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Publié par Dreuz Info le 10 juin 2010

 

 

Erdoğan (à gauche) et Ahmadinejad sont-ils les meilleurs amis du monde ?

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La Turquie islamiste dépasse les bornes, par Daniel Pipes, publié avec son aimable autorisation.

Adaptation française: Johan Bourlard.



Telle une mise en scène typique des islamo-gauchistes pour délégitimer Israël, la flottille sponsorisée par la Turquie pour « libérer Gaza », fin mai, fut ennuyeusement répétitive. Telle une illustration de l’incompréhension, par les Israéliens, du type de guerre auquel ils doivent désormais faire face, l’issue en était tristement prévisible. Cependant, tel un exposé des méthodes de la Turquie et tel un présage de l’avenir de l’islamisme, elle fut saisissante par sa nouveauté et ses implications.



Un peu d’histoire : après 150 ans de vains efforts de modernisation, l’Empire Ottoman finit par s’effondrer en 1923, et fit place à une République turque dynamique, tournée vers l’Occident, fondée et dominée par un ancien général ottoman, Kemal Atatürk. Ensuite, pendant quinze ans, soit jusqu’à sa mort en 1938, Atatürk imposa un programme d’occidentalisation tellement rigoureux qu’il alla jusqu’à remplacer les tapis des mosquées par des bancs semblables à ceux des églises. Malgré une Turquie musulmane à près de 100 pour cent, il insista pour que l’État soit complètement sécularisé.



Atatürk ne gagna jamais toute la population turque à sa cause et, avec le temps, la république laïque qu’il avait fondée dut s’accommoder des sentiments de la piété musulmane. Néanmoins, le régime d’Atatürk se maintint jusqu’aux années 1990, sous l’œil vigilant des officiers de l’armée qui accordèrent la priorité au maintien en vie de sa mémoire et au blindage de la laïcité.



Les islamistes furent pour la première fois représentés au parlement au début des années 1970. À l’époque, leur leader, Necmettin Erbakan, fut à trois reprises vice-Premier ministre. Comme les grands partis politiques turcs perdirent leur légitimité à la suite de scandales mêlant égoïsme et corruption, Erbakan poursuivit sur sa lancée et devint Premier ministre durant un an, en 1996-1997, jusqu’à ce que l’armée s’impose et le mette hors jeu.



Certains des lieutenants d’Erbakan, plus habiles et ambitieux, formèrent en août 2001, avec Recep Tayyip Erdoğan à leur tête, un nouveau parti politique islamiste, Adalet ve Kalkınma Partisi ou AKP. À peine un an plus tard, le parti remporta, d’une manière retentissante, une majorité relative de 34 pour cent des suffrages et, par les caprices du système électoral turc, établit sa domination sur le parlement avec 66 pour cent des sièges.



Erdoğan devint Premier ministre et, en récompense d’une bonne gestion, l’AKP fut réélu en 2007, emportant une part nettement plus importante encore des suffrages. Avec un mandat renouvelé et une armée mise de plus en plus sur la touche, le parti mit sur pied, non sans agressivité, des théories du complot aussi fausses que minutieuses, condamna un observateur politique critique à une amende de 2,5 milliards de dollars et fixa sur une bande vidéo les aventures galantes compromettantes d’un leader de l’opposition. À présent, le gouvernement de l’AKP entreprend de modifier la constitution.



La politique étrangère, menée par le ministre Ahmet Davutoğlu, qui souhaite faire retrouver à la Turquie son leadership d’antan au Moyen-Orient, a dépassé les bornes de façon encore plus flagrante. Ankara a non seulement adopté une attitude plus belliqueuse envers Chypre mais s’est aussi immiscée de façon téméraire dans des questions aussi sensibles que le programme nucléaire iranien et le conflit israélo-arabe. Et le plus étonnant dans tout cela, c’est son soutien à l’IHH, une association « caritative » propre à la Turquie et dont les liens avec Al-Qaïda sont avérés.



Si l’attitude irresponsable d’Ankara a des implications inquiétantes pour le Moyen-Orient et l’Islam, elle a également un côté apaisant. Les Turcs ont été aux avant-postes du développement de ce que j’appelle « Islamisme 2.0 », la version populaire, légitime et non violente de ce que l’Ayatollah Khomeiny et Oussama Ben Laden ont essayé de réaliser par la force au moyen d’Islamisme 1.0. J’ai prédit que la forme insidieuse de l’islamisme d’Erdoğan « peut menacer le mode de vie civilisé, et même plus que ne le fait la brutalité de 1.0 ».




Fethullah Gülen désapprouve.

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Mais l’abandon de cette modestie et cette prudence initiales suggère que les islamistes ne peuvent s’en empêcher et que la brutalité inhérente à l’islamisme doit finalement resurgir, que la variante 2.0 doit revenir à la version 1.0 d’origine. Comme le postule Martin Kramer, « au plus les islamistes sont éloignés du pouvoir, au plus ils se retiennent, et inversement. » Cela signifie que l’islamisme constitue un opposant moins redoutable qu’il ne pourrait l’être, et ce pour deux raisons. 



Premièrement, la Turquie héberge le mouvement islamiste le plus sophistiqué au monde, qui comprend non seulement l’AKP mais aussi le mouvement de masse de Fethullah Gülen, la machine de propagande Adnan Oktar et bien d’autres. La nouvelle agressivité de l’AKP a causé des dissensions. Gülen, par exemple, a condamné publiquement la farce « Libérez Gaza », ce qui laisse penser qu’une lutte interne débilitante pourrait avoir lieu à propos de la stratégie à adopter.



Deuxièmement, s’il fut un temps où seule une poignée d’analystes reconnaissaient les conceptions islamistes d’Erdoğan, ce fait apparaît désormais de façon évidente et manifeste au monde entier. Sans aucun motif, Erdoğan a délaissé son image soigneusement travaillée de « démocrate musulman » pro-occidental, ce qui a permis d’autant plus facilement de le traiter comme un allié de Téhéran et de Damas, ce qu’il est effectivement.



Conformément aux visées de Davutoğlu, la Turquie a regagné le cœur du Moyen-Orient et de l’oumma. Dès lors, elle ne mérite plus de faire partie intégrante de l’OTAN et ce sont les partis d’opposition qui méritent d’être soutenus.


Daniel Pipes


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Le texte original se trouve ici 


 

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