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Publié par Dreuz Info le 17 août 2008

Par Laurent Murawiec, MENA

Il n’y a jamais eu de « mouvement séparatiste » en Ossétie du Sud. La population sud-Ossète se monte à 65 000 individus. Il y a probablement plus de barbouzes russes en Ossétie que d’Ossètes sachant lire et écrire. Depuis des années, et singulièrement depuis l’avènement du  tchékiste [1] Poutine au Kremlin, Moscou mène un travail de sape systématique contre les républiques libérées des chaînes soviétiques en 1990-91.

 Tant sa position géostratégique que l’hystérie grand-russe qui possède les dirigeants moscovites font de la Géorgie l’une des cibles prioritaires de la vindicte de Moscou. Qu’elle ait su, sous Chevardnadze, puis l’actuel président Sakachvili, s’organiser démocratiquement et repousser les tentatives répétées de subversion de l’intérieur guidées de Moscou, y compris plusieurs tentatives violentes de coup d’Etat, n’a fait que susciter la rage des Russes. Les révolutions ou évolutions démocratiques, la géorgienne comme l’ukrainienne, ont le don de mettre l’écraseur du Kremlin dans tous ses états.

 De même qu’en 1945 Moscou avait suscité, au nord de l’Iran, une « république soviétique d’Azerbaïdjan », de même qu’en 1968, un groupe d’agents de Moscou au sein du Parti communiste tchécoslovaque avait « demandé l’aide fraternelle » de l’URSS, qui se fit un devoir d’envahir le pays, c’est également appelée par ses agents en Afghanistan que l’Armée rouge y pénétra.

 Les Russes ont monté de toutes pièces des « séparatistes » ossètes, et abkhazes, pour casser la Géorgie, coupable de lèse-Russie. Moscou préparait depuis des mois l’assaut qui vient de se produire. La 58ème armée, qui s’est ruée sur la Géorgie, avait été préparée de longue main.

 La guerre menée contre la Géorgie, l’invasion, les bombardements aériens, sont non seulement dans le droit fil de la « Doctrine Brejnev », ils continuent la séculaire politique grand-russe. Après avoir refait de la Russie la prison du peuple, le  tchékiste Poutine aspire désormais à reconstituer la Prison des Peuples.

 Depuis le XVIIIème siècle, la Russie, qu’elle avale ou grignote, qu’elle viole ou cajole, n’a de cesse de détruire toute souveraineté voisine et de s’enfler démesurément. Envoûté par la Grandeur qu’il a toujours confondu avec la taille du territoire, l’impérialisme russe est comme le scorpion de la fable : coûte que coûte il doit frapper.

 Aujourd’hui, intoxiqués par la fortune pétrolière, sûrs d’un avenir radieux, Poutine et son régime s’aveuglent sur les gravissimes crises qui minent la Russie, l’effondrement démographique, la catastrophique santé publique, la formidable corruption, l’inexistence de tout ce qui n’est pas gaz et pétrole ou n’en dérive pas dans l’industrie, l’absence, ou la destruction, de toute culture entrepreneuriale. Sacrifiant ainsi l’avenir, Poutine et Cie peuvent mieux se consacrer à la destruction intérieure et extérieure de tout ce qui est démocratique ou de libre entreprise.

 Les obscènes massacres perpétrés en Tchétchénie par les armées russes et leurs barbouzes avaient montré à Moscou que l’Union Européenne s’en tiendrait à la pleutrerie. L’Allemagne s’est révélée la plus couarde, préférant l’odeur du gaz à la sécurité stratégique.

 Enhardi par tant de stupidité – il faut reconnaître que George Bush, qui avait regardé Poutine « au fond des yeux », n’avait pas remarqué le  tchékiste – le maître du Kremlin a senti croître son appétit. Après la Georgie viendra l’Ukraine. Les pays baltes ne sont pas loin. La péremptoire assertion de l’omnipotence russe et la démonstration connexe de l’impuissance occidentale, donnent à Moscou une puissance coercitive retrouvée. Après des années de banderilles, les estocades s’approchent : souvenons-nous de l’attaque informatique contre l’Estonie, de la coupure des livraisons de gaz naturel à la Pologne, des chantages et immixtions grossières dans les élections ukrainiennes, de la tentative à répétition de déstabilisation de la Lettonie. C’est ce qui explique la fermeté unanime des présidents baltes et polonais : l’expérience historique des trois siècles écoulés les préserve de toute illusion sur l’ours moscovite.

 Je l’ai écrit ici même il y a à peine deux semaines : quand Neville Chamberlain avait cru bon de qualifier la Tchécoslovaquie de « pays lointain dont nous ne savons que peu », il ouvrait la porte à la guerre. Aujourd’hui, laisser faire, au prétexte que la Géorgie ne figure pas au premier plan de nos préoccupations et de nos intérêts stratégiques vitaux, serait faire preuve du même aveuglement : il faudra stopper les ambitions russes. Le ferons-nous aujourd’hui, ou attendrons-nous que l’ours se soit renforcé, qu’il ait acquis la neutralité et la passivité de pays européens, mi-alléchés par un pot de miel pétrolier, mi-effrayés par la résurgence de la bête ?

 La Russie actuelle soutient les ambitions nucléaires et balistiques de l’Iran, en pensant pousser ce dernier contre les Américains. Elle équipe la Syrie assadienne de systèmes militaires avancés. Elle approuve et soutient le Hezbollah. Elle vend des avions de combat au Tartarin vénézuélien.

 Poutine vient d’annoncer son intention de reconstituer l’influence et la présence russes à Cuba. A coups de manœuvres terrestres et navales, de réactivation des patrouilles de bombardiers stratégiques, la Russie manifeste sa prétention d’être « de retour » au premier rang des super-puissances. Que sa morgue actuelle soit celle d’un demi-cadavre dopé au pétrole ne l’empêche pas le moins du monde d’être formidablement dangereuse : la Russie est une puissance révisionniste et déstabilisatrice; l’auto-intoxication de ses élites lui fait et lui fera faire de dramatiques erreurs de calcul stratégique, à l’instar d’un Brejnev entrant avec insouciance en Afghanistan.

 Les élites russes se croient destinés à la maîtrise de l’espace eurasien, à la parité avec la Chine (dont les dirigeants sont partagés entre le mépris et l’amusement envers Moscou, et se contentent de se servir de la Russie comme d’un supermarché où ils achètent les systèmes d’armement qui leur manquent), à l’hégémonie sur l’Europe centrale et à la vassalisation de la partie occidentale du continent. C’est ce qu’écrivent et disent les théoriciens, et, avec son inimitable grossièreté de nervi, ce que dit Poutine.

 Il faut tout le crétinisme mal dégrossi d’un  tchékiste de banlieue pour comparer le gouvernement démocratiquement élu de la Georgie avec Saddam Hussein, pour se prévaloir, comme il vient de le faire, d’un parallèle avec l’invasion américaine de l’Irak. Mais, baudruche gonflée au gaz naturel, la Russie aux pieds d’argile croit sa grandeur revenue. Faute d’être stoppée net, elle ne s’arrêtera pas.

 Que faudrait-il donc faire ? Pour commencer, il est évident que le Conseil de Sécurité de l’ONU, où Moscou dispose d’un droit de veto, est inutile. Le « G8 », où la Russie avait été invitée à côtoyer les membres occidentaux du « G7 », doit disparaître. Les contacts diplomatiques avec la Russie doivent être gelés intégralement. Les contacts militaires, y compris à l’OTAN, doivent cesser : la Russie se comportant comme un danger public, elle doit être traitée comme tel, comme un paria.

 Mais l’échelon diplomatique ne suffit pas. Quand l’OTAN refusa – merci, l’Allemagne – d’entamer un processus d’admission de la Géorgie dans l’OTAN, elle donna le feu vert à la guerre des Russes contre Tbilissi ; il est urgent d’entamer ce processus avec l’Ukraine ; il est également urgent de proclamer haut et fort que la moindre attaque, sous quelque forme que ce soit, contre Kiev et contre les Baltes, serait un casus belli.

 Le bombardement délibéré par la Russie de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui achemine le pétrole sans passer par le territoire russe, et la fermeture de l’oléoduc Bakou-Soupsa par BP, par mesure de précaution, indiquent abondamment que l’étranglement pétrolier de l’Europe, ou sa menace, font partie du jeu russe.

 Mais que faire avec la Géorgie elle-même ? Washington, dont l’attitude envers la Russie a, depuis longtemps, été un chef d’œuvre de pusillanimité, a fait un pas dans la bonne direction en établissant un pont aérien pour rapatrier d’urgence les 2 000 hommes du contingent géorgien en Irak.

 Les Etats-Unis peuvent aller plus loin. Le candidat John McCain a pris une position on ne peut plus ferme. Bush a eu raison d’avertir Moscou que la guerre avait obéré l’avenir des rapports entre la Russie, les Etats-Unis et le monde ; passons aux actes ! Poutine est disposé à écraser la Géorgie, il n’est pas prêt à un affrontement réel avec les Etats-Unis.

 Le G7 peut se réunir d’urgence et annoncer un effort gradué de réduction des achats d’hydrocarbures à l’Etat-voyou. Les comptes des dirigeants russes en Occident et des oligarques mafieux du régime peuvent êtres gelés. Les enquêtes sur les abominations commises à l’étranger par le régime, comme l’assassinat à Londres de Litvinenko, ex-KGBiste qui dénonçait Poutine, ouvertes, rouvertes et diligentées. Les tchékistes, qui engorgent les ambassades russes, doivent être expulsés, comme au temps de la Guerre froide. Les radios occidentales, comme Radio Liberty et Radio Free Europe, qui émettent en russe et dans les langues des peuples non slaves de la Russie, doivent être développées.

 La Russie est faible et vulnérable à raison de sa faiblesse. Plus s’appesantira la pression, plus sa liberté d’action s’amenuisera. Poutine jouit depuis son arrivée au pouvoir d’une totale impunité. Les Occidentaux ont laissé faire, y compris quand les exactions du régime violaient leurs intérêts – la spoliation éhontée des investisseurs occidentaux est un cas flagrant, où même les sacro-saintes multinationales pétrolières comme British Petroleum ont été plumées par les Russes -. Hypnotisés ici comme ailleurs par le mirage pétrolier, les Occidentaux ont laissé faire. Moscou n’avait qu’à leur demander hypocritement « vous ne voulez quand même pas en revenir à la Guerre froide ? » pour que Washington, Londres, Berlin et Paris reculent. L’impunité doit prendre fin.

 « Mourir pour Dantzig ? » demandaient les futurs collabos en 1939. Mourir pour Tbilissi ? Le stratège chinois Sun Zi avait raison d’affirmer que les batailles sont gagnées ou perdues avant que s’engage l’affrontement.

  Note :

 [1] Membre de la Tchéka, ancienne police politique soviétique, la Vétchéka ou Tchéka est un acronyme pour la Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage.

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