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Publié par Dreuz Info le 31 octobre 2008

  
  
  

  
  

Miguel Garroté   Visiblement,  le débat sur le crise dite financière ne fait que commencer.  Ci-dessous,  je verse au dossier deux documents qui me semblent à la fois éclairants et complémentaires.  Le 1er document est un article intitulé « Bloc-notes :  sale temps pour les flambeurs »,  d’Ivan Rioufol,  journaliste au Figaro.  Le 2ème document,  intitulé « Ne pas se tromper de coupable pour résoudre la crise »,  est une analyse de Mathieu Bédard,  chercheur à l’Institut économique Molinari.  Comme disait feu l’humoriste Sempé,  « rien n’est simple » et « tout se complique ».

« Bloc-notes :  sale temps pour les flambeurs »

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2008/10/bloc-notes-sale-temps-pour-les.html

Ivan Rioufol

L’époque n’est plus aux flambeurs.

La crise globale, aggravée par la dérégulation des échanges planétaires, oblige à davantage de contrôles et d’éthique dans les affaires. Un vent vertueux s’est levé. « La justice est un sujet de président de la République », a dit Nicolas Sarkozy, mardi à Rethel, à propos de son plan de mobilisation pour l’emploi. Mais le sentiment d’inégalité qui s’installe, et qui n’appartient pas aux seuls salariés vulnérables, ne se contentera vraisemblablement pas des traditionnels cataplasmes sociaux. Tout est à revoir. Voici venu le temps de l’autolimitation, que suggérait une poignée de sages en réponse à l’essoufflement de la modernité dans sa course à la croissance, y compris démographique. Le télescopage des catastrophes financières et écologiques oblige à la régulation des marchés et à la réduction des consommations. Il n’y a plus le choix, sauf à croire possible d’apprivoiser des tumultes. La « mondialisation heureuse » et l’idéologie impensée du progrès virent au cauchemar. Reste aux politiques, pressés par l’Histoire qui s’écrit, à en tirer les conséquences. La révolution des comportements en est à ses balbutiements. Cependant, les premiers effets dévastateurs du krach américain rendent insupportables, dès à présent, les féodalités dont la France préserve l’héritage. N’est-ce pas l’ancien président du Sénat qui s’était fait offrir, par son institution, un appartement à vie ? Aujourd’hui, un ancien préfet de Région, Paul Bernard, en vient à réclamer (1) une nouvelle nuit du 4 août pour abolir ce qu’il reste de privilèges, notamment chez les élus du peuple. Cette exaspération d’un modéré est symptomatique de ce qui s’entend souvent chez les gens. Elle devrait inciter le pouvoir à satisfaire prioritairement ces attentes. Henri Guaino, conseiller du chef de l’État, l’admet (Les Échos, lundi) : « Si l’on ne répond pas au besoin d’éthique, de régulation, d’équité, on pourrait bien se retrouver confrontés dans les pays développés à la grande révolte des classes moyennes. » En France, la gauche dure espère déjà radicaliser de prochains conflits ouvriers. C’est pourquoi, après avoir exigé des financiers et des grands patrons (à quand les footballeurs ?) plus de décence dans leurs salaires et leurs parachutes dorés, le président devrait, à son tour, donner l’exemple d’une modération du train de vie de l’État, de ses ministères, de ses exécutifs locaux. Cela s’appellerait la rigueur.

Démocratiser le capitalisme

Faut-il, pour autant, jeter le libéralisme par-dessus bord ? La gauche le souhaite, refusant d’admettre que la crise puisse se réduire à des pratiques folles n’entachant pourtant pas le fonctionnement d’un libre marché assaini. François Bayrou renvoie dos à dos capitalisme et socialisme, pour en appeler à un « humanisme » désarmant d’angélisme. En réalité, un libéral ne se sent pas forcément désavoué par ce chaos : il est celui d’un « laisser-fairisme mondialiste » que Maurice Allais, Prix Nobel d’économie en 1988, ne cesse de dénoncer en vain. Alors que des experts se poussent du col pour assurer qu’ils avaient prédit les événements, il faut relire les critiques de l’économiste libéral contre une mondialisation généralisée des échanges entre pays « caractérisés par des niveaux de salaires très différents aux cours des changes », prélude aux pires catastrophes. Pour lui, « une société libérale n’est pas et ne saurait être une société laxiste et anarchique ». Ne serait-il pas temps d’entendre ses critiques contre « le credo d’un libre-échangisme mondial » et son plaidoyer pour la « préférence européenne » ? Non seulement le capitalisme ne s’est pas effondré, mais le gouvernement serait bien avisé d’accompagner désormais sa démocratisation, notamment en accélérant les intéressements des salariés. C’est François Chérèque, patron de la CFDT, qui remarque (2) : « L’économie de marché, c’est ce qu’on a trouvé de mieux pour créer de la richesse et avoir les moyens de réduire les inégalités. Encore faut-il la réguler et ne pas accepter que le capitalisme soit aux mains d’une caste qui en profite au maximum, au détriment d’une redistribution plus juste des richesses ». Cette caste, qui la défend ?

Le « changement différent »

Lire Chérèque défendre le capitalisme ou les fonds de pension « labellisés » et déplorer que le PS soit « toujours sous l’emprise d’une culture dominante étatiste » fait ressortir l’immobilisme des socialistes, tétanisés par la voie réformiste et pragmatique que les événements imposent. Certes, une partie de leurs vieux trucs (retour de l’État, emplois aidés, etc.) est reprise dans l’urgence par Sarkozy. Mais ce qu’ils voient comme un hommage à leur lucidité, qui les dispenserait de bousculer leurs dogmes, n’est qu’une récurrence de leur narcissisme et de leur paresse intellectuelle. Pour expliquer ce qui différencie sa motion de celles de ses concurrents, Ségolène Royal parle d’un « changement différent ». Toujours ces mots creux.

Si McCain gagne…

Pour le nouveau Nobel d’économie, l’Américain Paul Krugman, « il y a fort à parier sur un raz de marée en faveur d’Obama et son parti », mardi. Si McCain gagne, malgré l’impressionnante pression médiatique en faveur de son concurrent, il faudra relire tout ça…

(1) Paul Bernard « La vertu n’est pas de trop en politique ! », Economica

(2) François Chérèque « Si on me cherche…» (avec Carole Barjon), Albin Michel


 

« Ne pas se tromper de coupable pour résoudre la crise »

Mathieu Bédard,  Institut économique Molinari

http://www.institutmolinari.org/editos/20081030.htm

Alors que les marchés financiers valsent sur un air de chaos, les commentateurs économiques s’entendent pour accuser le libre marché. Avant de poser un verdict aussi tranché, il est important de bien comprendre les causes de cette crise, ne serait-ce que pour s’assurer que les solutions adoptées ne posent pas les jalons d’une nouvelle crise.

Loin d’être abandonnée au marché, la finance est au contraire rythmée par l’État. L’intervention publique y a orchestré la déresponsabilisation et le malinvestissement dans des produits financiers trop risqués.

Beaucoup s’imaginent que le libre marché règne en maitre sur le monde des affaires. La réalité est toute autre puisque des organismes publics comme les banques centrales y détiennent un monopole sur la création de monnaie. Leur politique monétaire d’argent facile a induit les banquiers à être moins précautionneux avec leurs investissements, d’autant plus qu’ils pouvaient anticiper que celles-ci viendraient à leur secours en cas de défaillance. Ces sauvetages sont devenus la réponse privilégiée à toutes les crises financières depuis 1929.

Le principe de responsabilité relaxé, les banques ont pu se constituer de larges portefeuilles de créances immobilières sur des ménages insolvables. Les banques qui en revanche n’auraient pas compté sur l’intervention monétaire dans leur stratégie financière et auraient refusé ces produits dérivés « toxiques » auraient perdu de précieuses parts de marchés. Les politiques monétaires créent un aléa moral qui récompense les comportements « kamikazes » et pénalise les choix prudents.

Si des politiques monétaires mal avisées ont provoqué cette crise, on doit à deux administrations publiques américaines, Fannie Mae et Freddie Mac, d’avoir dirigé ce malinvestissement vers le marché immobilier. En se portant garantes d’acquéreurs de logements insolvables, elles ont prôné l’irresponsabilité financière de ménages surendettés. Pire, elles ont repassé ces crédits sous forme de titres financiers complexes à l’ensemble de l’industrie bancaire, propageant la contagion des produits dérivés « toxiques » à l’ensemble des marchés. Difficile de parler de libre marché dans ce climat d’intervention gouvernementale généralisée

Le risque qu’il y a à se tromper de diagnostic dans cette débâcle financière, c’est de proposer des solutions qui pavent la route à de nouvelles crises. Débloquer des liquidités pour secourir les banquiers ne peut qu’encourager ces derniers à continuer leur gestion imprudente. En exonérant les banques de leur responsabilité, on récompense leurs échecs et on leur donne carte blanche pour leurs futures négligences. Ces récentes interventions des États et des banques centrales préparent par conséquent les aléas moraux de demain.

Pour sortir du cycle infernal des crises à répétition, il faut d’abord émettre un diagnostic juste sur les origines de la crise actuelle. La déresponsabilisation des banquiers et des ménages en est la cause, et non pas le libre marché. Il faut ensuite comprendre que la réallocation des ressources vers des actifs sains va bien sûr causer des troubles importants, mais si ce processus n’est pas gêné par les pouvoirs publics notre économie s’en trouvera plus solide à long terme. Avant d’inhumer le libre marché, assurons-nous de tenir le bon coupable.


  
  

  
  

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