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Publié par Dreuz Info le 23 janvier 2010

 Article de Itshak Lurçat

Dans un merveilleux petit livre paru en 1982, Zakhor, histoire juive et mémoire juive, l’historien Yosef Hayim Yéroushalmi, récemment disparu, s’interrogeait sur ce paradoxe : alors que les Juifs sont souvent qualifiés de « peuple de la mémoire » et que le récit biblique lui-même se présente comme la relation de faits historiques, l’historiographie juive – en tant que discipline scientifique – est une création récente, qui remonte tout au plus au dix-neuvième siècle, et qui est liée au mouvement dit de la « Science du judaïsme » (Wissenschaft des Judentums). Pour que l’histoire juive puisse devenir objet d’étude scientifique, il fallait en effet porter sur elle un regard critique. Seul un historien juif détaché de la Tradition pouvait entreprendre de relater l’histoire juive comme celle d’une collectivité nationale « normale », échappant à tout déterminisme théologique.

Ce fut l’œuvre des pionniers de l’histoire juive au XIXe siècle, parmi lesquels Heinrich Graetz et Leopold Zunz, et de leurs successeurs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle : Simon Doubnov et Salo W. Baron. Ces deux derniers occupent une place particulière, puisqu’ils furent quasiment les derniers historiens à avoir entrepris d’écrire une histoire universelle des Juifs. Depuis lors, le savoir historique, tout comme le savoir scientifique en général, est devenu fragmentaire et spécialisé et il n’y a plus aujourd’hui d’historien capable d’embrasser à la fois l’histoire juive de l’Antiquité, du Moyen-Age et de l’époque moderne.

Israël, entre histoire sainte et histoire profane

Il serait toutefois abusivement simplificateur de considérer que l’histoire juive s’est totalement coupée de ses racines religieuses avec l’apparition de l’historiographie juive moderne. En réalité, de même que l’hébreu moderne conserve des liens étroits et ambivalents avec l’hébreu biblique ou talmudique – c’est-à-dire avec la langue sacrée – l’histoire profane des juifs demeure étroitement liée à l’histoire sainte d’Israël véhiculée par la tradition juive. Le meilleur exemple de cette ambivalence de l’historiographie juive moderne est celui du grand historien juif russe Simon Doubnov, né en 1860 et mort en 1940 à Vilna, assassiné par les nazis.

Dans des pages émouvantes de son autobiographie, Doubnov relate comment il s’est détaché de la tradition juive orthodoxe dans laquelle il avait été élevé, pour entamer des études profanes. Mais il a toujours conservé la croyance indéracinable en la perpétuation et en l’immortalité du peuple juif – croyance qui ne relevait pas tant de l’analyse scientifique que d’une véritable foi religieuse – rejoignant l’affirmation par le prophète Samuel de l’éternité d’Israël, devenue un pilier de la foi juive. « L’histoire juive continue » : c’est par ces mots que Doubnov acheva sa monumentale Histoire moderne du peuple juif publiée à Berlin entre 1923 et 1929 (en russe) et parue en France en 1933.

Le mensonge des nouveaux historiens

La lecture de Doubnov, tout comme celle de Salo W. Baron ou de Yéroushalmi, permet aussi de comprendre qu’aucune entreprise historiographique n’est idéologiquement neutre ou parfaitement objective. Le récent débat suscité en Israël et ailleurs par la parution d’un méchant pamphlet pseudo-historique, visant à déconstruire l’histoire juive pour nier l’existence même du peuple Juif – par une démarche proprement négationniste – en est une illustration extrême. Les ennemis d’Israël en Occident l’ont bien compris, traduisant et diffusant la moindre production du plus médiocre « nouvel historien » israélien de Tel-Aviv ou de Haïfa, dont les écrits atteignent immédiatement une réputation quasi-universelle, alors que les grandes œuvres d’historiens de stature internationale (Bentsion Nétanyaou, par exemple) ne sont même pas traduites en Europe.

Dans sa préface à l’édition de 1936 du Précis d’histoire juive, André Spire citait cette phrase de Doubnov qui n’a rien perdu de son actualité : « le critère le plus important de l’existence d’un peuple est la conscience qu’il a de soi ». Cette définition subjective rappelle celle de l’historien Ernest Renan – dont Doubnov a subi l’influence – dans sa fameuse conférence « Qu’est-ce qu’une nation ? » Ce n’est pas le moindre paradoxe d’une certaine historiographie contemporaine que de remettre en cause la réalité de l’histoire juive et de l’existence même du peuple Juif au nom d’arguments pseudo-scientifiques à fondement racial, alors que les plus grands historiens du XIXe siècle avaient déjà compris – bien avant la Shoah – que la notion de peuple Juif échappait à tout critère purement objectif, racial ou linguistique.

Ruse de l’histoire ou projet divin ?

Dernier paradoxe : l’invention de l’historiographie juive moderne est intrinsèquement liée au mouvement de laïcisation du judaïsme européen aux XVIIIe et XIXe siècles. Mais elle a aussi joué un rôle important dans l’émergence du sionisme politique, qui a été précédé par l’apparition d’une conscience historique juive. Tout comme les pionniers de la langue hébraïque, qui ont utilisé les mots de la langue sacrée pour désigner les objets profanes, ou comme les ‘haloutsim détachés de toute tradition, qui ont défriché les marécages et ensemencé la Terre d’Israël, ce sont les historiens juifs de la Haskala qui, en rejetant l’idée d’une histoire sainte pour inscrire le vécu juif dans l’histoire immédiate et immanente, ont permis que s’écrive un chapitre essentiel de l’histoire d’Israël et de sa résurrection sur sa terre ancestrale. Ruse de l’histoire, projet divin, ou tout simplement paradoxe de l’aventure juive contemporaine : libre à chacun d’interpréter comme il voudra cette réalité.

(ARTICLE PARU DANS VISION D’ISRAEL, magazine culturel francophone israelien)

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