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Publié par Dreuz Info le 19 juillet 2009

Par Michel Gurfinkiel, rédacteur spécialisé de drzz.info

Le Français Nicolas Sarkozy avait affiché des sentiments pro-israéliens presque excessifs jusqu’à son élection en 2007. Deux ans plus tard, il critique les opérations de Tsahal à Gaza et la « poursuite de la colonisation » israélienne.

L’Américain Barack Obama allait à Sdérot pendant l’été 2008, avant son élection, pour dénoncer les bombardements opérés par le Hamas, et affirmer le caractère « sacrosaint » de la sécurité israélienne. Moins d’un an plus tard, son administration demande à la fois le « gel » a priori des constructions dans les implantations israéliennes en Cisjordanie et une reprise immédiate des négociations avec un camp palestinien qui inclut le même Hamas.

En mars 2008, la chancelière fédérale allemande Angela Merkel affirmait devant la Knesseth, pendant un voyage officiel à Jérusalem, que son pays, en raison de la Shoah, assumait « une responsabilité particulière à propos de la sécurité d’Israël ». Interrogée sur les implantations et le statut de Jérusalem, elle répondait, à juste titre, que c’étaient des sujets « complexes », qui ne pouvaient se réduire à des formules manichéennes. Mais le 2 juillet dernier, elle exige soudain, devant le Bundestag, « un gel des constructions dans les colonies israéliennes en Cisjordanie ». Avant de préciser que ce point conditionne la poursuite d’un processus de paix et la mise en place d’une solution « urgente et nécessaire » fondée sur la coexistence de deux Etats en Palestine : ce qui fait retomber sur Israël la responsabilité principale, sinon exclusive, de l’échec ou du blocage des processus de paix israélo-palestiniens, des accords d’Oslo de 1993 ou de la « feuille de route » de 2002. 

Il est clair que les véritables opinions de Sarkozy, Obama et Merkel sont celles qu’ils professent aujourd’hui, et qu’ils n’avaient feint le pro-israélisme que pour des raisons tactiques. Sarkozy et Obama avaient besoin du vote juif (ou pro-juif) pour être élus. Merkel cherchait surtout, en se déclarant pro-israélienne, à s’aligner sur ce qui était, George W. Bush occupant la Maison Blanche,  la politique des Etats-Unis. Ces soucis étant dépassés, ils peuvent se comporter avec plus de naturel : c’est à dire se rallier à la vulgate pro-arabe qui domine dans les chancelleries, les milieux intellectuels et une large partie des milieux d’affaires.

Il y a bien sûr de l’indignité dans un tel revirement, même s’il n’est qu’un coming out.  Or l’indignité, Machiavel l’a souligné, est impolitique.

A court terme, Sarkozy, Obama et Merkel perdent toute influence sur Israël, sauf à engager contre lui une sorte de guerre ouverte – un des conseillers d’Obama parlé de « jeter Israël sous un autobus » – que leurs opinions publiques ne sont pas prêtes à accepter.

Le cas d’Obama est particulièrement instructif. Un président des Etats-Unis est lié par les déclarations et les engagements de ses prédécesseurs. Le prédécesseur immédiat du président actuel, George W. Bush  (le premier président des Etats-Unis qui ait pris position explicitement pour la mise en place de deux Etats en Palestine, l’un juif, l’autre arabe), a indiqué à Israël en 2002, par un instrument politique appelé « lettre du président des Etats-Unis »,  que Washington reconnaissait le bien-fondé, quarante ans après la guerre des Six Jours et en conformité avec la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies, d’une annexion des principaux « blocs de population israélienne » en Cisjordanie, soit 3 à 5 % du territoire contrôlé par la Jordanie avant le 4 juin1967 – et 90 % du total des implantations.

De deux choses l’une. Ou les déclarations d’un président engagent l’Amérique. Et dans ce cas l’administration Obama ne peut, compte tenu de l’héritage de l’administration Bush, contraindre Israël à démanteler les implantations ou bloquer leur développement naturel.

Ou elles ne l’engagent pas. Et dans ce cas l’intérêt national – l’intérêt vital – israélien est de résister aux pressions de Washington, de refuser tout démantèlement et d’en appeler à l’opinion publique américaine, y compris à l’électorat juif.

A plus long terme, les Occidentaux perdent toute influence dans le monde arabe et islamique. Celui-ci n’aime pas Israël. Mais il a un sens aigu des rapports de force et des transactions politiques. Quant il voit telles personnalités politiques, qui encensaient Israël hier, le trahir aujourd’hui, il en conclut qu’elle le trahiront aussi, le moment venu.

© Michel Gurfinkiel, 2009

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