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Publié par Dreuz Info le 30 juin 2009

Chers lecteurs,

La répression en Iran ne cesse de s´empirer et comme vous le savez , la peine de mort a été requise contre les manifestants au motif que leurs rebellions est une rebellion contre Allah.

Je ne comprends pas bien à quel jeu joue le monde libre qui ne bronchera sans doute pas plus que cela lorsque les menaces deviendront réalité.

C est comme un mauvais scénario qui est rejoué sur la scène mondiale et les reserves internationales ressemblent à d´autres reserves que nous ne pouvons oublier.

Comme si nous n´etions pas tous concernés par ce qui se passe là-bas, comme si notre vie devait se limiter à notre entourage immédiat!

Voici un témoignage que je vous propose ; Il permet, à mon sens , de nous faire vivre un peu du cauchemard des iraniens en lutte contre un régime nazi.

Rachel Franco

Mohsen, prisonnier des geôles d’Ahmadinejad

  Delphine Minoui pour le Figaro

TÉMOIGNAGE – Des milliers d’Iraniens ont été arrêtés depuis le début des manifestations. L’un d’eux *, libéré ce week-end, nous a raconté par téléphone ses terribles conditions de détention.

Il est de nature plutôt discrète, presque casanier. Son amertume contre le système, il a toujours préféré l’exprimer en «diagonale», en publiant des ouvrages proréformistes, plutôt qu’en criant des slogans antirégime. Dans l’espoir, dit-il, d’une démocratisation progressive du pays. Samedi 20 juin, un jour après la sévère mise en garde de Khamenei, c’est donc du balcon de sa maison d’édition, perchée au troisième étage d’un modeste immeuble qui domine l’avenue Enghelab, que Mohsen préféra soutenir discrètement du regard la foule des protestataires. Ce sera, contre toute attente, le geste de trop.


Quand, vers 19 h 30, la porte se met à valser, il réalise, trop tard, la force de la répression qui s’abat sur Téhéran. «Les policiers ont fait irruption dans nos bureaux sans crier gare. Ils portaient des uniformes noirs et étaient équipés de casques et de matraques. Ils ont commencé à nous frapper sur les jambes», dit-il, encore sous le choc.


«Vous filmiez les manifestations !», s’exclame l’un d’eux. Fidèle à sa retenue, Mohsen s’empresse de lui tendre, sans broncher, son téléphone portable. «Jugez-en par vous-même, je n’ai rien fait de mal», répond-il. Mais ses interlocuteurs ont un autre scénario en tête. «Suivez-nous au bureau de police ! Notre colonel est en possession d’un CD où l’on vous voit tous en train de prendre des photos. S’il s’agit d’une erreur, vous serez immédiatement libérés !», renchérit un des policiers. Mohsen ne verra jamais la couleur du CD, ni celle du colonel. Après quelques heures à suffoquer dans le sous-sol mal aéré du fameux poste de police, Mohsen est embarqué dans un autre QG des forces de l’ordre, non loin du palais présidentiel.

 

Plus de 4 500 arrestations en une seule journée

Le supplice commence. «Ils m’ont jeté dans une arrière-cour, avec 200 autres détenus», dit-il. Sous un soleil de plomb, il doit patienter pendant 36 heures. Sans nourriture. Sans matelas pour reposer ses jambes meurtries. Sans trace du fameux colonel. À sa place, c’est un juge qui finit par rompre le silence de la peur. Son arrivée est accueillie par un concert de complaintes : «Nous sommes innocents. Pourquoi sommes-nous ici ?», crient les détenus. Sa réponse est violente. «Si vous daignez lever à nouveau la voix, je vous tire dessus !», hurle-t-il, en pointant son revolver dans leur direction. «Comment un juge peut-il être en possession d’une arme ?», se demande alors Mohsen. C’est à cet instant même qu’il prend conscience du vrai visage de la nouvelle clique au pouvoir : des cow-boys sans foi ni loi, prêts à tout pour écraser la contestation.


Désemparés, Mohsen et ses camarades d’infortune finissent par signer, sous la contrainte, les formulaires qui leur sont tendus. Avec une seule question à l’appui : «Reconnaissez-vous avoir été impliqués dans les manifestations mettant en danger la sécurité nationale ?»


Mohsen est pro-Moussavi. Pourtant, il ne s’est jamais senti une véritable âme de dissident. Sous Khatami, c’est en toute transparence, et grâce à l’assouplissement de la censure, qu’il se mit à publier des ouvrages critiques à l’égard du système, comme ce livre défiant ouvertement le directeur du journal conservateur Keyhan. Mais, aujourd’hui, aux yeux des nouveaux gardiens du régime, l’éditeur réalise qu’il suffit de beaucoup moins pour être considéré comme un homme à abattre…


À l’extérieur, deux bus les attendent. Direction : la prison d’Evin, qui croule déjà sous le poids des nouveaux venus de ces deux dernières semaines. Combien sont-ils ? Mohsen apprendra, au détour d’une conversation avec un gardien, qu’au moins 4 500 personnes auraient été arrêtées le même jour que lui. «Des familles entières se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux. Dans ma cellule, j’ai croisé de nombreux pères et fils. Leurs épouses et leurs sœurs sont incarcérées dans la section féminine», raconte-t-il.

 

14 heures d’interrogatoire

Dans le salon 7, où il échoue, il n’y a pas suffisamment de place pour s’allonger. «Nous étions plusieurs centaines de personnes entassées comme des sardines dans une pièce de 40 mètres carrés. Pour dormir, il fallait organiser des roulements de quatre heures. Les uns restaient debout, tandis que les autres faisaient la sieste», dit-il. Autour de lui, le spectacle de la souffrance en grandeur réelle : «J’ai vu des détenus quitter la pièce à 7 heures du matin pour n’y revenir qu’après 14 heures d’interrogatoire, le corps plein d’hématomes. Il y en avait même qui pissaient du sang, à force d’avoir été frappé dans les reins…» Leurs «crimes» : avoir arboré un ruban vert – la couleur de Moussavi -, ou avoir simplement été surpris en possession d’un téléphone portable…


Mercredi, son tour arrive. Enfin. Les yeux bandés, on le présente à son bourreau. «Approuvez-vous le saccage des banques par les manifestants ?», lui demande-t-il. «Non, répond l’éditeur, mais je comprends parfaitement la frustration des jeunes Iraniens». Faute de véritable pièce à conviction contre lui, Mohsen est finalement libéré ce week-end. «J’ai eu beaucoup de chance», souffle-t-il, en référence aux milliers d’autres détenus anonymes qui croupissent, sans aucune protection, dans un des nombreux centres de détention du pays.

* Pour le protéger, nous l’avons baptisé «Mohsen»

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