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Publié par Dreuz Info le 11 mars 2010
Jihad, Apocalypse et Antisémitisme
Un entretien avec Richard Landes

Source : Institute for Global Jewish Affairs

Article de Septembre 2004 et pourtant rien n a change !

Le but principal du Jihadisme moderne, mouvement apocalyptique et cataclysmique, est la domination de l’Islam sur le monde. Au nom de revendications millénaristes, l’islamisme promet qu’une fois son autorité établie partout la paix règnera sur le monde.

Le Jihad, comme guerre millénaire, agit aujourd’hui principalement à deux niveaux. Premièrement, celui d’une violence ouverte et revendiquée ; son agression apparaît dans la plupart des espaces où des majorités musulmanes partagent une frontière avec une autre culture. Le second niveau s’exprime par ce que l’on pourrait appeler la démopathie, c’est-à-dire l’invocation de valeurs particulières à une société pour saper le système démocratique de l’intérieur.

Dès son origine, le texte des Protocoles des Sages de Sion, un faux apocalyptique présentant les étapes d’une supposée conspiration juive pour gouverner le monde, fut le document favori des Judéophobes. Après la Deuxième Guerre mondiale, parmi ses «partisans» les plus enthousiastes, on a pu rencontrer des intellectuels et des élites politiques du monde arabe.

L’Essentiel de la Pensée Apocalyptique

Landes explique précisément quelles sont les caractéristiques d’une pensée apocalyptique : « il s’agit de la croyance en une transformation cosmique imminente, la prochaine transformation du monde pouvant prendre deux formes : la première, selon laquelle le monde va entièrement disparaître (l’eschatologie), et la seconde qui envisage l’éventualité de l’avènement de l’Ere messianique. Cette dernière espérance est souvent appelée «millénarisme» (mille = 1000, anni = années) non à cause de l’apparition d’un marqueur de 1000 ans [comme l’année 2000] mais parce qu’il promet «un royaume messianique de 1000 ans» ».

« Dans ses formes modérées, le millénarisme existe dans toutes les cultures puisque la plupart des humains portent l’espoir fondamental d’une amélioration du monde. En revanche, il est plus rare que des croyances millénaristes deviennent apocalyptiques, qu’elles balaient des groupes, des mouvements et des populations entières dans une croyance frénétique que le millénaire est advenu ! »

« Parmi les partisans d’une transformation apocalyptique imminente, on rencontre deux principales écoles. D’une part, les «passifs» majoritaires expliquent : «Dieu sera la cause de la transformation menant à la fin des temps ou au millénaire terrestre». D’autre part, les plus activistes annoncent : «nous sommes les agents de Dieu et nous devons provoquer la transformation apocalyptique». Convaincus que l’apocalypse appelle à la destruction cataclysmique, ils considèrent pouvoir sauver le monde en le détruisant ; le plus souvent leurs cibles premières sont les Juifs et le Judaïsme ».

« Hitler aspirait à un Reich de mille ans, un empire millénaire. Cela a constitué la quintessence des aspects les plus négatifs de son action violente et apocalyptique. Le nazisme fut le résultat explosif d’un cocktail toxique fait de conspirationnisme, de l’exploitation du ressentiment de la population allemande et de mépris complet pour la vie humaine. Pour convaincre, le nazisme utilisa toujours un registre de discours lié au salut par la suprématie de la race aryenne. Il put ainsi inspirer les sociétés «modernes», capables d’utiliser la technologie sophistiquée et de s’engager dans les actions les plus inhumaines avec bonne conscience. L’Holocauste fut un acte apocalyptique ».

Les Protocoles des Sages de Sion
« Tant dans le Christianisme que dans l’Islam, des courants tiennent le Judaïsme pour un ennemi mortel de leur foi. Ces mêmes personnes sont particulièrement sensibles aux théories d’une conspiration cosmique. Le faux les Protocoles des Sages de Sion se veut être une description de cette conspiration tri-millénaire des Juifs pour asservir l’humanité ».

« Les Protocoles sont un rapport imaginaire qui aurait été établi au cours du premier Congrès de Sioniste en 1897. Paru au début du 20ème siècle, ce document prétendait être les minutes des Sages de Sion discutant de leur plan secret d’asservissement de l’humanité toute entière. Il fut publié en 1905 avec une préface du mystique russe orthodoxe Sergei Nilus lançant un avertissement apocalyptique quant aux ravages de la modernité et à l’apparition d’un Antéchrist juif. Plus tard, la révolution russe de 1917 fut interprétée par des antisémites comme une preuve spectaculaire de l’authenticité du texte. Le soi-disant complot allait entrer dans une phase toujours plus ouverte qui culminerait avec la Dépression des années 1930. Rien ne put réduire ce texte au silence, pas même les preuves de sa falsification ».

« Dans l’appel aux craintes apocalyptiques d’une bataille globale imminente entre le Bien et le Mal, les Protocoles ont apporté une réponse absolue. Ils ont inspiré un empressement à tout sacrifier pour détruire l’ennemi juif. Les principaux manipulateurs de ce texte ont des traits communs : ils aspirent au pouvoir autoritaire, recourent à la violence chaque fois que nécessaire et cherchent à supprimer toute opposition ou critique. Ceux qui pensent pouvoir y échapper, seront asservis. Autrement dit, ils ressemblent aux Juifs dépeints dans les Protocoles. Comme Hitler criait au complot juif pour une conquête mondiale visant à asservir l’humanité, il réalisait précisément ce plan ».

« Dès le début, ce texte fut plébiscité par les judéophobes. Norman Cohn l’a appelé la «Garantie Nazie du génocide»1. Après la Deuxième Guerre mondiale, parmi ses partisans les plus enthousiastes, on trouve des intellectuels et des élites politiques arabes. Ceux qui croient en ce faux prétendent que la conspiration, ourdie silencieusement depuis des millénaires, est maintenant sur le point de se révéler. Ainsi ils doivent agir impitoyablement contre leur ennemi au risque d’être détruits ».

Le Mouvement Sioniste
Le mouvement sioniste a été vu par beaucoup de non juifs comme un signe de l’Antéchrist. Landes explique : « l’inquiétude apocalyptique provoquée par le Sionisme dans la forme des Protocoles ressemble aux attitudes chrétiennes et musulmanes envers les Juifs des temps apocalyptiques. Les Juifs jouent un rôle central dans les scénarios apocalyptiques tant chrétiens que musulmans, ils y incarnent la force de l’Antéchrist ou du Dajjal ».

« La plupart des représentations apocalyptiques récurrentes de Juifs comme conspirateurs essayant de détruire la vraie religion sont déjà présentes au Moyen âge. Chaque fois que la paranoïa chrétienne a cru que la fin des temps était arrivée, ils ont offert aux Juifs le choix entre la conversion ou la mort, à l’instar de la Première Croisade ».

« Les rabbins avaient cru utile de souligner l’existence des «trois serments» de l’exil afin d’assurer l’échec de n’importe quelles croyances apocalyptiques parmi les Juifs. Deux de ces serments ont découragé des formes actives de comportement messianique : ne pas se rebeller contre les autorités non juives et ne pas «monter sur le mur» c’est-à-dire retourner en Israël collectivement avant la venue du Messie2. Les Juifs purent donc, légitimement, adopter une attitude discrète et ne pas provoquer la colère des non juifs quant à leur notion messianique de rédemption ».

Le Philo-judaïsme
« Cependant, un changement important de perception est survenu lorsque les Chrétiens (surtout dans le monde anglo-saxon) ont adopté un scénario millénariste dans lequel les Juifs devaient retourner à Sion pour annoncer l’apocalypse. En conséquence, quelques Chrétiens ne virent pas le désir messianique juif du retour en Israël comme un acte de l’Antéchrist mais plutôt comme celui qui allait promouvoir la parousie (seconde et ultime venue de Jésus sur terre). Ces Chrétiens sionistes ont regardé d’un oeil favorable – voire même encouragé – le messianisme juif. Lord Balfour était un partisan millénariste, ses vues étaient semblables à celles des cercles protestants sionistes d’aujourd’hui ».

« L’indépendance israélienne a déclenché une réaction messianique extraordinaire parmi un certain nombre de Chrétiens. Ils ont perçu la naissance de l’Etat d’Israël, suivie de la conquête des territoires et de Jérusalem pendant la Guerre des Six Jours, comme «l’aube de la rédemption». Pour eux, ces évènements avaient changé le monde et compteraient (dans le monde futur) dans les jours de ceux qui en furent témoins. L’important appui «fondamentaliste» pour Israël vient idéologiquement (voire émotionnellement) de ce scénario apocalyptique (temporairement) philo-judaïque ».

« Ce changement dans la théologie millénariste chrétienne représente un degré de philo-judaïsme parmi les Chrétiens, sans précédent à un niveau si populaire. Il a été renforcé dans le dernier demi-siècle par la culpabilité et le remords créés (ou suscités) par l’Holocauste, menant à la plus longue période de philo-judaïsme non juif de l’histoire (1945-2000). Malheureusement, ce record historique conduit au déclenchement d’un anti-judaïsme violent. L’année 2000 a probablement marqué le point de césure où les forces de l’anti-judaïsme ont commencé à prendre l’ascendant sur les forces philo-judaïques dominantes du dernier demi-siècle ».

Les Juifs Non-Dhimmis
« La dynamique de pensée apocalyptique traditionnelle est un jeu de «somme zéro» c’est-à-dire «je gagne, vous perdez». Le Messie de l’un est l’Antéchrist de l’autre. En règle générale, cela se traduit par un impérialisme de nature théocratique : «ma religion est juste parce qu’elle a remplacé la vôtre et la preuve de votre usurpation se lit dans la domination politique de ma religion». L’Islam est entré historiquement dans le monde quand les Juifs étaient déjà soumis politiquement. La théologie islamique n’accordait aucune place à des Juifs politiquement indépendants, en particulier au cœur du Dar Al-Islam (le royaume de l’Islam où seuls les Musulmans détiennent l’autorité). C’est pourquoi beaucoup de Musulmans considèrent les paroles de l’hymne national israélien – «être des individus libres dans notre pays» – comme absolument inadmissibles ».

« Quand les Musulmans invoquent «l’âge d’or de tolérance Islamique», ils font référence à une période où ils régnaient sur des Juifs. Si les Musulmans médiévaux ont généralement traité les Juifs mieux que ne le firent les Chrétiens, à l’instar de ces derniers, leur attitude envers les Juifs correspondait essentiellement au système de «somme zéro», propre à un monothéisme triomphant. Pour l’Islam comme pour le Christianisme, disposer de la puissance était le moyen d’établir leur légitimité. Leur religion était «vraie» puisqu’elle dominait et en soumettait d’autres. En particulier, ils avaient raison puisque les Juifs avaient tort. Pour se sentir supérieurs, il fallait que les Juifs soient visiblement, ostensiblement inférieurs. Les lois dites de la Dhimma peuvent être ainsi résumées : «pour notre honneur, ils doivent vivre dans la honte» ».

« Ainsi le statut permanent des Juifs dans l’Islam a ouvertement affirmé leur infériorité, leur soumission et leur humiliation. Ils étaient des infidèles dhimmis, littéralement «protégés» du choix de conversion ou de la mort, mais vivant sous un système d’apartheid religieux dans lequel ils ne pouvaient pas témoigner dans les cours de justice, devaient s’acquitter de lourds impôts et devaient affronter de systématiques inconvénients légaux et culturels ».

« Pour des Musulmans, le Sionisme a représenté un phénomène inconnu et impensable, celui d’un judaïsme non-Dhimmi. De plus, il avait surgi au coeur du Dar al-Islam et revendiquait une aire autonome au sein de ce qui est pour les Musulmans l’empire Islamique. Pour beaucoup de Musulmans, le sionisme est donc un blasphème théologique ».

« Confrontés au Sionisme, quelques Musulmans ont adopté une approche positive en affirmant : «ces Juifs nous offrent un chemin vers une connaissance moderne indépendante des Chrétiens avec qui nous sommes en guerre depuis notre origine. L’ennemi de Mon ennemi est mon ami». Mais la réponse politique accablante fut finalement l’approche de «somme zéro» : si les Juifs sont libres dans le Dar al-Islam, ou pire, s’ils règnent sur des Musulmans, l’Islam est déshonoré ».

L’Islam Apocalyptique et ses Dates

« David Cook, un savant de l’Université Rice à Houston, est l’un des rares islamologues à étudier la pensée apocalyptique musulmane. Dans son livre, Études sur l’Apocalypse musulmane3, il analyse la généalogie apocalyptique de l’Islam et présente les étapes d’une variété de traditions portant cette croyance en dépit de son continuel échec. Une de ces traditions musulmanes, appelée le Mujaddid4, soutient que tous les cent ans, un renouveau religieux est attendu ; il s’agit d’un code pour une figure messianique. Quand il s’avère ne pas être le Messie, ces croyants disent qu’il était «un agent du renouveau», qui, bien qu’il n’ait pas rencontré les espérances apocalyptiques, revitalise néanmoins la religion ».

« En 1300 du Hadj (1881-1882) , cet «agent du renouveau» était un prétendant messianique : le Mahdi. Il reprit Khartoum et se lança dans une guerre contre l’impérialisme anglais. En 1400 (1979-1980), la pensée apocalyptique musulmane connut une forte poussée lorsque Khomeyni prit le pouvoir en Iran. La même année, le Nigeria connaissait une éruption messianique violente dans ses provinces musulmanes, tandis que les Chi’ites au Liban disposaient d’un candidat «agent du renouveau» en la personne de l’Imam Musa Al-Sadr5 ».

« Khomeyni fut pour beaucoup une figure messianique. En Iran, il a gagné l’appui d’un grand nombre des laïcs, permettant tant aux millénaristes fondamentalistes qu’aux progressistes de partager un espoir commun. Pour un court laps de temps, les Iraniens furent saisis par l’idée que leur monde serait fondamentalement transformé. Khomeyni en a joué, mais son projet n’a pas fonctionné. Au contraire, comme cela arrive souvent avec le millénarisme, la nouvelle culture ne peut supporter sa confrontation avec la modernité qui nécessite un haut degré de liberté. Le khomeynisme a abouti à un appauvrissement accentué de l’Iran ».

« Khomeyni a réalisé pour les Musulmans – même Sunnites – ce que Lénine fit pour les Communistes. Peu importe combien l’Etat de Sharia était négatif, il a servi de modèle possible. Après Khomeyni, des Musulmans apocalyptiques pouvaient commencer à imaginer que l’Islam régnerait finalement sur le monde entier. Les Talibans ont représenté la première expérience millénariste sunnite anti-moderne ».

Politique arabe et Apocalypse

« Dès les après-guerres de 1948 et de 1967, on peut identifier l’usage d’une rhétorique totalitaire de nature apocalyptique parmi les Arabes. Son essence peut être ainsi résumée : «nous allons anéantir ce blasphème incarné par Israël. Le massacre des Juifs à venir rendra Genghis Khan insipide». En 1947, la Ligue Arabe, certaine de sa supériorité, déclara une guerre totale à Israël ».

« Sur un plan laïque, on peut comparer la réaction arabe contre Israël à celle des monarchies européennes face à la Révolution française. Elles avaient voulu détruire l’expérience démocratique française offensante qui, par risque de contagion, menaçait «la santé» de leurs sociétés autoritaires. Sur le plan culturel, on peut percevoir cette réaction arabe comme la réponse à un outrage fait à une culture fondée sur le code de l’honneur. Leur campagne militaire, qui devait être une victoire facile, fut finalement un désastre. La défaite – Naqba ou la catastrophe – a illustré une humiliation culturelle et religieuse, les Arabes ont perdu la face à une échelle et à un degré que peu d’étrangers peuvent imaginer ».

« La culture politique arabe a ensuite géré cette catastrophe auto-infligée d’une façon caractéristique aux mouvements choisissant la voie de la violence apocalyptique. Ils ont blâmé les autres de leur échec – ici la conspiration sioniste et l’impérialisme occidental – et ont appelé à un nouveau sacrifice arabe dans un effort pour transformer leur pertes en gains ».

« Cela signifie la translation d’une approche de «somme zéro» à une approche de «somme négative» : «si je perds, vous devez perdre». Les Arabes ont ainsi déchargé leur frustration sur leurs Juifs dhimmis, chassant la plupart d’entre eux dans une explosion de purification ethnique. Ils ont aussi fait des réfugiés palestiniens des sortes de nouveaux dhimmis, ils les ont enfermés dans des camps pour en faire une blessure visible et permanente à reprocher continuellement à Israël. Ils ont ainsi pu également y recruter l’avant-garde de ces exclus devenus haineux pour la bataille suivante de leur guerre rédemptrice ».

Le Nouveau Concept Apocalyptique
« Cette politique a atteint son apogée dans les années 1960 avec Nasser conduisant les Arabes dans une autre «guerre finale» avec Israël. Dans les mois précédant le conflit, des foules énormes dansaient dans les rues des villes arabes en prévision de l’élimination d’Israël. L’échec stupéfiant de cette politique a discrédité le nationalisme arabe «laïc» pour longtemps inversant la balance en faveur du fondamentalisme religieux, pour conduire finalement à une réaction explicitement islamique apocalyptique envers les Juifs qui s’exprima dans un millénarisme cataclysmique ».

« Selon cette doctrine, les Musulmans sont à l’aube d’une glorieuse victoire globale pour l’Islam, allant de pair avec une destruction dévastatrice de l’Occident qui commencera par l’anéantissement d’Israël. Alors le monde pourra entrer dans le paisible millénaire du Dar al-Islam mondialisé. Pour beaucoup de Musulmans, Ben Laden est un acteur central de cette bataille cosmique entre les guerriers de la Vérité contre les agents universels de Satan, à savoir l’Occident et particulièrement les Etats-Unis et Israël ».

« Ces concepts sont recyclés de l’époque où l’Islam entamait sa diffusion (7ème-8ème siècles). A cette période, les Musulmans pensaient qu’après avoir détruit les mauvais gouvernements du monde – les empires romains, byzantins et persans – la domination d’Allah serait absolue. Accompagnés par cette idéologie, les Musulmans ont réalisé de nombreuses conquêtes et se sont étendus à la moitié du monde, depuis l’Atlantique jusqu’au Pacifique. Cependant, les temps modernes ont maltraité l’Islam. Particulièrement au temps de l’invasion napoléonienne de 1798-1799, ils durent éprouver et affronter les limites de leur politique. Malgré leur immense richesse pétrolière et économique actuelle, leur infériorité politique reste une source de grande douleur pour le monde arabo-musulman ».

« Le mouvement de globalisation des dernières années du 20ème siècle a rendu ce sentiment d’infériorité d’autant plus douloureux. Ainsi, l’Afrique Subsaharienne fabrique plus de produits finis que le monde arabe. Cette position humiliante a déclenché une révision des perceptions millénaristes dans le monde musulman. Dans cette vision islamique apocalyptique, l’Occident a produit la technologie par laquelle l’Islam le vaincra, ce à quoi il faut ajouter l’idée que la démocratie a rendu le monde musulman vulnérable. Dans la vision utopique de Ben Laden, l’Islamisme – cette partie de l’Islam épuré – est sur le point de gagner la bataille suprême contre l’Occident matérialiste et sécularisé. Le site Internet islamique basé à Londres [www.muhajiroun.com] illustre les formes de l’expansion impériale islamique depuis ses origines pour glisser aisément vers une célébration des attentats du 11 septembre 2001 ».

« Jérusalem est le centre de ce drame apocalyptique musulman, elle est le site du Jugement Dernier. Selon une tradition prophétique ou hadith, la pierre de la Kaabah se transportera de la Mecque jusqu’à Jérusalem. Ainsi, en raison à la fois de la théologie et du code de l’honneur – une sorte «de théologie d’honneur» – Israël constitue le coeur de la bataille apocalyptique finale et totale ».

Violence et Déstabilisation des Démocraties Occidentales
« Le Jihad fonctionne principalement à deux niveaux. Le premier est celui de la violence ouverte, complète et assumée. Cette attitude belliqueuse apparaît dans la plupart des lieux où l’Islam partage une frontière avec une autre culture. Du Nigeria, sur l’Atlantique, à travers l’Afrique subsaharienne pour se retrouver au Soudan et à travers l’Asie jusqu’au Pacifique avec des pôles comme l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande ».

« Dans l’ère globale, le Jihad apocalyptique a intensifié tant sa rhétorique que son action. Il en appelle à de terrifiantes hadiths dans lesquelles la fin est signifiée par un massacre des Juifs de type génocidaire ; par exemple celle qui dit que le moment venu, même les roches et les arbres appelleront «Oh Musulman, il y a un Juif se cachant derrière moi, venez et tuez-le !». D’autres hadiths incluent les Chrétiens dans le carnage. On retrouve ce thème commun au nationalisme laïc des émeutes arabes de la période pré-sioniste : «d’abord les gens de samedi puis les gens de dimanche.» »

« Récemment, une preuve inquiétante suggère que la hadith prétendant qu’à la fin des temps chaque Musulman aura «un Juif ou un Chrétien pour le remplacer dans l’enfer,» a été interprétée pour signifier que chaque Musulman a un Juif – ou un Chrétien – à tuer pour assurer sa rédemption. Durant l’hiver 2003, le jeune français musulman d’origine arabe qui a assassiné et mutilé son voisin d’enfance (un disc-jokey de confession juive couronné de succès) est remonté dans l’appartement de ses parents les mains ensanglantées en disant : «j’ai tué mon Juif, je peux aller au Paradis.»6 »

Une Démopathie

« Le second niveau du Jihad s’exprime dans une violence ouverte provoquant une réaction atterrée de subjugation dans les sociétés modernes, en grande partie Occidentales. Dans ce cas, le Jihadisme, incapable de se battre avec des moyens traditionnels, utilise l’outil linguistique pour saper la démocratie Occidentale de l’intérieur. Pour nommer un tel processus, on a créé l’expression démopathie ».

« Ces musulmans radicaux ne disent pas clairement aux Occidentaux ni aspirer au Jihad ni espérer éliminer leur culture. Ils évitent même d’appeler à la destruction d’Israël ; ils le cachent, en priant l’Occident de les aider à traiter avec les Israéliens si injustes envers eux. Mais dans le même temps, les expressions au travers (ou par le biais) desquelles ils qualifient l’injustice d’Israël envers eux – par exemple, la punition collective en détruisant des maisons – ne peuvent être comparées avec la façon dont les Musulmans se traitent entre eux ou avec la façon dont ils traitent les Israéliens. De nombreux dirigeants arabes punissent impitoyablement toute critique en tuant ceux qui, à leurs yeux, résistent à leur volonté. Un exemple : l’ancien président syrien Hafez El Assad a fait tuer près de 10,000 habitants à Hama parce qu’une organisation, la Fraternité Musulmane, y était devenue trop puissante. Quant à Israël, les assassinats par des terroristes-martyrs contre des civils israéliens sont présentés comme des vengeances et incarnent la forme la plus atroce de la punition collective : le meurtre aléatoire de civils innocents ».

« Deux éléments clefs caractérisent la démopathie : d’abord, la scission radicale entre ce que les démopathes invoquent comme un comportement moral et la façon dont ils se comportent, ensuite la pénétrante croyance en l’existence d’une conspiration, la projection systématique de la mauvaise foi et d’intentions impitoyables sur «l’autre». Saddam Hussein a tué plus de Musulmans qu’aucun autre dirigeant, mais les Musulmans dirigent leur haine exclusivement sur Israël qui a tué moins de Palestiniens au cours des décennies que le Roi Hussein de la Jordanie en un mois ».

« En comparaison de la souffrance physique infligée aux Musulmans par les Chrétiens et par leurs propres dirigeants, on peut dire que les Juifs leur en ont peu infligé. La réelle Naqba infligée par Israël est l’humiliation catastrophique et le coup insupportable porté à la fierté arabe et islamique, défaite par la main d’un ennemi indigne à leurs yeux. Les Arabes essaient de récupérer cette fierté en imaginant une conspiration mondiale dirigée contre eux ».

« C’est à l’Occident qu’il incombe de détecter leurs méthodes et d’exercer des pressions sur ces apologistes prétendant que ces violentes aspirations n’existent pas ou n’existent seulement qu’en réponse à l’agression israélienne. Si l’Occident ne commence pas à défier verbalement des Musulmans et des Arabes le long de ces lignes de front, il sera de plus en plus vulnérable. Beaucoup de personnes ont des difficultés à le dire explicitement parce qu’ils craignent d’être qualifiés de racistes. «Je ne suis pas raciste» semblent-ils dire «Je ne pense pas que les Arabes soient stupides au point de croire pouvoir conquérir le monde entier». Ces démopathes ne croient pourtant pas véritablement que les Arabes changeront et renonceront à leur ambition de détruire Israël et d’imposer la sharia au monde, aussi prétendent-ils que les Arabes ont déjà renoncé à poursuivre des buts si inhumains ».

Le Retour de l’Islam Apocalyptique après 1400 (1979 CE)
« Dans les années 1980, le discours apocalyptique musulman a pris une nouvelle tournure. Si précédemment il était très conservateur, compilant sur le sujet des traditionnelles hadiths, il emprunte désormais des idées et des techniques au monde Occidental – en particulier au millénarisme protestant – incluant une utilisation plus sophistiquée des moyens de communication, tels que brochures et cassettes de sermons. Le Jihadisme a également repris des thèmes occidentaux, tels que les soucoupes volantes ou des textes bibliques, en plus du Coran et des hadith ».

« Il faut souligner que l’approche de la fin du second millénaire de l’ère Chrétienne a influencé le monde musulman : la version musulmane traditionnelle de l’Antéchrist, le Dajjal, devait arriver en 2000. Il s’agissait d’un Juif qui contrôlerait la plus grande partie du monde selon les procédures décrites dans les Protocoles des Sages de Sion. En 2000, il était prévu qu’il prenne d’assaut Sharif Al-Haram et piétine la mosquée d’Al Aqsa. Une guerre apocalyptique suivrait, au cours de laquelle le Dajjal conduirait l’Occident et Israël contre les Musulmans. En lisant attentivement les descriptions dans la presse arabe de la visite de Sharon au Mont du Temple en septembre 2000, on peut noter qu’elles correspondent clairement à cette croyance ».

« L’aspect le plus inquiétant de l’actuelle pensée apocalyptique islamique réside dans toutes ses variantes d’événements cataclysmiques apportant destruction et mort. C’est pourquoi, la plupart des aspects de cette pensée apocalyptique dans le monde arabe – laïc comme religieux – se concentre sur une culture mortifère et sur la figure du martyr tuant au hasard. Ils croient que Dieu attend d’eux la destruction des Juifs, annoncée selon eux par les prophètes hébreux. On le voit, la présente pensée apocalyptique musulmane est loin de soutenir l’affirmation selon laquelle l’Islam est une religion de paix ».

2000: L’Année Tournant

Landes prétend que l’année 2000 fut un tournant. « On peut considérer le deuxième soulèvement palestinien comme l’irruption dans le domaine public du discours apocalyptique islamique qui s’était développé rapidement depuis 1980. Le shahid, le martyr, est devenu une icône centrale. Les Palestiniens ont avec succès transformé Mohammed Al Dura âgé de 12 ans en martyr. Ils en ont fait le saint patron de l’Intifada aussi bien que du Jihad mondial. (Ironiquement, la reconstruction la plus probable de l’affaire d’Al Dura a montré que le cameraman aurait réalisé une mise en scène et – du moins dans la vidéo de la chaîne publique française France2 – ni le garçon ni le père ne sont clairement frappés par des balles.) ».

« Indépendamment de sa source, l’image de Mohammed Al Dura est devenue l’icône d’un discours apocalyptique autour du thème d’une politique de génocide conduite par les Israéliens. Par l’intermédiaire de la chaîne télévisée Al Jazeera – et avec l’acquiescement des Occidentaux – ce battage médiatique d’une guerre apocalyptique a atteint le public arabe à un degré sans précédent, paralysant n’importe quel effort à la modération d’origine officielle ou individuelle ».

« L’urgence apocalyptique croissante, particulièrement enflammée par la seconde Intifada, a provoqué des tueries-suicide à une échelle toujours plus grande, dans des restaurants en Israël, au World Trade Center de New York et maintenant dans plusieurs pays musulmans. Ces criminels ne viennent pas des classes les plus pauvres n’ayant rien à perdre, mais de classes instruites, profondément mécontentes et nourrissant des espoirs millénaristes. A l’instar des Communistes et des Nazis, ils sont, dès le départ, fortement idéologisés dans leurs motivations et traitent la vie humaine – incluant celle de leurs propres membres – avec un mépris absolu ».

Des Intentions génocidaires assumées.

« Sur ce sujet, la rhétorique de l’O.L.P. suit celle de groupes comme le Hamas, plus religieuse. Lorsqu’il s’exprime en arabe, Arafat utilise la langue apocalyptique du martyr et exploite la question de Jérusalem sur le registre théologique. Si nous voulons comprendre pourquoi l’Autorité palestinienne peut tourner ses capacités éducatives et médiatiques vers l’enseignement d’une culture de haine et de mort, sacrifiant leurs enfants au Moloch de l’anti-sionisme, il est intéressant de comprendre la structure apocalyptique de leurs perceptions ».

« Quand les Nazis sont arrivés au pouvoir, ils ont commencé par un lavage de cerveau de la jeunesse allemande avec les théories de la conspiration juive et la promesse que la race aryenne allait gouverner le monde. Beaucoup refusent ce parallèle avec le Jihadisme moderne, soulignant la bien plus grande «efficacité» des Nazis. Cependant, sur ces questions apocalyptiques, le propos n’est pas uniquement de savoir si le projet est réalisable en totalité – les enthousiastes croient aux grands miracles – mais de savoir quelles sont les conséquences des essais pour le mettre en œuvre ; son manque de réalisme importe peu dans ce cas. Plus violent sera le plan, plus dévastateur sera notre échec. De nos jours, les Arabes et les Musulmans sont beaucoup plus francs dans la proclamation de leur intention génocidaire envers les Juifs que les Nazis ne le furent jamais ».

« En attendant, des médias arabes se sont consacrés à la production sophistiquée de matériel apocalyptique, y compris la diffusion de l’antisémitisme le plus virulent, comme des diffamations sanglantes, des reconstitutions des Protocoles, des dessins animés politiques malsains et la proclamation de l’extermination des Juifs comme garantie de salut ».

« Un des aspects les plus inquiétants du développement de ce discours est de constater combien l’Occident l’a encouragé au lieu d’en être choqué. Quand les attentats suicides ont commencé en octobre 2000 – pour venger la mort de Mohammed Al Dura – il y a eu des manifestations pro-palestiniennes en Europe. Certains manifestants ont érigé des mannequins légèrement vêtus portant de prétendues ceintures explosives. On doit s’interroger sérieusement sur la moralité et la santé mentale de ceux qui glorifient ces actes. Il est suicidaire d’approuver de tels actes apocalyptiques violents, car cela revient à légitimer l’idéologie qui les fonde ».

« Tout aussi autodestructrice fut l’empathie libérale largement exprimée vis-à-vis du «désespoir palestinien». «Quel choix ont-ils ?» a-t-on entendu dire. L’échec tragique de 2000 – particulièrement à gauche – fut le stupéfiant silence devant le rejet aberrant d’Arafat d’une offre de paix que l’histoire humaine retiendra malgré lui ».

L’élan du Discours

Landes considère que nous devons être sensibles au développement croissant du discours apocalyptique. « Il est habituel de dire que le Jihadisme est une forme extrémiste, marginale de l’Islam. Pour tenter de comprendre son rôle dans l’actualité, nous devons l’entendre en termes de dynamique apocalyptique : des mouvements millénaristes couronnés de succès – comme les Nazis – et s’étendant depuis les périphéries vers leur centre. Toutes les cultures sont vulnérables face aux messages apocalyptiques, ainsi en est-il du monde arabe désorienté et obsédé par la théorie de la conspiration ; la technologie amplifie énormément l’impact de tels messages. Au lieu de ne toucher que des aires locales, ils peuvent très rapidement atteindre une inquiétante masse des gens ».

« Une fois qu’une telle masse est constituée, ses leaders utilisent la rhétorique apocalyptique, comme l’Autorité palestinienne le fait. Ainsi, ce discours public devient prédominant. Celui qui n’est pas d’accord est sur la défensive et préfère se tenir tranquille ».

Interrogé sur les perspectives d’avenir, Landes explique : « au moins un milliard de Musulmans sont attirés par un scénario millénariste islamique selon lequel ils s’empareront du monde. L’énorme majorité n’est pas encore acquise à la démarche apocalyptique, mais il est fort possible que des Arabes et des Musulmans puissent, partout dans le monde, être balayés par une fièvre d’espoir apocalyptique et de violence. Un tel scénario peut nous sembler ridicule puisque le millénaire ne vient jamais en réalité, mais dans le registre des croyances millénaristes, les conséquences fortuites jouent un rôle principal. Plus le scénario apocalyptique se veut violent et actif, plus ses conséquences peuvent être destructrices, peu importe que ses objectifs paraissent pas ou peu réalistes ».

« L’Occident ne peut pas se permettre d’écarter ces fantaisies parce qu’elles nous semblent peu probables. Nous devons écouter ce que le Jihadistes disent et particulièrement ce qu’ils se disent les uns aux autres. L’Occident doit arrêter d’encourager les penseurs apocalyptiques en feignant d’y voir simplement un ressentiment dû à l’occupation israélienne ou à l’impérialisme américain. Les Jihadistes n’entendent pas notre lancinante autocritique comme un encouragement à la modération mais au contraire, comme une invitation à plus de violence ».

« Surtout, l’Occident doit cesser de permettre et d’encourager ce discours démopathique qui est aussi destructeur pour ceux qui l’utilisent que pour le reste du monde. Nous devons renforcer les Arabes et les Musulmans qui craignent aussi ces forces épouvantables et désirent vivre en paix avec leurs voisins. L’Occident doit cesser d’être en proie à l’anti-sionisme démopathique, il doit identifier les réels modérés dans tous les champs culturels et religieux. Cela doit être fait rapidement, car l’Occident perd chaque jour plus de terrain et les conséquences de son échec seront terribles ».

Entretien par Manfred Gerstenfeld
Traduit de l’anglais par Barbara Lefebvre

* * *

Notes

1. Norman Cohn, Warrant for Genocide (Harper & Row, New York, 1967).
2. Aviezer Ravitsky, Messianism, Zionism, and Jewish Religious Radicalism (Chicago U. Press, Chicago, 1995).
3. David Cook, Studies in Muslim Apocalyptic (Darwin Press, Princeton, 2002).
4. Cook does not treat this tradition in his book. See Yohanan Friedman, Prophecy Continuous (University of California Press, 1989).
5. See Fouad Ajami, The Vanished Imam (Cornell U. Press, Ithaca, 1987).
6. www.frontpagemag.com/Articles/ReadArticle.asp?ID=11062.

http://www.jcpa.org/JCPA/Templates/ShowPage.asp?DRIT=3&DBID=1&LNGID=1&TMID=111&FID=624&PID=0&IID=1755&TTL=Jihad,_Apocalypse_et_Antis%C3%A9mitisme

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