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Publié par Dreuz Info le 29 juillet 2010

 


Propagande Nazie dans le Monde Arabepar Jeffrey Herf
Yale University Press, 2009, 352 pages


Critique par Daniel Pipes
Commentary
avril 2010

Version originale anglaise: Nazi Propaganda for the Arab World
Adaptation française: Allancourt

 

 

 

Pendant longtemps, l’impact du National-Socialisme au Moyen-Orient a paru bref et superficiel. A l’inverse du Communisme, dont les partis locaux, ainsi que l’influence extérieure transmise par l’intermédiaire du bloc soviétique, avaient duré des décennies, la période nazie s’étendit seulement sur près de six ans, de 1939 à 1945, avec une présence locale limitée, si l’on excepte les armées de Rommel en Afrique du Nord et un éphémère régime pro-nazi en Irak.

 

 

 

Mais deux livres importants, et d’une grande puissance, viennent remettre les pendules à l’heure. Djihad und Judenhaas (2002), de Matthias Küntzel, traduit en anglais en 2007 sous le titre Jihad and Jew-Hatred : Islamism, Nazism and the Roots of 9/11, montre l’influence permanente des idées nazies sur les islamistes. Nazi Propaganda for the Arab World, de Jeffrey Herf, se concentre un peu plus tôt, sur la période des années 30 et 40, et sur les grands efforts déployés par Hitler et ses sbires pour diffuser leurs idées au Moyen-Orient. Après avoir lu Küntzel et Herf, j’ai réalisé qu’à mes connaissances sur le Moyen-Orient moderne, il manquait quelque chose d’essentiel : l’ingrédient nazi.

 

 

 

En tant que spécialiste d’histoire allemande moderne à l’Université du Maryland, Herf met en lumière un ensemble d’informations nouvelles, à savoir les transcriptions d’émissions radios sur ondes courtes émises par les nazis en langue arabe, et scrupuleusement notées pendant trois ans par l’ambassade américaine au Caire. Ces documents révèlent pleinement, et pour la première fois, ce que Berlin disait quand il s’adressait aux Arabes (et, dans une moindre mesure, aux Iraniens). Page après page, ce livre montre en détail, et jusqu’au vertige, à quel point les Allemands poursuivaient deux buts avant tout : l’arrêt du Sionisme et la promotion de l’islamisme. Chacun d’entre eux mérite un examen attentif.

 

 

 

La propagande nazie en arabe dépeignait la Seconde Guerre Mondiale, la guerre la plus importante et la plus destructrice de l’histoire, comme étant avant tout concentrée sur cette bande de terre située entre Mer Méditerranée et Jourdain. Cette interprétation flattait l’orgueil arabe et servait la théorie hitlérienne selon laquelle les Juifs voulait contrôler les pays arabes et, en fin de compte, le monde entier. Dans cette optique, les puissances alliées n’étaient que les pions de la conspiration sioniste, et l’Allemagne s’érigeait en chef de la résistance contre cette dernière.

 

 

Selon ces émissions, la Palestine était la clef. Si les Sionistes l’emportaient, ils « contrôleraient les trois continents : l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Ainsi ils seraient en mesure de gouverner le monde entier, et de répandre le capitalisme juif. » Une telle éventualité aurait pour conséquence d’opprimer les Arabes et de faire disparaître l’Islam. « Si le Bolchevisme et la Démocratie l’emportent », annonçait la radio nazie, « les Arabes seront dominés à jamais, et l’Islam sera anéanti sans laisser de traces. » Pour éviter ce sort, les Arabes devaient rejoindre l’Axe.

 

 

Au cours de la guerre, les admonestations de Berlin devinrent encore plus furieuses. « Vous devez tuer les Juifs avant qu’ils n’ouvrent le feu sur vous », disait une émission de juillet 1942. Herf note avec une ironie amère : « A ce moment où les Juifs étaient totalement démunis, les émissions en arabe venant de Berlin adaptaient avec talent la ligne générale de propagande nazie concernant la domination juive de la coalition anti-hitlérienne à une vision arabo-islamique radicale. »

 

 

Au même moment, le régime nazi mettait au point une approche du monde musulman qui omettait pour la plus grande part les références aux Protocoles de Sages de Sion, à Mein Kampf ou à d’autres sources européennes, pour leur substituer de préférence des passages choisis du Coran.

 

 

Les propagandistes de Hitler assuraient tout d’abord aux musulmans que les pays de l’Axe « respectaient le Coran, sanctifiaient les mosquées et glorifiaient le prophète de l’Islam ». Ils citaient les travaux fort respectueux d’orientalistes allemands, les présentant comme d’importants signes de bonne volonté. Mais il y avait aussi ce que Heinrich Himmler appelait les « buts et idéaux partagés » de l’Islam et du National-Socialisme, qui incluaient le monothéisme, la piété, l’obéissance, la discipline, le sacrifice de soi, le courage, l’honneur, la générosité, la communauté, l’unité, l’anti-capitalisme ainsi qu’une célébration du travail et de la guerre.

 

 

De surcroît, on disait aux musulmans que les Nazis et eux-mêmes oeuvraient ensemble dans un « grand combat pour la liberté » contre les Britanniques, la plus importante puissance coloniale au Moyen-Orient. Le régime dressait un parallèle entre Mahomet et Hitler, présentant l’Oumma comme une analogie approximative de sa propre notion de Volksgemeinschaft (communauté de peuples) totalitaire.

 

 

Les Nazis présentaient l’Islam comme un allié, et, logiquement, appelaient à sa essor, tout en pressant les musulmans à agir pieusement et à imiter Mahomet. Les émissions arabes de Radio Berlin iront jusqu’à déclarer : « Allahou akbar ! Gloire aux Arabes, gloire à l’Islam ! » Les Allemands jugeaient que les musulmans qui n’étaient pas assez vertueux (c’est-à-dire ne suivant pas le modèle idéologique nazi) représentaient un poids pour l’Oumma : « Musulmans, vous êtes maintenant en retard parce que vous n’avez pas montré assez de piété envers Dieu, et que vous ne le craignez pas. » Non seulement en retard, mais également « envahis par des tyrans sans pitié. » En ce qui concerne spécifiquement les Chiites, les Nazis sous-entendaient qu’Hitler était le Douzième Imam tant attendu, cette figure eschatologique musulmane de Jésus, qui combattrait l’antéchrist (c’est-à-dire les Juifs) et amènerait la fin du monde.

 

 

Les Nazis relevaient le parallèle existant entre des citations du Coran (Sourate 5:82 : « Vous ne rencontrerez pas de plus grand ennemi des croyants que les Juifs ») et les paroles de Hitler (« En résistant aux Juifs partout, je combats pour l’oeuvre du Seigneur »), transformant le Coran en un pamphlet anti-sémite dont le but premier était d’appeler à une haine éternelle des Juifs. Ils affirmèrent même faussement que Mahomet avait ordonné aux musulmans de combattre les Juifs « jusqu’à leur extinction ».

 

 

Dans la doctrine nazie, l’inimitié entre Juifs et musulmans datait du VIIème s. « Depuis les jours de Mahomet, les Juifs sont hostiles à l’Islam », rapportait-on pendant une émission. « Chaque musulman sait que l’animosité juive contre les Arabes date de l’aube de l’islam », déclarait-on dans une autre. « L’hostilité a toujours existé entre Arabes et Juifs, et ce depuis l’Antiquité », insistait-on une autre fois. Les Nazis utilisèrent ces fondements pour établir la base de la Solution Finale au Moyen-Orient, donnant aux Arabes l’instruction de « faire tout ce qui est possible pour que pas un seul Juif ne demeure en terre arabe. »

 

 

Herf met l’accent sur la remarquable symbiose entre les éléments allemands et moyen-orientaux : « Leurs passions et intérêts partagés eurent pour résultat de produire des textes et émissions que chaque groupe, seul de son côté, n’aurait pu faire. » Plus spécifiquement, les Arabes apprirent « les points les plus subtils de la pensée conspirationniste antisémite », alors que les Nazis découvraient la valeur fondamentale de la Palestine. Herf décrit le rapprochement de thèmes nazis et islamiques comme étant « l’un des échanges culturels les plus importants du XXème s. »

 

 

Après avoir détaillé la propagande nazie en langue arabe, l’auteur évalue son impact. Il commence par noter la grande énergie consacrée à ces messages -mais aussi la qualité du personnel qui s’en occupait, leurs hautes connections dans les sphères nazies, les milliers d’heures de transmissions radio, et les millions de tracts imprimés.

 

 

Il évalue ensuite les éléments montrant l’impact de l’Axe, lesquels indiquent le succès de ce dernier. Des estimations alliées en 1942 font état de ce que « les gens baignent littéralement dans la propagande de l’Axe », ou bien de ce que « plus des trois-quarts du monde musulman sont en faveur de l’Allemagne », avec « 90% des Egyptiens, y compris leur gouvernement, qui pensent que les Juifs sont responsables des pénuries et de la hausse des prix des biens de consommations courante. » Un rapport de 1944 révélait que « pratiquement tous les Arabes qui possèdent une radio (…) écoutent Berlin. »

 

 

Les réticences alliées à contredire la propagande nazie indique aussi le succès de l’Axe. De peur de s’aliéner les populations moyen-orientales, les Alliés, non sans humiliation, demeurèrent silencieux sur le génocide opéré contre les Juifs. Ils renoncèrent à réfuter les allégations selon lesquelles Londres, Washington et Moscou étaient dominés par les Juifs, pas plus qu’ils ne cherchèrent à dénoncer les interprétations coraniques erronées. De même, quand il s’agissait de soutenir le Sionisme, ils restaient sur une prudente réserve. Une directive américaine de la fin de 1942 reconnaissait que « le sujet des aspirations sionistes ne peut être mentionné, dans la mesure où (cela) mettrait en danger notre stratégie en Méditerranée Orientale. »

 

 

Ainsi, quand deux sénateurs américains en vue, Robert Taft, de l’Ohio, et Robert Wagner, de New York, proposèrent en 1944 une résolution visant à soutenir un foyer national juif en Palestine, Berlin, par sa radio arabe, traita cette initiative de tentative « pour éradiquer la civilisation islamique », et « pour anéantir le Coran. » Pris de panique, l’exécutif appuya de tout son poids sur les sénateurs, jusqu’à ce que ces derniers acceptent de retirer leur résolution. De manière évidente, les offres nazies avaient au Moyen-Orient des résonances profondes.

 

 

Et elles continuèrent à bien se porter après l’effondrement du nazisme et la fin de la guerre. L’échec de la poussée agressive du général nazi Erwin Rommel en Afrique du Nord signifiait que les ambitions nazies au Moyen-Orient, et en particulier la Solution Finale visant à anéantir les millions de Juifs qui y vivaient, ne seraient jamais mises en oeuvre. Mais les années de haine, à la radio et sur les tracts, ainsi que la répétition du grotesque et ambitieux message antisémite et pro-Islam détaillé par Herf, tout cela avait pris racine. Non seulement les nazis moyen-orientaux s’avérèrent presque invulnérable à l’épuration, mais ils purent prospérer, et furent même célébrés. Un exemple : en 1946, Hasan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans, ne tarissait pas d’éloges sur l’un des Arabes favoris de Hitler, Haj Amin el-Husseini, le traitant de « héros (…) et d’homme du miracle. » Pour faire bonne mesure, Banna ajoutait : « L’Allemagne et Hitler sont morts, mais Amin el-Husseini continuera la lutte. » Reconnaissant son statut élevé, un officier britannique décrivait ce dernier en 1948 comme « le grand héros du monde arabe. »

 

 

Les idées répandues par les Nazis au Moyen-Orient ont connu un héritage double, et à long terme. D’abord, comme en Europe, ils utilisèrent des préjugés anti-Juifs déjà existants pour bâtir un édifice bien plus paranoïaque, agressif et meurtrier. Un rapport du renseignement américain de 1944 estimait que les matériaux antisémites constituait la moitié, pas moins, de toute la propagande allemande dirigée vers le Moyen-Orient. Les Nazis envisageaient virtuellement tous les développements dans cette région à travers le prisme juif, et y exportèrent leur obsession.

 

 

Les fruits de cet effort, on peut les voir, pas seulement dans les décennies d’anti-Sionisme musulman acharné, incarné par un Arafat ou un Ahmadinejad, mais également dans la persécution des anciennes communautés juives dans des pays tels que l’Egypte et l’Irak, qui sont maintenant réduites à une quasi-extinction, ou bien dans l’emploi de Nazis tels que Johannes van Leers ou Aloïs Brunner à des postes gouvernementaux élevés. C’est ainsi que l’héritage nazi a pu opprimer la nation juive dans le Moyen-Orient d’après 1945.

 

 

Deuxièmement, l’islamisme a revêtu une qualité nazie. Comme il m’est arrivé par le passé de critiquer l’emploi du terme Islamofascisme en arguant que cela provoquait la confusion de deux phénomènes distincts, je dois préciser que les preuves apportées par Herf me conduisent maintenant à reconnaître de profondes influences fascistes sur l’islamisme. Cela inclut la haine islamiste pour la démocratie et le libéralisme, ainsi que son mépris pour le multipartisme, sa préférence de l’unité contre la division, son culte de la jeunesse et son militarisme, son moralisme autoritaire, sa répression culturelle, et son économie dirigiste.

 

 

En-dehors de ces spécificités, cette influence s’étend à ce que Herf nomme « une capacité à introduire un message radical susceptible d’entrer en résonance avec des sentiments déjà existants, tout en les approfondissant et les radicalisant. » Bien qu’il soit un spécialiste universitaire de l’Europe, Herf, par son travail d’enquête au sein des archives américaines, a ouvert une nouvelle fenêtre sur le conflit israélo-arabe et l’islamisme, et posé plus généralement une borne sur le chemin menant à la compréhension du Moyen-Orient contemporain.

 

Daniel Pipes

publié avec son aimable autorisation.

L’article original peut etre consulte sur le site de Daniel Pipes  : http://fr.danielpipes.org/8694/propagande-nazie-dans-le-monde-arabe

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