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Publié par Dreuz Info le 17 avril 2009

 

Martin Goodman, universitaire anglais retrace la naissance de l’antisémitisme dans l’Empire romain.


Cité des trois grandes religions monothéistes, Jérusalem ne cesse de hanter la mémoire collective. « Si je t’oublie, que ma droite se dessèche », proclamait le ­psalmiste. Comment s’étonner, dans ces conditions, que la destruction de son Temple, par les légionnaires de Titus, ait durablement marqué l’histoire ? Selon les interprétations géné­ralement reçues, tant antiques ­que modernes, ce conflit était ­inévitable.

Martin Goodman, professeur à Oxford et spécialiste du judaïsme à l’époque romaine, entend « remettre en cause cette interprétation » . Selon lui, « la destruction de Jérusalem en 70 n’est pas le résultat d’une politique à long terme menée d’un côté comme de l’autre ; elle est le résultat d’une combinaison d’accidents… ».

À l’appui de cette thèse iconoclaste, M. Goodman montre que rien ne prédisposait Jérusalem à être en proie à une quelconque hostilité de Rome. Pour cela, il n’a pas craint de dresser un panorama général des deux civilisations, depuis leur origine, en vue de souligner leurs similitudes. Ce très exhaustif tableau qui, non sans risque de confusions, mêle les époques, permet toutefois à l’auteur de prouver qu’au Ier siècle, le monde méditerranéen constituait un ensemble unifié qui avait accepté la domination romaine. Au sein de ce monde, la Judée pouvait apparaître comme parfaitement intégrée, ayant même repris à son compte, à l’instar de Rome, certaines des valeurs de l’hellénisme.

S’il y eut des différences, celles-ci ne furent nullement à l’origine de la haine qui conduisit à la destruction de Jérusalem. Les Juifs ne paraissaient pas excessivement étrangers aux Romains et ne constituaient en aucun cas un danger pour l’Empire. Leur révolte, en 66 de notre ère, trouve son origine dans le rejet de la politique désastreuse du dernier gouverneur de Judée, Florus, et dans la décision prise par Éléazar, capitaine du Temple et fils du grand prêtre Ananias, de suspendre les sacrifices quotidiens pour le compte de l’empereur.


Insurrection de Bar Kokhba


Le professeur Goodman montre que la proclamation d’un État indépendant à Jérusalem ne s’est toutefois pas accompagnée d’un soulèvement massif des Juifs dans le reste de l’Empire romain. La mort de Néron, puis les manœuvres de Vespasien pour conquérir le pouvoir suffisent à expliquer la destruction de Jérusalem. Soucieux d’apparaître comme le sauveur de l’État par une victoire sur les étrangers, le nouvel empereur confia à son fils Titus, alors en Judée, la mission « de gagner la guerre aussi vite et aussi indiscutablement que possible, quel qu’en fût le coût ». Ainsi instrumentalisé s, les Juifs purent être désignés comme des ennemis de l’État.

Cette politique d’hostilité se poursuivit par la suite, l’insurrection de Bar Kokhba, de 132-135, marquant l’ultime tentative d’indépendance des Juifs. Jérusalem vaincue et devenue sous Hadrien Aelia Capitolina, les Juifs « cessèrent d’exister en tant que nation sur leurs propres terres ». Mais il fallut attendre l’avènement de Constantin et d’un empire chrétien pour déceler « les signes avant-coureurs de l’intolérance à venir ». Le monde romain devint plus dur pour le monde juif qu’il ne l’avait été à l’époque de Jésus.

« Une conséquence de l’hostilité de Rome envers les Juifsfut, affirme Martin Goodman, de permettre l’émergence de l’antisémitisme chrétien. » Car « pour justifier leur place dans le monde romain après 70, les chrétiens ne durent pas seulement nier leur judéité, mais se mettre à attaquer le judaïsme ». On l’a compris, il s’agissait pour l’auteur, à défaut de tenir les premiers chrétiens pour responsables de la destruction du Second Temple, de les désigner comme déjà coupables d’antisémitisme. Puisse du moins cette thèse contribuer à alimenter le débat sur les rapports du christianisme primitif avec le judaïsme.

Rome et Jérusalem. Le choc de deux civilisations de Martin Goodman, traduit de l’anglais par Michel Bessières, Agnès Botz, Sylvie Kleiman-Lafon. Perrin, 705 p., 28 €.

Stéphane Boiron 

16/04/2009 | 

http://www.lefigaro .fr/livres/ 2009/04/16/ 03005-20090416AR TFIG00383- david-contre- cesar-.php

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