien gouverné ; ce qu’on peut espérer c’est qu’il ne sème pas le désordre partout aux alentours, tant que subsisteront un certain nombre de problèmes, et l’un est particulièrement grave : c’est celui de l’Empire de la drogue, – dont font partie les Taliban-, qui, remonte de tous les côtés, vers l’Asie Centrale notamment, et qui pourrit tout son environnement. Voilà pour l’Afghanistan…

 

MARC B. :  L’Irak ensuite ?

 

MURAWIEC : Concernant l’Irak : on a renversé Saddam Hussein et c’était une bonne chose à faire. On est en train de gagner cette guerre en ayant infligé une défaite écrasante et humiliante à Al Qaeda ; ce qui n’était pas notre objectif au départ, mais ce n’est pas une mauvaise raison même a posteriori.

 

MARC B. : Y a eu plusieurs périodes dans cette guerre, dont certaines n’étaient peut-être pas envisagées ou évaluées correctement au départ ? Dont cet afflux massif d’Al Qaeda…

 

MURAWIEC : Il y a eu au moins trois phases dans cette guerre : la phase militaire de trois semaines, le renversement de Saddam, qui a été brillante ; une période où la stratégie américaine a complètement déraillé et qui nous a coûté très cher, avec des erreurs majeures qui n’étaient pas nécessaires, tenant plus de Washington que de l’Irak ; et une troisième phase, à partir de la nomination du Général Petraeus et du Général Odierno, où cette guerre est gagnée, et où les terribles erreurs et leurs terribles conséquences ont été rattrapées in extremis.

 

La meilleure documentation sur la nature de ces erreurs et leur origine est, sans doute, l’ouvrage de Douglas Faith[1], qui est une documentation assez implacable de la manière dont ça s’est passé.

 

Quoi qu’il en soit, on est aujourd’hui, dans une situation où Al Qaeda a été écrasé, où les milices chiites, l’Armée du Mahdi, ont été écrasées et ont dû reculer, reculer, reculer, à Bassorah ou ailleurs. Où une grande partie des tribus chiites se sont ralliées, pour des raisons qui sont les leurs, à notre bagarre contre Al Qaeda et contre les milices chi’ites ; et où l’Iran, – je le dis de façon prudente parce qu’on a fait beaucoup de bêtises à cet égard -, où l’Iran ne s’est pas emparé de l’Irak.

 

MARC B. : Est-ce que cela ne concerne « que » l’Armée du Mahdi (cette infiltration, mise en orbite de relais pro-iraniens), ou d’autres segments ? Je sous-entends, y compris dans les arcanes du pouvoir, je pense à certaines franges du parti Al Dawah, ou encore au SIIC (Conseil suprême Islamique Irakien), ses Brigades Badr[2]

 

MURAWIEC : Ecoutez, il y a une erreur à ne pas commettre, lorsqu’on parle du monde arabe en général et de l’Irak en particulier : c’est, je crois, qu’il faut se garder de considérer les partis arabes comme des structures équivalentes à leur formes européennes. Ce n’est pas un monde wébérien[3], où les partis sont organisés, régulés et représentent des structures permanentes… etc. Les groupes politiques en pays arabes, – lorsqu’il y a de la politique : c’est-à-dire qu’en Arabie Saoudite, il n’y a pas de politique, actuellement ; en Egypte, il n’y a pas de politique (intérieure) ; – Mais, ces partis fonctionnent sur une base clanique, familiale, tribale, à base de qui met la main sur l’argent de la corruption… Et donc quand on regarde, que ce soit Al Dawah ou d’autres, ce sont des regroupements fluctuants.

 

Et d’un côté, et bien l’Irak a comme voisin l’Iran. Comme le dit Auguste Comte, « la géographie est un Destin ». Nous, Américains on s’en ira, mais l’Iran, lui, ne s’en ira pas. Quel que soit l’Iran en question, d’ailleurs.

 

MARC B. :  C’est ce qui explique les déplacements d’Al Maliki en Iran, qui ne concernent pas les Américains – i.e : qu’on ne peut interpréter comme une façon indirecte pour les Américains de « négocier » avec un Etat désigné comme « voyou » ?

 

MURAWIEC : On négocie en permanence avec le doigt sur la gâchette et le kandjar -la dague recourbée- derrière le dos, en essayant de tirer avantage maximum d’une situation. Mais, je ne blâme pas du tout Al Maliki d’aller rencontrer ce criminel d’Ahmadinedjad, parce que c’est son voisinage. L’Irak a, pour son malheur, comme voisins : l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Turquie, – la Jordanie et Turquie, c’est déjà mieux, mais c’est quand même pas un voisinage très plaisant !

 

Et donc cette guerre on a fini par la gagner, mais comme Churchill le disait : « les Américains font ce qu’il faut faire… après avoir essayé tout le reste ! » Et on peut dire que c’est exactement ce qu’on a fait en Irak. Quoi que, franchement, l’histoire la 2nde Guerre mondiale n’est pas si glorieuse si on la regarde de près, que lorsqu’on la regarde avec un demi-siècle de distance. Il y a aussi eu, à l’époque, des imbécilités militaires et politiques qui sont à crier de honte, mais cette guerre, on l’a gagnée.

 

Donc voilà une longue réponse à votre question, je crois !

 

MARC B. : Que peut-on dire aujourd’hui de la fameuse « stratégie des dominos » -a-t-elle vécu ?-, qui consistait à promouvoir par l’exemple l’effondrement des « régimes-voyous » ? Parce qu’au moins deux pays-clés, l’Iran et la Syrie, subsistent aisément et, même pire, continuent d’avancer leurs pions… ? C’est ce qui semble être le lot du futur président, quelles que soient ses options…

 

MURAWIEC : Personnellement, je blâme énormément Bush pour avoir été incohérent, avoir mené une politique en zigzag, sans continuité. En 2003, quand on a pris Bagdad, il faut savoir qu’à Damas, le régime Assad faisait déjà ses valises, tellement il avait peur qu’on lui envoie deux ou trois tanks… Et puis, à l’époque le secrétaire d’Etat Colin Powell a pris l’initiative, sans en référer à Bush, d’ailleurs, d’aller à Damas l’assurer de nos « bons sentiments ».

 

Alors, primo, on a assuré la pérennité du régime baasiste d’Assad, deuxio, on lui a permis d’assurer la complicité plus qu’active du régime dans l’infiltration d’Al Qaeda contre nous et le gouvernement Irakien ; et tertio, pire que ça, on l’a laissé faire au Liban : on a soutenu la « révolution du Cèdre » et puis, quand les Syriens ont assassiné Hariri – et ce, après toute une ribambelle d’hommes politiques en général maronites – on a laissé faire sans rien dire, on l’a assuré de son impunité. Au Moyen-Orient où c’est encore la force et la puissance qui comptent, l’impunité leur a permis d’agir à sa guise. Aujourd’hui, je blâme l’Occident pour la perte du Liban. Le Hezbollah et les Aounistes ont la quasi-totalité des rênes du pouvoir entre leurs mains…

 

MARC B. : Et sur l’Armée… ?

 

MURAWIEC : L’Armée au Liban, c’est une farce ubuesque de même que son actuel Président, d’ailleurs (Michel Sleiman), c’est « farcesque ». Je blâme donc très vivement Bush d’avoir accepté la coexistence de plusieurs politiques, d’avoir laissé toute une autre politique se développer au sein de son propre gouvernement, de l’avoir laissé faire et, – en rapport aux dominos-, ceux qui auraient dû tombés ne sont pas tombés, au contraire. Le seul domino, éventuellement, à être tombé, c’est le programme nucléaire de Muhamad Khadafi qui a su lire, ce qui était marqué  « sur le mur »[4] pour reprendre l’image de Nabuchodonosor dans la Bible, et en a tiré ses conclusions avec sagesse.

 

Ceux qui commençaient à avoir peur se sont rassurés en disant, « les Américains n’ont pas de suite dans les idées, ou ils ont trop d’ennuis en Irak pour venir nous ennuyer » ; et, hélas, ils ont eu raison.

 

MARC B. : Aujourd’hui, on a un peu l’impression d’un double-encerclement : certes, de l’Iran/Syrie d’un côté, mais aussi par effet de rétorsion, d’Israël, par le Hezbollah, Hamas, Syrie… ? Est-ce une vision qui se tient ? Celle d’un équilibre de la terreur ?

 

MURAWIEC : L’Iran serait encerclé s’il y avait une stratégie américaine visant à écrabouiller, destituer les Mollahs d’une manière ou d’une autre. Il n’y a, d’ailleurs, pas besoin de leur envoyer des bombes ; je pense qu’un mois d’embargo de toutes leurs exportations (notamment pétrolières) serait un coup de semonce terrible pour eux pour les amener à un certain code de comportement (sinon à être « raisonnables »). On cause aux Iraniens et on ne fait absolument rien de sérieux.

 

Mais, actuellement, il n’y a plus aucun équilibre, Bush peut manier une certaine rhétorique, elle ne trouve aucun prolongement dans la politique suivie, aucune cohérence et aucune stratégie. Il y a des bouts de stratégies et autant ne rien faire que de suivre une stratégie incohérente.

 

MARC B. : On peut considérer que Colin Powell, Condi Rice, etc, ont constitué une sorte de minorité de blocage au sein de l’Administration tout au long de ce mandat ?

 

MURAWIEC : Il n’y a eu aucune suite politique logique. Ca fait bien longtemps qu’un certain nombre de secteurs de l’Administration est en insurrection ouverte contre la politique déclarée de Bush, et il ne leur est jamais rien arrivé. Il a choisi les mauvais hommes ou femmes, le Département d’Etat et la CIA sont en mutinerie déclarée depuis 2002. Et si vous avez les 2/3 qui sabotent votre politique par tous les moyens possibles, vous n’arrivez pas à grand-chose. Je ne vois aucune stratégie contre l’Iran, Bush agit au coup par coup.

 

Il y a le second « encerclement » : celui d’Israël, d’abord c’est le problème d’Israël (l’Amérique n’est pas directement en cause). Entre le Liban-Sud, le Golan et Hamas à Gaza, Israël risque de devoir faire face sur 3 fronts. Ce pseudo-gouvernement Olmert-Livni-Barak a perdu une guerre, il y a deux ans, qu’il aurait dû normalement gagner. Et ils se sont mis dans un pétrin épouvantable – et évitable ; une situation extrêmement dangereuse. Ils ont reconstitué l’armée, qui est capable de mener ses missions, ce qu’elle n’était pas, il y a deux ans. Et admettons qu’Olmert finisse par partir à la poubelle, ni Livni ni Barak ne sont dotés d’un esprit, d’une réelle vision stratégique. Barak est un tacticien hors-pair ; Livni est une « diplomate » avec une politique assez lamentable. Et au bout du compte, l’actuel Kadima est l’héritier du dernier Sharon. A l’époque, étant partisan du premier Sharon, j’étais plutôt pour ce retrait ; mais il est maintenant d’une évidence criante que ça été une erreur stratégique de première ampleur, on a donné le pouvoir à Hamas et le Hamas s’en sert aujourd’hui. Et Israël ne fera pas l’économie d’une reconquête de Gaza, qui fera couler beaucoup de sang et dont les résultats ne seront pas permanents.

 

MARC B. : Oui, mais, une reconquête, pour quel résultat ? Qui va reprendre et gérer Gaza ? Est-ce qu’Abbas est en mesure de reprendre les choses en main ?

 

MURAWIEC : Abbas est un notable de province sans pouvoir, sans capacité d’imposer quoi que ce soit. Il est une sorte de fonctionnaire qui gère l’héritage (d’Arafat) et réunit tous les mythes de la cause palestinienne de vieille date, si on veut. Mais, il est incapable de gérer Gaza ou quoi que ce soit d’autre. Si son pouvoir tient, en Judée-Samarie, c’est uniquement grâce à l’Armée Israélienne. Il n’a pas les moyens de s’imposer. Il n’y a pas de solution politique ou diplomatique à la clé parce que pour qu’il y en ait une, il faudrait être deux… Or Israël n’a pas d’interlocuteur (de poids). Il n’y a rien – de tangible – de l’autre côté. 

 

Seconde partie


[1] War and Decision, mises en cause, notamment : de Colin Powell, Tommy Franks et Paul Bremer

[2] NDLR : qui se sont récemment -2006 – défaits de leur allégeance à l’égard de l’Iran (Qom) et du principe de : Velayat-e-faquih : celui-ci impose et reconnaît comme seule autorité le gouvernement du « Docte » juriste-théologien, soit l’inféodation aux décisions du Guide Suprême. Ce principe n’est plus valide dès que les chiites Irakiens se réfèrent à l’autorité de l’Ayatollah Ali Sistani et à l’école de Nadjaf.

[3]Max Weber : Le Savant et le Politique (1919), préface de R. Aron et traduction par J. Freund, Plon, 1959.

[4] L’angoisse de Balthazar, l’un des successeurs babyloniens de Nabuchodonosor voyant selon la bible s’écrire sur le mur les mots : Méné, Téqel, Uofarsin… lit-on dans un des derniers chapitres du prophète Daniel : « ton règne a été pesé, tes raisons trouvées légères, et tout sera divisé ».

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