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Publié par Dreuz Info le 24 juillet 2009

Pierre-André Taguieff est directeur de recherche au CNRS et consultant de drzz.info.

Un entretien avec lui est paru dans le Nouvel Obs aujourd’hui.


LE NOUVEL OBSERVATEUR, 24 JUILLET 2009
(LIEN)

Soyons clair : pour vous, les théories du complot ne reposent sur rien de réel ?
 
– Je fais une première distinction entre les complots réels, appelant des enquêtes journalistiques, policières ou historiques, et les complots fictifs, ceux qui sont dénoncés dans la littérature conspirationniste (les « théories du complot », si mal nommées, qui renvoient à des représentations et des croyances, des rumeurs, des récits). Ces récits fictionnels appartiennent à ce que j’ai appelé « l’imaginaire du complot », et apparaissent comme plus ou moins cohérents, vraisemblables, etc.

Une deuxième distinction me paraît nécessaire : entre les divers types de complots imaginés, ordonnés suivant le critère de leur éloignement plus ou moins grand de toute réalité empirique. D’où, d’un côté, l’identification de complots purement chimériques, dénués de toute base empirique, et, de l’autre, le repérage de complots élaborés selon un bricolage idéologique prenant appui sur des fragments de réalité sociale, interprétés dans un certain sens.

 

Templiers, francs-maçons, Juifs, et maintenant gouvernement mondial : vous décrivez dans « La Foire aux Illuminés » (1) comment l’identité des Illuminati a varié au cours des siècles. Est-ce à dire que les théories du complot sont révélatrices de l’esprit d’une époque et de notre perception du monde ?

 

– Les récits conspirationnistes sont organisés à partir de deux composantes. En premier lieu, une composante structurale : ils présentent une continuité dans leurs thèmes et leur argumentation. On connaît le schéma narratif du mégacomplot : une minorité puissante et occulte en train de réaliser son programme secret de domination du monde par tous les moyens.

En second lieu, une composante interprétative, tributaire du contexte : les récits complotistes s’adaptent au contexte politique, militaire, économique ou culturel. Cette accommodation à l’événement étant une condition de leur vraisemblance, donc de leur efficacité symbolique. L’esprit complotiste a ainsi parasité les débats autour de la « mondialisation », dénoncée comme un projet satanique visant à instaurer un État despotique universel.

 

En ce début du XXIe siècle, quelles sont les dernières évolutions des théories du complot ?

 

– J’observe d’abord une oscillation entre les deux pôles des visions complotistes classiques : d’une part, les complots des minorités actives et subversives en quête du pouvoir, et, d’autre part, ceux des élites dirigeantes pour conserver ou étendre leur pouvoir.

Depuis une vingtaine d’années, ce sont surtout les complots « d’en haut » qui sont dénoncés par les professionnels du conspirationnisme, genre mixte relevant à la fois du pamphlet, du journalisme d’investigation centré sur les « révélations » et d’une sociologie démystificatrice sauvage s’abreuvant de documents douteux ou de témoignages non recoupés (disons, du « sous-Bourdieu »).

Je constate ensuite qu’à côté des classiques mégacomplots du genre dogmatique procédant selon une démarche déductive (on commence par croire à l’existence des Illuminati, incarné par le Groupe de Bilderberg, et l’on en déduit qu’ils doivent comploter, donc on cherche des indices), sont apparus de nouveaux complots portant sur des événements récents (telles les attaques du 11 septembre 2001) : on commence par douter des faits et soupçonner la manipulation, on s’applique ensuite à démystifier, pour enfin désigner les coupables, les agents secrets de la mystification et les forces occultes à qui elle profite. Dans ce cas de figure, le complot est présenté successivement comme possible, vraisemblable, probable, quasiment sûr. Concernant le 11 Septembre, il s’agit bien sûr du grand « complot américano-sioniste »…

 

Les théories du complot se fondent aussi sur les découvertes militaires et médicales.

 

–  La première vague conspiratonniste d’après-guerre a été lancée par la « rumeur de Roswell » en 1947, concernant la prétendue découverte, par l’Armée de l’air américaine, d’un ovni accidenté contenant des extraterrestres morts ou blessés. Depuis s’est constitué un corpus impressionnant, très diversifié, de récits portant à la fois sur le « complot extraterrestre » et sur le « complot gouvernemental » à l’américaine (où la CIA, censée avoir passé un accord secret avec les « Reptiliens » venus d’ailleurs, joue le rôle principal).

Cette littérature ufologique du genre complotiste est parfois indiscernable de la science-fiction ou du fantastique.

La seconde vague est apparue au milieu des années 1980 sur le thème des origines et de la transmission du virus du sida, avec les accusations lancées contre le « lobby pharmaceutique » ou le « lobby militaro-industriel » d’avoir programmé et orchestré la pandémie (toujours avec la complicité des services secrets, comme le CIA). Les objectifs prêtés aux conspirateurs varient : réduire la population mondiale, exterminer les gays ou les Noirs, etc. La mythologisation complotiste s’est portée ensuite sur le virus ebola, puis, tout récemment, sur l’épidémie mondiale de grippe A, dite aussi « grippe porcine ». Au printemps 2009, certains milieux islamistes (le Hamas, les Frères musulmans égyptiens) ont accusé « les sionistes » de diffuser le virus, dernier complot criminel en date s’inscrivant dans la longue série des guerres lancées contre Allah par les Juifs.

 

Internet a-t-il popularisé les théories du complot et comment ? Est-ce que cela a seulement favorisé leur diffusion ou bien est-ce qu’elles ont aussi été transformées, réinventées ?

 

–  Difficile et intéressante question appelant une remarque préalable. L’accélération considérable de la diffusion des croyances conspirationnistes par Internet est un fait observable, mais il reste à analyser une dimension nouvelle, liée au statut même de l’outil Internet, en tant que canal supposé du contre-journalisme, de la contre-information, de la contre-expertise, bref, d’une nouvelle contre-culture globalisée. Les internautes, « addictés » ou non, utilisent l’outil comme un mode de dévoilement et une source de révélations. Internet fonctionne comme l’organe d’une contre-expertise égalitaire, ouverte à tous mais sans critères permettant de hiérarchiser les informations et les décryptages : chacun peut faire librement son marché parmi les milliers de sites conspirationnistes. En mêlant le vrai et le faux, le possible et le réel, le vraisemblable et le certain, Internet contribue puissamment à la légitimation et à la banalisation culturelles des croyances complotistes.  

 

Aujourd’hui, qui croit aux Illuminati ? L’extrême droite ? La gauche altermondialiste ? Le geek qui passe sa journée devant son PC ?

 

– Il faut distinguer les Illuminati de type satanique, fantasmés par exemple comme des figures de l’Antéchrist, des Illuminati de proximité. Les premiers fascinent les extrémistes de toutes obédiences, en quête d’un ennemi unique, absolu, invisible et surpuissant, supposé traverser les époques historiques en sachant se travestir. Les seconds sont représentés comme des « tireurs de ficelles » et autres manipulateurs des événements visibles. On retrouve ici les rumeurs complotistes ordinaires, structurées par des croyances très répandues : « On nous ment », « On nous mène en bateau », etc. Ce qui est ici postulé, c’est que les « lobbies » mènent le monde.

 

Les médias ont-ils une responsabilité dans la popularité des théories du complot ?

 

–  Ceux qui croient au grand mensonge organisé imaginent les journalistes comme les complices professionnels des puissances occultes, et, partant, en viennent à surestimer le pouvoir d’influence des médias. La rumeur anti-journalistique est massivement diffusée sur Internet : la presse « officielle » cache ou déforme les faits, voire les invente ; elle est à la fois manipulatrice de l’opinion et manipulée elle-même, en tant qu’instrument plus ou moins conscient de la désinformation orchestrée « dans les coulisses ». Les médias, objet d’un mythe répulsif, ont donc une fonction en tout récit de complot. Le problème, c’est qu’une telle représentation diabolisante n’est pas totalement dénuée de bases empiriques, et la crise profonde de la presse ne cesse d’offrir de nouveaux arguments aux dénonciateurs du « complot médiatique ».

 

Finalement, les théories du complot n’ont-elles pas au moins un mérite : celui de maintenir une certaine méfiance face à des dangers qui, s’ils ne sont pas réels, pourraient se présenter un jour ?

 

– Lorsque les visions complotistes ne relèvent pas d’un catéchisme récité passivement, elles peuvent aiguiser l’esprit de défiance, nourrir le soupçon vis-à-vis des évidences en cours, voire exercer l’esprit critique. Mais lorsqu’elles sont portées par le doute, c’est toujours avec excès, sans prudence, comme dans l’hyper-critique historique, qui a donné lieu au négationnisme. Le démon du soupçon étant insatiable, il finit par dévorer le réel, non sans se détruire lui-même. L’autodestruction du doute, c’est l’antichambre du dogme. Il est bon de douter, à condition d’être capable de douter aussi de ses doutes.

 

Interview de Pierre-André Taguieff par Baptiste Legrand

(Nouvelobs.com)
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