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Publié par Dreuz Info le 5 octobre 2008

AZF, un silence d'EtatLe blog drzz avait parlé de l’affaire AZF, que le gouvernement de la République a étouffé dans la foulée du 11 septembre, et qui porte de toute évidence la marque du terrorisme islamiste.

Comme l’ont réalisé les lecteurs du blog drzz, les gouvernements occidentaux n’hésitent pas à imposer une chape de plomb sur les attentats trop humiliants ou exigeant une réponse jugée trop couteuse électoralement et économiquement parlant. Les agents du renseignement, députés, limiers, qu’ils soient Américains ou Français, défendent leur carrière avant leur pays. On l’a vu aux Etats-Unis avec la parodie sur les lettres d’anthrax, les Français, eux, ont AZF.

A l’occasion de la sortie du livre  » AZF, un silence d’Etat » par Marc Menessier, journaliste scientifique au Figaro, je reposte l’article de ‘l’Express » paru sur cette affaire. 

PRESENTATION DU LIVRE

Toulouse, 21 septembre 2001 : l’usine AZF explose, provoquant la mort de 30 personnes, en blessant 3000 autres, endommageant des milliers d’habitations. Un accident ? Un attentat ? Quoi qu’il en soit, la Ville rose mais aussi la France entière sont en état de choc. Quelques heures seulement après le drame, les plus hautes autorités de l’Etat écartent d’emblée la piste de l’attentat. Trois jours plus tard, le procureur de Toulouse leur emboîte le pas, se disant même sûr  » à 99%  » qu’il s’agit là d’un accident. Restant sourds à toute autre hypothèse, policiers et magistrats vont, des années durant, s’évertuer à démontrer le bien-fondé de leur thèse, multipliant les explications scientifiques les plus contradictoires, alternant les silences embarrassés et les coups de menton vindicatifs. En vain : comme le montre ce livre, au terme de cinq années d’une parodie d’instruction judiciaire, le dossier de la plus grave catastrophe industrielle qu’ait connue la France reste désespérément vide. Des zones d’ombre que nul n’a voulu en haut lieu éclaircir subsistent, qui permettent toutes les interrogations. Le procès qui s’ouvre dans quelques mois risque de jeter une lumière singulièrement crue sur les impasses de ce qu’il faut bien appeler un fiasco judiciaire. Cette enquête rigoureuse, menée en dépit de mille obstacles, explique la genèse et les raisons d’un scandale: le silence obstiné de l’Etat.


Par Anne-Marie CasteretL’Express , 14 janvier 2003

L’explosion a été revendiquée par plusieurs groupes; le rapport des RG n’a pas été exploité; deux expertises médicales ont disparu; il y aurait eu deux cadavres de trop sur le cratère; l’emploi du temps du manutentionnaire Hassan J. n’a pas été vérifié; son ami Samir A. avait un curieux profil; et, enfin, 21 kilos de chrome 6 s’étaient mystérieusement volatilisés. Ça fait beaucoup

 

 

L’enquête sur l’explosion de l’usine AZF pourrait bien prendre un tournant décisif ces prochaines semaines. Et aborder enfin, seize mois après la catastrophe du 21 septembre 2001, la «piste interdite», celle de l’attentat. Ecartée d’emblée par le procureur Michel Bréard avec sa formule désormais célèbre «C’est un accident probable à 99%», disqualifiée systématiquement à la moindre évocation médiatique de cette hypothèse, elle avait disparu sous une rafale de postulats chimiques, aussi nombreux qu’éphémères, tentant fébrilement de démontrer la faute professionnelle. Mais aujourd’hui, plus d’un an après la terrible déflagration qui a tué 30 personnes, blessé des milliers de Toulousains et ravagé des quartiers entiers de la Ville rose, les enquêteurs se retrouvent dans l’impasse. L’accident industriel n’est toujours pas démontré.

La dernière hypothèse en date – les produits chlorés, confondus avec des ammonitrates et déversés par erreur dans le sas du hangar 221, provoquant une réaction en chaîne – a même subi un magistral revers lors de la reconstitution, en octobre 2002. L’institution judiciaire a pu à cette occasion vérifier in vivo ce que les deux ouvriers de l’usine mis en examen pour «homicide involontaire» ne cessaient de répéter: «Impossible de confondre les deux produits. Les ammonitrates ne sont pas toxiques et se ramassent sans précautions spéciales, tandis que le chlore est très agressif pour le nez, la peau et les yeux et ne peut être pelleté sans protection.» Une reconstitution très brève: quelques mouvements de pelle dans le tas de dérivés chlorés, et juge, experts et avocats, intoxiqués, pris à la gorge, ont précipitamment reculé pour laisser la place à des martiens portant masque, combinaison et gants spéciaux… Selon des témoins, le nouveau juge d’instruction, chargé du dossier depuis l’été dernier, Thierry Perriquet, s’est alors montré plus que dubitatif devant ce cuisant échec. Depuis, il manifesterait la volonté de tout reprendre, méthodiquement, à zéro. Un espoir pour les employés de l’usine, ulcérés de se voir mis en cause et traînés dans la boue depuis plus d’un an pour une supposée «négligence», eux qui ne croient toujours pas à l’accident. Ils sont rejoints en cela par les Toulousains. Selon un sondage CSA-Toulouse Mag, 65% d’entre eux pensaient en août 2002 qu’un attentat était la cause de la catastrophe. L’avenir pourrait bien confirmer cette intuition. Les avocats d’AZF mais aussi ceux des familles de victimes auront dû attendre de longs mois avant d’obtenir une copie du dossier d’instruction et de pouvoir enfin l’analyser. Aujourd’hui, ils dénoncent, en termes de moins en moins voilés, la «légèreté», les «graves lacunes» et les «incohérences» des investigations policières. Un dossier de plus de 10 000 pages aux effets paradoxaux. Se polarisant sur la négligence industrielle, il a tendance à convaincre du contraire, suscitant chez tous ceux qui l’ont examiné le doute sur l’accident et la conviction d’une enquête partiale, négligeant délibérément l’hypothèse criminelle…

Selon notre enquête, voici, en sept points, pourquoi la piste de l’attentat est aujourd’hui la plus probable et devrait être explorée en priorité.

1. L’explosion a été revendiquée.

Contrairement à une rumeur persistante, plusieurs revendications ont été envoyées à la police, mais également aux organes de presse locaux.

Dès le lendemain de la catastrophe, un individu a téléphoné à la gendarmerie de Saint-Alban et s’est déclaré membre de Houarla, Houarla, Islami, responsable de l’attentat. Puis le groupe Alpha Bravo et le Jihad islamique ont à leur tour revendiqué l’acte terroriste.

L’un des fax envoyés par Alpha Bravo était émis d’un centre de pompiers dont l’appareil avait été piraté à partir de l’Angleterre. Aucune investigation n’a été décidée pour remonter à l’origine de cet appel, alors même que Londres constitue l’une des bases des islamistes les plus virulents.

Enfin, une lettre anonyme envoyée au SRPJ contenant un message bref – «Lui sait qui a fait boum» – accompagné de la photo d’un adolescent d’origine maghrébine ne suscitera pas de recherches pour retrouver ce possible témoin.

2. Le rapport des RG est resté inexploité.

Ce rapport dont nous avions longuement fait état dans L’Express du 20 décembre 2001 était articulé autour de la personnalité de Hassan J., un employé intérimaire qui chargeait des sacs d’ammonitrates dans des camions. Son lieu de travail, le bâtiment IO, était situé juste en face du hangar 221. Hassan J. sera tué par l’explosion. Retrouvé enseveli au bord du cratère, ce jeune Français d’origine tunisienne est transporté à la morgue de l’hôpital Purpan. Lors de l’examen du corps, première étape avant l’autopsie, la médecin légiste est surprise de la tenue très soignée du jeune homme et surtout du port de cinq sous-vêtements sous le pantalon de travail. Ces éléments lui font penser au rituel observé par les auteurs d’attentats suicides en Israël, qui protègent ainsi leur sexe des dégâts de l’explosion. Elle fait part de ses observations aux policiers. Le SRPJ demande alors aux RG d’enquêter. Ceux-ci vont recueillir un certain nombre d’éléments significatifs sur la personnalité et les fréquentations de Hassan J. Ancien délinquant, ce dernier serait tombé depuis plusieurs mois sous l’influence du groupe islamiste «tendance afghane» de Mohammed R. Or des membres de ce groupe, dont le propre fils de Mohammed R., ont été arrêtés, une heure après l’explosion, par la brigade autoroutière de Valence-d’Agen, à 100 kilomètres de Toulouse. La vitre arrière de l’un des véhicules est brisée. Les automobilistes expliquent qu’elle a été soufflée par l’explosion parce qu’ils se trouvaient à ce moment-là à proximité de l’usine. Qu’y faisaient-ils? Pourquoi et comment ont-ils si précipitamment quitté les lieux alors que la panique régnait et que la rocade qui longe l’usine était impraticable?

Les RG signalent aussi une altercation, la veille de l’explosion, entre Hassan J. et des chauffeurs venus chercher leur cargaison d’ammonitrates. Motif: l’un des chauffeurs, fan des Etats-Unis, avait mis dans sa cabine un drapeau américain en berne par solidarité avec les victimes des attentats d’outre-Atlantique. Hassan J. et deux de ses collègues se seraient fâchés, injuriant le chauffeur et collant des étiquettes «produits dangereux» sur la porte de sa cabine.

Tous ces éléments auraient dû inciter la police judiciaire à poursuivre les investigations. Mais le travail des RG sera balayé d’un revers de main. Ridiculisé, même, dans le rapport de synthèse rédigé par le SRPJ le 4 juin 2002: «Toutes ces informations [celles des RG, NDLR] étaient vérifiées et infirmées, hormis les digressions géo-politico-religieuses, invérifiables.» Or rien n’a été vérifié. Ni la brigade autoroutière de Valence-d’Agen ni les membres du groupe de Mohammed R. n’ont été entendus par la police. L’appartenance islamiste de J.? Le SRPJ se contente des dénégations de ses proches pour conclure à «une rumeur accréditée par une certaine presse». Le port de plusieurs sous-vêtements? Là encore, selon le SRPJ, la famille explique «à l’unisson» qu’il s’agissait d’une habitude «due à un complexe de maigreur»… Dans leur rapport, les policiers ne mentionnent même pas le fait que la compagne du manutentionnaire avait jeté à la poubelle, le lendemain de l’explosion, tous les effets personnels du jeune homme. Quant au «rituel kamikaze», les spécialistes entendus par la justice auraient «contesté cette interprétation». L’ambassade d’Israël, consultée, «n’avait jamais constaté qu’un terroriste avait porté plusieurs sous-vêtements avant de se sacrifier»

Un rapport qui prend d’étonnantes libertés avec la réalité. Les auditions contenues dans le dossier d’instruction révèlent le contraire. De fortes contradictions au sein de la famille de Hassan J. démontrent que le jeune homme ne s’était jamais habillé de cette façon auparavant. A commencer par les déclarations successives de sa compagne. Le 25 septembre 2001, elle s’étonnera de la question et répondra curieusement: «Je ne sais pas. Je ne vois aucune explication à vous donner, sinon que ce n’était pas un homme méchant.» Plus tard, après les révélations du Figaro sur le sujet, elle se ravisera: «Il avait coutume de porter plusieurs sous-vêtements, et cela tous les jours, parce qu’il se trouvait maigre.» Le reste est à l’avenant. La sœur confirmant la coutume familiale, le père tombant des nues et démentant les propos de sa fille, les amis se montrant évasifs… On est donc loin de l’ «unisson» décrété par le SRPJ. De même, les quatre spécialistes auditionnés s’étonnent de la célérité avec laquelle la compagne de Hassan J. s’est débarrassée des affaires de son concubin. Deux d’entre eux déclarent avoir entendu parler du rituel kamikaze et conseillent de s’adresser à l’ambassade d’Israël. Et celle-ci signale qu’elle a déjà retrouvé un terroriste habillé de cette façon (voir document).

En réalité, selon notre enquête, ce rituel est un secret de Polichinelle, bien connu des spécialistes du terrorisme islamique, révélé par les journaux avant même l’attentat de New York. Un rituel recommandé par Al-Qaeda dans la lettre intitulée «Le dernier jour», retrouvée dans les bagages des terroristes du World Trade Center: «Lave-toi, parfume-toi… Couvre parfaitement tes parties intimes… N’oublie pas que des houris t’attendent au Ciel et te disent: ?Viens, ami de Dieu…?»

Si donc Hassan J. s’est habillé le 21 septembre 2001 d’une manière inhabituelle et hautement symbolique, pourquoi?

3. Deux expertises médicales ont disparu du dossier d’instruction.

Ces deux expertises sont pourtant essentielles. Il s’agit des «examens de corps» de Hassan J. et d’un autre manutentionnaire de son équipe, Abder T., tué lui aussi par l’explosion. Plusieurs avocats se sont étonnés de ne pas les trouver dans les copies du dossier qui leur avaient été remises. Me Christian Etelin, défenseur d’un des ouvriers blessés sur le site, a voulu les consulter au tribunal. Après une fébrile recherche, seule une photocopie du premier document a pu lui être confiée, l’original restant introuvable. Quant à l’«examen de corps» d’Abder T., il semble s’être volatilisé. Fâcheuse coïncidence: au début de l’instruction, les enquêteurs demandent à Mme T., comme à la compagne de Hassan J., si son mari portait habituellement plusieurs sous-vêtements. Elle répond par la négative, très surprise de la question. Mais pourquoi la lui pose-t-on? Y avait-il deux employés d’origine maghrébine habillés de la même étrange façon le 21 septembre 2001 sur le site toulousain d’AZF?

Encore plus stupéfiant, la succession d’irrégularités lors de l’examen du corps de Hassan J. à la morgue de Purpan, le 22 au matin. Seules quelques photos prises lors de l’examen figurent au dossier. Aucune ne semble avoir été prise du singulier harnachement du manutentionnaire (un pantalon, un short, un slip, deux caleçons, un slip), ce qui constitue déjà une faute. Mais les autres clichés suscitent bien des interrogations. Pourquoi Hassan J., un homme de 35 ans de corpulence normale, arrive-t-il si «propre» à la morgue, alors qu’il était censé travailler depuis 4 heures du matin, le 21 septembre, et qu’il a été retrouvé «enterré» près du cratère? Pourquoi est-il à peine poussiéreux, quand ses collègues les plus proches sont recouverts de boue et de gravats? Extrêmement soigné dans sa mise, il frappe le personnel de la morgue par ses vêtements, quasi neufs – un bleu de travail impeccable – et par la rigoureuse toilette de son corps, poncé, épilé. La rumeur fait le tour de l’hôpital: «A la morgue, il y a un kamikaze, un homme qui s’était préparé à mourir!» Pourquoi tous ces détails ne sont-ils pas notés dans la fameuse photocopie de l’ «examen de corps» annexée au dossier? Pourquoi ne sont pas non plus décrites les brûlures étendues que constateront les autres légistes, le lendemain, lors de l’autopsie à Rangueil? Pourquoi les yeux sont-ils notés «noirs», eux qui apparaissent d’un bleu éclatant sur les photos? Enfin, dernière absurdité: les remarques de la médecin légiste auraient dû inciter les enquêteurs à la rigueur; or Hassan J. a subi une «préparation thanatologique» le 22 dans l’après-midi, avant l’autopsie qui sera effectuée le lendemain. En clair, le corps a été toiletté et préparé en vue d’une présentation à la famille et à l’imam devant accomplir le rituel religieux. Une erreur de procédure qui pouvait effacer d’éventuels indices…

4. Deux cadavres «en trop» sur le cratère?

L’urgence des soins, la gravité de la catastrophe, la difficulté à se repérer dans une usine détruite expliquent en partie le cafouillage qui a présidé au recensement des blessés et des morts sur le site. Au fur et à mesure qu’ils étaient découverts, les cadavres étaient acheminés vers trois dépôts mortuaires situés à proximité du cratère. Cependant, pompiers et policiers devaient noter l’emplacement exact de chaque corps. Un premier bilan fait état de 23 morts à AZF. Un second de 21. Mais les témoignages de pompiers recueillis par le SRPJ soulèvent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses. Si l’on compare le plan établi par le comité d’hygiène et de sécurité de l’usine à celui qui a été dressé par le SRPJ, certaines contradictions intriguent (voir ci-dessus). Le cadavre de Hassan J. est relevé soit au bord du cratère, soit dans le bâtiment IO. Celui d’Abder T., soit au IO, soit près de la sortie A. Un autre manutentionnaire, Bernard L., censé se trouver près de ses collègues, aurait été retrouvé dans le IO, ou alors dans un tout autre bâtiment…

Autre énigme: dans la nuit du 21 au 22, deux cadavres sont retrouvés à proximité du cratère par une équipe de pompiers qui s’apprêtent à quitter le site. Ils signalent qu’il s’agit d’un chauffeur de camion et d’un conducteur d’engin dont ils ignorent l’identité. Si l’on consulte la liste officielle des morts publiée quelques jours plus tard, deux chauffeurs et deux conducteurs d’engin y sont recensés. Or ces quatre hommes avaient déjà été retrouvés lorsque les pompiers signalent les deux nouveaux cadavres. Qui sont donc ces deux hommes? Impossible, aujourd’hui, de le déterminer avec précision.

5. Aucune enquête n’a été menée pour vérifier l’emploi du temps de Hassan J.

Ancien délinquant condamné pour proxénétisme, vol et viol, soupçonné d’avoir participé à un trafic de voitures avec l’Allemagne, signalé par les RG comme proche de la mouvance islamiste, il aurait dû faire l’objet d’une enquête pointilleuse… qui reste à mener. D’après plusieurs témoignages que nous avons recueillis, Hassan J., embauché par une société de sous-traitance travaillant régulièrement pour AZF, manifeste un changement d’attitude quelques jours avant l’explosion. Il «traîne dans son travail et se balade un peu partout sur le site». Il entre plusieurs fois dans l’usine avec, dans sa voiture, un passager inconnu, ce qui est rigoureusement interdit et lui vaudra des remontrances du service de sécurité. Il fait embaucher un ami le lundi 17 au matin. Guère motivé, Djilali E. ne travaille pas, participe au différend avec les camionneurs la veille de l’explosion et ne vient pas travailler le jour même, «parce qu'[il ne s’était] pas réveillé». Toujours la veille de l’explosion, Hassan J. cherche à faire embaucher une autre relation, Smaïn B. Il le fait inscrire sous un faux nom, qu’il épelle «T.r.u.c.k», et se montre très énervé quand le service de sécurité refuse de laisser entrer ce nouveau venu. Le 21 septembre, il arrive à l’usine à 4 heures du matin, comme d’habitude, mais ne commence à travailler qu’à 5 h 30. Comme la veille, lui et deux autres intérimaires traînent. Les camionneurs s’énervent. Le ton monte. «Il nous a dit qu’il était un combattant turc, qu’il faisait la guerre», raconteront les deux hommes. Et puis cette phrase du manutentionnaire: «Tu vas voir, ça va être une bonne journée! Tu t’en souviendras…»

Tous les chauffeurs impliqués dans ces altercations ont reconnu Hassan J. sur les photos d’identification. Ils reconnaissent aussi Abder T., mais signalent un troisième homme qu’ils ne retrouvent pas sur le catalogue de photos de la police. L’un des chauffeurs se souvient même de s’être colleté avec ce dernier à la sortie de l’usine, un peu avant 10 heures, le matin du 21 septembre 2001.

6. Le curieux profil de Samir A.

Ce troisième homme, est-ce Samir A.? Le SRPJ était resté plus que discret sur ce troisième intérimaire. Originaire de Borj Menaïel, en Algérie, il obtient sa carte de résident en France à la fin de 1999. Il se fait embaucher à AZF le 19 septembre pour laver les carreaux. Le vendredi 21, deux jours plus tard, il quitte l’usine à 9 h 50. Soit une demi-heure avant l’explosion. Version officielle: il avait une gastro-entérite. C’est bien possible, mais, là encore, la police se contentera des déclarations de Samir A., affirmant ensuite: «Tous ses dires étaient vérifiés et s’avéraient exacts.» Or rien n’a été vérifié.

Pourtant, les explications de Samir A. vont à l’encontre d’autres témoignages et du simple bon sens. Quelquefois, même, il ne dit pas la vérité. Ainsi, quand il quitte AZF le matin du 21 pour rentrer chez lui parce qu’il se sent trop mal, il précise: «Je ne tenais plus sur mes jambes», alors qu’un employé le voit sortir «à pas pressés». Puis, au lieu d’attendre le bus 52 devant l’usine, il s’en va à pied «chercher un autre bus» et ne prend pas la direction d’Empalot, où il dit habiter.

Une demi-heure plus tard, il arrive à la station de métro Fontaine-Lestang, à 3 kilomètres de l’usine, quand le hangar 221 explose. Or, contrairement à ce qu’il explique aux policiers, aucun bus ne peut le déposer à cet endroit, à cette heure, ce matin-là. C’est donc bien à pied que cet homme «qui ne tenait plus sur ses jambes» parcourt 3 kilomètres en une demi-heure dans une direction opposée à celle de l’usine… et à celle de son domicile.

En perquisitionnant chez lui, au début de l’enquête, la police découvre un devis de 120 000 francs pour l’achat de livres techniques sur la chimie et le génie industriel. Il explique l’avoir fait établir pour un ami. De même, on retrouve sur son compte un virement récent de 7000 francs provenant d’une banque new-yorkaise. Il parle d’un cousin, mais l’origine et la destination exactes de cet argent ne seront pas vérifiées.

Autre question: pourquoi cet étudiant qui possède des diplômes universitaires choisit-il un travail de nettoyage à AZF? Il avait déjà accepté un poste d’homme de ménage dans les labos de l’usine à la fin de juillet et au début d’août avant d’aller passer ses vacances à Borj Menaïel… qu’il dit pourtant avoir fui pour «échapper à l’intégrisme».

7. La mystérieuse disparition de 21 kilos de chrome 6

La détonation du chrome 6 provoque une violente lumière et une fumée blanche, deux phénomènes décrits par de nombreux témoins.

Début août: c’est à cette même époque qu’un colis contenant 21 kilos de chrome 6, un produit hautement dangereux, disparaît entre le magasin d’achats, où il a été réceptionné, et le laboratoire qui l’avait commandé. Ce puissant oxydant, utilisé pour des tests de routine, est incompatible avec les ammonitrates: il peut alors provoquer une puissante explosion à la moindre mise à feu. L’enquête interne de l’usine, au début de septembre 2001, ne permet pas de retrouver la trace de ces flacons. Après l’explosion, averti par le responsable du service Achats, le SRPJ se contentera de quelques investigations sommaires… Pourtant, à moins d’imaginer un scénario rocambolesque où les flacons de chrome auraient été pris par erreur dans le magasin d’achats de l’usine et déversés négligemment dans le hangar 221, c’est bien l’éventualité d’un acte criminel, volontaire, qui se trouve alors envisagée… A-t-on recherché des traces de chrome dans les nombreux prélèvements effectués autour du cratère? A-t-on tenté expérimentalement de reproduire une explosion avec ce produit introduit dans un tas d’ammonitrates?

«Ce dossier est déconcertant, résume Me Collard, défenseur des familles de victimes. On a sélectionné des indices, ébauché des scenarii improbables et imposé la version de l’accident avant même tout procès. La situation devient irréelle.» Me Etelin, avec son inimitable accent de faux naïf, s’étonne: «Comment peut-on qualifier d' »expertises » de telles fantaisies pseudo-scientifiques? Et là-dessus on bâtirait une thèse qui prend les allures d’une procédure réquisitoire! C’est inimaginable…» Me Soulez Larivière, défenseur d’AZF, vient de dresser une longue liste d’investigations complémentaires qu’il demande d’effectuer.

Alors que ses prédécesseurs avaient laissé l’enquête entre les mains du SRPJ, ne procédant à aucune audition en un an, le juge Perriquet a commencé les siennes. Selon les avocats, il manifesterait une impartialité totale et serait prêt à explorer toutes les pistes. Encore faudrait-il que sa saisine le lui permette. Pour le moment, elle est toujours limitée à «homicides involontaires par violation délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence»…

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