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Publié par Dreuz Info le 6 avril 2009

Juste avant qu en famille et dans la joie , je me prépare au grand départ,
Juste avant que je me tienne debout les sandales aux pieds et le bâton à la main,
Juste avant que je passe la Porte qui me conduit sur un chemin de lumière,
Et que dans l´émotion et la foi ,  ces moments  me rattachent à l´Eternité qui bat en moi,
Je souhaite vous offrir un texte qui est la retranscription d´un cours audio de  » Manitou « .

C est mon ami Bruno qui n est pas juif qui retranscrit avec passion et perséverance tous les cours et me les adresse pour que je les diffuse.

Voici donc , cadeau pour tous les lecteurs de toutes couleurs et de tous horizons religieux et culturels et que chacun garde sa liberté d´interpretation .

Hag Sameah le koulam !

Rachel 

Parasha – Beshalah 95

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Parasha – Beshalah 95

547 01

 

Passage de la mer rouge- Qriat Yam Souf : la déchirure de la mer rouge.

Le Maharal et d’autres commentateurs ont mis en évidence le fait qu’il ne suffisait pas d’avoir l’expérience de la sortie d’Egypte elle-même – c.à.d. de la fin du lien d’oppression et de possession des hébreux par Pharaon en Egypte – qui est commémorée à Pessa’h le 1er jour qui commémore la sortie d’Egypte elle-même ; et il y a toute la série des événements qui ont rendu possible cette sortie – la fin des Hébreux en Egypte – qui nous sont racontés déjà au début du livre de l’Exode. On aurait pu penser que l’expérience qui a été le fondement de la foi d’Israël : le fait que cette sortie d’Egypte ait été possible c’est le fondement historique de la foi d’Israël. Zekher litsiat Mitsraïm.

 

Zikaron leMaassé Bereshit, c’est la relation à la création du monde.

Mais Zekher litsiat Mitsraïm c’est la relation à l’événement de la sortie d’Egypte qui fonde la foi d’Israël. La foi d’Israël n’est pas seulement une foi théologique que le monde a un Créateur mais au-delà de cette foi fondamentale qui est la foi des sémites, de toute la lignée des initiés depuis le 1er homme jusqu’à Abraham, à partir d’Abraham, la foi d’Israël c’est la Gueoulah. C’est la délivrance de la condition d’exil.

 

On aurait pu donc penser apriori que cette expérience de la Gueoulah, de la délivrance de la sortie d’Egypte, avec toute l’importance qu’elle a et que je vais rappeler brièvement, aurait suffit, du point de vue de l’événement qui met fin à cette préhistoire d’Israël, puisque l’histoire d’Israël en tant que collectivité va commencer. Elle a énormément de péripéties jusqu’à l’aboutissement de l’histoire humaine jusqu’au temps messianiques. Cela commence à la sortie d’Egypte, donc on aurait pensé que l’événement de la sortie d’Egypte, commémoré le 1er jour de Pessa’h, aurait suffit comme expérience.

 

Et voilà que nous allons voir le récit d’un 2ème événement de délivrance : le passage de la mer rouge.

 

Pessa’h est commémoré pendant 7 jours et les six premiers jours commémorent la sortie d’Egypte elle-même avec essentiellement comme gros plan la 1ère nuit du Seder de Pessa’h et le 7ème jour de Pessa’h commémore un 2ème événement qui lui est relié et qui en est d’une certaine manière le parachèvement : la traversée de la mer rouge 

 

Deux expressions en français sont habituelles : La traversée ou le passage de la mer rouge.

En fait l’expression hébraïque est beaucoup plus précise et beaucoup plus significative :

Qriat Yam Souf : « la déchirure de la mer des joncs ». Liqroa’h déchirer

Le fait que la mer se soit déchirée pour laisser le passage à sec pour les tribus d’Israël.

Selon le Midrash il y a eu douze chemins.

 

Je ne rentre pas dans le problème du miracle mais je citerai très rapidement quelques références pour mettre évidence l’importance de cet événement de Qriat Yam Souf.

 

La Guemarah en Massekhet Sotah page 2 dit que la chose la plus difficile au monde c’est la déchirure de la mer rouge et la compare aux choses difficiles de la destinée humaines.

Je ne donne pas d’exemple pour ne pas ouvrir trop de parenthèses. (Une certaine catégorie de mariages réussis est aussi difficile que Qriat Yam Souf…)

 

Qu’y a-t’il de difficile pour le Tout-Puissant ?

Dans la cohérence du discours biblique, ce genre d’enseignement de la Torah orale, du Talmud, implique une certaine difficulté de ce que nos maîtres ont vu dans cet événement de la traversée de la mer rouge.

 

Je laisse de côté le problème du miracle en soi. Il y a énormément de théologiens naturalistes qui essaient de rationaliser cela en le comprenant comme un phénomène de marée exceptionnelle accompagnée d’une éclipse de lune… Moïse étant une très grand géographe, il en connaissait le passage à gué… Ce sont des explications très plates. Il y a énormément de facteurs qui montrent que c’est un événement exceptionnel.

 

En termes de cohérence talmudique, pour El Shadaï qui intervient dans Son monde qu’y a t’il de difficile à ouvrir la mer pour que Son peuple soit sauvé ? 

 

Cela s’étudie d’autre part.

 

Un Midrash nous dit que lorsque la mer s’est ouverte, toutes les mers du monde entier se sont ouvertes.  Il y a ici un enseignement important. Dans mes études d’ethnologie, j’ai rencontré souvent des traditions de sociétés anciennes qui ont dans leur mémoire des événements analogues.

 

Le Midrash veut dire que lorsqu’une loi de la nature est suspendue, elle l’est à l’échelle universelle. De la même manière, le Midrash explique que lorsque Dieu se révèle à Israël en direct en hébreu des prophètes, mais Il se révèle en même temps dans les 70 langues aux prophètes des nations. Il y a une perspective de la providence à l’échelle universelle qui est indiquée par les Midrashim.

 

Une des grands auteurs, commentateur de la Mishna, a donné une réponse que je vous donne :

Ce qu’il y avait difficile pour Dieu dans la déchirure de la mer c’est cet événement  lui-même : pour sauver Israël, il fallait sacrifier l’Egypte. On est renvoyé de nouveau à un niveau de monothéisme absolu, intégral, qu’il faut toujours avoir en mémoire.

 

Il y a effectivement une situation d’impasse au moment où Israël se trouve devant la mer, derrière lui l’armée égyptienne. Il faut que Dieu intervienne et semble-t’il, la balance du Zekhout, la balance des mérites et démérites, est tellement équilibrée qu’on ne comprend pas pourquoi Dieu intervient pour Israël contre l’Egypte à ce moment-là, bien qu’Il l’ait déjà fait, mais justement Il l’a déjà fait, et le Rav met en évidence qu’il y a beaucoup de situation dans l’existence qui sont ainsi : pour sauver quelqu’un il faut perdre quelqu’un d’autre. C’est aussi le mystère des mariages difficiles.

Pour qu’Israël soit sauvé il faut envisager la perte de l’Egypte. C’est ce qu’il y a de difficile dans Qriat Yam Souf.

 

Maharal :

Il y a eu une 1ère expérience de la foi : Dieu intervient pour délivrer celui qui est aux prises avec l’oppression de quelqu’un d’autre : la volonté humaine souveraine sur quelqu’un et le rendant esclave. C’est une expérience fondamentale de la foi d’Israël : le fait que le faible peut être délivré du puissant.

 

Apparemment, dans une réflexion qui ne tiendrait compte que des lois impersonnelles du monde, il y aurait là la tragédie d’une situation inextricable dans laquelle la morale serait mise en échec parce que le fonctionnement du monde fait que le puissant est plus puissant que le plus faible. Une des données de la foi c’est qu’une fois arrivé à ces situations d’impasse, il peut y avoir intervention du dehors du monde. C’est le récit historique de la sortie d’Egypte. On comprend donc l’importance de ce récit historique dans la foi d’Israël.

 

Si Dieu intervient c’est parce que le fonctionnement du monde nécessite, pour que la justice et la morale soient rétablies, une intervention du Créateur.

Le Dieu d’Israël dont parle la Bible d’Israël n’est pas un fondateur de religion, Il est le Créateur des mondes. C’est très différent. Il faut comprendre les textes bibliques à ce niveau-là.

 

Vayehi et Vav conversif

 

Une leçon nous est donnée : cette expérience de la traversée de la mer rouge se fait dans une atmosphère de catastrophe. Chaque fois qu’un texte de la Torah commence par l’expression « Vayhi », « et il arriva que » on est averti qu’il s’agit d’un événement catastrophique. Nous avons ici une forme verbale qui n’existe que dans la langue hébraïque à ma connaissance : le futur converti en passé par le Vav conversif 

Yéhi = il sera ; Vayéhi = il a été

Le Vav devant le futur Yéhi, invertit le futur en passé.

Selon la logique de l’herméneutique talmudique, si un événement qui est de l’ordre du futur est encore un événement de l’ordre de la promesse, il porte encore l’espérance. L’événement de l’ordre du passé est un événement révolu. Il porte le regret du révolu.

Le summum de l’atmosphère de catastrophe : c’est lorsque quelque chose qui était de l’ordre de la promesse de l’avenir  est transformée en passé irréversible.

C’est cette indication de la forme verbale du Vayéhi que le Midrash va exploiter : ce récit commence par une indication très directe qu’il y a une atmosphère d’inaccompli, de non-réussite.  

Pourtant, c’est une expérience qu’il fallait traverser.

 

Maharal :

Au moment de la sortie d’Egypte on commémore cette expérience de la foi d’Israël qu’on peut être sauvé de la volonté oppressante, de la sujétion d’une autre créature, et l’expérience de la mer rouge est qu’on peut être sauvé des lois de la nature elle-même.

L’expérience de Shivii Shel Pessa’h pour la foi d’Israël est encore beaucoup plus profonde que celle de Pessa’h elle-même.

 

Lorsque j’ai à me mesurer à la volonté de quelqu’un d’autre, d’une part c’est très difficile parce que l’autre est méchant, mais cela peut être moins difficile que cela parce que l’autre est un homme, on peut arriver à toucher des sentiments du bien en lui.

 

Il y a les deux aspects : la sujétion à la volonté de quelqu’un d’autre est quelque chose de beaucoup plus grave que la sujétion aux lois de la nature. Parce que pour les lois de la nature, si j’ai le minimum de science et de connaissances de ces lois qui me permet de négocier avec, alors dans une stratégie de confrontation qui est celle de la science et des techniques, si je connais les lois de la nature je pourrais m’en rendre maître d’une manière ou d’une autre. Tandis que la volonté de l’autre c’est l’arbitraire absolu car la volonté de l’autre est agi, mû par des pulsions, des passions, des instincts, et c’est le domaine de l’arbitraire absolu. 

 

Tandis que par rapport aux lois de la nature, c’est beaucoup plus grave en ce qu’on affronte l’impersonnel et non pas une personne mais d’un autre côté, c’est moins grave, parce que la loi de la nature peut être surmontée…

 

J’ai en tête le problème de la médecine qui est l’indice de la faiblesse de l’homme de science par rapport à ce dont il est parlé là, et il faut une connaissance du fonctionnement de la maladie et de la guérison pour s’en rendre maître. C’est le plus grand scandale dans l’histoire du monde selon l’enseignement de la prophétie hébraïque.

 

L’existence de la maladie, et donc de la mort qui est la maladie à son point culminant, est perçue comme un scandale absolu, au point qu’il est interdit au Kohen d’avoir relation avec la mort, alors que dans tout autre religion le prêtre ne s’occupe que de cela.

 

Nous avons dans le judaïsme des confréries qui s’occupe du respect et devoirs dû aux morts mais jamais le prêtre ne s’en occupe. Le rabbin n’est pas un prêtre, lorsqu’il s’occupe d’un enterrement il joue le rôle du ’Hazan. Il est interdit au Kohen d’être en relation avec la mort, c’est le blasphème absolu. Le blasphème du blasphème commence dans la maladie.

 

En hébreu la maladie = Ma’halah – un malade = ’Holeh – cadavre = ’Halal

Un trou = ’Hol – le profane=’Hol

 

Le lien sémantique suggère qu’il y a une vacuité, un trou, dans l’être du monde qui commence par la maladie et culmine dans le cadavre. Et c’est une profanation de la sainteté du monde en tant qu’il est créé par Dieu. Donc le blasphème absolu c’est la maladie.

 

Les médecins savent ce que peut être la misère humaine au niveau de la maladie.

Les grands maîtres, de toutes les traditions, ont aussi été des médecins.

Je pense surtout à Maïmonide. C’est aussi le cas de Descartes. Il a eu la même intuition que Maïmonide : s’occuper essentiellement des mathématiques pour maîtriser les lois de la nature et de la biologie pour guérir la maladie.

 

***

 

On est averti qu’on est au point culminant de la sortie d’Egypte. La 1ère étape est la sortie d’Egypte elle-même avec laquelle on s’extrait de la sujétion de Pharaon et de ses serviteurs.

Et deuxièmement, avoir cette expérience qu’on peut être sauvé des lois de la nature. Nous avons là l’événement historique qui fonde la foi d’Israël qui vient compléter la logique et la cohérence de la théologie du monothéisme. Il y a un Créateur du monde, qui intervient dans le monde pour mettre fin aux situations d’exil et d’aliénation. Aliénation à l’autre homme, au destin, aux fonctionnements aveugles des lois impersonnelles de la nature.

 

Cela explique en grande partie pourquoi tant de cultures humaines se sont définies par rapport à la foi d’Israël pour définir leur propre foi théologique.

La chrétienté se réfère à Pessa’h la Pâques Juive dont elle a fait le fondement de sa propre foi la transformant en les Pâques chrétiennes.

 

Cela vient du fait que la situation d’exil est la condition de la créature. La créature est en exil du Créateur. Et donc, le fait même inconsciemment de percevoir qu’il y a un peuple dont l’histoire témoigne de la possibilité de sortir d’exil, prouve que le salut est possible au niveau métaphysique le plus total.

 

Ceci dit, le passage de la mer rouge, complément de la sortie d’Egypte elle-même, avec ces difficultés, dans la cohérence du monothéisme (pour sauver Israël il faut perdre l’Egypte…) avec toute cette importance cela nous est donné dans une atmosphère de catastrophe.

 

En Parshat Bo, la Torah nous donne les lois de Pessa’h.

Or, elle donne d’abord les lois de Pessa’h, les lois de la Avodah, du culte, de la sortie d’Egypte elle-même qui s’appelle en hébreu « Pessa’h deMitsraïm » le Pessa’h même de l’événement de la sortie d’Egypte. Et juste après, la Torah nous donne les lois de la commémoration de cet événement de Pessa’h : les lois de Pessah qu’on appelle « Pessa’h Shel Dorot » le Pessa’h des générations à venir, en tant que ces générations à venir commémorent le Pessa’h  de la sortie d’Egypte.

C’est cela qu’il faut découvrir.

 

Analyse :

Si on commémore un événement c’est le signe qu’il n’est pas complètement accompli. Si on a commémoré un événement, pour le mémoriser, pour le souvenir, pour s’y rattacher… cela signifie que l’événement en question n’est pas achevé, ni totalement accompli. On aborde là un paradoxe : l’événement de la sortie d’Egypte est un événement irréversible, et cependant, il est à commémorer ? Donc cela veut dire qu’il est de l’ordre de l’inaccompli. Il est le point de départ de ce que sera la dernière commémoration qui, elle, nous fera passer dans le post-Egypte qui avait commencé lors de la sortie d’Egypte.

 

Il faut noter qu’on ne commémore pas l’événement qu’on aurait pu considérer comme point de départ de notre histoire : la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim. Abraham à l’échelle individuelle a vécu la même histoire que la sortie d’Egypte dans sa sortie d’Our-Qasdim. Les versets qui s’y référent pour Abraham  ont la même forme que les versets qui se référent à la sortie d’Egypte pour Israël en tant que peuple. C’est l’expression « Anokhi Hashem Eloheikha Asher Lotse Ti’kha  Mérets Mitsraïm » et pour Abraham « Anokhi Hashem Eloheikha Asher Lotse Ti’kha  méOurQasdim»

 

On ne commémore pas la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim.

Pour deux raisons, l’une théologique.

La religion d’Israël ne se base pas sur l’expérience d’un héros singulier, individuel, fut-elle véridique, fut-il le plus important, le point de départ, comme Abraham. La religion d’Israël se base sur l’expérience de la collectivité d’Israël. Parce que l’histoire de la collectivité d’Israël c’est la mienne  dont je suis membre, tandis que l’histoire d’Abraham c’est l’histoire de mon ancêtre auquel je me relie par la mémoire. C’est une pseudo-religion- une religion selon l’esprit – pneumatique disent les Grecs – tout à fait extérieur à la religion d’ordre biblique.

 

Chacun, le soir du Seder de Pessa’h, doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Egypte.

Et pas que le souvenir que nos ancêtres sont sortis d’Egypte. Si je me rappelle que les ancêtres sont sortis d’Egypte, je renvois les ancêtres dans le passé. C’est une pseudo-tradition qui consiste à se remémorer le passé comme passé. Alors que la vraie tradition consiste à actualiser le passé au présent : c’est mon histoire que je vis. Et effectivement, des religions se basent sur la communion à la légende du héros. C’est extérieur au judaïsme et à la bible. Ce sont des religions du type grec.

 

C’est la raison pour laquelle on ne commémore pas la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim sinon nous aurions eu le culte abrahamique : le saint Abraham

De la même manière qu’on ne commémore pas la naissance de Moïse qui aurait pu être un Noël hébraïque extraordinaire… C’est justement évacué dans le principe. Il n’y a que les Goyim qui sont capable de faire des cultes de ce genre. 

 

La raison essentielle c’est que Abraham est un individu : il ne faut pas oublier que c’est son histoire que nous vivons mais en tant que collectivité dans l’histoire de la sortie d’Egypte

 

2ème raison :

La différence entre le mythe et le midrash.

Dans le mythe on met en évidence un cas particulier d’une identité collective, à l’échelle exceptionnelle et exemplaire, et on substitue le profil d’identité d’un individu, à l’universel humain. Alors que dans le midrash c’est l’inverse. On élargit à la collectivité les signes d’excellence d’un individu exceptionnel.

Puisque Abraham a été Abraham, Dieu va s’adresser à lui pour sa descendance. Moïse ne dira jamais : « Mon Dieu m’a dit de vous dire que… ». Il dira : « votre, notre Dieu… »

 

Les Midrashim parlent toujours à l’échelle de l’universel : Si Dieu parle, il parle toutes les langues à la fois, « en direct » en hébreu pour Israël mais « en différé » pour les autres. C’est le mystère et le problème de la traduction. Et il faut prendre acte que la Bible est le livre le plus traduit au monde. Ce n’est pas pour rien. Qu’a vu l’humanité dans ce livre ? Elle le sait !

 

Our-Qasdim / Mitsraïm :

 

 La 2ème raison qui est la plus essentielle c’est que la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim est irréversible et définitive. Il demande comme consigne pour marier ses enfants qu’on ne les ramène jamais d’où il est sorti… Cela veut dire que c’est un événement réussi. Tout ce qui est avant Abraham – les historiens sont obligés de s’en rendre comte – c’est la préhistoire du monde entier. C’est quelque chose de très frappant. Avant la sortie d’Egypte, partout, c’est le temps mythologique. On nous parle toujours de dieux, de héros, de demi-dieux…

La seule histoire normale se trouve dans l’histoire biblique : nos ancêtres non seulement étaient de simples hommes mais c’étaient en plus des esclaves…

 

Dés qu’on étudie la manière dont les nations comprennent leur propre préhistoire, on s’aperçoit qu’elle est toujours mythologique. Il n’y a aucune exception. Il n’y a que dans l’histoire biblique que cela commence avec des hommes.

 

Quoiqu’il en soit, la sortie d’Abraham d’Our-Qasdim met fin à cette période antérieure devenue préhistorique totalement. Alors que la sortie d’Egypte c’est le commencement d’un processus à achever. C’est ce paradoxe-là qu’il faut arriver à comprendre, c’est déjà annoncé dans Parshat Bo dés que la Torah nous donne à commémorer la sortie d’Egypte.

 

Petite indication pour ceux qui ont en mémoire le texte de la Hagadah de Pessa’h : à la fin on dit un très beau poème :

 

« S’est achevé l’ordonnance du rite de Pessa’h selon sa règle, de même que nous avons eu le mérite de pouvoir l’ordonnancer en tant que rite, de même que nous ayons le mérite de le faire »

 

On voit la différence entre le rite de commémoration et l’événement.

L’événement est le point de départ d’un rite de commémoration qui doit mener à un événement d’aboutissement irréversible et définitif : la dernière Pâque. Le dernier Pessa’h.

 

Toute la commémoration de Pessa’h est en vue du dernier des Pessa’h qui sera la sortie ultime de la condition d’exil de la créature humaine, que l’on appelle d’autre part dans un autre vocabulaire, le temps messianique. 

 

Ce qui se passe dans les Pâques chrétiennes où, de manière purement abstraite, nourris de beaucoup de ferveur spirituelle gréco-romaine, on prétend que la dernière des Pâques a eu lieu lors du repas de la cène, et que cela passe ailleurs…

 

Le fait de commémorer l’événement de la sortie d’Egypte indique qu’il n’est pas complètement achevé. Cela n’enlève en rien l’importance de son caractère irréversible de point de départ de ce qu’aura été l’histoire d’Israël porteur de cette foi en espérance qu’on arrivera au Pessa’h achevé.

 

Il y a une 2ème indication :

Lors de la vision du buisson ardent lorsque Dieu se révèle à Moïse pour le charger de la mission de délivrer Israël qui commence à ce moment là – c’est la 1ère fois que Dieu s’adresse en vision à Moïse et il est alors âgé de 80 ans pour réaliser cet événement d’intervention pour le salut d’Israël préfiguratif du salut de l’humanité… Moïse demande sous quel nom il devra parler du Dieu qui se révèle à lui.

 

Dieu lui répond Ehyeh Asher Ehyeh.

 

Il faut d’abord comprendre la question de Moïse : les Hébreux ont déjà leur tradition théologique. Ce sont des descendants des patriarches et ils portent en eux toute la culture de la foi hébraïque. Cela ne commence pas avec la lecture d’un livre, la bible, qui nous raconte l’histoire des âges passés… Mais c’est l’histoire d’un peuple qui a déjà sa propre culture, sa propre foi, sa propre compréhension de ce dont il sera parlé dans ce livre qui racontera cette histoire…

 

Ils savent que Dieu intervient dans le monde à travers des médiations différentes. Il y en a 13.

J’en cite simplement deux. Dieu intervient dans l’histoire des Patriarches sous forme de Dieu des promesses. Lorsque Dieu s’adresse aux patriarches c’est en tant que Dieu qui promet et le nom est El Shadaï.

 

D’autre part, il y a cette promesse que le Dieu de la promesse sera le Dieu de la réalisation des promesses.

Dans la question de Moïse – « quand ils me demanderont : avec quel nom ? Que leur répondrais-je », il y a déjà cette interrogation : sous quel nom annoncer que le temps de la réalisation est arrivé ? Encore le nom des promesses ? Ou déjà Dieu de la réalisation ?

 

La question de Moïse n’est pas une question d’ignorance et le texte est finalement plein d’humour : La 1ère fois où Dieu s’adresse à Moïse, celui-ci lui dit : quel est ton nom ?                                              

 

En réalité la question est différente et demande : « à travers quel attribut ? »

Et Dieu répond : Ehyeh Asher Ehyeh

La traduction est erronée : « Je suis qui Je suis »

Ehyeh est un futur et non pas un présent : Je serais

Ehyeh Asher Ehyeh « Je serais ce que Je serais » : cela veut dire que cela dépend de l’événement dans lequel Je me manifesterais.

 

L’explication de Rashi sur ce verset est très claire : « quand Je me manifeste en tant que Dieu de la promesse, c’est El Shadaï, quand Je me manifeste en tant que Dieu… et il y a différente médiations.

 

Le Midrash que cite Rashi fait dire à Dieu répondant à Moïse : « va leur dire que Je serais avec eux dans les exils futurs comme Je suis avec eux dans le présent exil »

 

Moïse intervient pour dire « Comment leur annoncer une délivrance qui n’est pas encore finie ? »

Dieu lui donne raison : «  Va leur dire Ehyeh… »

Plus précisément, il y a dix Noms dans lesquels Dieu se manifeste : le 1er des 10 dans ces niveaux de Providence est Ehyeh.

 

De ce Midrash il faut mettre en évidence que nous savons déjà qu’il y aura d’autres exils !

 

Pourquoi ?

 

Parce que ce qu’il fallait réussir dans l’événement de fin d’exil n’a fait que commencer à réussir. Il faudra que cela soit achevé dans d’autres étapes.

 

Texte du Midrash et 1er verset de la Parashah :

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה–וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Vayhi beshala’h Par’oh et-ha’am

velo-na’ham Elohim derekh erets Plishtim

ki karov hou

ki amar Elohim

pen-yina’hem ha’am bir’otam mil’hamah veshavou Mitsraymah.

 וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayehi beshala’h Par’oh et-ha’am

Et il arriva lorsque Pharaon eu renvoyé le peuple
Première difficulté : jusque-là le texte biblique nous dit que c’est Dieu qui intervient pour qu’Israël soit délivré. Et voilà que notre verset semble s’opposer à tout ce qu’on a appris jusqu’à présent dans le style de l’atmosphère de l’événement, que c’est le Pharaon qui a renvoyé le peuple.

 

Dés qu’on entend ce verset, on s’aperçoit qu’il y a un contraste absolu dans le déroulement du récit jusque-là : intervention de Dieu à travers toute une série de miracles pour délivrer Israël de l’Egypte. On attend un tout autre verset mais la forme est complément autre.

 

Les Midrashim mettent en évidence le fait suivant : il y a eu différentes manières de vivre cette sortie d’Egypte par rapport aux différentes catégories d’Israël en ce temps-là.

 

ð  Ceux grâce à qui l’événement  a pu se faire : les avant-gardes, ceux qui se lance dans l’histoire et qui sont suivis… Ceux qui sont sortis d’eux-mêmes.

 

ð  Ceux qu’on a obligé à sortir. Le verset met ici en évidence le fait que c’est la 2ème formulation qui est employée : en fin de compte, si le peuple est sorti, c’est parce que le Pharaon les a renvoyé.

 

On voit à quel point cela ressemble aux événements de fin d’exil chaque fois que nous avons à les vivre. Il y a toujours une toute petite partie du peuple qui déclenche les événements, mais l’immense majorité des autres les subissent et cela dévoile au fond qu’ils ne veulent pas sortir d’Egypte mais qu’il faut acculer le Pharaon pour les obliger à sortir.

 

Ce qui jette à postériori un éclairage sur l’ordonnance des événements et du récit des 10 plaies d’Egypte. Nous avons vécu cela de notre temps : le temps de la fin d’exil est arrivé – une poignée de pères fondateurs – les Na’hshonim – qui eux ont vécu l’événement en avant-garde mais pour l’immense majorité du peuple juif, il est bien évident que l’état d’Israël a été un refuge pour ceux que l’on a obligé à revenir… C’est le même événement qui se réalise. Aujourd’hui encore, cela n’est pas achevé. Il y a l’immense majorité de ceux qui arrivent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. « 

 

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