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Publié par Dreuz Info le 30 avril 2010

Ding Dong pour Hans Küng

Vendredi 30 avril 2010 – 16 Iyyar 5770

Comme c’est amusant. Lorsque Hans Küng ouvre la bouche ou prend sa plume, le monde médiatique s’extasie. Mais lorsque George Weigel répond à Hans Küng, le monde médiatique devient sourd et aveugle. Pourtant, Küng vaut ce qu’il vaut. Ni plus, ni moins. Tandis que George Weigel, il est, avec Norman Podhoretz et quelques autres, un des maîtres à penser du courant conservateur et néo-conservateur. On va dire que Küng est théomédiatique, qu’il est à la mode, qu’il est de ce monde, et que par conséquent, il est forcément publié dans Le Monde. Et on va dire que Weigel est éternel. A ce propos justement, Küng a récemment gesticulé contre l’Eglise. Encore. Mais cette fois, Weigel a trouvé le temps de lui répondre. J’en éprouve de la compassion pour Frère Hans. Et de l’amitié pour Frère George.

Michel Garroté

Lettre ouverte à Hans Küng

21 avril 2010

Par George Weigel

Dr. Küng,

Il y a une décennie et demi, un de vos anciens collègues, qui comptait parmi les plus jeunes théologiens progressistes de Vatican II m’a parlé d’un avertissement amical qu’il vous avait adressé au début de la deuxième session du Concile. En ces jours grisants, ainsi que ce savant et distingué bibliste, promoteur de la réconciliation entre juifs et chrétiens s’en souvenait, vous utilisiez, pour vous promener autour de Rome, une Mercedes décapotable d’un rouge voiture-de-pompier, que votre ami présumait être l’un des fruits du succès commercial de votre livre, « The Council: Reform and Reunion ». Cet « étalage » automobile avait frappé votre collègue comme une auto-publicité imprudente et inutile, étant donné que certaines de vos opinions les plus aventureuses, et votre talent pour ce qu’on appellera plus tard les « petites phrases » (sound bite), faisaient déjà hausser les sourcils, et hérissaient, à la Curie romaine. Ainsi, comme l’histoire m’a été racontée, votre ami vous a pris à part un jour et vous a dit, utilisant un terme français connu de vous deux “Hans, you are becoming too evident” (que je traduirais par « tu commences à trop la ramener »).

Comme l’homme qui à lui seul inventa un nouveau type de figure « globale » – le théologien-dissident-star médiatique internationale – je pense que vous n’avez pas été trop affligé par la mise en garde de votre ami. En 1963, vous étiez déjà déterminé à vous frayer un chemin singulier, et vous connaissiez suffisamment les médias pour savoir qu’une presse mondiale obsédée par l’histoire digne du slogan « man-bites-dog » (un homme qui mord un chien) du prêtre-théologien dissident, vous donnerait un mégaphone pour exposer vos vues. Vous étiez, je crois, dépité que le défunt Jean-Paul II, pour démanteler ce scénario, ait annulé votre mandat ecclésiastique d’enseigner comme professeur de théologie catholique; par la suite, votre dénigrement hargneux de l’infériorité intellectuelle présumée de Karol Wojtyla, dans un volume de vos mémoires se rangeait, jusqu’à ces derniers temps, comme le creux (niveau zéro) d’une carrière polémique dans laquelle vous êtes devenu très « évident » comme un homme capable de concéder peu d’intelligence, de décence, ou de bonne volonté à ses adversaires.

Je dis « jusqu’à ces derniers temps », cependant, parce que votre lettre ouverte du 16 avril aux évêques du monde, que j’ai lu d’abord dans le Irish Times, établit de nouveaux standards pour cette forme particulière de haine connue sous le nom de odium theologicum et pour une condamnation mesquine d’un vieil ami qui, lors de son accession à la papauté, avait été généreux avec vous, tout en encourageant des aspects de votre travail actuel.

Avant de passer à votre atteinte à l’honneur (l’intégrité) du Pape Benoît XVI, cependant, permettez-moi de constater que votre article rend douloureusement évident que vous ne vous êtes pas été trop soucié des questions sur lesquelles vous vous prononcez avec un air d’infaillible confiance en vous qui ferait monter le rouge aux joues de Pie IX. Vous semblez allègrement indifférent au chaos doctrinal que connaît une grande partie du protestantisme européen et nord-américain, ce qui a créé des circonstances dans lesquelles un dialogue œcuménique théologiquement sérieux est devenu gravement menacé.

Vous prenez pour argent comptant les attaques les plus enragées contre Pie XII, ignorant de toute évidence que le poids des études récentes déplace le débat en faveur du courage de Pie XII dans la défense des Juifs d’Europe (quoi qu’on puisse penser de son exercice de la prudence). Vous dénaturez les effets du discours de Benoît XVI en 2006 à Ratisbonne, que vous rejetez comme « caricature » de l’islam. En fait, la leçon de Ratisbonne a recentré le dialogue catholique-musulman sur les deux questions complexes que cette conversation a un besoin urgent d’engager: la liberté religieuse comme un droit humain fondamental qui peut être connu par la raison, et la séparation des pouvoirs religieux et politiques dans l’état, au vingt-et unième siècle.

Vous semblez inconscient de ce qui fait effectivement obstacle au VIH / SIDA en Afrique, et vous vous accrochez au mythe éculé de la « surpopulation » à un moment où les taux de fécondité sont en baisse partout dans le monde et où l’Europe est entrée dans un hiver démographique. Vous semblez oublieux de la preuve scientifique sous-jacente à défense par l’Eglise du statut moral de l’embryon humain, tout en accusant de façon erronée l’Eglise catholique de s’opposer à la recherche sur les cellules souches.

Pourquoi ne connaissez-vous pas tout cela ? Vous êtes de toute évidence un homme intelligent; vous avez déjà fait autrefois des travaux novateurs en théologie œcuménique. Qu’est-ce qui vous est arrivé?  Ce qui s’est passé, selon moi, c’est que vous avez raté la discussion sur le sens et l’herméneutique correcte du Concile Vatican II. C’est ce qui explique pourquoi vous poursuivez sans relâche depuis cinquante ans votre quête d’un catholicisme libéral protestant, précisément au moment où le projet libéral protestant est en plein effondrement de par son incohérence théologique. Et c’est pourquoi vous vous êtes désormais engagé dans un processus de diffamation (in a vicious smear) contre un autre ancien collègue de Vatican II, Joseph Ratzinger. Avant d’aborder cette diffamation, permettez-moi de continuer brièvement sur l’herméneutique du Concile.

Si vous n’êtes pas le représentant le plus accompli théologiquement de ce que de Benoît XVI appellait l’herméneutique « de rupture » dans son discours de Noël 2005 à la Curie romaine, vous êtes, sans doute, le membre le plus visible au niveau international de cette génération (« aging group ») qui continue d’affirmer que la période 1962-1965 a marqué un passage décisif dans l’histoire de l’Église catholique: le moment d’un nouveau commencement, où la tradition serait détrônée de sa place habituelle comme source première de réflexion théologique, pour être remplacée par un christianisme qui laisserait de plus en plus « le monde » fixer les priorités (l’agenda) de l’Eglise (as a motto of the World Council of Churches then put it – ?).

La bataille entre cette interprétation du Concile, et celle avancée par les pères du Concile comme Ratzinger et Henri de Lubac, divisèrent le monde théologique catholique post-conciliaire en deux factions, en guerre par revues interposées: Concilium pour vous et vos collègues progressistes, Communio pour ceux que vous continuez à appeler «réactionnaires». Que le projet de Concilium soit devenu de plus en plus improbable au fil du temps et que la jeune génération de théologiens, en particulier en Amérique du Nord, gravitait vers l’orbite Communio n’a pas dû être une expérience heureuse pour vous. Et que le projet Communio ait orienté de façon décisive les débats du Synode extraordinaire des évêques de 1985, convoqué par Jean-Paul II pour célébrer la réussite de Vatican II et évaluer sa mise en œuvre complète au vingtième anniversaire de sa conclusion, doit avoir été un autre coup.

Pourtant, je me hasarde à supposer que le fer a vraiment plongé dans votre âme le 22 Décembre 2005, lorsque le nouveau Pape Benoît XVI – l’homme dont vous aviez arrangé autrefois la nomination à la faculté de théologie de Tübingen – s’adressa à la Curie romaine et suggéra que le débat était clos, et que « l’herméneutique conciliaire de la réforme », qui supposait la continuité avec la grande tradition de l’Église, l’avait emporté sur « l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture ». Tout en buvant une bière avec Benoît XVI à Castel Gandolfo durant l’été 2005, peut-être aviez-vous fini par imaginer que Ratzinger avait changé d’avis sur cette question centrale. Il est évident qu’il ne l’avait pas fait. Que vous ayez pu imaginer qu’il pourrait accepter votre point de vue sur ce qu’un « renouvellement continu de l’Eglise » impliquerait me laisse franchement perplexe.

Et votre analyse de la situation catholique contemporaine ne devient pas davantage plausible quand on lit, plus loin dans votre dernière bordée de la page « opinions », que les papes récents ont été des « autocrates » contre les évêques; là encore, on se demande si vous avez été suffisamment attentif. Car il semble évident que Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont été douloureusement réticents – certains diraient malheureusement réticents – à mettre au pas les évêques qui se sont montrés incompétents ou malfaisants et ont perdu la capacité d’enseigner et de guider pour cette raison: une situation dont nous sommes nombreux à souhaiter qu’elle change, et qu’elle change rapidement, à la lumière des récentes polémiques.

Dans un certain sens, bien sûr, aucune de vos récriminations familières au sujet de la vie catholique post-conciliaire n’est nouvelle. Suivre la ligne que vous persistez à nous conseiller semble toutefois de plus en plus contre-intuitif (contraire à l’intuition) pour quelqu’un qui se préoccupe réellement de l’avenir de l’Eglise catholique comme témoin de la vérité de Dieu pour le salut du monde: qu’un catholicisme crédible doive fouler le même chemin que celui emprunté dans les dernières décennies par diverses communautés protestantes qui, sciemment ou non, ont suivi l’un ou l’autre de vos conseils d’adopter une herméneutique de rupture avec la grande tradition du christianisme. Pourtant, c’est l’idée fixe que vous avez adoptée depuis l’époque où un de vos collègues s’inquiétait de vous voir devenir trop « évident ». Et comme cette attitude vous a gardé « évident », au moins sur les pages « opinion » des journaux qui partagent votre lecture de la tradition catholique, je suppose que c’est trop demander que d’espérer vous voir changer ou au moins modifier votre point de vue, même si toutes les données empiriques dont on dispose donnent à penser que le chemin que vous proposez est le chemin vers l’oubli pour les églises.

Ce qu’on peut attendre, toutefois, c’est que vous vous comportiez avec un minimum d’honnêteté et une décence élémentaire dans les controverses dans lesquelles vous vous engagez. Je comprends la odium theologicum, comme tout le monde, mais je dois, en toute franchise, vous dire que vous avez franchi une ligne qui n’aurait pas dû être franchie dans votre article récent, quand vous avez écrit ce qui suit :  On ne peut nier que le système de camouflage mondialisé des cas de déviance sexuelle dus à des membres du clergé a été géré par la Congrégation pour la doctrine de la foi, où ceux-ci étaient centralisés dans le plus grand secret, autrement dit par le cardinal Ratzinger (qui l’a dirigée de 1981 à 2005). Ceci monsieur, n’est pas vrai. Je me refuse à croire que vous saviez que c’était faux et que vous l’avez écrit malgré tout, car cela signifierait que vous vous êtes vous-même volontairement condamné comme menteur.

Mais dans l’hypothèse où vous ne saviez pas que cette phrase est un tissu de mensonges, alors vous êtes si manifestement ignorant de la façon dont les compétences sur les cas d’abus étaient attribués par la Curie romaine avant la prise de contrôle du processus par Ratzinger, les plaçant sous la compétence de la CDF en 2001, que vous avez perdu toute prétention à être pris au sérieux sur cette question, ou même toute autre question concernant la Curie romaine et le gouvernement central de l’Eglise catholique.

Comme vous ne le savez peut-être pas, j’ai été un vigoureux, et je l’espère responsable, critique de la façon dont les cas d’abus ont été (mal)traités par les évêques individuels et par les autorités de la Curie avant la fin des années 1990, lorsque le cardinal Ratzinger a commencé à se battre pour un changement majeur dans le traitement de ces cas. (Si vous êtes intéressé, je vous renvoie à mon livre de 2002, Le courage d’être catholique: crise, réforme et futur de l’Eglise). C’est pourquoi je parle avec une certaine assurance, sur mon terrain, quand je dis que votre description du rôle de Joseph Ratzinger comme cité ci-dessus n’est pas seulement ridicule pour quiconque connaît l’histoire en relation avec ce sujet, mais elle est démentie par l’expérience des évêques américains, qui ont systématiquement trouvé Ratzinger prévenant, serviable, profondément préoccupé par la corruption du sacerdoce par une petite minorité d’abuseurs, et affligé par l’incompétence ou la malfaisance d’évêques qui ont pris les promesses de la psychothérapie beaucoup plus au sérieux qu’ils ne l’auraient dû, ou ont manqué de courage moral pour affronter ce qui devait être affronté.

Je reconnais que les auteurs n’écrivent pas les sous-titres parfois effroyables qui sont placés dans les « opinions ». Néanmoins, vous signez un texte au vitriol lui-même tout à fait indigne d’un prêtre, d’un intellectuel, ou d’un gentilhomme, qui a permis à la rédaction de l’Irish Times de plaquer sur votre article: « Le pape Benoît a empiré la situation dans tout ce qui ne va pas dans l’Eglise catholique et il est directement responsable d’avoir organisé au niveau mondial la dissimulation des viols d’enfants commis par des prêtres, selon cette lettre ouverte à tous les évêques catholiques ». Cette grotesque falsification de la vérité montre peut-être jusqu’où lodium theologicum peut mener un homme. Ce n’en est pas moins honteux.

Permettez-moi de suggérer que vous devez au Pape Benoît XVI des excuses publiques, pour ce qui est, objectivement parlant, une calomnie dont je prie qu’elle soit dûe en partie à l’ignorance (sinon l’ignorance coupable). Je vous assure que je suis engagé dans une réforme profonde de la Curie romaine et de l’épiscopat, des projets que j’ai décrits en détail dans God’s Choice :  Pope Benedict XVI and the Future of the Catholic Church, dont je serais heureux de vous envoyer une copie en Allemagne. Mais il n’y a pas de chemin vers une véritable réforme dans l’Eglise qui ne passe dans la vallée escarpée et étroite de la vérité. La vérité a été massacré dans votre article de l’IrishTimes. Et cela signifie que vous avez fait reculer la cause de la réforme.

Avec l’assurance de mes prières,

George Weigel

Texte original :

http://www.firstthings.com/onthesquare/2010/04/an-open-letter-to-hans-kung

Texte français :

http://benoit-et-moi.fr/2010-I/0455009cf20864101/0455009d6a0864201.html

La prose de Küng :

http://benoit-et-moi.fr/2010-I/0455009cf20864101/0455009d680db4701.html

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