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Publié par Dreuz Info le 5 août 2009
Le quotidien iranien Kayhan : les Etats-Unis ont besoin de l’Iran et ne sont que secondairement préoccupés par sa nucléarisation

Un éditorial du quotidien iranien conservateur Kayhan paru le 27 juillet 2009 estime que les Etats-Unis n’ont qu’une seule et unique stratégie face à l’Iran, œuvrer pour le dialogue.


En effet, Téhéran voit dans les déclarations de Clinton du 22 juillet en Thaïlande (selon lesquelles les Etats-Unis offriraient à leurs alliés dans la région un « parapluie défensif » contre un Iran nucléaire, et affirmant que les Etats-Unis ont un plan pour empêcher l’Iran de contrôler le Moyen-Orient si l’Iran obtient l’arme nucléaire) la preuve que les Etats-Unis commencent à se faire à l’idée d’un Iran nucléaire.


Un éditorial de Kayhan explique que les intérêts américains dans la région, notamment au Pakistan et en Afghanistan, comptent plus pour les Etats-Unis que la menace d’un Iran nucléaire. Ainsi, selon le quotidien, les Américains envoient un message désespéré au monde, suppliant l’Iran d’accepter le dialogue. Téhéran comprend que Washington n’est pas excessivement inquiet face à la perspective d’un Iran nucléaire. En outre, Téhéran a conscience que des sanctions accrues contre l’Iran ou même une attaque contre le pays sont impossibles, et que les menaces ne sont qu’une manoeuvre américaine pour amener l’Iran à la table des négociations.


L’éditorial tourne les Américains, « dont toute la vie n’est que bêtise », en dérision, et les félicite d’avoir finalement compris que les décisions en Iran sont prises par le Guide suprême Ali Khamenei, précisant qu’ils ne devraient pas placer leurs espoirs dans un changement d’orientation du gouvernement iranien. Ci-dessous les grands points de l’éditorial de Kayhan : (1)


Les Etats-Unis n’ont pas de stratégie, juste besoin de dialogue avec l’Iran

« Les Américains affirment maintenant que, suite aux événements intervenus après les élections iraniennes, ils revoient leur stratégie vis-à-vis de l’Iran (…) Il semblerait donc qu’auparavant, les Américains, en tant que représentants de tous les adversaires de l’Iran, avaient une stratégie clairement définie face à l’Iran, et qu’ils voudraient désormais en changer. Mais tout montre qu’ils n’ont jamais rien eu de tel.


Ces derniers mois, les Américains se sont employés à parvenir à une perspective unifiée incluant toutes les options contre l’Iran. Toutefois, il est devenu peu à peu clair que la seule chose à laquelle ils pouvaient aspirer face à l’Iran est une déclaration affirmant qu’ ‘il est nécessaire de dialoguer avec l’Iran’ et qu’ aucune stratégie d’ensemble ne pouvait être élaborée en l’absence de dialogue. Dans leurs pourparlers avec les Russes, les Chinois, les Européens, les Arabes et les sionistes, ils ont admis qu’il fallait accorder suffisamment de temps aux pourparlers avec l’Iran – mais il n’y a pas de consensus quant au problème clé qui est : que faire si les pourparlers échouent ?


Les déclarations d’Hillary Clinton il y a quelques jours montrent bien que ce problème a aussi été évoqué parmi les hauts responsables américains. Les Israéliens ont depuis longtemps accepté l’idée du dialogue avec l’Iran, et leurs efforts soutenus dans leurs pourparlers avec de hauts responsables américains ces derniers mois ont pour but d’amener les Américains à accepter le recours à des ‘sanctions paralysantes’ – et ensuite, si les négociations échouent, à envisager l’option militaire (…) »

« Les ‘besoins stratégiques’ des Etats-Unis sont devenus si impératifs qu’ils ne veulent pas perdre la possibilité du dialogue – même au prix d’un Iran nucléaire »

« En même temps, les déclarations de Clinton révèlent une réalité différente, une réalité que les sionistes redoutent depuis un certain temps et ont largement évoquée, même si ce n’est pas de façon explicite. Dans son discours de la semaine dernière, Clinton a accepté la possibilité d’un Iran nucléaire, essayant de montrer que le danger d’un Iran nucléaire a été exagéré et que la classique doctrine dissuasive (de la destruction mutuelle) serait utilisée contre l’Iran exactement comme elle peut l’être contre toute autre puissance nucléaire.


Elle a résumé la situation en déclarant que si l’Iran devenait nucléaire, l’Amérique étendrait son parapluie nucléaire à toute la région [du Moyen-Orient]. Les Israéliens ont très vite mis le doigt sur ce point, affirmant que cela signifiait que les Etats-Unis acceptaient un Iran nucléaire et qu’ils leur promettaient de les protéger des éventuels dangers pouvant provenir du phénomène [d’une nucléarisation de l’Iran].


Les mots de la Secrétaire d’Etat américaine doivent être compris à un niveau plus profond, et non comme une simple preuve de l’acceptation par l’Amérique d’un Iran nucléaire. Actuellement, Téhéran a le sentiment que les Etats-Unis envoient au monde un message selon lequel leur ‘besoin stratégique’ de l’Iran est si fort qu’ils ne veulent pas perdre la possibilité du dialogue – même au prix d’un Iran nucléaire.


Les besoins stratégiques des Américains dans la région sont devenus si aigus qu’en comparaison, la perspective de l’émergence d’un Iran nucléaire semble moins importante. »

« Les prétendues mesures punitives contre l’Iran ne sont qu’une manipulation destinée à traîner le pays à la table des négociations »

« Les officiers américains du renseignement ont répété ces dernières années que les ‘dangers concrets posés à la sécurité nationale [des Etats-Unis]’ se trouvent ailleurs, comme au Pakistan et en Afghanistan, et qu’au lieu de dépenser leur énergie dans un conflit inutile contre l’Iran, ils préféraient obtenir sa coopération pour lutter contre d’autres problèmes aigus.


Les récentes manipulations des sionistes et du Congrès américain – au sujet d’une attaque militaire [contre l’Iran] et des sanctions économiques, n’ont rien à voir avec la décision stratégique américaine de punir l’Iran en cas d’échec des pourparlers. Les hauts responsables américains ne soulignent [même] pas le problème [du châtiment de l’Iran en cas d’échec des pourparlers] et leur supplications se limitent à demander au G-8 d’accorder à l’Iran une période de plusieurs mois (jusqu’en septembre) afin ‘d’entamer le dialogue’. En d’autres termes, les Américains ne pensent même pas à la phase d’après les pourparlers, leur principale préoccupation étant que l’Iran pourrait ne pas consentir au dialogue.


Même les prétendues mesures punitives sont une manipulation pour entraîner l’Iran à la table des négociations, le but n’étant pas de punir le pays après l’échec des pourparlers – parce qu’ils savent que ce serait à la fois impossible et inefficace. »

« Les Américains supplient l’Iran de dialoguer, dans un langage très peu respectueux, comme des cow-boys démunis de culture (…) les pleurs désespérés, les cris et les hurlements ne sont pas considérés comme des signes de puissance »

« La situation actuelle est que les Américains supplient l’Iran de dialoguer, dans un langage très peu respectueux, comme des cow-boys démunis de culture. En raison de leur nature arrogante, ils n’ont pas encore appris que demander de dialoguer avec quelqu’un dont vous avez besoin nécessite une certaine politesse, et que les pleurs désespérés, les cris et les hurlements ne sont pas considérés comme des signes de puissance. Nous revenons donc au point de départ, c’est-à-dire à la réévaluation par les Etats-Unis de leur stratégie de dialogue suite aux élections iraniennes.


Jusqu’ici, nous avons dit que les Etats-Unis n’ont, dans les faits, aucune stratégie, que tout ce qu’ils ont, c’est une aspiration au dialogue. Après les élections [présidentielles iraniennes], les Américains ont été tentés de penser que ‘quelque chose’ avait changé en Iran, qu’ils devaient choisir un chemin différent. Mais ils se sont rendus compte peu après qu’en termes de [stratégie iranienne anti-américaine], le gouvernement iranien appliquait les décisions du leader [suprême iranien Ali Khamenei] (…) et que (les Etats-Unis) ne devaient donc pas placer leurs espoirs dans un revirement de la politique iranienne. Cet éclair de perspicacité de la part des Américains, dont toute la vie n’est que stupidité, compte pour quelque chose. »


(1) Kayhan, Iran, le 27 juillet 2009

http://www.memri.org/bin/french/latestnews.cgi?ID=SD246709
 

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