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Publié par Dreuz Info le 26 janvier 2009

« L’affaire Tinner » est l’un des dossiers d’espionnage les plus explosifs de ces cinq dernières années, si délicat d’ailleurs qu’une partie a été détruite sur ordre du gouvernement suisse.

Tout commence avec l’immanquable Abdul Qadeer Khan, le scientifique le plus redouté de la planète et père de la bombe atomique pakistanaise. Khan est connu pour avoir fourni illégalement de la technologie nucléaire à plusieurs Etat voyous, dont la Corée du Nord, l’Iran et la Libye.

 

Dans le monde opaque du renseignement, la filière Khan est le vecteur le plus grave de prolifération nucléaire. Son réseau compte des ingénieurs, diplomates et industriels, chapeautés par l’ISI (le renseignement pakistanais), qui vendent à leurs clients les plans d’armes nucléaires, leur envoie des conseillers, forme leurs ingénieurs, et s’assure de juteux dividendes sous forme de fonds illégaux. Abdul Khan, protégé par le gouvernment pakistanais, est pourtant un homme en sursis : on a placé sa capture parmi les dossiers prioritaires de la CIA et son nom figure sur la liste du Kidon, le service d’assassinat du Mossad.  

 

Lorsqu’Israël frappe le site nucléaire d’Al-Kibar en septembre 2007, pendant l’opération « Verger« , il sait que Khan est derrière le matériel nucléaire fourni à la Syrie. Quant aux Américains, ils ont la preuve que le Pakistan participe à l’élaboration du programme atomique iranien. Tinner photo

 

La filière Khan s’appuie sur une fabrique installée en Malaisie. Son nom ? Scomi Precision Engineering. Entre 2001 et 2003, elle a construit près de 2’000 centrifugeuses au gaz destinés à produire de l’uranium enrichi et, à terme, des engins atomiques. L’entreprise a engagé un consultant technique du nom d’Urs Tinner (photo), un citoyen helvétique de 39 ans. Son frère Marco est ingénieur, son père Friedrich également. Or, tous trois font partie du réseau Khan.

Abdul Khan est un proche ami des Tinner, dont il parle comme d’une « famille honnête ». Il a souvent été invité dans leur demeure située en Suisse orientale.

Leur trafic de composants nucléaires a été monté grâce à des appuis en Asie, Europe et au Moyen Orient. Un Sri Lankais, directeur d’une entreprise fantôme, commande des éléments de centrifugeuses pouvant servir à d’autres fins (agriculture, par exemple), et les fait livrer à Dubaï. Elles changent de containers, partent pour l’Allemagne. De là, elles sont transférées en Libye, où les hommes du colonel Khadafi les remontent et les testent dans des bunkers secrets creusés dans le désert.

 

Ce que le renseignement libyen ignore, c’est qu’il est étroitement surveillé par la CIA. Les Américains ont monté une opération coup de poing pour démanteler le réseau Khan et, par la même occasion, mettre fin aux velleités nucléaires de la Libye. Nom de code : « Opération Audace ».

En analysant les ramifications de ce trafic international, Langley découvre son maillon faible avec le trio Tinner. En juin 2003, six officiers de la CIA embarquent depuis Berlin pour la Suisse. A Seenwald-Frümsen, une bourgade du canton de Saint-Gall, ils pénètrent dans la maison des Tinner en exhibant un faux mandat de perquisition. Grâce à l’effet de surprise, les agents peuvent « travailler » leurs cibles au corps, et les retourner. Lorsque les espions américains repartent, Friedrich, Urs et Marco Tinner sont devenus des agents doubles.

Les Etats-Unis dirigent leurs hommes depuis l’antenne de la CIA à l’ambassade américaine de Berne,  refuge préféré du renseignement américain depuis la Seconde Guerre mondiale. Depuis l’automne 2008, la capitale suisse est même devenue la centrale européenne de la CIA.

Une fois les Tinner retournés, l’Agence ouvre son piège : elle ordonne à Urs de préparer un nouveau transfert de composants nucléaires de la Malaisie jusqu’à Tripoli. En octobre 2003, la CIA suit un navire pirate naviguant sous pavillon allemand, et ayant embarqué des containers à Dubaï. Alors qu’il amorce son voyage vers la Libye, le  « BBC China » est détourné par la marine américaine vers le port de Tarente, en Italie. Là, une équipe de la CIA le fouille de fond en comble ; la soute révèle des centrifugeuses à gaz, démontées et soigneusement cachées derrière des composants informatique. Le piège américain se referme sur la Libye.

Pris la main dans le sac, le colonel Khadafi renonce à son programme d’armes de destruction massive dans la semaine qui suit l’arraisonnage du « BBC China ». Il invite les inspecteurs occidentaux dans ses sites nucléaires ; mieux, il fait son mea culpa sur la scène publique. Devant le Sénat américain, Porter Goss, directeur de la CIA, ne cache pas son enthousiasme, mais sans piper mot de la contribution décisive des Tinner ; les agents double ayant rempli leur contrat, ils sont désormais inutiles. La CIA renonce à les protéger. Erreur fatale.

Début janvier 2004, le SRS (Service de Renseignement Stratégique), le service secret extérieur suisse, remonte la filière Khan et publie un rapport. Complété, ce memorandum débouche sur un mandat d’arrêt international. En octobre 2004, le renseignement allemand arrête Urs Tinner, son frère et son père, et les extrade vers la Suisse l’année suivante. L’affaire éclate au grand jour.

Le gouvernement helvétique hérite d’un dossier délicat à l’extrême. Plans d’armes nucléaires, manuels de formation, formules de physique avancées, la maison des Tinner est une vraie caverne d’Ali Baba. Les informations que les services secrets découvrent valent des millions. Mis sous pression par la CIA, le gouvernement suisse se retrouve sur la sellette.

Si les écrits des Tinner terminent dans les médias, un groupe terroriste ou un Etat hostile pourrait les utiliser à des fins mortelles. Les agents du SRS sont d’autant plus prudents qu’en 2005, un cas similaire avait provoqué l’émoi au 20, Papiermühlestrasse, à Berne. Un fax du Ministère égyptien des Affaires étrangères, envoyé à son ambassade à Londres et portant sur les prisons secrètes de la CIA, avait été intercepté par le système d’écoute suisse Onyx. Transféré au département « Acquisition » du SRS, il avait inexplicablement terminé dans les médias. Peut-être les Américains ont-ils rappelé cette bévue à leurs homologues helvétiques; quoiqu’il en soit, le gouvernement suisse a décidé de détruire les documents les plus sensibles du « dossier Tinner ».

Urs, Marco et Friedrich Tinner, anciens trafiquants internationaux de composants nucléaires devenus agents doubles pour la CIA, n’ont pas été inculpés. Une commission fédérale a toutefois jugé que la destruction des éléments sensibles du dossier avait été un acte « disproportionné » de la part des autorités suisses.   

Aujourd’hui relâchés sur caution, les trois ingénieurs suisses semblent bénéficier d’une certaine clémence occidentale. Après tout, ils ont permis d’étouffer les ambitions atomiques du colonel Khadafi et d’éviter la nucléarisation de l’Afrique du Nord, aux portes de l’Europe.

Une grande victoire pour le monde libre, que les Américains ont décroché en misant sur leur audace. 

 

NOTRE DOSSIER :
RENSEIGNEMENT

 

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