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Publié par Dreuz Info le 10 mars 2009

Panique, suspicion généralisée et paranoïa. Tels sont les sentiments qui traversent aujourd’hui la classe dirigeante du Hezbollah, la milice chiite créée par les Iraniens pour prendre le contrôle du Liban.

L’arrestation, fin janvier 2009, de Marouane Faquih n’a fait qu’augmenter l’inquiétude dans les rangs hezbollahis. L’homme d’affaire, renommé dans sa ville natale de Nabatiyeh, au sud de Beyrouth, était directeur d’un magasin de matériel automobile. Il était surtout un personnage haut placé dans l’organigramme de la milice chiite. Grâce à ses réseaux d’amis, il était devenu le premier concessionnaire officiel du Hezbollah. Or, dans l’ombre, Faquih travaillait pour le Mossad, les services de renseignement israéliens.

Pendant quatre ans, cet homme que l’organisation tenait comme un fidèle de la première heure a vendu des pièces pourvues de micros, caméras et systèmes espions permettant aux Israéliens de suivre leurs ennemis depuis l’espace.

Sous couvert d’anonymat, des sources sécuritaires libanaises ont confié aux médias que l’organisation de Hassan Nasrallah vivait une véritable déroute sécuritaire. « Il s’agit de la plus grave infiltration ennemie de l’histoire du Hezbollah » a confié l’un de ses membres, choqué.

Tout a commencé à l’été 2008, lorsque le contre-espionnage du Hezbollah et la Moukhabarat syrienne ont démantelé le réseau libanais des frères Jarrah, le plus performant de l’histoire du Mossad (voir notre enquête). Les Israéliens ont riposté en éliminant un haut gradé des services secret syriens, le général Abdul Abbas, dans un attentat à la voiture piégée le 29 septembre 2008. Depuis, la guerre israélo-hezbollahi fait rage à ciel ouvert.

Début novembre 2008, le VEVAK, le renseignement extérieur iranien, a transféré une unité spéciale à Beyrouth afin de former les hezbollahis aux contre-mesures électroniques. Pour les mollahs, il était devenu clair que Hassan Nasrallah ne maîtrisait plus sa milice. Les ingénieurs iraniens ont découvert que la quasi totalité des véhicules du groupe terroriste avaient été trafiqués : ils envoyaient des messages codés à un satellite de télécommunication, à raison de trois signaux à la minute, et ceci depuis des années. De cette manière, les Israéliens déterminaient le parcours des hezbollahis, la localisation de leurs bunkers, leurs quartiers-généraux, les filiales d’armement, les convois de vivres, les lieux de rendez-vous…

Au coeur du grand immeuble blanc du centre de Tel Aviv, ce nouveau lieu classé secret défense où travaille l’état-major du Mossad depuis 2000, Meir Dagan et ses subordonnés ont pu avancer leurs pions avec une grande efficacité, sur la base de renseignements classés A1, les plus fiables.

« Depuis des mois, le Hezbollah doit modifier son ordre de bataille et ses lignes de ravitaillement en permanence. Il a réalisé que tous ses mouvements étaient observés par l’ennemi »  a expliqué un membre des forces de sécurité libanaises. L’exemple du cheikh Nabil Kaouk, leader de la branche militaire du Hezbollah ayant échappé de justesse à trois frappes aériennes en 2006, a marqué les esprits. Son bunker secret de Ghaziyeh, au sud de Sidon, a plusieurs fois été visé par l’aviation israélienne. Personne, au sein du Hezbollah, n’était alors en mesure d’expliquer comment le Mossad obtenait des informations aussi rapidement. Or, il s’est avéré que le véhicule de Kaouk avait été, lui aussi, acheté chez « le frère » de Nabatiyeh, Marouane Faquih…  

Pourtant, l’agent Faquih, qui encourt la mort pour avoir servi Israël, ne recevra aucun soutien, même confidentiel, du pays pour lequel il a travaillé. Car il n’embarrasse pas seulement le Hezbollah. En Israël, l’annonce de son arrestation n’a pas eu d’échos dans les médias. Et pour cause : elle dément les explications du monde politique israélien sur les responsabilités partagées concernant la semi-défaite de la seconde guerre du Liban. A l’époque, les services de renseignement avaient été durement critiqués dans la presse et à la Knesset. Or, à la lumière des révélations sur ce que savait le Mossad du Hezbollah en 2006, les ratés de la deuxième guerre du Liban deviennent imputables au seul monde politique – une vérité que Jérusalem compte bien cacher au public, en la dissolvant dans les impératifs du secret d’Etat. 

Pour Faquih comme pour ses supérieurs à Tel Aviv, le renseignement reste décidemment un métier bien ingrat.

   


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