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Publié par Dreuz Info le 29 novembre 2009

  
  
  

   
   
  

Guy Millière vient de publier un livre important. Le titre peut sembler énigmatique :  La septième dimension. La lecture est passionnante. Les analyses d’ensemble sont profondément novatrices et couvrent la plupart des domaines de réflexion essentiels de ce temps.  Nous avons décidé de réaliser un entretien avec l’auteur, et nous le proposons ici à nos lecteurs.
   
   
    

Drzz : Quel est votre objectif avec ce livre ?
    

Guy Millière : Nous sommes en une époque cruciale où l’histoire s’accélère. L’ordre du monde qui s’est défait avec la fin de la guerre froide et l’effondrement de l’empire soviétique a laissé place à un désordre dans lequel certains ont voulu voir un peu vite une promesse de paix perpétuelle sur fond d’hégémonie du capitalisme et de la démocratie. Les illusions ont assez vite volé en éclats, mais il en reste des traces et, surtout, comme c’est souvent le cas dans les périodes où les dangers ne se manifestent pas d’une manière aigue, des illusions se disséminent, des discours potentiellement délétères circulent. Il semble qu’on ne voie pas que la disparition d’un totalitarisme ne signifie pas la disparition du totalitarisme. Il semble qu’on ne discerne pas que des pions se placent sur l’échiquier du monde, que des coalitions de dictatures sont en train de se tisser, et que celles-ci utilisent des armes nouvelles à des fins qu’on évoque fort peu : les menaces de guerre ou les guerres effectives ou le risque terroriste peuvent servir à faire monter le prix des matières premières et enrichir ceux-là même qui fomentent les tensions ; l’argent tiré de cette montée des prix peut se retrouver dans les circuits de la finance internationale et servir à accroître l’emprise de ceux qui fomentent les tensions sur les pays plus libres, que cette emprise soit économique et passe par l’acquisition d’entreprises, ou qu’elle soit culturelle ou informationnelle. Se superpose à cette non compréhension des dangers une non compréhension plus vaste du monde tel qu’il devient. Les discours qui se tiennent sur la globalisation, ainsi, sont la plupart du temps absurdes et délétères. Les discours sur l’environnement, l’économie ou sur la finance, sont plus absurdes et délétères encore.  On semble oublier tout ce que l’ouverture planétaire des marchés a permis en termes de recul de la pauvreté et des pénuries en deux ou trois décennies, et entrer dans une grande régression intellectuelle où l’interventionnisme étatique serait devenue la panacée. Mon objectif en écrivant ce livre est de tenter d’apporter un peu de clarté dans tout cela, d’expliquer les dangers, de mettre en garde contre les conséquences que pourrait avoir la régression intellectuelle pour ceux qui y succombent, et surtout de souligner les potentialités qui se sont ouvertes, et qui, si on sait regarder, continuent à s’ouvrir. 
  
  

Drzz : Quelles sont, selon vous, ces potentialités ?

  
Guy Millière : Ce sont toutes celles qui sont nées grâce aux nouvelles technologies, grâce à l’impact et aux effets et conséquences de celles-ci. La microinformatique et internet n’ont pas seulement révolutionné la communication, la production et la transmission d’information et de connaissance. Il en a résulté l’essor de l’intelligence artificielle et de la réalité virtuelle, une mutation de l’organisation des entreprises et de l’idée même d’entreprise, de la production et des échanges, du commerce et des relations humaines. Il en a résulté aussi une accélération des innovations et découvertes scientifiques et des mises en œuvre de ces innovations et découvertes. C’est, en fait, l’intégralité de ce qui constitue l’existence des êtres humains sur terre qui est en voie de recomposition. Toute entreprise désormais est potentiellement planétaire par ses modalités d’organisation, et pour le marché qui lui est ouvert. Le  capital essentiel est depuis des siècles le capital intellectuel et humain : jamais les opportunités offertes à quiconque cultive son capital intellectuel et humain n’ont été aussi vastes, et elles ne cessent de s’élargir. L’ère de la pyramide et de la hiérarchie est en train de s’achever, et elle laisse place à des ordonnancements multiples et féconds qui commencent tout juste à prendre forme. Il y a trente ans déjà, des économistes tels que Jude Wanniski ou Robert Mundell expliquaient qu’il n’y aurait bientôt plus qu’une seule économie close, à savoir l’économie mondiale, nous sommes dans cette situation, et dans l’économie mondiale les bouleversements s’accélèrent encore. L’humanité a toujours progressé par échanges, fécondations mutuelles, brassages : jamais dans l’histoire, il n’y a eu autant d’échanges, de fécondations mutuelles et de brassages. Certes, des professions disparaissent, des adaptations doivent s’opérer, des façons de faire doivent laisser place à d’autres façons de faire et cela peut créer de l’inconfort, voire, lorsque les explications ne sont pas fournies, lorsque les anticipations n’ont pas eu lieu, des difficultés, voire des drames humains. Ceux qui voudraient bloquer, arrêter le temps, voire recréer des pénuries, peuvent agiter des phobies et substituer aux explications pertinentes et fondées des discours qui relèvent du dogme et de la superstition, c’est ce qu’ils font, d’ailleurs, ils peuvent contribuer à créer des crises et les exploiter, et ils le font aussi : à moyen terme, ils ne pourront parvenir à leurs fins. Nous sommes dans un processus de création de richesses et de prospérité sans précédents. Certes, il peut y avoir des perdants et des sociétés entières où des êtres humains seront enfermés dans la situation de perdants non pas parce qu’ils étaient destinés à perdre, mais parce qu’on leur a injecté dans la tête des ingrédients qui constituent un écran entre eux-mêmes et le devenir du monde. J’entends expliquer le processus dans lequel nous sommes. J’entends expliquer la création de richesses et de prospérité qui s’ouvre pour tous ceux qui eux-mêmes y seront ouverts. J’entends dissoudre les écrans séparant encore trop de gens du devenir du monde. On dit que des emplois se détruisent en Europe et dans d’autres contrées développées : des millions d’emplois se créent et continuent à se créer en Europe et dans les contrées développées. Ce ne sont, simplement, pas les mêmes emplois : il peut y avoir des transitions à assurer, mais on ne peut mentir aux gens en leur disant qu’un retour à ce qui était auparavant est envisageable. On dit, ce qui est plus grave encore, que nous allons vers des pénuries ou que nous détruisons la planète : nous allons, au contraire, vers toujours davantage d’abondance et si la planète peut courir le risque d’être détruite, ce ne sera pas en raison du développement économique, mais plutôt en raison de la prolifération nucléaires ou d’armes bactériologiques ou chimiques. Des maladies ne sont toujours pas vaincues, mais on sait créer et recomposer la vie. On sait recréer de la matière et de l’énergie. Ce qui limite l’accès à une abondance plus grande en davantage d’endroits sur terre n’est pas le résultat de dysfonctionnements économiques, mais d’interventions politiques ou d’obstacles mentaux et culturels. Ce qui importerait en ces conditions serait de montrer la nocivité de ces interventions politiques et de ces obstacles. 
   
  

Drzz : Mais encore.

  
Guy Millière : Ce qui se joue, en fait, pose un problème grave aux entrepreneurs qui ne sauraient pas prendre le train de la mutation en marche et se défaire de la pyramide, de la hiérarchie et d’autres rigidités pour embrasser pleinement la mutation. Cela pose un problème grave aussi à ceux qui, dans les pays développés, voudraient continuer à exercer l’emploi qu’ils exerçaient il y a vingt ou trente ans. Cela pose un problème plus grave encore aux dirigeants politiques des pays développés, car ce qui se joue leur retire l’essentiel de leurs pouvoirs et de leur prérogatives. Ils peuvent continuer à prétendre avoir plus de pouvoirs qu’ils n’en ont en réalité ou, pire, tenter d’exercer des pouvoirs qu’ils n’ont plus. Ils peuvent, par exemple, parler de politique industrielle, de protection de tel ou tel secteur, de subventions : le résultat qu’ils obtiennent alors est un freinage de la croissance, voire son anéantissement, un départ des entrepreneurs les plus dynamiques, et moins de créations d’emploi. Ils peuvent aussi provoquer des crises économiques et financières. C’est, en fait, une crise de ce genre que nous venons de vivre : non pas une crise économique, mais une crise découlant directement de l’action nocive du politique dans l’économie et la finance. Les obstacles mentaux et culturels sont ceux dressés par ceux dont je parlais il y a un instant en disant qu’ils font écran. Ils peuvent aussi tenir à d’autres facteurs proprement culturels, croyances ou superstitions diverses ainsi. 
   
  

Drzz :  Vous dites, si je vous comprend, que la crise actuelle n’est pas une crise économique et financière, mais une crise créée par l’intervention politique ?

  
Guy Millière : Oui, tout à fait. La crise est née des subprimes, qui eux-mêmes ont été créés par la mise en œuvre d’une loi contraignant les banques à faire des prêts immobiliers à des gens insolvables, ce qui a créé la bulle immobilière et s’est retrouvé dans des produits qu’on appelle toxiques, mais qu’on devrait appeler produits intoxiqués par l’intervention politique. Elle a été due aussi à la manipulation des taux d’intérêts par les banques centrales. Quelques autres facteurs ont contribué, tous issus de décisions politiques interventionnistes. Mais cela été vrai aussi de la plupart des crises précédentes depuis un siècle. Et je le démontre dans le livre. Le marché est un grand réseau de réseaux où circulent, se produisent et se traitent des informations. Des informations fausses produisent des difficultés, des erreurs, de mauvaises anticipations. Subventionner la production d’un produit peut créer de la surproduction, on le sait depuis longtemps, et la surproduction repose sur des investissements faits à mauvais escient qui peuvent conduire à des faillites. Inciter, voire obliger des banques à consentir des prêts immobiliers très risqués peut créer des prêts qui se révéleront non couverts, et, entre temps, par un afflux de demande, un gonflement de l’offre et des prix: c’est ce qui s’est produit avec les subprimes Maintenir des taux d’intérêts artificiellement bas équivaut à transmettre des informations fausses sur les marchés, et c’est ce que les banques centrales ont fait. On incrimine les financiers, mais on oublie que la finance est un grand système sophistiqué de traitement de l’information. Des erreurs peuvent être commises, bien sûr, et il y en a, mais si on injecte dans les marchés financiers des informations fausses, il peut en résulter des dérapages graves, sans que la faute incombe aux marchés financiers. Un économiste que je cite, Frederic Mishkin, dit que la finance est le « cerveau de l’économie mondiale » : si on injecte des drogues diverses dans le cerveau, celui-ci ne va pas fonctionner comme cela aurait été le cas sans injection de drogues, et le raisonnement pertinent doit conduire non pas à incriminer le cerveau, mais les drogues qu’on a injecté en lui, et ceux qui ont procédé aux injections. Nous sommes dans la situation ubuesque où ce sont ceux qui ont provoqué la catastrophe qui prétendent y remédier. Et comment prétendent-ils procéder ? En recourant à des pratiques qui ressemblent comme des sœurs à celles qui ont mené à la catastrophe. Plus vite les divers hommes politiques du monde développé comprendront que ce qu’ils peuvent faire de plus positif est de laisser circuler l’information, de permettre sa libre circulation, d’assurer la sécurité de cette circulation et de rendre leur pays intéressant et fécond pour les investissements et le capital intellectuel et humain, mieux cela vaudra. En attendant, il pourra y avoir encore des pleurs et des grincements de dents. En attendant, on incriminera les financiers, c’est tellement plus facile d’incriminer les financiers pour des erreurs dont on est soi-même responsable. C’est plus facile en tous cas, lorsqu’on est un homme politique, que de s’incriminer soi-même. De surcroît, nombre d’hommes politiques tiennent à garder autant de pouvoir qu’ils le peuvent : cela les conduit non seulement à ne pas s’incriminer eux-mêmes, mais à incriminer d’autres qu’eux. Il peut en résulter des risques de dysfonctionnements et de crises plus graves encore. 
   
  

Drzz : Les obstacles au développement aujourd’hui sont donc, selon vous, politiques, mentaux et culturels ?

  
Guy Millière : Oui, là encore. Reprenons en commençant par les obstacles politiques. Toutes les études internationales menées sur le sujet montrent que plus un pays respecte la liberté économique et politique et la liberté de parole, plus le niveau de taxation y est faible, plus le gouvernement s’y donne pour tâche essentielle de faire respecter les droits de propriété et de maintenir la sécurité, plus la croissance y est forte si on l’examine non pas sous l’angle d’éventuels accidents de parcours, mais sous celui du moyen terme. Plus on se rapproche d’une situation inverse, et plus la croissance est faible. Dans le monde occidental et dans les pays fonctionnant sur un mode occidental, il y a, ainsi, des différences très nettes qui se dessinent. Mais sur la planète, il y a encore beaucoup de dictatures et de régimes totalitaires, et dans les dictatures et les pays soumis à un régime totalitaire la situation est bien pire encore. Si on se situe sous l’angle du moyen terme, on voit, qui plus est, que se dessinent des processus cumulatifs : les pays de moindre liberté économique et politique et de moindre liberté de parole sont des pays que les détenteurs de capital intellectuel et humain ont tendance à fuir, ce qui en fait des pays qui se stérilisent. Des dictatures et des régimes totalitaires maintiennent leurs populations emprisonnées. Continuons avec les obstacles mentaux. Les pays où la liberté économique et politique et où la liberté de parole ne sont pas respectées sont des pays où les dirigeants politiques ont intérêt à raréfier l’accès à la connaissance et à modeler la dissémination d’information. Cette raréfaction et ce modelage débouchent sur la création des écrans entre les êtres humains et le devenir du monde dont j’ai déjà parlé. Il est de l’intérêt d’hommes politiques désireux de maintenir un certain degré d’asservissement au sein de populations de laisser penser qu’ils vont protéger des emplois et des entreprises contre la globalisation, qu’ils vont lutter contre le changement climatique en demandant à tout un chacun de se sacrifier, et autres lubies. Il peut être de l’intérêt de dictatures et de régimes totalitaires de disséminer ce genre d’idées sur leur territoire et de contribuer aussi à ce que ces idées se disséminent dans les pays plus libres. Les obstacles mentaux sont nombreux et persistants. Finissons avec les obstacles culturels. De grands économistes tels que Thomas Sowell ou David Landes ont montré que certains traits culturels pouvaient constituer des obstacles au développement et au dynamisme. Des sociétés où l’idée d’individu et de liberté individuelle ne peuvent prendre place sont des sociétés où manquent des éléments indispensables. Des sociétés où les incitations conduisent à vivre au présent en ignorant la durée sont aussi des sociétés où manquent des éléments essentiels. J’analyse cela de manière détaillée. L’entrelacs de ces divers obstacles, leur poids plus ou moins grand me conduit à distinguer les pays et les endroits du monde qui sont les vecteurs et les points d’impulsion de la grande mutation en cours, les pays et les endroits du monde qui se donnent, à des degrés divers, les moyens de saisir les opportunités offertes par la grande mutation, les pays où on analyse et comprend moins la grande mutation, qui sont dès lors des pays engagés sur une pente de déclin, et tout un ensemble de pays qui décrochent, là encore à des degrés divers. Dans la première catégorie, je place les Etats-Unis, le Canada, par exemple, mais aussi, bien sûr, Israël, dont on évoque bien trop peu le rôle moteur dans nombre de secteurs d’innovation technologique aujourd’hui. Dans la seconde, l’Inde, la Chine ou le Brésil. Dans la troisième, l’essentiel des pays d’Europe occidentale. Dans la quatrième, la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, l’essentiel du monde musulman, mais aussi des pays comme Cuba ou le Vénézuela. Je reprends, pour désigner les pays les plus sinistrés, la catégorie de failed states, Etats faillis, créée par Robert Kaplan, et qui me semble pertinente. Un Etat failli est sorti des circuits économiques mondiaux, mais peut disposer de capitaux recyclés dans la finance et peut aussi être l’origine de multiples déstabilisations.

   
  
Drzz : Vous parlez de globalisation accélérée et de globalisation complexe.

  
Guy Millière : Il est important de dire sur ce point que la globalisation est un fait et pas une option. Des technologies existent et sont disponibles. Des êtres humains veulent les utiliser et les utilisent. Les effets de cette utilisation sont l’ensemble de ce que je viens de dire. Les processus sont enclenchés. Il n’y aurait pas plus de retour en arrière qu’il n’y en a eu lorsque l’ampoule électrique a été inventée et s’est répandue, avec cette différence que la révolution en cours est infiniment plus importante que l’invention de l’ampoule électrique. Je dis effectivement que la globalisation est accélérée au sens où tout se passe de plus en plus à la vitesse de la lumière ou à des vitesses bien plus importantes que celles qu’on a connu dans le passé de l’humanité. Ce qui accélère la globalisation est, entre autres, la dématérialisation qui ne cesse de grandir, et qui concerne les supports de services, d’information, de connaissance, de création de richesse, mais aussi la monnaie, les lieux de rencontre de groupes humains. Je dis que la globalisation est complexe car elle n’est pas un processus uniforme, au contraire : elle renforce les singularisations, les diversités tout en connectant sur de multiples plans l’ensemble de la planète. Elle donne plus d’importance et d’impact aux obstacles. Les Etats faillis sont des Etats dont on se détourne et qu’on en vient à regarder surtout sous l’angle des problèmes de sécurité qu’ils peuvent poser. Les pays qui déclinent se trouvent face au risque de se trouver en déshérence croissante face à un monde qu’un nombre toujours plus faible de leurs habitants seront à même de comprendre. Certains disent que la globalisation ne pourra pas apporter la prospérité à tous les êtres humains, et ils ont raison. Je crains que prétendre apporter la prospérité à tous les êtres humains ne soit utopique. On peut y aspirer, mais une aspiration ne suffit pas à changer la réalité. Le nombre de gens accédant à un niveau de vie qui en ferait des membres d’une classe moyenne s’accroît sans cesse. Le nombre de gens qu’on peut considérer comme riches parce qu’ils peuvent vivre à l’échelle planétaire s’accroît lui aussi. Je doute que ceux qui stagnent dans la pauvreté soient susceptibles d’en sortir pour une bonne part d’entre eux. Les moyens et les opportunités de créer de la richesse sont sans précédents et n’ont jamais été aussi accessibles. Les obstacles politiques, mentaux et culturels persistent et parfois grandissent. Il faut, je l’ai dit, montrer la nocivité des obstacles et se battre contre eux, bien sûr. 

   
  
Drzz :  Vous disiez en commençant que la disparition d’un totalitarisme ne signifiait pas la disparition du totalitarisme.

  
Guy Millière : C’est effectivement un point important à souligner. Le nazisme est quasiment mort, mais il ne l’est pas tout à fait, sinon plus personne ne lirait Mein Kampf. Le marxisme et le léninisme ont semblé s’effondrer voici deux décennies lorsque l’empire soviétique est tombé et que la Chine s’est dirigée vers un capitalisme autoritaire. Il reste néanmoins, nébulisés dans l’atmosphère, des fragments des dogmes marxistes et léninistes qu’on trouve dans les mouvements altermondialistes, chez les tenants de l’écologisme ou chez ceux du « politiquement correct ». Sans qu’il s’agisse à proprement parler de totalitarisme, certains de ces fragments nébulisés se retrouvent dans les discours des économistes qui travaillent pour des hommes politiques interventionnistes : des interventions politiques provoquent des crises, je l’ai dit, et ces économistes que j’appelle économistes domestiques en tirent un discours disant que la crise est le fruit amer de la liberté et qu’il faut davantage encore d’interventions politiques. Les interventions politiques qu’ils proposent portent en elles les racines des prochaines crises, et ce sont d’ailleurs, en général, ces économistes domestiques qui ont suggéré les interventions politiques qui ont provoqué la crise à laquelle ils prétendent remédier. L’islam radical est un discours totalitaire organisé en réseaux, et ses réseaux recoupent ceux de l’altermondialisme, de l’écologisme, et parfois ceux du « politiquement correct ». Il n’y a pas aujourd’hui de puissance totalitaire semblable à ce que fut l’Union Soviétique, mais il y a des fragments de totalitarisme qui parfois se cristallisent, des gens qui utilisent ces fragments pour procéder à un travail de sape et d’érosion. Le combat contre le totalitarisme n’est pas achevé. Les ennemis de la société ouverte dont parlait Karl Popper sont toujours à l’œuvre, de multiples façons. Dans le livre, je dis que certains d’entre eux disent que la fin du monde est proche. D’autres disent qu’un autre monde est possible, parlent de décroissance durable, de retour au troc, rêvent d’entraves à la liberté de circulation et à la liberté de parole.

   
  
Drzz :  Pour finir, qu’entendez vous par « la septième dimension » ?

  
Guy Millière : Les quatre dimensions constituant l’espace-temps sont connues. La cinquième dimension est censée être celle des déplacements au sein de l’espace temps. Ce que j’appelle sixième dimension est celle de la réalité virtuelle et du cyberespace où nous passons une part toujours plus importante de nos vies, nous qui vivons dans le monde développé et disposons d’internet d’ordinateurs portables et de smartphones. La septième dimension est celle où il faut se placer intellectuellement pour comprendre la sixième dimension et ses interactions multiples avec les cinq autres. Je tente d’ouvrir un nouvel espace à la réflexion. Je ne pense pas être le premier. Je pense qu’il y en aura d’autres après moi pour s’intéresser à cet espace. Je tente de le dessiner. Je donne des pistes pour le défricher. Ce livre est une invitation à un immense voyage qui commence à peine. Ce qui me semble clair est que les entreprises les plus innovantes et les plus fécondes d’aujourd’hui sont des entreprises qui se situent dans la septième dimension ou à sa proximité. Ce qui me semble clair aussi est que les analyses à mener, pour être pertinentes, devront toujours davantage se situer dans ce que j’appelle la septième dimension. Un économiste qui se contenterait d’être économiste sera bientôt un très mauvais économiste. Il en va de même pour un géopolitologue ou pour un historien. Les œuvres intellectuelles nées ces dernières décennies et qui resteront sont, à mes yeux, celles qui se situent dans la transversalité. Je pense à celle de gens comme George Gilder, Alvin Toffler ou, puisque je les ai déjà cités, David Landes, Thomas Sowell. J’ai cité aussi Robert Kaplan, Frederic Mishkin. La liste n’est pas exhaustive et n’est pas fermée. Je regrette que ces analyses occupent jusqu’à ce jour, si peu de place dans la réflexion en Europe et dans le monde francophone. J’espère que cela changera. J’ai écrit ce livre au nom de cet espoir. Je regrette aussi que les économistes qu’on entend et qu’on écoute en Europe aujourd’hui soient surtout ceux que j’ai appelé les économistes domestiques : ce ne sont pas seulement de très mauvais économistes, mais des économistes nuisibles. Comme je l’ai dit, une grande mutation est en cours. Les pays où on analyse et comprend moins la grande mutation sont confrontés au risque du déclin. Aujourd’hui, les Etats-Unis voient des décisions économiques désastreuses s’ajouter aux décisions économiques désastreuses, mais je pense que c’est une situation passagère, car une pensée de ce qui vient existe dans le pays. En Europe, en nombre de pays, des décisions désastreuses se prennent aussi, mais la pensée de ce qui vient reste presque partout absente ou difficilement audible, et c’est préoccupant.  J’entends œuvrer à remédier à cette situation préoccupante. Et agir pour que le livre soit un simple point de départ. 
  
  

La septième dimension :  le nouveau visage du monde, Cheminements, 402 p, 23 euros.
  

http://www.cheminements.fr 
   
   
  
  

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