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Publié par Dreuz Info le 16 mai 2009

Yannick Landurain, 28 ans, est gardien de la paix à la compagnie départementale d’intervention de Bobigny. Membre du syndicat Force ouvrière, il livre ici un témoignage d’une rare intensité sur ses conditions de travail et celles de ses collègues. La politique du chiffre fait des ravages, les cités font la loi, la hiérarchie se fout de la base, les dépressions sont légion et les suicides en hausse. (source)

 


En quoi consiste votre travail ?
Notre mission essentielle, c’est l’anti-criminalité : nous intervenons dans le cadres de violences urbaines comme en 2005, ou quand ça chauffe un peu dans une cité. Parfois, nous assistons la police judiciaire pour des interpellations à domicile ou assistons les effectifs locaux lors de contrôles d’identité, au cas où cela pourrait dégénérer. Sinon, nous partons en patrouille, nous tournons et cherchons le flagrant délit.


Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Nous intervenons principalement en renfort des collègues, souvent au sein des cités mêmes. La situation est presque toujours un peu chaude. Il y a un manque d’effectifs locaux. Il n’est pas rare, lorsque nous ne faisons que passer en voitures dans les cités, de recevoir un tas de projectiles sur notre véhicule ; ça, c’est en journée. Mais le plus grave, c’est la nuit, on voit des cocktails Molotov arriver sur la voiture. Là, je peux dire que ceux qui font ça ont passé un cap. Je suis arrivé il y a 7 ans et demi dans le service, on se prenait alors un légume ou un œuf sur le véhicule, ça restait gentillet. Depuis les violences urbaines de 2005, ça s’est aggravé. On passe dans les cités, on se fait insulter, on se fait caillasser sans raison. On ne vient pas forcément voir les jeunes. On nous tire même dessus au flashball. La cité leur appartient. C’est de plus en plus virulent, ils viennent au contact. Il n’est pas rare qu’on ait des collègues blessés.


Et ces évènements se passent où ?

C’est un peu partout mais le plus critique, c’est les 4000 à La Courneuve, les 3000 à Aulnay-sous-Bois, à Stains au Clos Saint-Lazare aussi, les plus grosses cités du 93. Certains de nos agresseurs sont armés, ils ont notamment des flashballs, un armement de police, en principe. Là, dernièrement, des collègues qui contrôlaient des caves, ont voulu sortir d’un hall d’immeuble de la cité des 4000 et des habitants leur ont tiré dessus au flashball ; ils prennent un peu les mêmes armes que nous. On les retrouve aussi avec des armes de guerre, des kalachnikovs, il doit y avoir une filière parallèle, on pense que ça vient des pays de l’Est.


Ces difficultés sont-elles spécifiques à la Seine-Saint-Denis ?

Il y a un gros turn-over au sein de la police en Seine-Saint-Denis : la plupart des fonctionnaires veulent partir en province. Sur Drancy, il y avait une trentaine de fonctionnaires. Quand il a été mis fin à la police de proximité, les collègues qui partaient en province n’ont pas été remplacés. Quand je suis arrivé en 2002, il y avait 30 policiers à Drancy. Là, ils doivent être 6 ou 7. A Aulnay-sous-Bois, où il y a de 80 à 90 000 habitants, il y a deux, maximum trois voitures de patrouilles qui tournent. C’est bien trop peu. Pour être muté dans le Nord de la France, il faut trois à quatre ans de service. Un policier qui a fait ses 3-4 ans est remplacé par un jeune sorti de l’école. Or un jeune policier a besoin d’être cadré. Là, on lâche les jeunes policiers, comme ça.


Et alors, comment ça se passe ?

A l’école de police, on nous apprend tout ce qui est théorie, c’est-à-dire le code pénal, les moyens légaux d’intervention. Mais quand on intervient dans une cité, s’il y a 10 personnes devant nous, on n’ira pas interpeller l’une d’elles. Il y a tout un aspect psychologique de ces jeunes de cité qu’on ne nous apprend pas du tout. En plus, il y a un manque flagrant d’encadrants en Seine-Saint-Denis. Ils essayent de remettre une police de proximité, ils les appellent pas comme ça mais c’est pareil. C’est les UTEQ (Unités territoriales de quartier). Ils sont très peu nombreux dans les cités; je prends le cas au Franc-Moisin à Saint-Denis, ils doivent être une dizaine. Ils tournent à 6-7 par jour. Le camion les lâche dans la cité à pied et ils tournent dans la cité.


Quels types de situations affrontent-ils ?

Maintenant, c’est les beaux jours et les scooters sont de sortie. On n’a pas le droit de les chasser lorsque ceux qui les conduisent sont en infraction ou font du tapage. Ils nous attendent tout le temps dans les cités. Là, j’ai été à Bobigny, dans la cité de l’Abreuvoir, il y a un gamin qui tournait sans casque, il essayait de nous attirer au milieu de la cité et non pas de s’enfuir. Quand on a un peu d’expérience, on sait, on n’y va pas, mais quand ce sont des policiers de 20 ans, eux, ils vont y aller et ils ne savent pas ce qui les attend. Depuis les émeutes de 2005, les guets-apens sont de plus en plus réguliers. Le ras-le-bol est plus que général au sein des fonctionnaires de la police. La Seine-Saint-Denis, c’est vraiment la Bérézina, on a des véhicules qui ont près de 200 000 km au compteur, nos moyens matériels et humains ne sont pas du tout à la hauteur des missions qu’on nous confie. Quand on attend 10 ou 15 minutes du renfort, quand ça chauffe vraiment, c’est plus que long.


Et l’Etat vous demande des résultats…

La pression sur les chiffres a explosé. Ce sont des objectifs chiffrés écrits. Chaque fonctionnaire de police reçoit les siens. Si on n’arrive pas à atteindre les objectifs chiffrés, on est sanctionnés. Je prends mon exemple personnel : il y a deux ans, il fallait faire quatre interpellations et j’en avais fait deux. J’ai été chez mon commissaire signer une lettre de mise en garde parce que je n’étais pas entré dans ces quotas. Il faut savoir qu’une mise en garde est dans votre dossier administratif. Avant, nous avions notre marge d’appréciation sur le terrain, nous arrêtions qui nous voulions. Maintenant, les chiffres sont précis, nous devons faire des chiffres de violence de voie publique. Parfois, ce sont des « ILE », interventions sur les étrangers…

Les sans-papiers…
Ce mois-ci, il faut interpeller plus de sans papiers. Ras-le-bol là encore des fonctionnaires, qui ont perdu toute capacité d’appréciation des situations. Il faut vraiment arrêter tout ce qui bouge. Le regard de la population sur nous est de pire en pire, la hiérarchie nous met de plus en plus la pression pour remplir les objectifs chiffrés. Le policier a vraiment le cul entre deux chaises et c’est pas facile pour lui.


Comment le policier gère-t-il cette pression ?

Il n’y a jamais eu autant de dépressions dans la police que ces dernières années, les chiffres explosent. Je ne parle pas des suicides qui sont en augmentation constante. Là où je travaille, en janvier dernier, il y a en eu trois en trois semaines sur la Seine-Saint-Denis. Il y avait sûrement des problèmes familiaux mais cette pression permanente du chiffre, ajoutée aux insultes des gens, auxquelles la hiérarchie nous interdit de répliquer… Quand, en plus, dans le cocon familial, ça va mal, alors c’est de plus en plus dur. Un fonctionnaire de police à Stains s’est suicidé en janvier parce qu’il n’avait pas réussi son permis de conduire alors qu’il le faut dans la police.


Pouvez-vous être plus explicite sur ce cas ?

Ce fonctionnaire de police devait passer son permis avant février 2009, c’était une injonction administrative. Or, il a eu une date de passage de permis en mars seulement. L’administration n’a jamais voulu lui accorder 15 jours de répit. Il n’avait que son boulot comme échappatoire à ses problèmes familiaux. Il s’est suicidé à son bureau, alors qu’il y avait des collègues derrière la porte. Eux, ils ont été plus que choqués. Dans ces cas-là, il y a un psychologue qui va venir une demi-journée et après il n’y aura plus de soutien. Il y a un psychologue pour toute l’Ile-de-France. On nous dit « si vous avez un problème, voilà le numéro du psychologue ». Mais pour prendre rendez-vous, c’est très dur. C’est pipeau, quoi. C’est vraiment histoire de dire vous avez des psychologues à disposition, mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. En plus, on a peur, car si on va les voir, les psychologues, le chef de la police peut à tout moment désarmer le fonctionnaire s’il sent qu’il ne va pas bien. Et ça sera notifié dans le dossier administratif. Donc ça nous freine. Tout ça fait qu’on ne va pas voir ces fameux psychologues.


Pourquoi la population n’est-elle pas plus au courant de l’état actuel de la police ?

Moi, je vous parle, je suis délégué syndical, mais il faut savoir qu’un fonctionnaire de police n’a pas le droit de parler à la presse. Tout doit rester en famille, tout est étouffé. On nous dit « faut interpeller ». Le problème c’est que s’il arrive la moindre « chiure » au sein d’une cité, on n’est jamais couvert. On va à l’IGS (Inspection générale des services) pour calmer la presse qui pourrait faire monter la pression, on va taper sur le fonctionnaire de police. C’est de plus en plus fréquent, il n’y a jamais eu autant de révocations et de conseils de discipline que depuis 4 ou 5 ans dans la police. Avant, il y avait 1 à 2 conseils de discipline par mois, maintenant c’est tous les mercredis.


Votre expérience personnelle en la matière ?

Il y a trois semaines de cela un scooter m’a foncé dessus et j’avais un flashball dans les mains. J’ai tiré sur le scooter avec le flashball. L’individu, je ne l’ai pas touché, j’ai touché la carrosserie. Il est tombé du scooter, il n’a pas été blessé. On l’a interpellé, il n’y a eu aucune vague. J’ai pris une lettre de mise en garde parce que j’avais tiré sur le scooter au flashball, alors que pour moi, j’étais en état de légitime défense. Encore, il y aurait eu une enquête qui aurait reconnu que je n’étais pas en état de légitime défense, je veux bien. Mais là, le procureur de la République a dit que je n’étais pas en état de légitime défense. Ils ne veulent pas que les tirs des policiers au flashball sur les scooters deviennent une habitude et que ça dégénère en émeutes. Alors que là, j’étais dans mon droit, j’ai pris une sanction. Surtout qu’en Seine-Saint-Denis, si vous avez le malheur de rayez un enjoliveur de voiture de police, c’est une sanction tout de suite. C’est de la sanction à outrance. La police nationale, je la compare à une usine de petits pois. On tape sur les ouvriers pour qu’ils en ramènent le plus possible. Mais, s’il y a un problème, le soi disant fautif, on le dégage.


Vous estimez être traités comme des gamins ?

Je donne un exemple : la brigade anti-criminalité avait serré un mec qui avait 3 kg de cocaïne sur lui. Le commissaire a dit à ses agents qui se félicitaient de la prise qu’ils avaient faite, « moi, je préfère que vous preniez 3000 mecs qui ont un gramme ». Quand vous avez un chef de service qu’il vous dit ça, alors que vous, vous pensez avoir fait votre travail correctement, ça ne peut pas vous motiver. Ils préfèrent qu’on fasse deux jeunes en train de fumer un joint qu’un jeune qui vole une voiture. On ne regarde plus les affaires. C’est des croix dans les cases. Après, ils peuvent se targuer que la délinquance baisse, mais si c’est 5000 fumeurs de joints… La violence augmente. On ne fait plus de travail qualitatif depuis 2004-2005. Les syndicats n’arrêtent pas de le dénoncer. On a fait des tracts…Mais il y a tout cet effet médiatique autour, faut que les chiffres soient là, à la fin de l’année.


Bref, l’ennemi, c’est les chiffres.

Faudrait avoir la source de ces chiffres. Des collègues qui travaillent dans le bureau de ces patrons nous disent que les chiffres sont trafiqués. Un collègue m’avait raconté qu’une personne avait brûlé trois voitures ; trois voitures, ça a donné au final trois rapports différents, pour gonfler les chiffres, et ça c’est tout le temps, tout le temps… Avant, le policier, il aimait son métier. Là, c’est terminé. Le nombre d’indisponibilités demandées par les fonctionnaires n’a jamais été aussi élevé. Environ 80 % sont entrés dans la police par vocation. Mais au bout de 3, 4 ou 5 ans en Seine-Saint-Denis, la vocation disparaît. On a tous été à l’IGS pour un rien. J’ai interpellé quelqu’un deux fois en deux ans : une fois, il roulait sans permis, une autre fois, c’était pour outrage et rébellion. Il a dit que je le harcelais. J’ai été convoqué à l’IGS sans qu’on me dise pourquoi. Et à l’IGS, on vous prend votre carte. Donc, pendant un laps de temps vous n’êtes plus policier. Je me rappelle, j’avais demandé à aller aux toilettes, on m’avait dit : « Non, non. Vous, vous ne circulez pas librement », comme si j’étais un délinquant et on m’y avait accompagné. Si un jeune policier course un scooter et que ce dernier se renverse, la carrière du policier, elle est finie.


A vous entendre, on a l’impression que le discours de l’Etat sur la sécurité est dur, mais que dans les faits, c’est plutôt laxiste.

Pour aller en prison en Seine-Saint-Denis, il faut vraiment être multirécidiviste, et encore, il faut avoir commis des actes très graves. Ça faisait trois semaines que j’étais à Drancy quand un de mes collègues s’est pris un coup de couteau au niveau du cœur. Heureusement, il n’a eu qu’une côte cassée car il avait un gilet par balles, moi j’avais été assommé avec une chaise. On a interpellé la personne sur place. Il a pris deux mois de prison et il nous devait 1000 euros qu’il ne nous donnera jamais, alors qu’il a essayé de tuer un fonctionnaire. N’importe qui vous dira que c’était une tentative d’homicide sur un agent de la force publique, or ça a été requalifié en violence volontaire. Il y a vraiment un régime à deux vitesses en Seine-Saint-Denis. Les juges qui font des erreurs ne sont jamais sanctionnés et nous, si on fait une rayure, on y a droit. Du coup, on ne dépose plus de plaintes, ça ne sert à rien.


Ce qui est étrange, c’est que votre hiérarchie ne se révolte apparemment pas contre les situations que vous décrivez. Pourquoi ?

L’administration a été maligne là-dessus en distribuant des primes. J’ai un ami qui est sorti de l’école de commissaires, il m’a dit que maintenant, pour lui, c’est du management. Il s’agit de rendre l’« entreprise » rentable… Des commissaires se révoltent mais pas très longtemps. Quand vous avez 15 000 à 20 000 euros de primes à la fin de l’année, ça incite à vous taire.

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