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Publié par Dreuz Info le 27 avril 2010

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Par Michel Gurfinkiel

« La carte n’est pas le territoire », disait le logicien américano-polonais Albert Korzybski. Géologique, d’état-major, routière, politique, elle « représente » l’espace de façon sélective, donc approximative. Mais le plus souvent, nous oublions cette vérité d’évidence. Le réveil, au détour du chemin, est rude.

Un premier exemple, emprunté à l’actualité : la crise belge. Nos cartes nous disent que l’Union européenne est un vaste espace de paix, de démocratie, de liberté et de fraternité. Et que Bruxelles en est la capitale.

Mais le territoire dit autre chose. Que Bruxelles est aussi la capitale de la Belgique, pays qui a peu à peu implosé dans la seconde moitié du XXe siècle sous la double pression des féodalités politiciennes, syndicales, idéologiques, des nationalismes linguistiques flamand et wallon, de la démographie et d’obscures pulsions de revanche et de lutte des classes remontant au moins au Moyen-Age. Que, du fait de ce délitement progressif de l’Etat belge, Bruxelles est devenue une enclave francophone dans une région flamingante. Que le cœur de l’agglomération – Bruxelles-Capitale – , pour des raisons purement idéologiques, sinon démagogiques, a été déclaré bilingue. Que quelques quartiers francophones subsistent à proximité immédiate, mais en zone flamande. Que les Flamands n’en finissent pas d’exiger leur « normalisation », c’est à dire leur défrancophonisation forcée. Que, l’un dans l’autre, cette crise conduit à la chute du gouvernement belge, et à la remise en question, une fois de plus de l’existence même de la Belgique en tant que nation. Et surtout, que l’Europe n’en peut mais. Ni les Flamands ni les Wallons ne pensent à elle dans cette querelle. Ni sa Commission, ni son Parlement, tout bruxellois qu’ils soient, n’osent s’en mêler, même quand les extrémistes flamingants violent le plus naturel des droits de l’homme, celui de parler sa langue natale.

Deuxième exemple d’actualité, la Kabylie. La carte nous dit que c’est une petite région montagneuse située au nord de l’Algérie, où la population parle un dialecte berbère.

Le territoire dit que c’est un pays de quelque 40 000 kilomètres carrés (une fois et demi la Belgique, trois fois la Flandre, trois fois la Wallonie) situé au nord de l’ « Etat failli » par excellence, mi-totalitaire, mi-mafieux, et totalement non-fonctionnel, l’Algérie « arabo-islamique » . Mais aussi une nation de dix millions d’âmes. Cinq millions d’habitants, tous Kabyles, en Kabylie. Deux autres millions de Kabyles dans le Grand Alger, sur cinq millions. Un à deux millions de Kabyles en France. Historiquement, la Kabylie fut le principal foyer de résistance à la colonisation française. Pendant la guerre d’indépendance, de 1954 à 1962, les maquis kabyles ont fourni 80 % de la force de frappe du FLN. Mais après l’indépendance, ce dernier, rallié sous l’influence d’Ahmed Ben Bella au nationalisme arabo-islamique, a mis la Kabylie au pas, pendant une guerre civile de plus d’un an, de l’automne 1963 à l’été 1964. La langue berbère était interdite. Le rôle de la Kabylie dans la guerre d’indépendance, nié. La réalité d’un peuple qui se voulait profondément algérien, bafouée.

Les Kabyles se sont réveillés voici trente ans, quand l’Etat-FLN commençait à se désintégrer sous le poids de son ineptie, au printemps 1980. Manifestations, répression : des centaines de morts. Depuis, la Kabylie vit en état de sécession virtuelle. Un puissant mouvement autonomiste, dirigé par un chanteur-poète, Ferhat Mehenni, milite de manière non-violente pour la création d’un Etat kabyle laïque, doté d’une large autonomie, qui pourrait être à l’Algérie ce que le Québec est au Canada. Mehenni procède par étapes depuis le début de l’année. Voici dix jours, pour célébrer les trente ans du printemps kabyle ou berbère, il a proclamé un gouvernement provisoire kabyle. Des dizaines de milliers de personnes manifestaient au même moment en sa faveur à Tizi-Ouzou et dans les grandes villes de Kabylie.

Mais la carte dit : Algérie. La classe politique européenne, et notamment la classe politique française, qui devrait être un peu mieux informée, voient donc le problème kabyle sans le voir. Au mépris de leurs principes. Au mépris de leurs intérêts aussi. Un Etat kabyle laïque et non-violent apporterait de la sérénité au Maghreb et par voie de conséquence à la France et à l’Europe. Mais « il n’est pas sur la carte ». Et pour les princes qui nous gouvernent, c’est la carte qui vaut. Jusqu’à ce que le territoire se venge, bien entendu.

La carte avait déjà été invoquée contre le territoire à Munich, en 1938, contre la Tchécoslovaquie. Avec les conséquences que l’on sait. La leçon ne cesse d’être rabâchée, mais personne ne croit qu’elle s’applique à lui. Comment l’Union européenne, qui ignore ce qui se passe littéralement sous ses yeux à Bruxelles, ose-t-elle préconiser un « partage » de Jérusalem ? Comment la même Union, aveugle devant les Kabyles, ose-t-elle se mêler du droit des Juifs à Israël ?

© Michel Gurfinkiel, 2010

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