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Publié par Dreuz Info le 26 février 2009

  
  
  

  

Bien que je sois favorable à des frappes ciblées contre le nucléaire offensif iranien,  je publie ci-dessous,  l’avis un peu différent de Reza Pahlavi.
Michel Garroté


« Ahmadinejad est un cavalier de l’Apocalypse »


– 

Copyright L’Express du 20 février 2009



Il a vécu la révolution islamique et fut emporté par les événements. En exil depuis trente ans, Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, aurait pu tirer un trait sur son passé et choisir de changer de destin. Il a préféré le risque et un combat improbable. Régulièrement menacé de mort, il poursuit sa difficile résistance et publie Iran, l’heure du choix (Denoël), un livre d’entretiens avec Michel Taubman dans lequel il entend dissocier le peuple iranien du régime qui le tyrannise. Bien que les « experts », ainsi que tous les séides de la République islamique, ne voient guère d’avenir politique à Reza Pahlavi, l’homme persiste à croire à une stratégie d’alternance pacifique. Sur la nature fanatique du régime de Téhéran, les projets nucléaires d’Ahmadinejad, l’arc chiite à travers le Moyen-Orient, son analyse apporte un éclairage aux complexités iraniennes.

La République islamique d’Iran vient de fêter ses 30 ans. Quel regard portez-vous sur ces trois décennies?

Je ne peux m’empêcher de comparer ce qu’est devenu l’Iran à ce qu’il aurait dû être. Au lieu d’aller de l’avant, on n’a fait que reculer. Il y a trente ans, il y avait certes des problèmes, comme l’absence de libertés politiques, que je condamne sans réserves, mais nous étions un pays en plein développement, une société en cours de modernisation, dont le niveau de vie s’élevait. Aujourd’hui, un tiers de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté, la fuite des cerveaux a produit une hémorragie, les tensions interethniques divisent la société, les minorités sont persécutées, et la drogue, la prostitution, la corruption ne cessent de se répandre. Sans parler d’une répression touchant toute la société et de l’absence totale de liberté. L’Iran aurait pu être la Corée du Sud ; il est devenu la Corée du Nord. Le plus dramatique, c’est que deux générations ont été sacrifiées. A quelle fin ?

Etes-vous amer?

Pas du tout. D’abord, il y a l’humour iranien, comme le prouve ce dicton populaire : « Hier, on buvait en ville et on priait à la maison ; aujourd’hui, on prie à l’extérieur et on boit à l’intérieur. » Et puis, je crois qu’il faut envisager la révolution islamique comme une expérience supplémentaire dans un pays qui est déjà passé par des phases historiques extrêmement difficiles. Ce n’est pas la première fois que l’Iran est à l’épreuve. Nous avons été maintes fois envahis, agressés, occupés. Certes, la crise est désormais intérieure. Mais, si l’on ose une comparaison avec l’Europe, souvenez-vous que vous avez également connu, il y a quelques siècles, une période où la religion étouffait la société. Cela a précédé l’avènement des Lumières et l’éclosion des droits de l’homme.

Vous n’êtes donc pas totalement pessimiste?

Au contraire. J’entends souvent les Occidentaux se demander si le facteur religieux propre aux sociétés islamiques n’est pas en soi un frein durable au développement. Je leur réponds que, s’il était naguère impensable de discuter de la religion en Iran, c’est maintenant devenu un sujet de débat. Il y a trente ans, l’une des raisons pour lesquelles les Iraniens ont accepté si facilement l’ayatollah Khomeini, c’était que la religion apparaissait irréfutable. Aujourd’hui, si vous vous rendez dans la ville sainte de Qom, vous pouvez assister à des discussions incroyablement ouvertes et animées, y compris sur la question de la laïcité. Cela n’aurait pas pu se produire auparavant. Il existe de nombreuses voix qui s’interrogent sur la séparation de la religion et de l’Etat. La question n’est plus taboue.

On a beaucoup reproché à votre père d’avoir voulu l’occidentalisation à tout prix. Est-ce la raison de sa chute?

A l’origine, ce sont certains religieux qui ont répandu ce rejet de l’occidentalisation parce qu’ils étaient farouchement opposés à la réforme agraire et à l’émancipation des femmes, deux réformes majeures que mon père avait promues. Peut-être y a-t-il eu un choc culturel parce que nous sommes allés trop vite. Mais je ne crois pas que les gens refusaient la modernité. Je crois davantage aux facteurs politiques internes.

C’est-à-dire?

Il y a eu progressivement une alliance entre les différentes tendances marxistes, qui étaient très en vogue parmi les intellectuels, et le clergé. Pour autant, personne ne se posait de question au sujet de Khomeini, personnage qui ne disposait, au départ, d’aucune aura particulière. Très peu d’Iraniens avaient lu son livre, Velayat-e Faghi, dans lequel il exposait ses théories théocratiques. La gauche antioccidentale cherchait un leader porteur d’un concept simple parce que le message marxiste était trop difficile à expliquer dans une société aussi traditionnelle que l’Iran. C’est pourquoi le slogan « Allahu Akbar » (« Dieu est le plus grand ») a fini par l’emporter sur le reste, dans la mesure où le facteur religieux offrait une apparence de stabilité et de crédibilité dans une période d’agitation et de bouleversements extrêmes. Au départ, les marxistes ont cru pouvoir utiliser Khomeini et pensaient qu’il allait se retirer, comme il l’avait prétendu. Tout le monde pensait que ce scénario allait se produire, y compris le président américain, Jimmy Carter. Khomeini les a tous dupés.

Le chah, Khomeini, Ahmadinejad… La croyance en un homme providentiel n’est-elle pas une constante?

Il est vrai que, tout au long de notre histoire, nous avons cherché l’homme providentiel. Cela reste encore vrai aujourd’hui, mais je me réjouis de voir qu’une nouvelle culture politique se développe parmi les jeunes générations, ou l’idée de la responsabilité individuelle a de l’importance.

Que pensez-vous d’Ahmadinejad?

Il est exactement ce qu’il dit de lui-même. C’est un cavalier de l’Apocalypse qui ne songe qu’au retour du douzième imam [ndlr : selon la foi chiite duodécimaine, le douzième imam reviendra à la fin des temps pour établir le seul règne juste]. Il croit vraiment à cette perspective eschatologique et, autour de lui, gravite un cercle de dangereux illuminés qui partagent cette conviction. Ce n’est pas du tout un positionnement médiatique, et c’est bien ce qui est inquiétant. Il est terrifiant d’imaginer ce qui pourrait arriver si un jour un tel individu avait accès à l’arme atomique. Dans un de ses passages aux Nations unies, Ahmadinejad a raconté qu’il s’était un jour trouvé enveloppé d’un halo de lumière. Mais n’oubliez pas qu’Ahmadinejad n’est que le représentant d’un régime de nature totalitaire, qui ne peut se réformer et évoluer, quelle que soit la personne qui le représente.

Comment expliquer qu’il puisse entraîner dans son sillage des scientifiques, rationnels?

Ont-ils vraiment le choix? D’une manière générale, il ne faut pas confondre le droit de notre peuple au nucléaire civil et les intentions réelles du régime dans ce domaine. Mes compatriotes défendent naturellement ce droit, mais, en même temps, d’après de récentes études, une écrasante majorité s’inquiète de plus en plus des conséquences graves de cette politique irresponsable. Le slogan du régime est : « L’énergie nucléaire est notre droit indéniable. » Je lui réponds: ce droit, nous l’avions, c’est vous et les vôtres qui nous en avez privés.

Comment cela?

Mon père avait une vision à très long terme. Il considérait le pétrole comme une matière noble qu’il ne voulait pas voir gaspiller. Il a décidé, dès les années 1970, de lancer un programme de production d’énergie nucléaire à des fins exclusivement civiles. C’est pourquoi nous avons signé le traité de non-prolifération, ce qui a permis à l’Iran de devenir actionnaire à 10 % de la société Eurodif. Aujourd’hui, le problème ne vient pas de l’idée de se doter de l’énergie nucléaire ; il provient de la nature du régime islamique. La preuve, les pays qui se faisaient hier concurrence à qui vendrait le premier cette technologie à l’Iran sont ceux qui, aujourd’hui, réclament des sanctions contre Téhéran. C’est le cas des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne… Ce n’est donc pas le principe qui est en cause, c’est le doigt qui est posé sur la gâchette. Or le régime iranien a suffisamment montré qu’il n’offrait aucune garantie internationale et ne respectait pas ses engagements internationaux. Qu’est-ce qui a mis l’Iran hors la loi? Ce n’est pas le nucléaire, c’est la République islamique et ce qu’elle veut en faire.

Craignez-vous l’escalade fatale?

Le régime iranien ne demande pas mieux qu’un conflit militaire. Il l’exploiterait à fond. C’est le piège à éviter, le scénario perdant-perdant ; nous Iraniens percevrons une action armée comme une frappe contre le pays tout entier et non contre le régime seulement. Il ne faut absolument pas en arriver là. De l’autre côté, je ne crois pas que les mollahs soient assez fous pour penser un jour utiliser la bombe contre Israël: ils savent très bien qu’ils seraient aussitôt anéantis. Ce qu’ils veulent, c’est disposer de la bombe pour pouvoir s’institutionnaliser une fois pour toutes dans la région et étendre leurs zones d’influence. Ils rêvent de créer un califat chiite du XXIe siècle et entendent l’imposer par la bombe atomique.

Que vous inspire l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah-Hamas?

A l’époque de l’Union soviétique, du point de vue de ses dirigeants, la politique étrangère était également perçue comme un succès en termes d’extension tentaculaire. On sait ce qu’il en est advenu. Dans le cas de l’Iran, il est manifeste qu’un gouvernement paranoïaque crée des crises un peu partout pour tenter de regagner à l’extérieur la légitimité qu’il a perdue à l’intérieur. Les dérives du clan au pouvoir ne se limitent pas au soutien au Hamas, elles vont jusqu’à l’Amérique latine de Chavez. Il ne s’agit en rien d’une vision qui vise à défendre notre intérêt national. Si le régime veut survivre, il doit absolument mettre en échec le monde libre, combattre ses valeurs. La République islamique ne peut pas perdurer dans un monde où l’on parle des droits de l’homme ou de la démocratie. Tous ces principes sont du cyanure pour les islamistes. Comment voulez-vous que les successeurs de Khomeini, dont le but reste l’exportation de la révolution, puissent s’asseoir un jour à la même table que le président Sarkozy ou le président Obama?

Pourtant, il en est question…

Je peux comprendre les intentions du président américain à l’égard de l’Iran. Mais n’oubliez pas que sur le dossier nucléaire la crise n’oppose pas la République islamique aux Etats-Unis seulement mais à l’ONU. Dans les mois à venir, un jeu diplomatique peut s’engager, mais, au final, il ne faut pas se faire d’illusion. Même si Khatami revenait au pouvoir, le comportement du régime resterait identique, car le vrai décideur c’est Khamenei. Je ne vois aucune raison pour laquelle le régime islamiste accepterait un changement de comportement. Cela provoquerait, de manière certaine, sa chute. Il ne peut plus revenir en arrière. J’ai bien peur que la diplomatie ne tourne en rond une nouvelle fois et que la course à la bombe ne continue pendant ce temps.

Selon vous, quelle est la solution?

Si l’on veut avoir une chance de réussir, il faut d’abord tracer une ligne rouge définitive sur la question nucléaire, car, jusqu’ici, cette ligne n’a cessé de bouger. Ensuite, il faut accepter l’idée que, si le régime doit changer un jour, ce devra être le fait du peuple iranien lui-même et non par une intervention extérieure. La majorité de mes concitoyens n’en peuvent plus de ce système ; toutes les informations qui me parviennent prouvent qu’il existe un profond désir de démocratie parlementaire laïque. Si on veut forcer le régime à changer d’attitude, ce n’est pas par la pression extérieure que l’on y arrivera, mais par la pression intérieure. Or, depuis trente ans, je n’ai presque pas vu de dialogue entre le monde libre et notre peuple. Il n’y a eu presque aucun échange avec les forces d’opposition démocratiques.

Comment voyez-vous votre rôle dans l’avenir?

J’ai beaucoup réfléchi aux campagnes de désobéissance civile en Afrique du Sud ou à l’exemple des dissidents dans l’ancien bloc de l’Est. Je veux m’inscrire dans un scénario de changement en proposant une voie qui soit légitime et la moins coûteuse pour la société iranienne. On ne bâtira pas notre avenir sur un règlement de comptes. Ma mission est de fédérer les forces démocratiques afin d’instaurer une démocratie laïque parlementaire et d’assurer la réconciliation nationale.

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