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Publié par Dreuz Info le 13 janvier 2009


NOM

Ishmael Jones
(pseudonyme)


CV

Agent des services de renseignement extérieur des Etats-Unis d’Amérique.

Agent de la Central Intelligence Agency entre 1987 et 2006.

 L’identité d’Ishmael Jones et son appartenance à l’Agence ont été confirmées par le Congressionnal Quarterly , premier organe de presse du Congrès américain.

Ishmael Jones a passé sa carrière sur le terrain, en tant que NOC (non official cover, agent sans couverture diplomatique). Il travaillait dans le DO, le Directorate of Operations, devenu en 2005 le NCS, National Clandestine Service. Il était donc membre de l’élite du renseignement américain.

 

Ancien officier dans le corps des Marines, Ishmael Jones a été recruté par le service « action » de la CIA à la fin des années 80.  

 

 Pendant dix-neuf ans, il a été commando et officier traitant dans plus de quinze pays, y compris des « Etats hostiles », avant de démissionner en bons termes en 2006. Il était spécialisé dans le contre-terrorisme et la contre-prolifération d’armes non conventionnelles. Aucun détail n’est divulgué sur ses différentes affectations, mais nous savons que Jones, qui parle couramment l’arabe, était rattaché à l’antenne de la CIA de Bagdad en 2006.  

 

En juillet 2008, Ishmael Jones a publié un livre, « The Human Factor«  (Encounter Books, 2008) , lequel a provoqué une vive polémique.

 

L’Agence a laissé entendre qu’elle pourrait renforcer son système juridique pour prévenir ce genre de publications à l’avenir.

 

  Dans son ouvrage, Ishmael Jones appelle à une réforme en profondeur de la CIA. Il a depuis été publié par de nombreux médias outre-atlantique, dont Frontpage Magazine et The American Thinker.

Cet entretien s’est déroulé par correspondance. Dévoiler l’identité d’un membre du « service action » de l’Agence est un délit aux Etats-Unis. Les NOC bénéficient de la confidentialité la plus stricte. Il est hors de question de leur téléphoner ou d’obtenir leur adresse postale.

drzz.info a pu s’entretenir avec Ishmael Jones sur recommandation de Michael Ross, lui-même vétéran de la division clandestine du Mossad.

Ishmael Jones est le premier deep cover officer à s’exprimer de l’histoire de la CIA. Son témoignage, qui a fait trembler le monde du renseignement aux Etats-Unis, éclaire d’un jour nouveau les structures et le fonctionnement de Langley.

En exclusivité, sur drzz.info


DRZZ : Vous êtes le premier agent de la branche clandestine à avoir écrit un ouvrage de l’histoire de la CIA – sans autorisation. Quelles ont été vos motivations et quelle a été la réaction de l’Agence ?

JONES : La branche clandestine de la CIA est un système en faillite, et la qualité médiocre des renseignements qu’elle produit nous met tous en danger. Les terroristes et les Etats illégaux nous ont déclaré la guerre, quelle que soit notre nationalité, et la CIA doit pouvoir rendre des évaluations crédibles pour contrer ces menaces.

J’ai voulu témoigner parce que l’Agence ne possède pas de mécanisme interne capable de corriger ses erreurs. J’ai apostrophé de nombreux cadres de la CIA en utilisant la voie hiérarchique, mais celle-ci est inutilement complexe, évasive et cloisonnée. Il est impossible de déterminer la responsabilité de chacun.  

Je me suis tourné vers l’IG [Inspector General, le service d’enquête interne de la CIA], mais l’IG a été créé pour recueillir les plaintes des employés, sur des cas de promotions rejetées ou de discrimination. L’IG n’a aucun moyen de régler les dysfonctionnements de la CIA, qui vont de la pauvreté des renseignements collectés à la fraude et aux dépenses faramineuses. Lors de ma première visite, l’IG m’a pris par erreur pour un agent du FBI. A l’époque, il faut se souvenir que la CIA faisait l’objet d’une enquête fédérale pour avoir transmis des informations anti-Bush à la presse.

J’ai envoyé mon ouvrage à la CIA avant publication, comme mon contrat me l’oblige. Mon livre ne contient pas de données classifiées, mais je leur ai dit plusieurs fois que j’étais prêt à retirer les passages qui ne leur convenaient pas. Une année plus tard, le livre m’est revenu sous la forme d’un feuillet de pages blanches. 
   


DRZZ : Vous avez grandi au Moyen Orient, en Afrique et en Asie. Ces expériences ont-elles été décisives dans votre choix de rejoindre le service ?

 JONES : Oui, J’ai beaucoup aimé ces régions et je voulais retourner y travailler. La CIA essaie d’engager du personnel ayant déjà de l’expérience à l’étranger. 

Surtout, vivre dans ces régions m’a permis de mesurer la différence entre une démocratie libre et une dictature. J’étais d’autant plus résolu à me battre pour faire avancer la liberté et combattre les ennemis de la liberté.


DRZZ : Comment était-ce de travailler pour
la CIA ?

JONES : J’ai eu une très belle vie de famille malgré mes absences répétées, car je pouvais contrôler mon temps. La CIA étant une institution brisée, y travailler peut devenir pénible à la longue.

Par chance, j’étais agent de terrain. J’aurais trouvé beaucoup plus difficile de rester dans un bureau et suivre des séances interminables en regardant ma montre. J’ai travaillé en dehors de la bureaucratie. La majorité de ma carrière s’est déroulée dans des pays étrangers.


Le vrai challenge pour moi a toujours été le quartier-général lui-même. La carrière de la majorité de mes collègues a mal fini à cause d’ « exposition interne » [divulgation de l’identité d’un agent par une taupe] suite aux affaires d’espionnage impliquant [Aldrich] Ames et [Harold] Nicholson, ou à cause de la pression constante de délocalisations à l’intérieur des Etats-Unis. J’ai été chanceux de pouvoir servir dans la CIA aussi longtemps. J’aurais pu poursuivre ma carrière indéfiniment, mais j’ai réalisé que c’était inutile en l’état. Prôner des réformes pour le renseignement américain est devenu ma priorité.   


DRZZ : Vous étiez agent de la CIA le 11 septembre 2001. Pouvez-nous dire quelques mots à ce sujet ?
 

JONES :  Lorsque les avions ont percuté le World Trace Center, j’ai immédiatement pensé que nous allions assisté à des réformes et des purges au sein de la CIA. Les « mandarins » [les cadres supérieurs dans le jargon interne] de l’Agence étaient terrifiés. Durant les six mois qui ont suivi le 11 septembre, toutes les demandes opérationnelles que je transmettais à Langley étaient approuvées. Les fonctionnaires avaient peur de dire non.

Mais, lorsque la CIA a réalisé qu’elle ne serait pas blâmée, qu’il n’y aurait pas de vraies réformes et qu’en réalité on la récompensait pour ce désastre avec des rallonges budgétaires se chiffrant en milliards, la bureaucratie est revenue aux commandes, plus forte que jamais. Avant le 11 septembre, la CIA était excessivement bureaucratique ; après le 11 septembre, elle est devenue complètement étouffée par elle. 


DRZZ : En 2005, le Président Bush a lancé le NCS
[branche clandestine] pour remplacer le Directorat des Opérations comme « service action » de la CIA. Qu’en pensez-vous ? 

JONES : Le NCS n’a pas tenu ses promesses. Globalement, il n’a fait qu’ajouter de nouveaux fonctionnaires à la tête d’une CIA déjà saturée. Le personnel du NCS augmente de jour en jour, et se compte aujourd’hui en milliers d’employés, tous travaillant aux Etats-Unis mêmes. Beaucoup de ces agents pourraient apporter leur contribution à la collecte d’informations s’ils étaient envoyés à l’étranger en tant qu’officiers traitants.   


DRZZ : Vous écrivez que Langley gaspille l’argent du contribuable américain en utilisant la confidentialité pour couvrir ses agissements. N’existe-t-il pas de garde-fous contre une telle dérive, le Congrès par exemple ?

JONES : Le secret est nécessaire pour protéger nos agents et nos opérations, mais hélas la CIA l’utilise pour masquer les irrégularités de son budget.

Pour décrocher un contrat de la CIA, il faut détenir une autorisation « top secret », ce qui signifie, généralement, que l’entreprise approchée est dirigée par un ex-employé de la maison. Ainsi, les anciens de la CIA obtiennent les contrats de leurs amis toujours en service. Avec ce système, l’Agence n’a aucun moyen de prévenir la fraude.


Il y a quelques années de cela, l’armée américaine a payé 436 $ un marteau qui en valait 5. Mais grâce à la transparence du budget militaire, l’affaire a été révélée. A l’opposé, les finances de la CIA sont protégées par le secret. Par exemple, pour un programme destiné à placer de nouveaux officiers à l’étranger, la CIA a dépensé trois milliards de dollars sans envoyer un seul agent sur place.


Le Congrès a perdu son contrôle sur la CIA. Il s’est enfermé dans une guerre d’opinion sur les écoutes téléphoniques et les interrogatoires de détenus. Ces prises de position, politiques, l’ont détourné des projets de réformes. Bien sûr, pour se protéger, Langley encourage ces disputes en passant des données confidentielles à la presse.    

L’utilisation des médias est un parfait exemple des opérations clandestines que nous menons. La CIA livre des secrets à quelques journalistes triés sur le volet en échange d’articles favorables. Ces journalistes bâtissent leurs carrières sur ces informations, et font tout leur possible pour ne pas perdre les bonnes grâces de leur source.

La CIA s’est montrée redoutablement efficace pour contrôler le Washington Post et, dans une certaine mesure, le New York Times. Le Post, en particulier, s’enorgueillit d’être la maison-mère du journalisme d’investigation alors qu’il n’est que le perroquet de la CIA.   


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