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Publié par Dreuz Info le 26 décembre 2008

  
  
  

Isaïe
  
  

Miguel Garroté avec E.S.M.     Il y a quarante ans,  soit en 1968,  un certain Joseph Ratzinger,  aujourd’hui connu sous le nom de  Benoît XVI,  donnait une série de conférence sur la foi,  sur le credo,  sur le « je crois ».  Aujourd’hui,  fin 2008,  ces conférences vieilles de quarante ans sont néanmoins d’une brûlante actualité.  En effet,  les réflexions de Benoît XVI,  du temps où il se nommait Joseph Ratzinger,  se révèlent en 2008 des paroles prophétiques.  J’ai tenté,  ci-dessous,  de résumer.  Bonne lecture !

Les réflexions de Benoît XVI,  du temps où il se nommait Joseph Ratzinger,  réflexions sur le fait de croire,  sur le Credo,  sur le je crois,  ces réflexions débutèrent sous forme de conférences données à Tübingen en 1967 (et rassemblées dans un document intitulé  « J. Ratzinger,  La foi chrétienne hier et aujourd’hui »,  1968).  Ces conférences données à Tübingen n’étaient pas spécialement destinées à des étudiants en théologie,  mais au public le plus large.  Bien que solidement charpentées,  leur ton s’accordait donc à leurs destinataires :  un ton plutôt populaire,  en particulier dans le choix de Ratzinger de les illustrer par des figures tirées du folklore.

Un exemple paraît dans la préface de « La foi chrétienne hier et aujourd’hui ».  Ratzinger compare le théologien contemporain (qui, trop souvent, au nom des meilleures raisons pastorales, édulcore le contenu de la foi pour en faciliter chez ses auditeurs la compréhension) au personnage de Hans im Glück (personnage d’un conte des frères Grimm).  Hans im Glück dont le sac d’or est si lourd qu’il se laisse persuader d’en échanger le contenu pour des substituts ayant de moins en moins de valeur.  Au bout du compte,  ne possédant plus qu’une meule à aiguiser,  Hans se débarrasse du sac sans tergiverser.

Ratzinger réfléchit sur ce qu’est croire dans le monde d’aujourd’hui.  Il rappelle Kierkegaard à propos du prédicateur chrétien :  un clown cherche désespérément à délivrer un message d’une urgente gravité.  Lorsque ce clown se rend compte que les gens prennent son alarme au feu de forêt pour un stratagème destiné à les attirer au cirque,  il redouble d’efforts,  ce qui ne fait qu’accroître l’hilarité de ses auditeurs,  jusqu’à ce que leur village,  puis eux-mêmes,  deviennent la proie des flammes (S. Kierkegaard,  cité dans H. Cox,  « La Cité séculière »,  Casterman,  Tournai,  1968).  Pourtant,  insiste Ratzinger,  il ne suffit pas au prédicateur ou au théologien d’enlever ses habits d’autrefois pour être pris au sérieux.  Nous vivons dans un monde où l’incroyance fait pression sur le croyant,  tout comme la croyance fait pression sur l’incroyant dont le  « c’est peut-être vrai »  fait écho au  « ce n’est peut-être pas vrai » du croyant.

Dieu se situe,  de manière essentielle,  au delà de notre champ de vision.  C’est là une affirmation fondamentale de l’Ancien Testament.  Dire credo,  dire je crois,  par conséquent,  c’est prétendre à un mode nouveau d’accès à la réalité,  qui élargit considérablement les limites du monde auquel j’appartiens.  Dire credo,  dire je crois,  c’est proclamer,  que ce que l’on ne peut pas voir,  peut pourtant être réel,  et en fait,  suprêmement réel,  au point d’être cela même qui porte et rend possible toute réalité.  De plus,  c’est aussi cela qui,  pour la Bible,  permet à chacun de mener une vie véritablement humaine.




La foi chrétienne,  en tout premier lieu,  a pour objet l’entrée de Dieu dans l’histoire.  Dieu s’implique avec l’homme.  La foi chrétienne clame qu’avec Jésus,  l’Éternel est entré dans ce monde.  Jésus est l’exégèse du Père.  De prime abord,  le fait d’avoir à chercher Dieu dans un homme semblerait rendre les choses plus faciles.  Pourtant,  nous sommes déconcertés devant cette révélation chrétienne.  On peut se demander s’il n’eût pas été plus simple d’adorer ce qui est éternel et caché,  de s’y abandonner dans la méditation et d’y aspirer.  N’eût-il pas mieux valu que Dieu nous laissât dans notre éloignement infini ?  N’aurait-il pas été plus facile de nous élever au-dessus des contingences de ce monde,  pour percevoir dans une paisible contemplation le mystère ineffable,  au lieu qu’il faille maintenant nous livrer au positivisme de la foi,  nous limiter à une seule figure et placer le salut de l’homme et du monde sur une pointe d’aiguille, un point fortuit de l’espace et du temps ?

Ratzinger se demande si en toute intégrité intellectuelle,  il nous est permis de croire.  Pour répondre à cette question,  Ratzinger examine comment nous en sommes venus à l’image que nous nous faisons maintenant de ce qui est fondamentalement réel :  les phénomènes le sont et rien d’autre.  Ratzinger distingue deux figures cruciales :  Gianbattùsta Vico et Karl Marx.  Pour Vico,  ce qui peut être connu,  c’est ce que l’homme a fait,  ses actions et ses réalisations dans l’histoire :  verum quia factum (c’est vrai parce que cela a été fait).  Malheureusement,  la victoire de l’historicisme de Vico,  au milieu du 19ème siècle,  coïncida avec les découvertes de Darwin en biologie.  Au moment même où,  selon un anthropocentrisme radical,  l’homme ne peut connaître que son œuvre propre,  il se voit réduit à s’accepter comme un produit purement fortuit.

Si avec Darwin la signification de l’histoire se trouva congédiée du jour au lendemain,  elle revint par la porte de derrière avec Marx.  Dans le marxisme,  la vérité est centrée sur l’action et le futur.  Ce qui peut être connu,  c’est la transformation révolutionnaire du monde par l’homme lorsqu’elle se produit.  L’axiome devient ici verum quia faciendum (c’est vrai parce que cela doit être fait).  Ce tournant vers la sociologie et l’expectation des lendemains ruina les efforts de la théologie pour s’adapter à Vico.  Les théologiens,  pour rester en prise avec la pensée de leur temps,  se virent obligés de considérer le langage même de la foi comme une rhétorique destinée à permettre l’action à venir (ensemble des théologies politiques :  théologies de la révolution et théologies du monde).

L’idée d’histoire du salut cède la place à la théologie politique,  à la théologie de la libération,  qui cachent,  plus qu’elles ne révèlent,  le sens du mot credo,  le sens des mots je crois.  Car,  sous-jacent à ce mot,  il y a une approche de la réalité spécifique à la Bible,  à laquelle ne se rattachent ni Vico ni Marx.  Ratzinger résume cette approche biblique en deux termes,  « prendre appui »  et  « comprendre » (stand – understand ou stehen – verstehen)  qui font particulièrement référence à Isaïe 7,9 :  « Si vous ne croyez pas,  vous ne subsisterez pas ».  Ce qui est essentiel ici,  c’est ce qui enracine notre confiance en une réalité qui n’est pas et ne peut pas être l’œuvre de nous-mêmes et qui soutient notre existence.  Par la foi,  nous reconnaissons que ce qui donne son sens propre à notre expérience ne peut être que quelque chose que nous avons reçu.

À l’image de Marius Victorinus,  philosophe néoplatonicien contemporain de saint Augustin,  qui ne vit pas la nécessité d’une Église institutionnelle,  jusqu’à ce qu’il saisisse l’idée chrétienne :  quiconque veut prétendre au nom de chrétien doit trouver le Logos dans la communauté (saint Augustin,  Confessions,  VIII,  2,3-5).  La foi chrétienne n’est pas une idée,  mais une vie ;  elle n’est pas esprit qui se replie sur lui-même,  mais incarnation,  esprit dans le corps de l’histoire et de la société (« J. Ratzinger,  La foi chrétienne hier et aujourd’hui »,  1968).  Ratzinger en 1968 ?  C’était il y a quarante ans.  Ce pourrait être aujourd’hui,  fin 2008.

© Copyright 2008 Miguel Garroté http://monde-info.blogspot.com et E.S.M.

Saint Augustin

  

  
  

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