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Publié par Dreuz Info le 26 août 2008



Version originale disponible : IN ENGLISH

Nom

William KRISTOL


CV


Ancien directeur de cabinet du Vice-Président des Etats-Unis Dan Quayle (administration Bush 41).

Ancien directeur de cabinet du Secrétaire à l’Education William Benett (administration Reagan).

William Kristol est le rédacteur en chef de la très influente revue néoconservatrice The Weekly Standard.

Fils d’Irving Kristol, père fondateur du néoconversatisme, il est le chef de file de la seconde génération de néoconservateurs qui ont influencé les Etats-Unis pour les décennies à venir.

Docteur ès sciences politiques de l’Université Harvard, il a enseigné à l’Université de Pennsylvanie et à l’Université Harvard et a été le cerveau derrière la victoire triomphale des Républicains au Congrès en 1994.

William Kristol est l’un des commentateurs politiques  les plus écoutés des Etats-Unis. Sa chronique dans le Time Magazine puis désormais dans le New York Times est lue dans toutes les rédactions et équipe de campagne du pays. Il participe aux émissions politiques sur Fox News et apparaît régulièrement dans les grands médias télévisuels et radiophoniques américains.

« Bill » Kristol a fondé le PNAC (Project for a New American Century), texte fondateur de la politique américaine pour le XXIe siècle et siège dans plusieurs think tank américains.

Il a écrit de nombreux livres, notamment « Notre route commence à Bagdad » (trad. française éditions Saint-Simon, 2002).

William Kristol a notamment été l’inspirateur du Discours sur l’Etat de l’Union prononcé par le Président des Etats-Unis George W. Bush en 2005 et reste très proche de la Maison-Blanche. 

ECOUTEZ DES EXTRAITS AUDIO



DRZZ : Dans le Discours sur l’Etat de l’Union en 2005, dont vous avez été l’inspirateur, le Président Bush a dit : « l’engagement de notre génération pour la liberté est aujourd’hui évalué au Moyen Orient ». Pensez-vous que l’Amérique a réussi le test ?

  
 KRISTOL : Oui. L’objectif essentiel était de gagner la guerre en Irak. Si nous nous étions retirés d’Irak, si nous avions offert la victoire à Al-Qaeda et laissé l’Iran dominer son voisin, nous aurions connu une défaite épouvantable. Il y a d’autres dossiers où j’aurais espéré que nous serions plus efficaces, et des fronts où je pense que nous avons reculé, comme le Liban. Notre principale victoire a été les élections d’un gouvernement démocratique en Irak. Ce fut un évènement crucial.


 
DRZZ : Quels furent à votre avis les plus grands succès de la présidence Bush ?


 
KRISTOL : Je citerais deux points. L’Irak en particulier et le fait que nous avons détruit les arrières d’Al-Qaeda. De nombreux observateurs ont prétendu que l’invasion de l’Irak allait renforcer la nébuleuse islamiste et qu’elle utiliserait la guerre comme outil de recrutement mais cela s’est révélé faux. Al-Qaeda a vu l’Irak devenir son premier front et les Sunnites du pays se retourner contre elle. C’est une victoire majeure. Si vous aviez dit, ils y cinq ans, que des troupes arabes combattraient Al-Qaeda aux côtés des troupes américaines, et ceci en plein cœur du Moyen Orient, personne ne vous aurait cru. La guerre a été difficile, mal gérée pendant une période, mais s’est conclue par la victoire. 


DRZZ : Quelles furent, au contraire, les plus gros échecs de la 43e administration des Etats-Unis ?


KRISTOL :
(rires)


DRZZ : Vous ne pouviez pas échapper à celle-là… 

 
KRISTOL : Je pense que durant son deuxième mandat, Bush a reculé dans sa confrontation avec l’Iran, la démocratisation du Moyen Orient et le combat du terrorisme au Liban. Il a laissé le programme nucléaire iranien progresser sans véritable riposte et cela peut être considéré comme un échec. Je ne pense pas cette évolution irréversible, mais je ne la juge pas positive.

 
D’une manière générale, Bush m’a paru trop enclin à la négociation et pas assez ferme à l’égard des dictateurs, particulièrement face à la Russie de Poutine et la Chine de Jintao.


 
DRZZ : Nombre d’observateurs ne comprennent pas pourquoi l’administration Bush a été si molle à défendre son bilan. Par exemple, il a été exhaustivement démontré que le régime de Saddam Hussein entretenait des liens étroits avec Al-Qaeda. Pourtant, la Maison-Blanche a été incapable de l’expliquer au peuple américain. Comment expliquez-vous cette faiblesse ? Bush lui-même ? Son équipe de communication ? L’armée ? La communauté du renseignement, comme me l’a suggéré Norman Podhoretz ?

 
KRISTOL :  Bush n’est jamais parvenu à maîtriser l’exécutif. Il n’a jamais placé les bonnes personnes à la tête des différentes agences. Il n’a pas utilisé son pouvoir pour imposer sa vision et, par là même, s’assurer que son gouvernement partageait la même. Bush est responsable. Il n’a pas compris combien cela était important.

 
Ensuite, lorsque nous n’avons pas trouvé d’Armes de Destruction Massive en 2003, je crois que la Maison-Blanche a eu peur de poursuivre son argumentation sur la nécessité de la guerre, en particulier les liens entre Saddam Hussein et Al-Qaeda. Elle s’est contentée de dire : « nous sommes là-bas, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre, il faut gagner », ce qui n’est pas faux. Mais elle a renoncé à expliquer pourquoi il était juste d’entrer en guerre contre l’Irak, et Saddam Hussein en particulier. Elle a payé un lourd tribut pour cette erreur. L’opinion publique américaine et étrangère voulait savoir que cette guerre était raisonnable et que le monde se porte mieux sans Saddam Hussein.


 A l’évidence, l
’administration Bush a très mal géré sa communication et n’a guère essayé d’expliquer l’essentiel, à savoir que le monde, en 2008, est plus en sécurité qu’en 2003, malgré les difficultés en Irak. Si nous avions laissé Saddam et ses fils au pouvoir, nous aurions dû gérer une nouvelle vague de terrorisme et la reprise des programmes d’Armes de Destruction Massive.


 
DRZZ : Vous avez écrit dans le New York Times, la semaine passée, que « 2008 est une année phare pour la liberté et de la démocratie ». Mais Israël est aujourd’hui encerclé par la Syrie, le Hezbollah et le Hamas…


 
KRISTOL : Je parlais d’espoir au sujet de l’Irak. Sur d’autres fronts, la situation est plus critique. Notre objectif est de s’assurer que les groupes terroristes et les Etats ennemis ne se renforcent pas. La domination graduelle du Liban par le Hezbollah est un sujet de profondes inquiétudes. De même, la Syrie fait assassiner des politiciens libanais. Elle a même essayé de bâtir un réacteur nucléaire qu’Israël a finalement détruit. Mais la Syrie n’a pas pour autant payé le prix pour avoir violé les conventions internationales. 

 
Je pense que si vous observez la région, globalement, l’Iran en est la clé. Si l’Iran recule, une grande partie des conflits au Moyen Orient pourront être résolus.


 
DRZZ : Je vous ai vu sur Fox News affirmer que si Bush pensait que Barack Obama serait élu, il ordonnerait des frappes militaires. L’ancien ambassadeur Bolton a quant à lui ajouté que la meilleure période pour de telles opérations seraient entre le jour de l’élection présidentielle et le mois de janvier 2009, lorsque le nouveau Président entrera en fonction. Pensez-vous que Bush va agir ?

 KRISTOL : J’essayais seulement de me mettre à la place du Président. Je préfèrerais toutefois qu’il n’en fasse rien. Il est difficile d’engager une operation militaire en fin de mandat. Si Bush pense qu’il faut bombarder l’Iran, il doit le faire dès maintenant. Si, au contraire, il pense avoir encore du temps, il faut qu’il lègue ce dossier à son successeur.

 La meilleure chose que Bush puisse faire actuellement est renforcer la coalition et maintenir la pression sur l’Iran avec les sanctions. Tout dépend du temps qu’il nous reste, un paramètre toujours difficile à évaluer.


 
DRZZ : Si Obama est élu, la politique étrangère américaine s’en trouvera-t-elle changée ? Peut-on penser que l’armée, en dernier recours, le pousserait à intervenir contre l’Iran ?


 
KRISTOL : Ce n’est pas impossible. Les candidats à la Maison-Blanche, quoiqu’ils prétendent pendant leur campagne, changent une fois qu’ils deviennent Présidents. Ils doivent maîtriser les dossiers, et ceux-ci incluent la guerre. Je préfère McCain mais je pense qu’Obama serait un Président crédible. Sa crédibilité se mesurera, notamment, à sa volonté de détruire le programme nucléaire iranien. Il est préférable que nous le fassions plutôt qu’Israël intervienne.

 
Je pense qu’Obama a réfléchi à ces choses-là.


 
DRZZ : La Russie vient d’envahir un voisin immédiat. Assistons-nous à une nouvelle guerre froide ?


 
KRISTOL : Non. Nous voyons une Russie agressive, ce que nous ne pouvons pas tolérer. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une nouvelle guerre froide, dans le sens d’un affrontement idéologique livré au sein d’une Europe divisée. La bonne nouvelle aujourd’hui est que l’Europe est unie et presque totalement libre. Nous devons cependant stopper l’agression russe. Je trouve Bush trop faible dans sa réponse à l’invasion de la Géorgie.

 
Comme mon ami Bob Kagan l’a noté, nous assistons aujourd’hui à « un retour de l’histoire » : des dictateurs attaquent leurs embarrassants voisins et notre rôle, en tant qu’Etats-Unis d’Amérique, est de s’assurer qu’ils n’en fassent rien. Poutine ne comprend pas les gentilles négociations, nous devons hausser le ton face à lui.


 
DRZZ : Après tout, la Russie peut prétendre que la communauté internationale a autorisé l’indépendance du Kosovo, alors pourquoi refuser l’indépendance de l’Ossétie, source du conflit russo-géorgien ?


 
KRISTOL : Non, ce serait un argument spécieux. Le Kosovo est une excuse pour les Russes. Ils cherchent à donner une leçon aux Géorgiens, sans penser aux conséquences. Le Kosovo a été attaqué par Milosevic. Dans le cas de la Géorgie, Poutine est l’agresseur. Et nous devons réagir face à cette inacceptable violation des frontières d’un Etat souverain.


 
DRZZ : Que pensez-vous de la Chine, autre Etat source d’instabilité sur la planète ?

 
KRISTOL : La Chine connaît une grande croissance, mais recèle aussi de vraies faiblesses. Nous sommes en contact avec des démocraties comme l’Inde, l’Australie ou le Japon, prêtes à nous aider à proposer une alternative politique en Chine. Je ne suis pas terrifié par ce pays. Les dictatures sont par nature faibles : elles se fondent sur l’économie, la peur et un certain nationalisme. Si ces principes peuvent tenir quelque temps, ils finissent par échouer inévitablement.

 
Ainsi, je n’ai peur ni de la Chine ni de la Russie, mais je soutiens une alliance solide des démocraties pour leur faire face. En Europe, avec l’OTAN. En Asie, avec une sorte d’OTAN que nous devrions bâtir avec notre allié le plus sûr, le Japon. Les Etats-Unis doivent prendre la tête de ces initiatives. Nous y travaillons déjà, mais nous pourrions le faire avec plus d’efficacité encore. Nous parlons de projets cruciaux pour les années à venir.     


DRZZ : Le
Weekly Standard a soutenu John McCain plutôt que Bush en 2000. On peut dire qu’il est votre candidat depuis le début. Pourquoi ?


KRISTOL :
Effectivement, McCain m’était plus sympathique que Bush en 2000. McCain a démontré une vraie compréhension du monde. Je le dis non seulement parce que je suis d’accord avec lui mais aussi parce que ses idées ont trouvé un écho positif dans la réalité. Prenez l’Irak, il a soutenu les renforts et a eu raison. Depuis longtemps, il nous met en garde contre Poutine, et là encore il a vu juste.

 
McCain croit vraiment aux alliances solides et à la démocratie, deux valeurs qui me semblent essentielles. Je ne suis pas d’accord avec lui sur tous les détails, mais je le vois comme un candidat très compétent.  


 
DRZZ : Comment expliquez-vous les sondages étrangement bas pour Obama à cette période de la course à la présidentielle ?


 
KRISTOL : Obama est inexpérimenté. McCain est crédible. Les Américains préfèrent l’expérience en temps de guerre. Obama est aussi plutôt à gauche. Je pense que McCain a de bonnes chances de le battre dans les urnes.


 
 DRZZ : Abordons la rumeur qui passionne les conservateurs en ce moment. Croyez-vous à un retour de dernière minute de Hillary Clinton à la convention démocrate de Denver, la semaine prochaine ?


 
KRISTOL : Non, c’est trop tard. Elle va faire un discours de soutien pour Obama, puis regarder l’évolution de la situation, en espérant se relancer en 2012.


 D
RZZ : Vous avez travaillé dans l’administration Reagan. Quel est l’état de la révolution conservatrice ?


 
KRISTOL : Vous savez, ces mouvements idéologiques survivent une saison. A chaque fois, vous avez besoin de nouvelles idées, vous ne pouvez pas proposer les mêmes pendant vingt ou trente ans. Globalement, les conservateurs et néoconservateurs ont un bilan plutôt bon. Reagan Thatcher, même Mitterrand sur certains dossiers, ont conduit des politiques cohérentes en économie et solides en politique étrangère. Celles-ci ont plutôt bien fonctionné.

 
Nous avons mis fin à la guerre froide, uni l’Europe, l’évolution économique des ces vingt dernières années est positive, la Chine et l’Inde s’ouvrent à la mondialisation… Nos idées n’ont pas seulement réussi en théorie, mais aussi en pratique.

 
Je crois donc qu’elles restent totalement d’actualité.


 
DRZZ : En effet. Diriez-vous donc, comme Norman Podhoretz, que les meilleures années du néoconservatisme sont devant lui ?

 
KRISTOL : Je l’espère ! (rires) Difficile à dire. L’histoire est imprévisible.   


 D
RZZ : Merci, monsieur Kristol.


 
KRISTOL : Tout le plaisir est pour moi.  J’apprécie votre travail. J’espère que nous pourrons nous rencontrer une fois, à Paris ou ici, à Washington ?


 
DRZZ : Je viendrai à Washington. Excellente semaine.


 
KRISTOL : D’accord. Excellente semaine à vous aussi. 

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