FLASH
83% des Israéliens considèrent que Donald Trump est un pro-israélien. Les juifs gauchistes reçoivent une énorme dégelée  |  Le président italien refuse la démission du Premier ministre Renzi  |  Manuel Valls a informé le président Hollande qu’il se présente à la primaire socialiste – comme si c’était un scoop: Oh! on est tous étonnés!  |  Trump: « si les médias étaient honnêtes et honorables, je n’aurais pas besoin de tweeter. Tristement, je ne sais pas si ça changera »  |  Excédé par la pollution sonore de l’appel du muezzin, un Israélien demande que les imams envoient leurs appels audio par Whatsapp  |  Libye : le gouvernement a repris la ville de #Sirte à l’Etat islamique, dont les combattants se préparent à se mélanger aux migrants  |  Ecosse. Fumer avec un enfant dans la voiture, c’est 119 € d’amende  |  Raciste ? Trump a nommé un noir, Ben Carson, comme Secrétaire au logement et au développement urbain  |  Wisconsin: Les Verts ont dépensé 1 million $ pour demander le recomptage. Sur 2.975 millions, ont été trouvés pour l’instant 349 votes manquants  |  Référendum italien : 56% pour le non, 44% oui. Renzi démissionne – Ce n’est cependant pas ITALXIT  |  Obama vient d’émettre une interdiction de déplacer l’ambassade des Etats Unis de Tel Aviv à Jérusalem : Obama, on vous aime, ça aidera Trump à ne pas hésiter !  |  Premiers sondages en sortie des urnes : Bellen (Vert) 53.6%, Hoffer (FPO) 46.4%  |  Finlande : Le maire et 2 journalistes ont été tués hier soir par un sniper à #Lmatra, le tueur a été arrêté  |  2 tests du sentiment des peuples vis à vis de l’Europe aujourd’hui : référendum italien, présidentielle autrichienne  |  L’incendie d’Oakland, lors d’une soirée dans un entrepôt pourrait faire 40 morts – cause inconnue mais ce quartier est très violent  | 
Rafraichir régulierement la page
Publié par Dreuz Info le 26 juin 2009

Bonjour,


Voici un interview de Primo avec Georges Bensoussan : des propos éclairants et justes qui, selon moi, meritent reflexion profonde.

A vos claviers ,

Rachel


Primo : Quel est votre constat après les manifestations de cet hiver, au cours desquels des propos haineux ont pu être impunément clamés sur la voie publique.

Georges Bensoussan : qui m’a frappé dans ces manifestations c’est d’abord le voisinage de l’extrême gauche française et des imams. On a vu une fois encore que l’ultra gauche n’était pas très regardante sur ses alliances, qu’elle était prête à s’allier avec ce qu’il y avait de pire dans la réaction cléricale.

C’est à dire ici avec une mouvance antiféministe, homophobe et ostracisante. Si la gauche est antifasciste, disait Georges Orwell, elle n’est pas anti totalitaire. Ce que l’histoire du XX° siècle a abondamment montré, depuis l’URSS jusqu’à la Chine, et même jusqu’au Cambodge des premiers temps du régime khmer rouge.

Jusqu’à s’allier aujourd’hui, au moins le temps d’une manifestation, avec l’islamisme. Un second point : la focalisation quasi névrotique de l’extrême gauche sur Israël que nous étions nombreux à dénoncer apparaît aujourd’hui dans toute sa crudité, dans toute sa violence, quand ne résonne plus que son silence sur la cruauté du régime islamiste d’Iran.

Quand on attend en vain ses appels à manifester en soutien à la résistance iranienne au fascisme des bassidji.


Primo : Avez-vous ressenti une évolution dans le « discours » de ces manifestations ?

Georges Bensoussan : A Metz et à Strasbourg, en janvier dernier, au moment de la dispersion de la manifestation, un cri a fusé : « A la synagogue » ! Deux cents manifestants, dit-on, se sont alors précipités pour aller encercler la synagogue.

Ils se sont contentés d’intimider. Les quatre policiers en faction n’ont pas eu à intervenir. Cette action faisait siens les slogans des antisémites de rue de l’Affaire Dreyfus en 1898-1899. On n’avait pas vu des scènes d’une telle nature en France depuis cette époque.


Primo : mais il y a eu un silence total de la part de la presse

Georges Bensoussan : Oui, et c’est cela qui est inquiétant. Car cette agression entretient comme une vérité qui va de soi la confusion entre l’action des militaires israéliens dont chacun est libre de penser ce qu’il veut, et la communauté juive de France.

Les Juifs de France assimilés à l’Etat d’Israël, et la synagogue de Metz à son ambassade. Ce dérapage qui excluait les Juifs de la communauté nationale, n’a pas été relevé. Le silence prudent sur ces faits nous dit un certain état de la société française.

On ne veut surtout pas stigmatiser, comme si une peur non dite paralysait ce pays, comme s’il y perdurait un état d’esprit munichois. On redoute d’affronter le danger, espérant qu’en refusant d’y faire face, il disparaitra de lui-même. On sait ce qu’il en fut dans les années trente. On sait aussi la suite, juin 1940 et la dictature de l’Etat français.


Primo : Justement à propos de banlieues, quelle a été votre vision lors des émeutes de 2005 ?

G.B. : Nombre d’observateurs, comme on dit, se sont étonnés que cela n’ait pas eu lieu plus tôt. Dans certaines banlieues qui ressemblent parfois à des zones de relégation, prévaut en effet une situation socialement pré explosive .

Plus de cent voitures brûlent chaque nuit en France, on ne s’en émeut plus guère. Cette accoutumance constitue un signe inquiétant, comme si cela faisait partie d’un quotidien banal.

Certains territoires sont plus ou moins délaissés (voyez les effectifs de police en Seine Saint Denis), il y arrive que la police n’y entre plus souvent. C’est là la réalité quotidienne de centaines de milliers de Français qui ont le sentiment d’être des citoyens au rabais.


Primo : On admet sans doute un seuil de tolérance ?

G.B. : Un seuil de tolérance est fluctuant par définition. Il peut s’élever d’année en année : on tolère aujourd’hui des faits qui eussent paru invraisemblables il y a vingt ans.

Ce climat d’accoutumance rend possible le pire. Pour autant, nous ne sommes pas dans une répétition, même si l’histoire, en particulier celle des années trente, a beaucoup à nous apprendre. Ceci d’abord : tout seuil d’accoutumance appelle à une étape plus grave encore. C’est toujours par phases diluées que l’on anesthésie sa conscience. La terreur joue aussi son rôle dans ces phénomènes, mais elle n’explique pas tout.


Primo : Répétition ou pas, actuellement la communauté juive semble se replier craintivement sur elle-même.

G.B. : C’est une constante de la condition juive diasporique. Qu’on pense à la communauté juive de France durant l’affaire Dreyfus, ou à celle d’Irak au cours des années trente quand les relations avec la population arabe se dégradent fortement.

Ces communautés font profil bas. Il s’agit ne pas “faire d’histoires”. Il n’y a là aucune causalité “ethnique”, il n’existe aucun gène connu de la lâcheté. Simplement, toute oppression déforme le visage de l’opprimé. C’est pourquoi, le sionisme fut moins une reconquête territoriale qu’une reconquête de soi.

Ce fut, en profondeur, une idéologie de la décolonisation du sujet juif, animée d’une dimension libératoire au sens des écrits de Franz Fanon et d’Albert Memmi sur le colonialisme.


Primo. : La violence faite à l’autre se répand dans une population de plus en plus jeune.

G.B. : La violence décrite en 2002 dans Les Territoires perdus de la République fait figure de bluette à côté de celle vécue dans certains établissements scolaires aujourd’hui. De nombreux enseignants racontent bien pire que ce que nous avions rapporté en 2002. Des scènes de violence avec armes de poings sont désormais fréquentes.

Iannis Roder*, qui fut l’un des rédacteurs des TPR, fait aujourd’hui état d’incidents dont nul n’avait idée en rédigeant la première mouture de l’ouvrage. On en était alors au coup de poing, au tabassage ou au coup de couteau à la rigueur, pas à l’arme de poing.

En début d’année, en classe de 3ème, se présente comme tous les ans un policier en uniforme pour sensibiliser les élèves au rôle civique de la police. Un élève l’interroge courtoisement : « Pourquoi vous avez, vous, le droit de porter des armes et pas nous ? »

Ce propos est sans doute confondant de naïveté. Mais ce n’est pas l’essentiel. Il dit surtout une certaine désinstitutionalisation de la société. Cet effondrement du symbolique et de la Loi, donc des institutions qui les portent, est à la genèse de la violence.

Le juriste et psychanalyste Pierre Legendre dit de nos sociétés qu’elles sont post-nazies. Que la part du symbolique détruite par le nazisme n’a jamais pu être restaurée. C’est aussi d’ailleurs ce qui explique que nous soyons toujours dans l’ère du biologique roi.

Qui est qui ? Qui fait quoi ? Quand les repères de la filiation sont bouleversés, on est dans la folie et dans la violence. La Loi seule institutionnalise et humanise.


Primo : Une inversion des valeurs ?

G.B. : Dès l’âge de raison, même un enfant entend que la loi protège et que l’absence de limites (ici confondue à la liberté) opprime.

Il est inutile d’entonner l’antienne de la décadence. La littérature scolaire du XIX° siècle est truffée de méditations moroses sur ce thème. Aujourd’hui, l’usage du mot stigmatise contre vous, sans doute à raison parce qu’il est anti dialectique, pour ceux qui ont quelques connaissances historiques.

La question serait plutôt la suivante : pourquoi, structurellement, cette violence habite-elle une partie de la jeunesse des quartiers dits sensibles ? En clair, des quartiers délaissés créés par les classes dominantes de ce pays, lesquelles n’y résident évidemment pas.

En ce domaine, la responsabilité de la bourgeoisie française est écrasante. Marc Bloch l’avait déjà épinglée en écrivant en 1941 L’Etrange défaite.

C’est elle qui aujourd’hui, pour partie au moins, a laissé se développer cette bombe à retardement qu’est une immigration de peuplement non intégrée. C’est elle qui a cantonné ces immigrés, dont la venue a été favorisée par les lois dites de regroupement familial, dans des cités le plus souvent sans mixité ethnique et surtout sans mixité sociale.

C’est elle qui en fait payer le prix aux classes populaires de toutes origines, qu’elle stigmatise de surcroit parce qu’elles votent “mal” ou qu’elles ne votent plus. Sans faire de populisme, on ne peut pas ne pas s’interroger sur l’importance du logement social à Neuilly sur Seine, dans le VI° arrondissement de Paris et dans le XX° ou en Seine Saint-Denis et dans l’Essonne.

C’est aussi la question posée par le procès Fofana que de tenter de comprendre pourquoi il y a tant de Fofana en herbe dans ce pays. La condamnation de type inquisitorial qui entend faire taire, « Raciste ! », est un appel à rentrer dans le rang.

C’est un mécanisme d’intimidation propre à l’Inquisition et aux systèmes totalitaires. Toutes proportions gardées évidemment, c’est ce même mécanisme qui plombe le débat intellectuel en France.

Primo : vous avez à l’évidence réfléchi et vous continuez à le faire. Quelles seraient les pistes pour inverser la tendance ?

G.B. : A l’évidence, l’intégration n’a pas fonctionné pour une partie de l’immigration. Ce ratage a donné naissance à des jeunes qui, quoique nés en France, semblent parfois moins bien intégrés que leurs parents.

Lesquels étaient des immigrés qui avaient un pied en France et un pied ailleurs, mais qui demeuraient finalement bien campés sur leurs deux jambes parce qu’ils étaient enracinés dans leur identité d’origine.

Leurs enfants, nés en France, refusent parfois de s’identifier à leur pays, ils disent ne pas se reconnaître en lui. Les témoignages de terrain des enseignants confirment ce constat. Pourtant, en même temps, ces jeunes ne sont rien d’autre que français.


Primo : Rien d’autre que des Français ?

G.B. : Ils ne sont ni ivoiriens, ni algériens ou marocains même s’ils se revendiquent de cette identité originaire. Et pour partie, souvent, de plus en plus imaginaire.

Beaucoup ne savent plus grand chose de leur passé sinon sous une forme folklorisée. Ils ont tendance à se replier sur une identité crispée qui prendra la forme d’un retour à une religion dans son versant rigoriste.

La déstructuration génère la violence. On n’est plus ici sur le terrain de la décadence, mais sur celui de la faille identitaire. Voire d’une identité en défaut.

Dans l’histoire contemporaine, les périodes d’exacerbation de l’antisémitisme ont souvent correspondu à une faille identitaire, au niveau de l’individu comme à celui de la société. Ainsi l’Allemagne de 1920 – celle que Bergman a peint dans « L’œuf du serpent »- montre un pays en proie à une crise identitaire gravissime.

Hitler lui-même est le miroir de ces crises en cascade, comme le montre Ian Kershaw dans la biographie qu’il lui consacre. C’est sur cette errance individuelle et ce naufrage personnel que se greffe le naufrage d’une nation vaincue (mais sans le comprendre ni le vivre) en 1918, et qui doute d’elle-même. Ce malaise, un temps apaisé, est réactivé par la crise économique des années trente.


Primo : cela suffit-il à expliquer ?

G.B. : La société allemande est tiraillée par des forces contraires, travaillée par le sonderweg. La nation allemande a du mal à se définir. On pense, entre autres, à ses étranges frontières fluctuantes entre 1848 et 1945. La crise du nationalisme allemand trouve dans l’antisémitisme une réponse simple à son malaise.

Or, pour des raisons historiques connues, dans la société chrétienne surtout, arabo-musulmane à moindre égard, toute crise de ce type peut déboucher sur l’expression d’un antisémitisme virulent.

Quand l’intégration fait faillite et qu’ elle n’a plus de repères, la haine du Juif fonctionne comme un repère structurant. Le rejet du Juif redonne sens à un monde qui en est privé.


Josiane Sberro et Véronique Lippmann © Primo, 22 juin 2009

* Professeur agrégé d’histoire géographie en Seine St Denis, contributeur des TPR, et auteur récemment de Tableau Noir (éditions Denoël, 2008). Restituant de bouleversants dialogues avec les élèves, il nous invite à retrousser nos manches, à changer le monde, l’école et à offrir des perspectives citoyennes aux enfants.

La suite sur Primo
link

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz