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Publié par Dreuz Info le 30 janvier 2009

  
  
  

Non,  Mgr Williamson n’a pas réintégré l’Eglise ! Tant mieux.
   
  

Miguel Garroté,  vendredi 30 janvier 2009     Les récents malentendus internes à ce blog ayant été résolus par notre webmaster,  je refais surface dès aujourd’hui.  Point final.  Venons-en à l’objet du jour :  qui avait intérêt à salir Benoît XVI ? La haine médiatique contre Benoît XVI,  qui aurait,  soi-disant « réintégré » ou « réhabilité » (c’est totalement faux et absurde) quatre évêques intégristes, dont un négationniste halluciné, cette haine ne relève pas de la critique,  mais de la bouffonnerie,  de l’incompétence et de la désinformation.  Je l’ai écrit et encore écrit.  Cela dit, j’admets très volontiers qu’à moins de bien connaître le droit canon, il est impossible de comprendre ce qui arrive en ce moment avec cette histoire (de fou) d’évêque négationniste.  Il y a notamment confusion – parfois involontaire – entre la levée des excommunications et la réintégration à part entière ;  et il y a aussi le terme imbécile de la soi-disant « réhabilitation » inventé dès le début de l’affaire par quelques journaleux gauchistes,  notamment par un scribouillard sur nouvelobs.com,  terme imbécile qui suscite un émois parfaitement compréhensible et légitime parmi nos lecteurs juifs,  et parmi nos lecteurs non juifs aussi d’ailleurs.

A ce propos, je publie ci-après les principaux extraits de la Lettre ouverte de Mgr Hippolyte Simon, vice-président de la Conférence des évêques de France.  Mais d’abord et avant cela,  je publie, ci-après et en premier, les récentes déclarations de deux hauts dignitaires du Judaïsme.  J’en profite pour remercier les Juifs d’Israël – et d’ailleurs dans le monde,  France,  Canada, etc. – qui ces derniers jours,  m’ont encouragé,  notamment par e-mail,  dans mon travail.

Pour le Grand Rabbin de Rome, Riccardo di Segni, la déclaration de solidarité de Benoît XVI avec les Juifs et sa condamnation de la négation de la Shoah, au terme de l’audience générale, mercredi 28 janvier, était « nécessaire et bienvenue » : elle clarifie les positions quant au « négationnisme » et quant au « respect de Vatican II ». Le Président de l’Union des communautés juives italiennes, Renzo Gattegna, a accueilli pour sa part comme « un signal positif » le discours du président de la conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, le 27 janvier, qui a « condamné les paroles de Williamson ».

Lettre ouverte de Mgr Simon : (début des extraits de la Lettre ouverte de Mgr Simon) Je ne sais pas si je suis en colère ou si je suis malheureux : la vérité tient sans doute des deux. Mais trop, c’est trop, alors je dis : ça suffit ! Le déchaînement médiatique contre le Pape Benoît XVI, qui aurait réintégré quatre évêques intégristes, dont un négationniste avéré, ne relève pas de la critique, mais de la calomnie et de la désinformation. Car, quoi que l’on pense des décisions du Pape, il faut dire, répéter et souligner que ces quatre évêques n’ont pas été réintégrés (1). Et donc, Mgr Williamson, dont les propos tenus à la télévision suédoise sont effectivement intolérables, n’est toujours pas revenu au sein de l’Église catholique et il ne relève toujours pas de l’autorité du Pape.

Les informations qui parlent de réintégration reposent sur une confusion grave entre levée des excommunications et réintégration à part entière. J’accorde volontiers mon indulgence à tous les journalistes et à tous les commentateurs qui ont pu confondre, de bonne foi, la levée de l’excommunication et la réintégration pure et simple. Les catégories utilisées par l’Église peuvent prêter à équivoque pour le grand public. Mais la vérité oblige à dire que, selon le Droit de l’Église, ce n’est pas du tout la même chose. Si on confond les plans on devient victime de simplifications qui ne profitent qu’à ceux qui veulent faire de la provocation. Et on se fait complice, involontairement, de ces derniers.

De façon habituelle, le grand public est en droit d’exiger d’un journaliste sportif qu’il sache distinguer, par exemple, entre un corner et un essai. Pourquoi l’Église n’aurait-elle pas le droit d’avoir aussi son vocabulaire « technique » et pourquoi devrait-on tolérer des approximations aussi graves simplement sous prétexte qu’il s’agit de religion ? Reprenons donc exactement ce qui s’est passé. Suite à l’élection du Pape Benoît XVI, en Avril 2005, les évêques de la Fraternité Saint-Pie-X, fondée il y a plus de trente ans par Mgr Lefebvre, ont demandé à reprendre le dialogue avec Rome, mais ils avaient mis deux préalables: premièrement, la libéralisation du Missel de 1962, ce qui a été fait par le motu proprio Summorum Pontificum, en juillet 2007 et, deuxièmement, la levée des excommunications. Que signifie la levée des excommunications ?

Pour prendre une comparaison familière, je dirai ceci : quand Mgr Lefebvre est sorti, c’est-à-dire quand il a désobéi en ordonnant quatre évêques malgré l’avis formel du Pape, c’est comme s’il y avait eu, automatiquement, une barrière qui était tombée et un feu qui s’était mis au rouge pour dire qu’il était sorti. Cela voulait dire que si, un jour, il voulait rentrer, il faudrait qu’il fasse d’abord amende honorable. Mgr Lefebvre est mort. Paix à son âme ! Aujourd’hui, ses successeurs, vingt ans après, disent au Pape : « Nous sommes prêts à reprendre le dialogue, mais il faut un geste symbolique de votre part. Levez la barrière et mettez le feu au clignotant orange ! » Le Pape, pour mettre toutes les chances du côté du dialogue, a donc levé la barrière et a mis le feu au clignotant orange.

Reste à savoir maintenant si ceux qui demandent à rentrer vont le faire. Est-ce qu’ils vont rentrer tous ? Quand ? Dans quelles conditions ? On ne sait pas. Comme le dit le cardinal Giovanni Battista Re (préfet de la Congrégation des évêques), dans son décret officiel : « il s’agit de stabiliser les conditions du dialogue ». Peut-être que le Pape, dans un délai que nous ne connaissons pas, leur donnera un statut canonique. Mais pour l’instant, ce n’est pas fait. Le préalable au dialogue est levé, mais le dialogue n’a pas encore commencé. Nous ne pouvons donc pas juger les résultats du dialogue avant qu’il n’ait eu lieu. Là-dessus, la veille du jour où devait être publié le décret du Cardinal RE, voici qu’une télévision suédoise publie ou republie les propos clairement négationnistes de l’un des quatre évêques concernés, Mgr Williamson.

Le Pape, quand il a donné son feu vert à la signature du décret par le Cardinal pouvait-il connaître les discours de Mgr Williamson ? Très honnêtement, je crois pouvoir dire que non. Et c’est en un sens plutôt rassurant : c’est le signe que le Vatican n’a vraiment pas les moyens de faire surveiller tous les évêques et toutes les chaînes de télévision du monde ! C’est donc ici qu’il ne faut pas se tromper d’interprétation : que signifie cette coïncidence entre la signature d’un décret, prévue pour le 21 Janvier, et donc connue de Mgr Williamson, et la diffusion des propos télévisés du même personnage ? Que chacun se demande : à qui profite le crime ? A qui profite le scandale provoqué par des propos d’une telle obscénité ? La réponse me semble limpide : à celui ou à ceux qui voulaient torpiller le processus inauguré par la signature du décret ! (Note de Miguel Garroté :  je reviendrai en temps voulu sur les éléments de la tendance dure de la Fraternité Saint-Pie X,  éléments de la tendance dure qui ne voulaient pas et ne veulent toujours pas bénéficier de la levée de l’excommunication,  préalable indispensable à un éventuel futur dialogue et à une éventuelle future réintégration de cette Fraternité dans l’Eglise).

Or, pour peu que l’on suive un peu ces questions et les différentes interventions de Mgr Williamson depuis quelques années, il est clair que lui ne veut à aucun prix de la réconciliation avec Rome ! Cet évêque, dont je répète, qu’il n’a encore aujourd’hui aucun lien de subordination canonique vis-à-vis de Rome, a tout simplement utilisé la méthode des terroristes : il fait exploser une bombe (intellectuelle) en espérant que tout le processus de réconciliation va dérailler. Il fait comme tous les ultras de tous les temps : il préfère laisser un champ de ruines plutôt que de se réconcilier avec ceux qu’il considère comme des ennemis. Alors je le dis avec tristesse à tous ceux qui ont relayé, – avec gourmandise ou avec douleur-, l’amalgame entre Benoît XVI et Mgr Williamson : vous avez fait le jeu, inconsciemment, d’un provocateur cynique !

Et, en prime, si j’ose dire, vous lui avez offert un second objectif qui ne pouvait que le ravir : salir de la pire des manières la réputation du Pape. Un pape dont il se méfie plus que de tout autre, car il voit bien que ce Pape ruine absolument tout l’argumentaire échafaudé jadis par Mgr Lefebvre. Je ne peux pas développer ici ce point. Je ne fais que renvoyer à un article que j’avais publié dans les colonnes du journal Le Monde, l’an dernier, au moment de la publication du Motu Proprio : « Quand je lis, un peu partout, que le Pape accorde tout aux intégristes et qu’il n’exige rien en contrepartie, je ne suis pas d’accord : il leur accorde tout sur la forme des rites, mais il ruine totalement leur argumentaire sur le fond. Tout l’argumentaire de Mgr Lefebvre reposait sur une prétendue différence substantielle entre le rite dit de Saint Pie V et le rite dit de Paul VI.

Or, réaffirme Benoît XVI, il n’y a pas de sens à parler de deux rites. On pouvait, à la rigueur, légitimer une résistance au Concile si l’on pensait, en conscience, qu’il existait une différence substantielle entre deux rites. Peut-on légitimer cette résistance, et a fortiori un schisme, à partir d’une différence de formes ? » (2). Pour un fondamentaliste, et qui plus est, pour un négationniste forcené comme Mgr Williamson, Benoît XVI est infiniment plus redoutable que tous ceux qui font l’apologie de la « rupture » introduite par le Concile Vatican II. Car s’il y a rupture, alors il est conforté dans son opposition à la « nouveauté ».

Mais celui qui démontre paisiblement que le Missel de Paul VI, la liberté religieuse et l’œcuménisme font partie intégrante de l’authentique Tradition Catholique, celui-là lui enlève toute justification. J’ai bien conscience qu’il faudrait développer mon argumentation. Que chacun veuille bien me pardonner de renvoyer aux sites Internet où tout ceci est visible (Note de Miguel Garroté :  notamment http://www.zenit.org ,  http://eucharistiemisericor.free.fr et le Site de l’Union des Patrons Juifs de France http://www.upjf.org ). Mais je souhaite surtout que chacun veuille bien se méfier des provocations trop bien montées. Quant à ceux qui s’obstinent à répéter que Joseph Ratzinger a servi dans les Jeunesses hitlériennes, qu’ils veuillent bien relire le témoignage qu’il a donné à Caen, le 6 Juin 2004, pour le soixantième anniversaire du Débarquement en Normandie, et qu’ils se demandent ensuite ce qu’ils auraient fait à sa place…

Quand on hurle un peu trop fort avec les loups d’aujourd’hui, on ne fait pas bien la preuve que l’on eût été capable de se démarquer des loups de l’époque… Reste un point qui est second mais cependant très grave : il faudra tout de même s’interroger sur la communication des instances romaines lorsqu’il s’agit de sujets aussi sensibles. Après la polémique de Ratisbonne (qui mériterait elle aussi d’être démontée attentivement…), j’espère – mais je me réserve d’en parler plutôt en interne – que les responsables de la Curie vont procéder à un sérieux débriefing sur les ratés de leur communication. Pour le dire d’un mot, voici comment j’ai vécu les choses : Mercredi 21 janvier, les milieux intégristes italiens, qui croyaient triompher, « organisent une fuite » dans « Il Giornale » (Note de Miguel Garroté :  la bureaucratie vaticane aurait pu s’informer de la date de la commémoration de la Shoah,  même si elle ne pouvait pas anticiper les affolantes idioties de l’ineffable Mgr Williamson ;  comme toutes le bureaucraties,  la bureaucratie vaticane a encore beaucoup à apprendre en matière de communications interne et externe coordonnées…).

Aussitôt le tam-tam médiatique, se met en route. Mais nous, membres des conférences épiscopales, nous ne savons absolument rien ! Et pendant trois jours les nouvelles – erronées, qui parlent à longueur de journée de réintégration – prolifèrent dans tous les sens comme un feu de brousse. Tout y passe. Arrive alors la « bombe » de Mgr Williamson… Et c’est seulement samedi matin, – trois jours trop tard ! -, que nous recevons le communiqué officiel du Cardinal RE. Comment voulez-vous que nous puissions remettre le débat sur des bases correctes ? Le Cardinal Ricard s’y est employé, de très bonne façon, mais le feu était parti, et plus personne ne pouvait alors entendre une parole raisonnable.

Maintenant que la poussière commence à retomber, essayons de reprendre calmement nos esprits. Comme disait ma Grand-mère : d’un mal Dieu peut faire sortir du bien. Le mal c’est que le Pape Benoît XVI a une nouvelle fois été traîné dans la boue par une majorité de grands médias, excepté, Dieu Merci, La Croix et quelques autres. Beaucoup de catholiques, et beaucoup de gens de bonne volonté, sont dans l’incompréhension et la souffrance. Mais le bien, c’est que les masques sont tombés ! Si le dialogue continue malgré tout avec les évêques de la Fraternité Saint Pie X, – sous réserve, bien sûr, qu’ils passent la barrière maintenant levée- , le discernement pourra se faire, car tout le monde sait un peu mieux ce qu’ils pensent les uns et les autres » (fin des extraits de la Lettre ouverte de Mgr Simon).

Lettre ouverte signée :  + Hippolyte Simon, Archevêque de Clermont, Vice-président de la Conférence des évêques de France.

Sources : (E.S.M.)

(1)     Il suffit de lire le communiqué officiel du Cardinal Ricard, Archevêque de Bordeaux , qui suit ces questions pour notre Conférence : « La levée de l’excommunication n’est pas une fin mais le début d’un processus de dialogue. Elle ne règle pas deux questions fondamentales : la structure juridique de la Fraternité Saint Pie X dans l’Église et un accord sur les questions dogmatiques et ecclésiologiques. Mais elle ouvre un chemin à parcourir ensemble. Ce chemin sera sans doute long. Il demandera meilleure connaissance mutuelle et estime. » Cf. Site Internet du diocèse de Clermont.

(2)     Pourquoi j’obéis au Pape, Le Monde, 13 Juillet 2007.


  

  
  
  

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