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Publié par Guy Millière le 26 juillet 2010

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De tout côté, je lis des analyses parlant de frappes israéliennes imminentes contre l’Iran. Je ne pense pas que ces frappes vont avoir lieu dans l’immédiat, et je vois à cela plusieurs raisons.

 

La première est qu’une « fenêtre de tir » est passée : voici deux ans, quand George Bush n’avait pas quitté la Maison Blanche, des frappes ont, à ma connaissance, été envisagées. Le gouvernement Olmert a soupesé les avantages et les coûts et a considéré que les coûts, malgré un Président des Etats Unis très favorable à Israël encore en place, risquaient d’être supérieurs aux avantages. Je ne dispose pas de tous les éléments dont un gouvernement peut disposer avant de prendre ses décisions, j’ai souvent eu de vives réserves sur la gestion d’Ehoud Olmert, mais je peux comprendre qu’il se serait agi d’une opération à haut risque dont la pleine efficacité n’aurait pas été assurée.  A l’époque, quand bien même les installations nucléaires iraniennes étaient déjà disséminées et souterraines en bonne partie, elles l’étaient moins qu’elles le sont aujourd’hui. Les paramètres présents sont différents, la « fenêtre de tir » n’est, pour l’heure, plus là et le gouvernement israélien le sait.  


La seconde raison est qu’il faut, dès lors, attendre qu’une autre fenêtre de tir s’ouvre. Frapper désormais impliquerait non seulement de frapper des installations plus disséminées et plus souterraines, mais de le faire dans un contexte où les ennemis disséminés autour d’Israël se sont renforcés militairement, tandis que l’Iran lui-même se dotait de moyens de frapper Israël avec des missiles conventionnels.


Le contexte est aussi porteur de deux autres paramètres : d’une part, un isolement diplomatique d’Israël plus grand et l’idée que les sanctions prises contre le régime de Téhéran peuvent être efficaces, d’autre part, une attitude de l’administration Obama qui a été marquée essentiellement, depuis le départ, par une hostilité envers Israël, quand bien même Obama a récemment présenté, pour des raisons strictement électoralistes, un autre visage.  


Avant d’envisager quoi que ce soit, Israël doit se donner des moyens de défense et de prévention : le bouclier anti-missile israélien devrait être opérationnel en novembre, et constitue, en ce sens, un moyen primordial qui amoindrira les capacités de nuisance du Hezbollah et du Hamas, ainsi que celles de l’Iran directement. Israël doit aussi se donner les moyens optimaux pour une pleine action de frappe, et des décisions restent à prendre en matière d’équipements et d’achats d’avions : elles sont en train d’être prises. Des entraînements en cours doivent se trouver poursuivis. Le droit à l’erreur est inexistant. Les conditions d’une efficacité optimale doivent, le cas échéant, être réunies. D’autant plus que l’Iran s’attend à être frappé, et que ses dirigeants le souhaitent presque. 


Avant d’envisager quoi que ce soit, en outre, Israël doit atténuer, autant que faire se peut, les effets de l’isolement diplomatique actuel : ce qui implique de laisser aux sanctions le temps qu’il s’avère davantage encore qu’elles sont insuffisantes ou, ce à quoi je ne crois guère, le temps de prouver qu’elles ont un effet. Plus il sera possible que des pays occidentaux, les pays d’Europe en particulier, soient un minimum contraints de reconnaître que les sanctions sont inopérantes, plus Israël aura des arguments en sa faveur ou, pour le moins, des arguments qu’il sera difficile de tourner entièrement en sa défaveur. Tout indique, quoi qu’il se dise par ailleurs, au vu des données disponibles aujourd’hui, qu’il faudra encore de deux à trois ans avant que l’Iran dispose effectivement d’une arme nucléaire, ce qui diminue la dimension d’urgence absolue d’une action.


Les services israéliens savent, par ailleurs, que le mécontentement monte au sein de la population iranienne, que le bazar de Téhéran est en grève (ce dont les médias européens ne parlent pas du tout), et  que, sans qu’elle soit de l’ordre du probable, une révolution intérieure renversant Ahmadinejad n’est pas inenvisageable. Je pense qu’Israël ne frappera, si Israël doit frapper, que lorsque toutes les autres options auront été écartées, strictement toutes, et que ce n’est pas encore le cas aujourd’hui.  


Enfin, comme je l’ai noté plusieurs fois, Israël doit tenir compte de l’administration Obama, et c’est là l’essentiel. Celle-ci est la plus hostile à Israël de toute l’histoire des Etats-Unis. Mais elle n’a pas réussi, quelles que soient ses manœuvres ou celle de ses agents, tels J Street, à faire basculer l’opinion américaine dans l’anti-israélisme. Elle doit maintenant compter avec les élections de mi-mandat, qui s’annoncent désastreuses pour les démocrates. Obama pourrait utiliser des frappes israéliennes survenant avant les élections pour s’en prendre à nouveau à Israël : après le 2 novembre, le contexte américain sera sans doute différent, plus favorable à Israël. Dès lors qu’elle est possible, l’attente ne peut aussi, sur ce plan, qu’être judicieuse et pertinente.


Certains, aux Etats-Unis, murmurent même qu’Obama pourrait lui-même, dans une manoeuvre de dernière minute destinée à retourner une situation intérieure qui tourne en sa défaveur, choisir d’agir lui-même d’agir et décider que l’armée américaine mène elle-même des frappes. C’est une hypothèse qui me semble extrêmement improbable. Mais avec un homme tel qu’Obama, je n’exclus rien, même l’improbable. Un homme sans scrupule qui vient de sacrifier les côtes du golfe du Mexique pour espérer faire passer une loi de contrôle strict en matière d’environnement pourrait prendre une décision imprévisible n’importe où s’il pense que cela le servira électoralement.   


On pourrait ajouter la situation intérieure israélienne. Binyamin Netanyahu ne peut agir, de fait, sans l’accord du ministre de la défense Ehud Barak, du président Shimon Peres, du chef des armées Gabi Ashkenazi, du chef du Mossad Meir Dagan. Cela a été noté par de nombreux commentateurs, dont Bret Stephens du Wall Street Journal. Gabi Ashkenazi et Meir Dagan seront remplacés dans quelques mois, et cela pourrait changer la donne.  


Si toutes les autres options sont épuisées, et je crains qu’elles le soient assez bientôt, si une révolution intérieure ne survient pas en Iran et n’est pas aidée par des occidentaux comprenant que ce pourrait être la moins mauvaise solution, une frappe israélienne pourrait s’avérer inéluctable et nécessaire.  


A l’heure actuelle, la « fenêtre de tir » n’existe pas, non. Mais elle pourrait bien exister dans un futur proche.  


Le rôle des amis d’Israël, en attendant, est d’expliquer, et surtout de rappeler, ce qui n’est pas fait suffisamment : que le problème immense que constitue la quête de l’arme nucléaire par l’Iran est un problème qui concerne tous les hommes libres de la planète, pas seulement les Israéliens, et que les premières victimes du régime iranien, aujourd’hui, maintenant, ce sont les Iraniens eux-mêmes. Les victimes, ce sont aussi, bien sûr, les Irakiens soumis à des attentats financés par l’Iran, les Libanais soumis au Hezbollah, les gens de Gaza, otages au cerveau lavé par le Hamas qui gardent eux-mêmes le seul soldat israélien présent à Gaza, Guilad Shalit. Cela pourrait être très vite les Israéliens, et Israël ne laissera pas faire.


S’il y avait moins de lâcheté à l’échelle internationale, le régime iranien appartiendrait déjà au passé, et Israël ne se trouverait pas confronté à une décision très difficile à prendre. Israël, pour le moins, serait davantage soutenu que ce n’est le cas aujourd’hui où certains poussent hypocritement Israël à agir tout en s’apprêtant à fustiger Israël dès que, le cas échéant, Israël agirait.


Guy Millière 


PS. Cela n’a rien à voir, bien sûr, mais l’Union Européenne, la Turquie, et la Syrie demandent simultanément la liberté pour le Hamas de se réarmer à sa guise : pardon, je voulais dire, la levée du « blocus de Gaza ». Un scoop : l’Iran est lui aussi pour la levée du « blocus de Gaza ». S’aimer, comme disait l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction. L’UE regarde-t-elle dans la même direction que Bachar al Assad, Recep Tayyip Erdogan et Mahmoud Ahmadinejad ? Il y a, en tout cas, d’étranges coïncidences. La suite bientôt…

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