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Publié par Dreuz Info le 8 août 2009

Il parait, comme nous avons constatés dans un article précèdent, que le procès de la journaliste soudanaise Lubna Ahmed Hussein a  suscité et suscite encore colère et inquiétude chez de nombreux Tunisiens.

 

Féministes, Défenseurs des Droits de l’Homme, journalistes et  intellectuels  ont fait part de leur inquiétude après la condamnation de Hussein, qui risque quarante coups de fouets si elle est reconnue coupable d’avoir porté des pantalons et d’avoir ainsi « offensé la décence publique” aux termes du Code pénal soudanais. Elle avait été arrêtée le 3 juillet  dernier dans un restaurant de Khartoum en compagnie de dix-huit autres femmes après que la police fut arrivée et eut vérifié la manière dont elles étaient habillées (1).

 

Cette affaire s’est transformée en une affaire d’opinion publique en Tunisie et  continue d’attirer plus de sympathisants, hommes et femmes, et surtouts des  « militantes des droits des femmes ».

 

Salah Zghidi, membre fondateur de l’Association pour la défense de la laïcité en Tunisie, a condamné vivement  cette  condamnation qui soit uniquement due au fait du port du pantalon La journaliste tunisienne,  Douaja Eweidni, s’est aussi  indignée de cette condamnation, qui n’est pas  uniquement due au fait du port du pantalon, lors d’un entretien avec un Grand médias arabe.

 

 

Alors, il y a beaucoup de Tunisiens qui s’inquiètent du sort de la journaliste Soudanaise Lubna? Moi aussi. Les 40 coups de fouet sont un châtiment barbare. N’étant pas sadique, ce n’est pas ce qui m’a fait rire. Je m’explique. J’ai d’abord calculé la distance entre Tunis et Khartoum: 4220 kilomètres. Puis j’ai essayé de m’expliquer cette apparition soudaine des « humanistes  Tunisiens » inquiets par ce qui se passe à 4220 kilomètres de chez eux. Où étaient-ils récemment lorsqu’une journaliste palestinienne, Asma’Al-Ghoul, âgée de 27 ans, connue pour ses écrits prolaïcité et son dédain farouche du hijab, a été arrêtée et  torturé par la police du Hamas ?

 

 

A la fin juin 2009, alors qu’elle sortait d’une baignade avec des amis, vêtue d’un jean et d’un tee-shirt comme le veut la norme en saison estivale, des hommes en uniforme noir l’ont accostée, lui reprochant de s’esclaffer en public. Circonstance aggravante à leurs yeux, la jeune femme, qui est divorcée, n’était accompagnée d’aucun chaperon. Les militants zélés du Hamas l’ont arrêtée avant de lui confisquer son passeport.

 

On l’a enfermée avec des voleurs, des  handicapés et des assassins. Pourquoi? Parce que la police du Hamas veut appliquer la charia ?

 

 

Mme Al-Ghoul raconte que l’homme qui l’accompagnait et deux amis de celui-ci ont plus tard été frappés par la police du Hamas, gardés en détention pendant plusieurs heures et se sont vu demander de signer des déclarations en vertu desquelles ils s’engageaient à ne plus « violer les normes de la morale publique ».Son histoire a été rendue publique grâce à des groupes de défense des droits civiques qui l’ont évoquée sur des sites Web

 

Ou sont t-ils les défenseurs des droits des femmes Tunisiens, qui s’inquiètent uniquement du sort de la journaliste soudanaise ?  Pourquoi n’ont t-il pas dit un seul mot  pour le cauchemar qu’a vécue la journaliste, Asma al-Ghoul, des les geôles du Hamas ?

 

 

Une information qui n’était pas du goût des quelques  humanistes (ou plutôt  féministes) tunisiens ; car  Asma al-Ghoul représente une exception à Gaza  et  elle ne porte pas le foulard islamique,  imposé par le mouvement fondamentaliste palestinien.

 

Mme Ghul a déclaré à une ONG de défense des droits de l’Homme dans la bande de Gaza. “Ils ont aussi voulu connaître l’identité des personnes qui étaient avec moi à la plage et savoir si elles sont de ma famille.” Dans un entretien téléphonique avec le site du journal saoudien basé à Dubaï, Al-Arabiya, la journaliste a dit que les policiers qui l’ont arrêtée appartiennent aux “forces de sécurité pour la propagation de la vertu et la prévention du vice” du gouvernement du Hamas. Cette unité du Hamas comprend des dizaines de policiers en civil qui patrouillent les plages, les jardins publics, les restaurants, les salons de coiffure et les cafés pour vérifier que les hommes et les femmes ne se mélangent pas  et que les femmes sont vêtues “modestement”.Ghul dit que beaucoup de femmes palestiniennes ont remarqué la présence des agents de police sur les plages et dans d’autres lieux

 

 

Je reviens à ma questions: Où se trouvaient alors ces Tunisiens indignés? Où étaient-ils lorsque une militante du Fath, la femme d’un dissident politique palestinien (2), a été complètement déshabillée et accrochée toute nue 24 heures au plafond d’un commissariat de police  à Gaza pendant qu’on lui fouettait les seins et les parties génitales? Où étaient-ils il y a quelques mois lorsqu’un dissident politique a été jeté dans la cellule de quatre criminels qui l’ont violé collectivement? J’ai encore une très longue liste  pour la  campagne de persécution perpétré par le Hamas dans la bande de Gaza contre les femmes…et les hommes.

 

Les Tunisiens inquiets (tout d’un coup) du seul sort d’une journaliste soudanaise ne seraient-ils pas des agents de la propagande islamiste qui essaient de tromper l’opinion publique ? Pourquoi n’osent t-ils pas critiqué le Hamas pour son attitude humiliante  contre la journalise palestinienne Asma’Al-Ghoul ?  Les laïques  tunisiens ont  t-ils une affection particulière pour la théocratie religieuse, sauvage et  intégristes du Hamas ?



Offense de «  la décence publique » au Khartoum, à l’encontre Lubna Hussein et  « violation des  normes de la morale publique » à Gaza à l’encontre de la journaliste Asma’Al-Ghoul : pourtant les deux  femmes journalistes  n’ont pas droit au même traitement  de la part des défenseurs  tunisiens de la cause féministe.

Au Khartoum il est interdit de porter pantalon au risque de se faire exposer à des coups de fouets. Et on entend, en conséquence, assez du bruit sur l’affaire de Lubna. A Gaza  le jean et le  tee-shirt  sont aussi interdits. Par contre  le cas de Asma’Al-Ghoul à Gaza  n’émeuve  point les «  faussaires des droits de l’homme en Tunisie » ; c’est un  black-out total.



A Gaza pourtant, la situation des droits des femmes est plus grave sous le coup de l’islamisation accélérée de la société prônée par le califat islamique de Gaza .Sur les plages de Gaza, les femmes ont désormais intérêt à ne pas rire trop fort, sous peine d’une réprimande de la police du Hamas. Elles ne peuvent n’on plus s’habillée d’un jean et d’un T-shirt -une tenue considérée comme assez provocante !



L’islamisation de Gaza, avec les conséquences  qu’elle porte sur les droits des femmes palestiniennes, passe sous silence pour nos «  militants des Droits de l’Homme ». Seule le cas d’une femme au Soudan les intéressent (quoique le combat de Lubna Hussein mérite tout le soutien). Mais il faut se rappeler ici que son cas n’est pas nouveau,  car l’islamisme  ayant conquis le Soudan depuis deux décennies avec l’arrivé Omar Al-Bashir au pouvoir en 1989.

 

 

L’indigénisation contre l’islamisation du Soudan est donc très en retard pour nos «  humanistes en hibernation prolongée ». A Gaza par contre,  l’islamisation de la société  est   très récente. Elle commencée en décembre 2008 avec un projet de loi présenté par le gouvernement du Hamas d’Ismaïl Haniyeh, préconisant d’imposer les sanctions prévues par la charia. Pendant que la guerre fait rage entre Israël et le groupe terroriste, une assemblée du Hamas a décrété un durcissement de l’application de la charia, la loi islamique, dans la bande de Gaza.

 

 

En plus, le combat de la journaliste soudanaise est similaire à celui de sa confrère à Gaza, victime de la torture dans les geôles du Hamas .Comment alors comprendre que seule la soudanaise  a eu le soutien du Réseau arabe de l’Information sur les Droits de l’Homme, qui a émis un communiqué condamnant l’arrestation de Lubna Hussein et du châtiment attendu ?

 

Pourquoi  la journaliste indépendante,  Asma’Al-Ghoul, qui fait face seule au Hamas,  n’a pas eu le même traitement ni par les ONG arabes, ni leurs médias, ni par ces pseudos   « militantes des droits des femmes » ?

 

Asma’Al-Ghoul, la journaliste palestinienne , est connue aussi  pour ses écrits prolaïcité qui passent  naturellement mal à Gaza et qui critique  ouvertement la dérive totalitaire du mouvement . Tout juste comme sa confrère Lubna  au  Khartoum, qui a récemment approuvée le procès du Président soudanais devant le Tribunal pénal international ! Les deux  femmes journalistes sont donc objets de vengeance contre leurs articles fustigeant les gouvernements islamiques respectivement du  Khartoum  et de Gaza.

 

Ce qui est flagrant ici est la différence de traitement des « défenseurs des Droits de l’Homme » qui s’inquiètent uniquement du sort de la journaliste soudanaise. Un terrible constat que celui du silence et de l’indifférence devant la  situation  de Asma’Al-Ghoul (3).

 

L’indifférence vire parfois à la complaisance, par exemple face à un Hamas  qui cherche à appliquer  son programme fondamentaliste, anti-féministe et liberticide. C’est la Charria la plus stricte, dans toute son horreur, c’est le renforcement de l’oppression contre les femmes et au-delà la réaction pour toute la société palestinienne.

 

 

Ces « talibans » palestiniens peuvent donc chassé tranquillement les femmes sur les plages de Gaza pour qu’elles soient « correctement habillés ». Il peuvent battre, arrêtés et contraindre les femmes (comme la journaliste Asma’Al-Ghoul) et nulle « grande conscience » ne s’est indignée  devant ces pratiques à Gaza. Aucune organisation  arabe ne s’est manifestée auprès du Hamas.  De même aucune ONG  de gauche  européenne  n’a appelée, à descendre dans la rue pour protester. Mais il est probable que leur bonne conscience les protégera contre le moindre souffle de culpabilité, en continuant de les aveugler face aux horreurs du réel.

 

Ceux, particulièrement dans le Monde arabe, qui gardent le mutisme hypocrite devant le Hamas, doivent savoir que la pression exercée par les islamistes radicaux sur les gens  à Gaza empêche la formation d’une société civile sécularisée et limite les chances de voir un État palestinien démocratique et respectueux  des droits des femmes dans le futur.

 

 

Aujourd’hui j’ai  particulièrement honte de nos  «  féministes sélectifs »  en Tunisie, qui ont gardé un mutisme lâche et hypocrite devant le Hamas. Point de campagnes de presse portées par l’indignation, ni de manifestations de protestation pour la journaliste anti-islamiste à Gaza, Asma’Al-Ghoul. Comme si la peur de paraître «pro-isralien » paralysait la faculté de percevoir l’intolérable. Seules certaines catégories de victimes paraissent mériter que la presse s’émeuve de leur sort, et que le monde de la militance « féministe » s’intéresse d’eux.

 

 

Parmi ces victimes symboliquement privilégiées monopolisant la compassion militante, victimes titulaires qui ne peuvent être ni juives, ni chrétiennes, la palme revient aux Palestiniens musulmans, voire islamistes, perçus comme des « combattants » ou des « résistants ». Quoi qu’ils fassent (égorgements, attentats-suicides, tortures des femmes, ports obligatoires du voile islamique), ces derniers semblent monopoliser la faculté d’indignation ou les dispositions à la compassion.

 

 

Nos « féministes  »  doivent surtout savoir que leur comportement sélectif envers l’oppression des femmes encourage le glissement vers un fondamentalisme intolérant mâtiné de jihadisme, qui engouffra  les droits humains universels des femmes. S’ils sont vraiment  pour la cause des femmes ;  ils doivent le faire savoir  partout dans le monde. Ils doivent se débarrasser de ce mélange de peur et de compassion sélective qui s’exprime dans les attitudes ambivalentes  à l’égard des femmes.

 

 

Ftouh Souhail, Tunis

 

 

 (1) Le tribunal islamique soudanais a décidé le  4 août dernier, d’ajourner le procès au 7 septembre prochain.

 

(2) Il s’agit en l’occurrence de l’épouse d’ Abed al-Gharabli, un officier de sécurité du Fatah – qui a passé 12 ans dans les prisons israéliennes -, il aurait été kidnappé par un groupe du Hamas qui a tiré sur ses deux jambes après l’avoir torturé, devant  sa famille.


(3) Les ‘’faussaires des droits de l’Homme en Tunisie’’  restent  indifférents et silencieux face aux massacres commis par les milices islamiques au Darfour (situé à l’ouest du Soudan) depuis février 2003, prenant la suite des massacres perpétrés dans le sud du Soudan, où les victimes étaient principalement chrétiennes et animistes. Des massacreurs « arabes »/musulmans et des victimes « noires »/chrétiennes : voilà qui ne fais pas bouger nos humanistes sélectifs.

Voir sur sujet : Jacques Julliard, « Les faussaires des droits de l’homme », Le Nouvel Observateur, n° 2321, 30 avril-6 mai 2009, p. 46.

 

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