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Publié par Dreuz Info le 3 mai 2010

  

  

  

  

Vous avez dit J Call ?  Par Michel Gurfinkiel

  

www.michelgurfinkiel.com

  

http://www.michelgurfinkiel.com/articles/292-Communautes-juives-Quest-ce-que-J-Call.html

  

Communautés juives / Vous avez dit J Call ?

  

Derrière cette nouvelle « organisation juive européenne », une « organisation juive américaine », J Street. Edifiant.

  

PAR MICHEL GURFINKIEL

  

En anglais, on dit J Call (djè kol), et en franglais J Call (ji kol). En bon français, cela pourrait se traduire par L’Appel J. Cette organisation, qui se présente comme un rassemblement de« citoyens européens juifs »,  entend en effet lancer un Appel à la raison – c’est le titre de son manifeste, publié voici quelques jours – afin de promouvoir une paix au Proche-Orient fondée sur le principe « deux peuples, deux Etats », mais aussi sur trois autres considérations :

  

– la politique israélienne actuelle, caractérisée comme « la poursuite de l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est », constituerait « une erreur politique et une faute morale » et même un « danger » pour l’existence du pays ;

  

– il « importe » donc que « l’Union européenne, comme les Etats-Unis, fasse pression sur les deux parties » ;

  

– « L’alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l’encontre des intérêts véritables de l’État d’Israël. »

  

A ce jour, quelques milliers de personnes ont apporté leur soutien à cet appel, y compris quelques intellectuels de renom. En revanche, la plupart des grandes organisations communautaires ont exprimé leur désaccord. C’est notamment le cas, en France, du Crif, par la voix de son président Richard Prasquier, et du Consistoire central, par celle de son président Joël Mergui. Selon ces critiques, le texte de J Call présente de façon caricaturale, donc mensongère, la politique d’Israël et de ses gouvernements successifs. Mais ce qui leur paraît plus choquant encore, c’est d’appeler à des pressions qui, par la nature des choses, ne frapperaient que l’Etat juif et surtout de s’arroger le droit de décider à la place des Israéliens – peuple doté d’institutions démocratiques – de leurs « intérêts véritables ».

  

Il est peut-être utile de replacer les choses dans leur contexte. J Call n’a pas surgi par génération spontanée. C’est la transplantation en Europe d’une organisation portant le nom, analogue sinon identique, de J Street (La Rue J). Que savons-nous de cette dernière ?  La première mention d’une organisation « ayant pour but de faire pression sur les gouvernements américain et israélien en vue de parvenir une solution négociée au problème israélo-arabe fondée sur le principe de deux Etats » date du 21 octobre 2006. Elle figure dans un article du National Journal, un journal politique non-partisan et bien informé. Selon ce texte, « un groupe de personnalités juives américaines » travaillerait à la constitution d’une telle organisation. Il est notamment question de Jeremy Ben-Ami, qui est aujourd’hui le directeur exécutif de J Street mais qui occupe alors les fonctions de « senior vice-president » d’une société de relations publiques, Fenton Communications. Ainsi que de Morton Halperin, qui dirige un institut politique appartenant au financier George Soros.

  

En tant que tel, J Street a été fondé en avril 2008, au moment où Barack Obama est en train de gagner les primaires démocrates. Soros est, on le sait, l’un des principaux donateurs du sénateur de l’Illinois. L’organisation prend sa vitesse de croisière à l’automne 2008, après la victoire d’Obama. Trois remarques à ce sujet. Tout d’abord, il n’y a pas un mais trois J Street :

  

– l’organisation proprement dite, qui correspond à ce que l’on appelle en France une « association formée sous le régime de la loi de 1901 » ;

  

– le J Street Political Action Committee, qui peut intervenir dans le processus politique, notamment en soutenant financièrement un homme ou une femme politique ;

  

– le J Street Educational Fund, qui anime les branches locales du mouvement et sa section universitaire et qui soutient divers « programmes éducatifs » à caractère politique en Israël et dans les Territoires palestiniens.

  

Cette superposition – pratique politicienne classique – permet d’agir sur divers tableaux. Et de cacher les véritables dirigeants derrières les dirigeants nominaux des sous-organisations. Deuxième remarque, cohérente avec la première : le personnel visible des différentes branches de J Street, à commencer par Ben-Ami, comporte avant tout des professionnels salariés, ayant occupé des postes similaires dans des organismes gouvernementaux ou privés (y compris des institutions communautaires) ou issus de sociétés de communication politique. Ce qui implique à la fois qu’ils savent travailler et, là encore, qu’ils ne sont pas les véritables maîtres de l’opération, mais des exécutants.

  

Quelle a été la politique de J Street depuis sa création ?

  

L’organisation agit toujours en symbiose avec l’administration Obama : elle n’a formulé aucune critique, même courtoise, aucune réserve, même mesurée, sur quelque point que ce soit de l’action du président actuel. Echange de bons procédés : la Maison Blanche l’a imposée dès 2009, après un an d’existence seulement, comme une organisation juive nationale de plein droit au cours de réunions bilatérales avec les institutions juives traditionnelles : une pratique exorbitante, dénoncée par les intéressées.

  

J Street a toujours été critique à l’égard d’Israël et toujours bienveillant à l’égard des adversaires d’Israël. Dès le 28 décembre 2008, c’est à dire vingt-quatre heures seulement après le début des opérations israéliennes contre le Hamas à Gaza, J Street lançait une pétition nationale contre ces dernières aux Etats-Unis. Au printemps 2009, la communauté juive du Maryland ayant pris ses distances vis à vis de la députée démocrate afro-américaine Donna Edwards, dans la mesure où celle-ci avait refusé de s’associer à une motion de soutien à Israël à la Chambre des Représentants, J Street a pris la défense de l’intéressée et s’est vanté de « réunir 15 000 dollars pour elle en quatre heures, en faisant appel à 270 contributeurs ».

  

J Street publie périodiquement des sondages d’opinion qui semblent justifier son action. Mais ces sondages sont réalisés par Jim Gerstein, de la firme Gerstein/Agne. Et ce dernier, dans les démarches administratives discrètes qui ont assuré la création de J Street, apparaissait comme l’un des premiers vice-présidents de l’organisation.

  

J Street est-elle une organisation juive ? Ce qui est certain, c’est qu’elle vise la communauté juive et qu’à cette fin ses activistes officiels sont juifs. Mais deux de ses sous-organisations, le Political Action Committee et l’Educational Fund, sont tenus par la loi américaine de fournir la liste de leurs adhérents ou donateurs. On découvre parmi eux des personnalités d’origine arabe ou musulmane, ou travaillant en tant que salariés (registered agents) pour des pays arabes ou musulmans. Entre autres Richard Abdoo, lié aux organisations militantes American Arab Institute (AAI) ou Amistead, et Genevieve Lynch, membre du bureau du National Iranian American Council (Niac), une association considérée comme l’ambassade officieuse de la République islamique d’Iran aux Etats-Unis.

  

Ces données factuelles méritent réflexion. Même quand on est philosophe ou prix Nobel.

  

© Michel Gurfinkiel, 2010

   

   

   

   

   

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