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Publié par Dreuz Info le 13 mai 2009

Michel Garroté     En l’absence de drzz, webmaster de drzz.info qui m’a demandé de le « remplacer » quelques temps, et à la demande de notre ami Stéphane Juffa, je publie, ci-dessous, un article de ce même Stéphane Juffa sur la reporter Esther Shapira. Pour le reste, drzz avisera à son retour. Car je ne suis q’un pauvre serviteur, sans pouvoir, ni aucune prétention en la matière, d’ailleurs. Et j’écris tout ceci sans sarcasmes.

La reporter Esther Shapira

Une friponne utile

Par Stéphane Juffa

© Metula News Agency

Paru sur Metula News Agency le jeudi 12 mars 2009

(Début de l’article de Stéphane Juffa) – La chaîne publique allemande ARD a diffusé, le 4 mars dernier, le reportage « Qu’est-il arrivé à Mohamed al-Dura », de la réalisatrice allemande Esther Shapira. Ce film a rencontré un écho intéressant dans les media germaniques, donnant lieu, notamment, à une interview de la réalisatrice, dans le très respectable quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, par le confrère Thomas Thiel. Le documentaire reprend à son compte les éléments de preuves de la falsification, que le physicien Nahum Shahaf et la Ména avaient dévoilés au public depuis la diffusion par FR2 du faux assassinat de l’enfant palestinien Mohamed A-Dura, par l’armée israélienne, le 30 septembre 2000. Dans sa réaction à la diffusion de ce reportage, sur son blog personnel, l’une des deux personnes physiques compromises, à l’origine de cette imposture, Charles Enderlin, réplique en annonçant que « Le documentaire de Schapira se trouve chez nos avocats allemands ». Gageons que cette menace quelque peu lapidaire n’aura aucune suite ; Enderlin et son employeur n’ayant aucun intérêt à propulser sur l’avant-scène allemande la discussion des preuves que Madame Shapira a puisées dans nos enquêtes. Par le passé, tant France2 que son correspondant à Jérusalem se sont soigneusement gardés d’ester en justice contre les professionnels détenteurs de la documentation établissant la vérité sur leur forfait. De plus, la stratégie qui consistait à instrumentaliser la justice afin d’étouffer la vérité leur a explosé dans les doigts. Leur intention consistait à s’en prendre à de petites entités actives sur le Net, en escomptant qu’elles n’auraient ni les ressources ni les archives nécessaires pour se mesurer à la machine juridique de la plus importante chaîne TV du service public de l’Etat français. FR2 et Enderlin ont ainsi diligenté quatre procès contre des entités auxquelles ils reprochaient, dans les mémoires de leurs avocats, d’avoir publiquement répercuté les conclusions de l’enquête de la Ména. S’ils ont eu gain de cause dans deux des procédures, et qu’une troisième a fait choux blanc, le reporter et son employeur paient désormais au prix fort leur action contre Philippe Karsenty, directeur de l’ « agence de notation des media » Media Ratings. Karsenty a eu l’habileté de trouver les appuis nécessaires pour tenir la dragée haute à la chaîne publique, et a remporté en appel le mauvais procès qui lui avait été intenté. Dans l’attente du résultat du pourvoi en cassation d’Enderlin-Fr2, Karsenty sillonne le globe en multipliant des conférences sur l’Affaire. Il alerte les pouvoirs publics et les politiques dans divers pays, dont Israël, et s’applique, avec son alter ego américain, le professeur américain Richard Landes, à faire connaître la mystification criminelle dont Enderlin, et son cameraman Abou Rahma, sont à l’origine. Dans l’environnement qu’ils ont si maladroitement créé, nous serions fort étonnés qu’Enderlin et FR2 intentent un procès à ARD, une procédure de trop qui pourrait leur être judiciairement fatale. Il est beaucoup plus probable que le correspondant de FR2 se contente de réagir sur l’air auquel il nous a habitués, de je suis un grand reporter au-dessus de tout soupçon, mes contempteurs sont des « gens qui ne sont pas correspondants de guerre ». « Pour ma part, j’ai effectué des centaines de reportages à Gaza. Je suis  passé des dizaines de fois à l’endroit où s’est déroulé avant et après l’accrochage du 30 septembre 2000 » (sur le blog d’Enderlin, opus cité). S’agissant d’un couplet qui n’a pas impressionné les juges de la Cour d’Appel de Paris, de plus en plus empêtré dans les innombrables contrevérités qu’il a proférées, Enderlin a décidé d’en ajouter une autre, pathétique : « Ni Shafaf, ni Landes ni Juffa, ni Rozeszweig, ni Karsenty, ni Schapira n’ont jamais mis les pieds à Gaza ou assisté à un accrochage israélo palestinien. (op.cité) ». Passe, qu’en proie à la contrariété, il écorche le nom des gens, mais qu’il affirme qu’Esther Shapira n’est jamais allée à Gaza, alors qu’elle y a filmé les images constitutives de son premier reportage datant de 2002, qu’Enderlin peut difficilement ne pas avoir vues, participe d’une défense immature. En ce qui me concerne, ayant visité Gaza-city pour la première fois d’une très longue série à l’âge de treize ans, je n’ai pas l’intention de me vautrer avec l’intéressé dans une dispute si dénuée de pertinence. Pas plus que je n’envisage de placer sur le forum de la cité tous les différends ontologiques marqués que je nourris à l’endroit de certains personnages de la liste Enderlin ci-dessus. Pour le moment, c’est la fin qui justifie les moyens – pas tous, certes – afin de confondre absolument les auteurs de la falsification audiovisuelle, et ceux qui lui permettent de se pérenniser, depuis plus de huit années, en connaissance de cause. Quand certains de ces « moyens » s’avèrent contre-productifs dans la divulgation de la vérité, il est nécessaire de les mentionner. L’un d’eux concerne la démarche journalistique d’Esther Shapira : dans son reportage de 2002, elle concluait que Mohamed A-Dura avait été tué, mais pas par les balles israéliennes. L’article de la Frankfurter relate cet épisode du cheminement suivi par notre consœur allemande. Dans l’une de ses réponses à Thomas Thiel, Esther Shapira répond ainsi : « Ce n’est pas nous qui avons eu l’idée de la falsification. Elle a d’abord été émise par un physicien, en Israël, ensuite, entre autres, par un Français (qui ? Ndlr.). Au départ, la thèse de la falsification me semblait suspecte, même si elle apportait des réponses plausibles à de nombreuses questions restées sans réponses. Nous ne pouvions pas encore dire avec certitude que c’était une falsification ». Madame Shapira a ainsi changé de thèse, comme le reflète aussi l’Arrêt de la Cour d’Appel de Paris du 21 mai 2008 relaxant Karsenty : « (…) les auteurs des deux documents vidéo (pièces n°1 et 2) l’un monté à l’initiative d’Esther SHAPIRA pour la chaîne de TELEVISION ARD en mars 2002, l’autre AL DURA : l’enquête, réalisé en novembre suivant par la MENA à partir des déclarations de Nahum SHAHAF, désigné pour diriger une commission d’enquête initiée par le commandant de la zone sud, ne tirent pas les mêmes conclusions de l’observation du reportage, puisque le premier conforte la thèse de la mort de l’enfant sous une balle perdue palestinienne, tandis que le second impute une mise en scène palestinienne de cette mort (…) ». Or peu m’importe qu’Esther Shapira se soit trompée en 2002, que nous ayons eu raison et qu’elle le reconnaît aujourd’hui, car nul n’est infaillible, même si, à juger suspecte la thèse de la falsification, Mme Shapira n’était visiblement pas allée assez loin dans son investigation. Ce qui m’ennuie considérablement plus, c’est qui aura fallu sept ans à cette consœur pour rendre publique la reconnaissance de son erreur. Or durant ces sept ans de silence, la troisième voie, articulée principalement autour du premier reportage d’E. Shapira, a fait reculer le dévoilement de la vérité. Cette troisième voie, qui faisait merveilleusement l’affaire des consensualistes – ce ne sont pas les Israéliens qui ont tué Mohamed, ce sont les Palestiniens, encore, par erreur, on ne peut pas accuser FR2 d’une imposture, à peine d’inexactitude, et Enderlin demeure un reporter intègre -. Comme si la recherche de la vérité avait jamais pu faire l’objet d’une négociation ! Comme si les résultats d’une enquête pouvaient forcément contenter tout le monde. L’erreur d’Esther Shapira a fait prendre de fausses directions non seulement à ceux qui ne désiraient pas se confronter avec le système, mais également à une foultitude de professionnels bien intentionnés, au premier rang desquels il convient de citer Denis Jeambar et Daniel Leconte. Il est vrai que, face à la surprise et à l’ampleur de l’imposture, faute de ne connaître ni l’un ni l’autre des intervenants, on peut être logiquement amené à donner plus facilement sa confiance à une chaîne nationale allemande de télévision, qu’à une agence de presse écrite privée agissant depuis un village reculé d’Israël. Dommage qu’Esther Shapira ait mis si longtemps, non à se forger une nouvelle conviction (ce qui est fait depuis plusieurs années), mais à la rendre publique. Elle nous a fait perdre du temps. Est-ce à cause de la gêne créée par cette volte-face qu’Esther Shapira a tant de mal à créditer la Ména dans ses déclarations ? Qu’elle s’empare si allégrement des fruits du travail de Shahaf et de celui de notre agence ? Qu’elle redistribue les crédits au gré de son imagination ? Toujours est-il que son reportage ne contient pas l’esquisse d’une révélation, et que toutes ses affirmations ont été énoncées soit par Shahaf soit par la Ména depuis des lustres. C’est ainsi notre agence, qui, après des mois de recherche, avait découvert que c’étaient les chirurgiens David et Rachmanov qui avaient opéré Jamal A-Dura en 1994, et qui avait recueilli leurs témoignages. Pour la petite histoire, Yehuda David, qui suivait les péripéties de la Controverse de Nétzarim sur la Ména, sans que nous ne le sachions, ne se souvenait pas avoir procédé à la réparation de la main de Jamal. C’est nous qui le lui apprîmes. Le Dr. David n’a forgé son jugement médical qu’après avoir dûment et minutieusement consulté les documents hospitaliers et les photographies que nous lui avons soumises ; ce qui en dit long sur la sincérité irréprochable du praticien. C’est encore la Ména qui seule a produit la critique du rapport Walden, et dévoilé le document de la police des frontières – mentionné par E. Shapira – établissant que Jamal avait quitté Gaza par avion, le 4 octobre 2000, et que, de ce fait, il ne pouvait pas avoir été admis à l’hôpital d’Amman le 1er dudit mois, et y avoir subi des soins du 1er au 4 octobre, comme stipulé sur le rapport des médecins jordaniens. [Voir A propos de rapports médicaux 1ère et 2ème parties]. Certaines phrases de notre consœur, prononcées lors de son interview, surprennent : « Mais, notre enquête a établi que le professeur Walden n’avait  jamais rencontré Jamal. On ne peut donc pas parler d’une véritable expertise médicale ». Son enquête ? Sa conclusion ? Voilà pourtant ce qui figure dans notre article A propos de rapports médicaux (3ème partie et fin) du 3 octobre 2008 : « Cela revient, pour Walden, à faire croire qu’il cite une observation effectuée sur un patient de chair et d’os en 2000, alors qu’il a revisité les faits, sans patient, sans pouvoir observer personnellement ses blessures, en 2008 ». C’est aussi la Ména qui, en juxtaposant les images des cicatrices du père – distribuées lors de la conférence de presse d’Arlette Chabot – a rendu compte de ce qu’elles correspondent précisément aux blessures administrées à Jamal en 1992, lors d’une altercation, à Gaza, avec des irréguliers palestiniens. C’est Nahum Shahaf qui avait établi scientifiquement, en 2000 déjà, que l’enfant figurant sur le film de FR2 n’était pas celui dont les images avaient été montrées à la morgue de l’hôpital Shifa. C’est le même physicien, il y a plus de huit ans, qui avait rapporté, après avoir interviewé les médecins de Shifa, que l’enfant qu’ils avaient reçu, mort, le matin du 30 septembre, ne saurait être celui qui, selon France2, aurait été tué vers quinze heures au carrefour de Nétzarim. C’est lui, également, qui a fait état du chiffon rouge baladeur sur le corps du petit acteur, dont nous avions montré les photographies dans l’article Une blessure baladeuse ! et sur notre film. C’est Shahaf qui nous avait alertés sur le fait que l’enfant décédé avait d’abord été appelé Rami dans la presse, avant que son prénom soit changé en Mohamed, après le « reportage » de la chaîne publique française. Le documentaire Qu’est-il arrivé à Mohamed Al-Dura se contente donc de confirmer, avec un retard énorme, ce que Shahaf et notre agence avaient dévoilé il y a plusieurs années. Peu importe, en fait, que ce soit le cas, que Madame Shapira s’approprie ainsi le travail d’autrui sans en faire état, du moment qu’elle a sensibilisé à l’imposture l’opinion de son pays. Mieux vaut tard que jamais ; et sans son film, les Allemands n’auraient pas été correctement informés sur la Controverse. Dommage qu’elle ait préalablement induit un nombre certain de confrères, au demeurant honnêtes, sur une fausse piste. Ultime correction, mais elle est de taille : dans son entrevue avec Thomas Thiel, E. Shapira déclare « Un Français, du nom de Philippe Karsenty, avait continué à enquêter à la suite de mon premier film (2002). Il a collecté des preuves confirmant la thèse de la falsification. Finalement, il a lancé cette accusation sur Internet, et France 2 l’a poursuivi ». Or Karsenty ne s’exprime sur la Controverse de Nétzarim pour la 1ère fois que le 22 novembre 2004, soit plus de quatre ans après les faits, après que l’essentiel des enquêtes de Shahaf et de la Ména eurent été bouclées et diffusées depuis longtemps. Dans cet article, sur le site de Media-Ratings, intitulé France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement – la publication pour laquelle il a été poursuivi par FR2 et Enderlin – il ne fait aucune mention du reportage d’Esther Shapira. Il ne se réfère pas davantage à une quelconque enquête qu’il aurait lui-même menée, ce qui paraît assez naturel, puisqu’il définit sa société comme une agence de notation des media, non comme un organe d’investigation journalistique. Ce document charnière marque la prise de position de Karsenty dans la « polémique (qui) oppose – selon lui – France 2 et l’agence de presse israélienne MENA – Metula News Agency – qui accuse la chaîne française d’avoir diffusé un faux ». Les mots Ména et Metula News Agency figurent seize fois dans ce document. Karsenty y présente certaines des conclusions issues de notre enquête, qu’il endosse, en même temps que la thèse de la falsification. Il n’y est nulle part question de celle de Mme Shapira, de l’enfant tué par une balle palestinienne égarée. Esther Shapira nous a longuement consultés lors de son séjour en Israël consacré à la préparation de son dernier documentaire. Nous l’avons aidée du mieux que nous pouvions, sans nous douter qu’elle était si mauvaise camarade. A l’avenir, lorsque nous aiderons d’autres confrères, nous assortirons cette coopération de quelques conditions d’ordre déontologique (Fin de l’article de Stéphane Juffa).

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