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Publié par Guy Millière le 11 juin 2010

 

 

Mer Morte

 

Rentrant d’un séjour aux Etats-Unis, où, pour ma propre salubrité mentale, je suis de plus en plus souvent, j’ai été frappé une fois de plus par le fossé qui se creuse et qui sépare d’une manière de plus en plus abyssale les deux rives de l’Atlantique. Malgré l’administration Obama, malgré la prédominance des tenants du politiquement correct dans les grands médias, malgré l’influence de la gauche universitaire, il reste, à la télévision, dans les librairies, dans les magazines américains un effectif pluralisme, un respect minimal de certaines règles déontologiques, des capacités d’indignation et une aptitude à discerner que certaines limites ne peuvent être franchies sans qu’on glisse vers l’innommable. Rien de tout cela en France.

 

 

world-turned-upside-down

Si les titres de presse sont différents, sur de nombreux sujets, le contenu est identique et  prend  toutes les nuances de gris qui peuvent être celles d’une pensée anéantie jusqu’à ressembler au béton. Si les journalistes qui parlent à la radio ou à la télévision sont innombrables, on croirait, à de rares exceptions près, qu’ils se passent de main en main la même copie indigente et usagée. La déontologie reste un mot, et, comme l’écrit la journaliste britannique Melanie Phillips dans son dernier livre, The World Turned Upside Down, Le monde sans dessus dessous, les rumeurs sont présentées comme des faits, et les faits sont présentés comme des rumeurs. L’indignation est très sélective et présente des ressemblances avec celle qu’on rencontrait dans Je suis partout en des années nauséabondes et qu’on aurait pu espérer révolues. Les limites n’existent plus, et l’innommable devient banal.

 

Dès l’aéroport où je me suis arrêté quelques instants, j’ai pu voir des titres tels que « Israël : la honte » ou « Israël : l’abomination », et d’autres titres obstinément louangeurs sur un occupant de la Maison Blanche que nul, de Washington à Los Angeles, n’oserait traiter de manière aussi servile sans craindre le ridicule. En rentrant chez moi et en allumant la télévision, je suis tombé su un entretien entre Laurence Ferrari parée d’un tchador et Mahmoud Ahmadinejad au cours de laquelle celui-ci a pu déverser des mensonges ineptes par tombereaux entiers sans se trouver contredit un seul instant.

 

Il m’est souvent arrivé de penser que l’Union Soviétique, si elle était un système abominable et meurtrier, présentait au moins un infime avantage pour ses victimes : celles-ci savaient qu’on leur mentait, qu’il valait mieux utiliser les journaux pour emballer les rares légumes ou servir de paillasson que pour s’intoxiquer l’esprit en les lisant. Elles savaient aussi que l’heure du journal télévisé était un moment propice pour emmener son chien dehors renifler les odeurs d’urine de leurs congénères. Le système français ne tue pas brutalement, mais il ne présente pas l’infime avantage que pouvait avoir le système soviétique. Les gens ne savent pas qu’on leur ment. Lorsqu’ils lisent les journaux, ils pensent s’informer. Lorsqu’ils regardent le journal télévisé, ils pensent qu’on leur dit un tant soit peu la vérité.

 

Il reste à des gens comme moi et les auteurs oeuvrant pour ce blog à tenter de faire scrupuleusement leur travail en sachant qu’ils sont en position de dissidents et qu’ils réalisent, sur un mode électronique, ce qu’on appelait en russe sous Brejnev des samizdat. Il reste à espérer que le travail ainsi fait est utile. Je reviendrai, dans les jours qui viennent, sur ce qui se passe vraiment aux Etats-Unis, sur les conséquences planétaires de la politique de Barack Obama, sur la réalité de ce qui se trame contre Israël et à quoi, hélas, tant de politiciens et de personnages médiatiques européens participent.

 

J’aimerais, certains jours, traiter moins de Barack Obama : les inexactitudes délibérées énoncées en ce pays concernant l’action du chef d’Etat de la première puissance du monde sont trop graves pour ne pas être soulignées. J’aimerais parfois aussi traiter moins d’Israël : je ne peux pas ne pas voir qu’il se met en place en France et en d’autres endroits du monde une diabolisation d’Israël qui sent extrêmement mauvais, qui est une entreprise totalitaire et raciste, et qui me semble annoncer des lendemains sombres qui concernent bien davantage qu’Israël : la liberté elle-même, la dignité de l’être humaine, l’idée même de droits de l’homme que, sur un mode digne de l’univers décrit par George Orwell, on brandit de nos jours de plus en plus souvent pour mieux la travestir et la trahir. Qu’on compte sur moi pour souligner ce qui doit l’être, et pour ne transiger ni sur la liberté ni sur la dignité de l’être humain, ni sur les droits de l’homme ni sur la dénonciation de ceux qui les brandissent et, en fait, font tout leur possible pour les travestir, les trahir, et en fin de compte, les anéantir.

 

Guy Millière

 

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