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Publié par Dreuz Info le 26 octobre 2009

Marek Edelman s’est éteint hier, probablement à l’âge de 88 ou 90 ans. Il a eu une longue vie au cours de laquelle il fût à la fois un des dirigeants de l’insurrection du ghetto de Varsovie en 1943 et un délégué du syndicat Solidarnosc dans les années 80.
Cette longue vie qui l’a vu combattre deux régimes totalitaires, mérite une longue mémoire. Il y a un texte de la Torah qui s’intitule justement « Zakhor! » Une sorte de commandement qui signifie « Souviens-toi! »
Afin de respecter cette injonction et de se souvenir de Marek Edelman, il est nécessaire d’aller au-delà des notices nécrologiques,  souvent juste mais trop courtes, parfois insidieuses qui sont parues dans la presse, notamment « Libération » et « Le Monde« .
Ayant eu le privilège de rencontrer Marek Edelman à Lodz en Pologne  en 1996, où à 77 ans il exerçait encore sa profession de médecin,  je voudrais essayer de donner quelques informations, peut-être moins connues.
Je travaillais à l’époque à l’écriture d’un ouvrage sur CD-ROM, « Histoires du Ghetto de Varsovie », qui   retrace l’histoire du ghetto de Varsovie, non à la façon d’un livre ou d’une encyclopédie, mais en suivant les destins croisés de plusieurs personnages dont Marek Edelman.
Né en 1919 ou 1921 dans un milieu modeste, à Homl  aujourd’hui en  Biélorussie, sa famille s’établit vite  à Varsovie. Il devient orphelin en 1935 et est obligé de travailler, il a déjà rejoint le Tsukumft, l’organisation de jeunesse du Bund.
Le Bund, la Ligue en Yiddish et en Allemand, est le légendaire Parti Socialiste Juif, sont des sections existaient dans de nombreux pays d’Europe de l’Est et particulièrement en Pologne et en Russie.
Le Bund cherchait à la situation difficile des populations Juives, une solution par le socialisme et leur intégration dans le mouvement ouvrier. Le Bund était à la fois opposé au communisme, après une vaine tentative de rapprochement et aux mouvements sionistes, car il ne croyait pas en la possibilité de créer un Etat Juif en Palestine, ni que l’établissement de celui-ci serait une solution pour les Juifs.
Mais de là à écrire, comme le fait Libération de façon lapidaire, que l’idéologie du Bund est celle d’un parti ouvrier antisioniste, il y a une forme d’escroquerie.
L’idéologie du Bund n’était pas déterminé par un combat contre le sionisme. Le Bund était opposé à celui-ci, mais l’axe de son combat était dirigé contre l’oppression des Juifs, en Russie, sous le tsar puis la dictature soviétique, et en Pologne contre les différents régimes autoritaires, souvent antisémites qui se succèdent alors.
Libération serait plus exact en reconnaissant que l’idéologie socialiste du Bund, sa foi dans le mouvement ouvrier, ses certitudes que le sauvetage des Juifs serait assuré par l’internationale socialiste, se sont effondrées face à la barbarie nazie.
Jeune militant du Bund, Marek Edelman a 18 ou 20 ans, lorsque l’Allemagne envahit la Pologne et occupe Varsovie.
Une scène de 1939 rue Zelaszna, dans le quartier Juif, qui n’est pas encore le Ghetto, va marquer profondément Marek Edelman,
Deux officiers Allemands ont fait monter un Juif âgé sur un tonneau, et lui coupent progressivement la barbe avec un grand ciseau de tailleur. Un attroupement s’est formé, les gens rient de la scène. Marek Edelman raconte,
« C’est là que j’ai compris que le plus important, c’est de ne pas se laisser poser sur un tonneau – Tu comprends? Tout ce que j’ai fait par la suite, c’est pour ne pas me laisser faire! »
Au début 1940, les Allemands encouragent des voyous Polonais à agresser les Juifs dans les rues de la ville. La milice du Bund intervient et parviendra certaines fois à mettre en fuite les voyous Polonais, où à contraindre les soldats Allemands à intervenir en faisant mine d’interpeller les voyous en difficulté.
Par ces actions, auxquelles Marek Edelman eut l’occasion de participer, le Bund perpétuait sa tradition d’auto-défense, mise en pratique depuis des décennies.
Lorsque le Ghetto est imposé, Marek Edelman a trouvé un travail à l’hôpital Berson et Bauman. iI est chargé d’apporter aux autorités Allemandes le rapport quotidien dressé par la directrice de l’hôpital sur la situation sanitaire.
Pour cela, il a un laissez-passer et sort tous les jours du ghetto.
Les conditions très difficiles de la vie dans le Ghetto, où se nourrir est une préoccupation quotidienne, où la promiscuité  de 500 000 personnes entassées sur une superficie  équivalente tout juste à  un  quartier du centre de Paris, favorisent la diffusion du typhus, porté par les poux.
Infirmier à l’hôpital, pouvant se déplacer, Edelman joue un rôle croissant dans l’organisation du Bund, dont il n’est pas encore un des dirigeants.
La situation du Ghetto va basculer en Juillet 1942, lorsque les nazis entreprennent la grande « Aktion », la déportation de 400 000 Juifs vers les chambres à gaz de Treblinka.
Ni la destination réelle, ni le funeste destin qui attendaient les déportés n’étaient connus! Lorsque quelques jours plus tard, la réalité émerge par le biais d’un homme qui s’est échappé d’un convoi, c’est l’incrédulité qui est de mise dans la population.

Les avertissements des organisations militantes, le Bund, le Poale Tzion, le Dror, l’Hachomer Hatzaïr, ces dernières étant des organisations sionistes et socialistes, ne sont pas entendus parce que les Allemands prétendent réinstaller les Juifs à l’Est dans des camps de travail et que du fond de leurs âmes, les Juifs  se raccrochent à cet espoir et ne veulent pas croire à l’incroyable.

Les Nazis utilisèrent une ruse diabolique pour faire sortir docilement les habitants de leurs maisons et les convoyer vers l’Umschlagplatz, la place des transferts où se trouvaient les trains (ci-dessus).
Ils promirent et de fait donnaient à chaque volontaire 3 kilos de pain et un kilo de confiture, trompant ainsi la population, avec deux alliées terribles.
La propagande qui insidieusement questionne. Pourquoi les Allemands donneraient du pain et de la confiture à des gens qu’ils veulent tuer?
La faim, une alliée plus pernicieuse encore.
On sait que les Juifs mangeaient un peu sur l’Umschlagplatz et gardaient le reste de provisions pour plus tard. Les nazis recyclaient les surplus de pain et de confiture. La bureaucratie barbare qui faisaient circuler des trains de la mort à travers toute l’Europe, ne rechignait pas devant les petites économies.
Avant la grande « Action », il n’existait pas d’organisation de résistance unifiée. Non, que chaque groupe politique, du Betar à droite aux communistes en passant par les Sionistes et le Bund, n’aient des embryons de groupes armés.
Des tentatives de créer une organisation unifiée eurent même lieu. L’initiative en revient au Parti Communiste au printemps 42.
Un Juif Polonais,  Pinkus Kartin, (ci-contre) officier de l’armée Rouge, ancien de la guerre d’Espagne est parachuté aux environs de Varsovie pour organiser la résistance Polonaise communiste. Mais son physique juif le met en danger dans la zone aryenne et le parti décide de l’envoyer dans le ghetto, où existent quelques cellules communistes.
Pinkus Kartin s’efforce d’y organiser un Bloc Antifascsite. Les communistes y sont rejoints par le Poale Sion de gauche et les mouvements de jeunesse Juifs sionistes, Dror (Liberté) et Hachomer Hatzaïr.

Parmi les militants du Dror, il y a Zivia Lubetskin et Itzhak Zuckerman (ci-contre) et à l’Hachomer Hatzaïr un certain Mordechaï Anielewicz. Tous trois seront les autres commandants de l’insurrection de 1943 au côté de Marek Edelman.
Ils ne le savent pas encore, mais leurs destins seront irrémédiablement liés par delà leurs divergences idéologiques

Dans l’immédiat le Bund qui est encore la principale organisation, ne participe pas au Bloc Antifasciste. Relativement sectaires les dirigeants du Bund éconduisent au cours d’une réunion, les sionistes qui  leur proposent de rejoindre le Bloc.
Marek Edelman n’est pas présent à cette réunion qui se tient à la mi-mars.
Les bundistes se méfient des communistes autant que des sionistes. Fidèles à leur conception de l’intégration du combat Juif, au côté du mouvement ouvrier Polonais, ils comptent encore sur le soutien de la résistance Polonaise.
Le Bloc Antifasciste organise des groupes armés de 5 hommes, un peu sur le mode de la M.O.I. en France. Il semble qu’un défilé a même lieu dans le ghetto. Mais le Bloc n’a pour but ni de protéger le ghetto, ni d’organiser une insurrection. il s’agit de former des combattants qui iront rejoindre les partisans communistes dans les forêts.
En Mai 42, c’est la catastrophe. Suite à une rafle de militants communistes dans la partie aryenne, quelqu’un a parlé et Pinkus Kartin est à son tour arrêté dans le ghetto. le Bloc Antifasciste, privé de son chef et du contact avec la résistance communiste à l’extérieur du ghetto, se délite.
En Juillet 42, lors des grandes déportations il n’y pas d’organisation de résistance militaire. Autant que les promesses cyniques des nazis, cette absence a des conséquences tragiques.
 Sur l’Umschlagplatz, la place d’embarquement, partent les trains vers Treblinka. Des volontaires, et des raflés de plus en plus nombreux chaque jour qui passe, au rythme de 12 000 départs par jour.
Une fois entré sur la place, il n’y a pas de retour en arrière possible.
Sauf par le petit hôpital installé là, car les nazis ne veulent pas de malades et ceux qui ne sont pas exécutés, sont renvoyés chez eux.
C’est là que se tient l’infirmier Edelman qui  essaye de sauver les militants du Bund et y parvient parfois en les faisant passer pour malades, quitte à casser des jambes entre deux billes de bois.
Au fil des jours la situation se dégrade si ce mot à encore un sens. Dans une salle de l’hôpital, Marek Edelman est témoin d’une scène sordide. Une dizaine de « Vlassov », auxiliaires Russes et Ukrainiens de l’armée Allemande, violent une fille devant les malades et les infirmiers.
Dans le livre « Mémoires du Ghetto ce Varsovie », (ed du Scribe 1983) interviewé par la journaliste Hanna Krall, Edelman raconte,
« Quand ce fût fini, la fille est sorti du recoin, blême, nue et ensanglantée, et s’assit dans un coin. la foule vit toute la scène. Personne ne dit mot. personne ne bougea d’un pouce, le silence durait…..
…..Je sais ce qu’un individu normal doit faire dans une situation pareille. quand on viole une femme, un homme normal se jette à son secours. n’est-ce pas?…….
……Personne ne ‘s’est levé. Personne n’était plus en état de s’arracher su sol. la seule chose dont les gens étaient capables était d’attendre les wagons …. »
Pendant les semaines tragiques d’Aout 42, plusieurs organisations sionistes auparavant séparées, le Dror, Akiva et l’Hachomer Hatzaïr se sont réunies en une organisation de combat.
Un militant d’Akiva, Israël Kanal, ancien policier, est choisi pour exécuter le colonel Josef Szerynsky,  chef de la Police Juive qui a collaboré aux déportations.
Kanal tire sur Szerynski mais la balle traverse de gauche à droite la mâchoire et ressort sans avoir tué le colonel.
Peu de temps après Joseph Kaplan (ci-contre) de l’Hachomer Hatzaïr, dirigeant de l’organisation unifiée  est arrêté et envoyé à Treblinka.
Le même jour un autre « chef » Shmuel Breslaw est assassiné en pleine rue.
La résistance est à nouveau désorganisée.
On sait qu’au comble de la détresse eut lieu fin Aout, une réunion des « survivants ». Dans une ambiance désespérée une idée gagne les esprits. Descendre dans la rue, mettre le feu au ghetto, attaquer les Allemands avec des bâtons et des couteaux. Sans espoir, si ce n’est celui de mourir en se battant, en espérant que le monde saurait.
Et alors que le parti était pris, une voix se fait entendre, celle d’Itzak Zuckerman. Il approuve la décision, mais propose de la reporter jusqu’à ce que l’organisation, mieux préparée, mieux armée puisse mener avec éclat cet ultime combat.
Lorsque la « grande Aktion » s’arrête le 12 septembre, il n’y a plus que 60 000 Juifs à Varsovie. Le Bund lui-même a vu fondre son organisation.
Cette fois le sectarisme idéologique n’est plus de mise. Les communistes survivants, l’ensemble des partis sionistes et leurs organisations de jeunesse, le Bund enfin, représenté par Marek Edelman se sont réunis au sein de l’Organisation Juive de Combat (O.J.C.).
C’est  Morechaî Anielewicz, le fils d’une poissonnière, qui en prend la direction. parce que son mouvement l’Hachomer Hatzaïr est influent. Mais cela aurait pu être Zuckerman du Dror ou même Edelman.
Pourquoi Anielewicz, demande Hanna Krall à Marek Edelman, en 1980?
   » Parce qu’il en avait très envie. Il y avait quelque chose de puéril dans cette ambition, mais c’était un garçon doué, avide de lire et très actif. »
Absent de Varsovie au cours de l’été Anielewicz, « n’avait jamais vu de grande rafle. Il n’avait jamais vu comme on chargeait les gens dans les wagons sur l’Umschlagplatz. et ça, voir 400 000 personnes expédiées au gaz, ça peut vous achever. »
Membres de l’Hachomer Hatzaïr avant guerre, 
Anielewicz est en haut à droite

Cet état d’abattement, celui d’avoir assisté impuissant à la disparition d’un peuple marque profondément Edelman.
 En janvier 1943, l‘OJC a pu se procurer quelques armes, lorsque les Allemands entament la « seconde Aktion ».
Mais, pris à nouveau par surprise, ils résistent comme ils peuvent.
Anielewicz (ci-contre) est capturé avec son groupe et convoyé vers l’Umschlagplatz, toutefois ils ont pu cacher des grenades et un combat de rue s’engage. La plupart des Juifs sont tués ainsi que quelques Allemands. Anielewicz parvient à s’enfuir.
 Zuckerman et les siens attaquent les Allemands dans un immeuble et s’enfuient par les toits, après en avoir jeté un garde Allemand.
Edelman raconte que la plupart des groupes du Bund n’ont pas le temps de se précipiter vers les caches d’armes et résistent comme ils peuvent.
Mais les Allemands aussi ont été surpris par la résistance et l’Aktion s’arrête.
Pendant quelques semaines, l’OJC contrôle le ghetto, et se prépare à un nouvel affrontement inéluctable. Toutes les organisations, tous les partis y sont représentés.
Sauf le Betar, qui seul reste à l’écart et combattra de son côté, un accord de répartition géographique lui octroie le secteur de la place Muranovska. Pendant l’insurrection, le Betar fera flotter sur la place le drapeau Juif et un drapeau Polonais.
Lorsque l’insurrection se produit le 19 avril, Edelman avec la plupart des groupes du Bund est dans le secteur des ateliers de brossiers.

Zuckerman, que son physique peut faire passer pour un chrétien est de l’autre côté du mur en mission pour acquérir des armes. Il assistera impuissant aux combats pour lesquels il s’était voué et qu’il avait promis à ses compagnons en août 42.
Anielewicz a installé son « quartier général » dans un bunker au 18 rue Mila.
L’histoire de l’insurrection a été narrée dans plusieurs ouvrages. Citons, le compte rendu écrit par Edelman en 1945, « Le Ghetto lutte », celui d’Itzhak Zuckerman « Chronicle of the Warsaw Ghetto Uprising » le témoignage d’un combattant Tuvia Borszykowski « Between Tumbling Walls » et les travaux de l’historien Ysrael Gutman, lui aussi alors jeune militant de l’O.J.C, « The Jews of Warsaw ».
Mais qu’appelle t-on insurrection? Nul plan de sortie en masse hors du ghetto, nul espoir de libérer et « tenir » un ghetto vidé par les « Aktions » précédentes.
Pas non plus d’armée insurrectionnelle, encadrée par des militaires expérimentés et dotée d’armes modernes.
Quelques centaines de jeunes Juifs, (220 dira Edelman, 600 rétorquera Zuckerman bien des années plus tard). Quelques fusils, des grenades, des pistolets, deux mines et une mitrailleuse.
En face les SS qui pénètrent dans le ghetto sont bien nourris, bien armés et entrainés, ils feront venir des canons, des chars et des stukas.
On sait que les premiers jours ce sont les Allemands cette fois qui sont pris par surprise. Dans chaque secteur, ils refluent en désordre, laissant tués et blessés sur le terrain. Rue Mila, un Allemand crie,
« Les Juifs ont des armes! Les Juifs ont des armes! »
 Dans le secteur des brossiers, le groupe d’Edelman fait sauter une mine et un char Allemand brule. Les SS envoient des parlementaires avec un drapeau blanc pour évacuer les blessés. Edelman fait tirer sur les nazis et l’obscène drapeau blanc.

Mais les SS  du général Jurgen Stroop disposent d’armes lourdes. Ils mettent le feu au ghetto et tirent au canon sur les immeubles d’où les Juifs tirent au fusil ou au pistolet.
Chaque fois qu’ils trouvent une cave ou des Juifs sont cachés, ils les exécutent ou les convoient à l’Umschlagplatz.
C’est ainsi qu’ils cernent le bunker du 18 rue Mila et le noie sous les gaz. Anielewicz et les siens préfèrent se suicider que de se rendre ou mourir empoisonnés.
Le lendemain tandis que les combats se poursuivent encore, Edelman, Borzykowski, Israel Kanal et Zivia Lubetskin, (ci-contre) la seule femme qui faisait partie de la direction de l’OJC, pénètrent dans le bunker que les Allemands ont abandonnés.
Ils ne trouvent que quelques survivants à moitié gazés. Errants de nuit d’un bunker à un autre les survivants s’efforcent de trouver une issue. Ils ont entendus parler d’un chemin par les égouts qui mènent vers la ville aryenne où se trouvent Zuckerman et Simha Kazik qui se font passer pour des aryens  et peuvent organiser leur évacuation (ci dessous Kazik et derrière Zuckerman).
Mais au fond des égouts, où les eaux usées et froides montent bien au-dessus de la taille, il faut encore attendre une journée et une nuit dans le silence total, le moment propice quand un camion viendra les chercher.
Ensuite ce seront des mois de clandestinité dans des caches où ils s’entassent parfois à 10, sans bouger des semaines entières. Sortir dans la rue, avec des têtes de Juifs comme Edelman, fait courir un risque à tous.
Quelques chrétiens polonais prennent des risques pour aider ces Juifs réfugiés dans leur propre pays.

Dans une cache, il y a un chat et chien abandonnés qui miaule et aboie. Trop  bruyants, trop dangereux! Zuckerman et Edelman devront les tuer à main nues! Pauvres bêtes pense Zivia Lubetkin!
Un jour Zuckerman revient de l’extérieur avec un journal polonais qui annonce le débarquement en Normandie. La victoire est proche, même si survivre encore quelques mois est incertain.
Peu avant l’insurrection de la Varsovie aryenne d’Aout 44, le groupe de survivant a établi une liaison avec l’armée du peuple communiste qui leur propose de les rejoindre.
 Il y a là Zivia Lubetskin, Itzak Zuckerman, Marek Edelman, Tuvia Borzykowski et une quinzaine d’autres. Combattre à nouveau, tous le souhaitent. Ils voudraient pourtant que quelques uns s’abstiennent pour survivre à tout prix et témoigner.
Mais il n’y a pas de volontaires, aucun ne veut être une « pièce de musée », s’il y a encore une chance de se battre.
L’insurrection de Varsovie se produit alors que l’Armée Rouge est aux portes de la ville. Les insurgés d’abord victorieux sont abandonnés sur ordre de Staline.
Celui-ci ne souhaite voir Varsovie libérée que par l’Armée Rouge, pour pouvoir plus aisément imposer une dictature communiste et un gouvernement à sa botte.
Les Allemands pourront pendant quelques jours écraser les insurgés.
Le groupe Juif se bat avec les Polonais, mais reste un groupe autonome. L’Histoire se reproduit, à nouveau ils devront s’enfuir de la vieille ville par les égouts.
Il y a un déversoir et le courant est fort. Zuckerman et Marek Edelman passent mais Zivia heurte le mur de sa tête et manque de se noyer.
Non loin les Allemands sont à leurs trousses et jettent des grenades.
Borzykowski attrape Zivia par les cheveux, mais perd pied à son tour. C’est Edelman qui redescend dans l’égout et les sort tous les deux.
Ils ne sont pas sauvés pour autant, l’insurrection est vaincue. Pour le groupe Juif, il faut absolument traverser la ligne de front et gagner les lignes soviétiques.
C’est un médecin Polonais qui va les aider. Un homme qui ne fait pas de différences entre Juifs et Chrétiens, entre communistes et nationalistes.
Il leur procure des blouses d’infirmiers et des papiers de la Croix Rouge Internationale. Marek et un autre, qui ont décidément l’air trop juifs sont placés sur des brancards, des couvertures sur le visage.
Quelques heures plus tard ils ont franchi les lignes.
Zivia Lubetskin et Itzak Zuckerman  qui étaient en couple, rejoindront ensemble la Palestine. En Israel, ils fondent le kibboutz des combattants du ghetto de Varsovie. Zivia Lubetkin témoignera au procès Eichmann (ci-dessus).
Zuckerman chaque année expliquera l’Histoire du ghetto aux jeunes recrues de l’armée israélienne (ci-dessous).

Marek Edelman est resté en Pologne. Dans les longues années du stalinisme de la guerre froide, les contacts sont impossibles avec Israël. L’antisémitisme est revenu dans une Pologne presque sans Juifs.

Paradoxe, un parti Communiste où quelques Juifs occupent des postes importants, suit les campagnes anti-sionistes imaginées à Moscou, qui répandent sous ce vernis, un antisémitisme vite repris par une partie de la population.
Celle-ci l’adopte d’autant mieux qu’elle s’y était abandonnée avant et pendant la guerre. Mieux elle le dirige spontanément contre les Juifs du Parti, ces  nouveaux oppresseurs. La boucle est bouclée.

Juste avant que n’éclate la guerre des six jours Edelman prend sa plume pour écrire un mot de solidarité à Zivia Lubetkin et Itzhak Zuckerman. Plus tard Zuckerman viendra le voir en Pologne . Edelman est nerveux à l’idée de cette rencontre, mais Zuckerman l’assure de toute son amitié et de tout son respect.

Edelman, Lubetkin, Zuckerman, trois survivants, trois destins.
 Qu’est-ce qui permet de survivre?

Dans l’interview d’Hanna Krall, Edelman parlant du premier jour de l’insurrection raconte:
« On avait un gars qui avait apporté des armes du côté aryen. il aurait du y retourner mais c’était trop tard…..Il avait une fille dans un couvent à Zamosc. Il savait qu’il ne survivrait pas, mais que moi je survivrais et je devrais m’en occuper après la guerre….. »

En 1996, Edelman m’a dit, je le cite de mémoire,
« Zuckerman était un type extraordinaire, il semblait planer au-dessus des évènements et c’est pour cela qu’il a survécu. Zivia, tout aussi exceptionnelle, mais elle était totalement plongée dans les moindres détails d’organisation et c’est pour cela qu’elle a survécu. »

 Lorsque surviennent les grèves ouvrières de Gdansk et Solidarnosc, Edelman est présent. C’est le combat du mouvement ouvrier, celui de la Liberté et de la Pologne. Il sera délégué au premier congrès du syndicat.
Le 26 septembre 1981, son intervention fait vibrer la salle et reçoit une interminable ovation. Plus tard il rencontrera Jean Paul II venu en Pologne.

Edelman deviendra un cardiologue réputé. Un rien provocateur, il assure Hannah Krall que c’est ce qu’il a fait  de plus important dans sa vie.

Lui-même avait le cœur bien accroché, qui ne l’a lâché qu’hier!

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