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Publié par Dreuz Info le 8 août 2010


Gülen avec Jean-Paul II

 

Un imam charismatique va peut-être sauver l’amitié israélo-turque.

Par Michel Gurfinkiel

 

 

 

« Les ennemis de mes ennemis sont mes amis » : le vieil adage se vérifie sous nos yeux, au sein du triangle Israël-Grèce-Turquie.

 

 

La Grèce et la Turquie sont des ennemis héréditaires. Les Grecs ont longtemps constitué un groupe ethnoreligieux privilégié au sien de l’Empire ottoman. Jusqu’à ce qu’un Etat grec indépendant se constitue avec l’aide des puissances européennes, dans les années 1820. Au fur et à mesure qu’il s’étendait, en Thessalie, en Crète, en Macédoine, en Thrace, dans la mer Egée, il expulsait les populations turques locales. En 1923, les Turcs commencent à rendre la pareille : ayant repoussé une offensive grecque en Anatolie, ils expulsent 1,5 millions de Grecs d’Ionie. En 1955, une vague de pogroms contraint à l’exil les 300 000 Grecs qui vivaient encore à Istanbul, l’ancienne Constantinople. Les Grecs tentent de riposter en s’emparant de Chypre, île indépendante binationale,  en 1974. C’est un échec : les Turcs, mieux organisés, occupent le tiers nord de l’île et en bannissent 250 000 habitants hellénophones. Athènes et Ankara ont beau appartenir, l’un et l’autre, à l’Otan et à l’espace européen, rien n’y fait : les deux pays se haïssent et continuent à se préparer à une bataille ultime et décisive.

 

 

A priori, Israël ne pouvait que rester neutre dans une telle querelle. Le destin en a décidé autrement : ses relations, pendant une soixantaine d’années, ont été meilleures avec la Turquie, pays musulman aux élites européanisées et laïcisées, qu’avec la Grèce, pays européen chrétien aux tropismes moyen-orientaux.  D’abord distants mais polis, les contacts israélo-turcs se sont transformés, à partir des années 1980, en une véritable complémentarité, tant économique ou technologique que militaire, sous le parrainage des Etats-Unis. La Grèce, en revanche, a presque toujours fait preuve d’hostilité. Au début des années 1950, sous un gouvernement conservateur, elle arguait de ses intérêts nationaux : d’importantes communautés helléniques vivaient dans le monde arabe. Par la suite, entre 1967 et 1974, la dictature fascisante des colonels avait pris les régimes « nationalistes progressistes » arabes – Egypte, Algérie, Libye, Syrie, Irak – pour modèle et référence, bien que ceux-ci aient entretemps expulsé les Grecs locaux. Quant à la gauche socialiste et communiste, dirigée par la dynastie Papandreou mais dont le compositeur Mikis Theodorakis était le porte-parole le plus authentique, elle est passée au fil des ans d’un « anti-impérialisme » classique à une sorte de paranoïa anti-occidentale, tiers-mondiste et antisémite.

 

 

Mais en 2002, un parti islamiste, l’AKP de Recep Tayip Erdogan, arrive au pouvoir en Turquie, et commence à se rapprocher des autres pays musulmans, y compris l’Iran et la Syrie. Après une seconde victoire électorale, en 2007, il remet en question l’alliance israélienne : un revirement qui atteint apparemment son point de non retour début juin, après l’interception d’une flottille turque soit disant « humanitaire »  par la marine israélienne, au large de Gaza. Du jour au lendemain, Ankara et Jérusalem gèlent la plupart de leurs accords. Les Turcs vont jusqu’à interdire leur espace aérien à la plupart des avions israéliens.

 

 

Au fur et à mesure que les relations israélo-turques se détériorent, les relations israélo-helléniques s’améliorent. Prévue depuis plusieurs mois, la visite du premier ministre grec Georgios Papandréou – le troisième chef de gouvernement de la dynastie – semble sceller aujourd’hui une sorte d’alliance à revers contre Ankara. La Grèce, qui traverse une crise financière et économique sans précédent, serait heureuse de renforcer sa coopération avec un Israël qui vient d’adhérer à l’OCDE. Ou de moderniser son armée avec l’aide de Tsahal. En échange, elle pourrait ouvrir sans délai son espace aérien et maritime à des forces israéliennes déjà présentes dans les Balkans et l’ex-URSS. 

 

 

Mais les Israéliens n’ont pas totalement renoncé à leurs liens avec la Turquie. Pour trois raisons. D’abord, l’armée turque reste attachée à l’alliance avec Tsahal ; elle garde un poids considérable dans le pays, même si l’AKP tente, depuis plusieurs années, de « purger »l’état-major et le corps des officiers. Ensuite, rien ne prouve que l’AKP restera indéfiniment au pouvoir : depuis près d’un an, les sondages montrent une montée du parti républicain du peuple, la principale formation de l’opposition laïque. Enfin, chose peu connue mais à tout prendre bien plus significative, le leader religieux le plus influent de Turquie, Fethullah Gülen, a pris position contre la politique anti-israélienne d’Erdogan.

 

 

Agé aujourd’hui de soixante-neuf ans, ordonné imam à dix-sept ans seulement, Gülen dirige depuis près de quarante ans un immense mouvement éducatif et médiatique d’inspiration soufie, qui s’applique à réconcilier l’islam et le monde moderne. Ses lycées, ses universités, ses fondations, ses journaux, ses chaines de télévision, ont peu à peu quadrillé la société turque, y compris les communautés émigrées installées en Europe et en Amérique. D’aucuns l’ont accusé de préparer, à terme, une révolution islamique. Il prétend, quant à lui,  se tenir à l’écart de toute politique. Son mouvement a fourni à l’AKP nombre de ses cadres, mais sans fusionner avec lui pour autant.

 

 

Au lendemain de l’arraisonnement du Mavi Marmara, alors que l’anti-israélisme fait rage en Turquie, Gülen fait une déclaration stupéfiante : il condamne formellement l’envoi de la flottille. « Il fallait demander la permission aux Israéliens », explique-t-il. Ces propos vont tellement à contre-courant que les médias islamistes turcs, y compris ceux qui se réclament de lui, comme le quotidien Zaman, cherchent à les passer sous silence ou à les minimiser. Mais le message circule quand même. Pour l’AKP, cela pourrait être un arrêt de mort : Gülen semble encourager les musulmans modérés à quitter le parti. Pour les Turcs favorables au maintien de bonnes relations avec Israël, c’est au contraire un certificat de légitimité.

 

 

Pourquoi Gülen a-t-il pris une telle position ? Peut-être pour préserver sa tranquillité dans le pays où il vit actuellement, les Etats-Unis. Il s’y est installé en 1999, afin d’échapper en Turquie à des poursuites pour « sédition », qui ont abouti à une condamnation par contumace en 2000. Il y est resté après les victoires électorales de l’AKP, bien que sa condamnation ait été annulée par un autre tribunal en 2006. Reclus dans une propriété du New Jersey, il bénéficie d’un statut de « résident privilégié »  qui lui a été accordé en raison de son œuvre éducative. Mais ce dernier a été remis en question à plusieurs reprises, dans le climat de vigilance anti-islamiste qui prévaut depuis les attentats du 11 septembre 2001.

 

 

Il semble cependant que les véritables motivations de Gülen soient d’un autre ordre. Il n’a jamais caché, dans le passé, son hostilité envers les régimes totalitaires islamiques, qu’il s’agisse de l’Arabie Saoudite sunnite ou de l’Iran chiite, et son rejet absolu du terrorisme, qu’il a qualifié en 2004 de « crime analogue à l’athéisme… conduisant à l’enfer ». Il ne peut donc que désapprouver l’alignement du gouvernement Erdogan sur l’Iran de Mahmoud Ahmadinejad et ses satellites, Hezbollah libanais et Hamas palestinien.

 

 

Plus profondément, Gülen a fondé son enseignement sur la notion soufie de « travail pour le bien commun de l’humanité » (hizmet), diamétralement opposée à celle d’une « guerre sainte » (jihad). Selon lui, l’islam authentique doit dialoguer avec les autres religions et civilisations, et coopérer avec elles en vue d’assurer la liberté, le progrès matériel et justice sociale. Ces convictions l’ont amené à engager des dialogues avec toutes les formes d’islam non-sunnite, y compris l’alévisme turc, considéré comme « hérétique » par les sunnites militants, mais aussi avec le christianisme et le judaïsme. Il a rencontré le pape Jean-Paul II, le patriatrche grec-orthodoxe Bartholomeos et le grand-rabbin séfarade d’Israël, Eliahu Bakshi-Doron. Gülen considère Israël comme un Etat légitime – ou aussi légitime que tous les autres Etats modernes – et a encouragé, depuis une vingtaine d’années, ses disciples à s’y rendre ou à y poursuivre ses études.

 


© Michel Gurfinkiel, 2010, publié avec son aimable autorisation.

 

 

L’article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel 

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