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Publié par Rachel Franco le 6 octobre 2010

 

 

Je ne sais si je vais réussir dans ce nouveau projet que je souhaite vous proposer, ni si le temps qui me reste me permettra de m'y astreindre chaque semaine, mais je me lance avec vous dans une nouvelle aventure un peu particulière.
 
Elle consiste à relever un passage de la lection (parasha) de la Bible lue dans les synagogues au cours de la même semaine, et il peut s'agir d'une simple phrase ou même d'un mot hébreu, pour interroger l'actualité et mettre ainsi en miroir Bible et actualité.
 
Je n'ai aucune qualité pour enseigner quoi que ce soit, et cette tentative est bien connue des juifs pratiquants qui interrogent le Texte et lisent l'actualité qui est la nôtre par le prisme du Religieux. Mon regard sera donc très modestement celui d'une recherche et d'une interrogation toute personnelle qui est aussi, bien sûr, modelée par les divers enseignements juifs que j'étudie.
 
La semaine dernière, nous avons recommencé la lecture de la Bible par le récit de la Genèse et il y a tant de niveaux de lecture de cette genèse qu'il m'est impossible ici d'en pénétrer les arcanes.
 
Mais le questionnement qui m'interpelle est celui du lieu de notre être profond. Dans ce récit, après qu'Adam et Ève aient mangé du fruit de l'Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, dont la Tradition orale énonce qu'il s'agit de l'arbre de la confusion de ces deux valeurs, la première question posée à Adam par Dieu est « où es tu ? ».
 
Cette question pose à chacun d'entre nous, une interrogation essentielle, celle du sens de notre responsabilité.
 
Adam s'était caché de la voix et de la vue divine, ce que les non-croyants peuvent entendre comme étant la voix de la conscience. Et Adam reconnait sa peur, mais non sa responsabilité puisqu'il rejette celle-ci sur Hava, « la femme mise à ses côtés » par Dieu ; et de la même manière Hava à son tour interrogée par Dieu, répondra que la faute incombe au serpent.
 
Savons-nous entendre la voix intérieure qui consiste à nous sentir responsables de nos actes, de nos manquements, de nos choix, de nos erreurs ?
 
Pourquoi est-il si difficile d'assumer nos responsabilités, de reconnaitre nos erreurs et surtout de garder présent en nous, le choix de la remise en question de notre être ? Il ne s'agit pas ici d'annuler notre identité, de la gommer ou de faire fi de ce que nous sommes, mais de la vivifier du questionnement sur le sens de notre vie.
 
À Caïn, Dieu demandera « où est ton frère ? », non qu'Il ne le sache, bien sûr, mais parce que là encore il s'agit d'éveiller au sens suprême des  responsabilités. Caïn, tout entier dans le refus de l'Autre, répondra sous forme de question : « Suis-je le gardien de mon frère ? » affirmant par là qu'il se désolidarise de toute fraternité et qu'il ne saurait se sentir responsable des sangs de son frère qui crient aux « oreilles » de Dieu depuis la terre de l'homme.
 
Échec de la fraternité et échec du sens de la responsabilité pour autrui qui commencent par la volonté de fuir son être et se cacher, puis par le rejet de nos propres fautes sur autrui, enfin par une parole impossible à échanger et un égoïsme avéré à l'égard du malheur de cet Autre, qui est notre frère en humanité.
 
À mes frères juifs qui cultivent leurs compassions exclusivement pour des frères palestiniens, mais ignorent superbement les malheurs de leurs frères juifs tels que ceux qui ont vécu plus de neuf années sous des pluies d'obus venus de Gaza, je demande « où êtes-vous ? » et si votre choix est Gaza, pourquoi vivez-vous en Israël ?
 
Aux âmes larmoyantes des O.N.G gauchistes et exclusivement pro palestiniennes, nullement gênées par les terroristes du Hamas et l'état de terreur dans lequel vivent les civils palestiniens, je demande « où êtes-vous ? ». Comment pouvez-vous choisir de cibler votre bon cœur contre les méchants soldats israéliens et taire la terreur islamiste ?
 
Aux partis de gauche qui, sans gêne aucune, copinent aujourd'hui avec une idéologie dangereusement totalitaire, et aux partis d'extrême gauche qui se couchent devant l'islamisme nazifiant, je demande « où êtes-vous ? ». Comment pouvez-vous en toute bonne foi argüer des droits de l'homme et des opprimés et refuser de voir et d'entendre toutes ces femmes et tous ces hommes qui vivent sous la terreur des fous d'Allah ?
 
Aux journalistes de l'A.F.P et aux autres qui ont choisi ce métier admirable d'informer, je demande « où êtes-vous ? ». Où est votre conscience professionnelle ? Comment pouvez-vous soumettre vos devoirs à la nécessité de vendre du papier ou bien à une information tronquée et partiale ? Pourquoi vos journaux télévisés taisent-ils le nombre de jours de détention de Guilad Shalit comme s'il perdait sa qualité de résident français par le seul fait qu'il soit israélien ? Cela ne vous pose pas question ? Seriez-vous insensibles à la vie de ce garçon tenu en otage depuis 4 ans, juste parce qu'il est soldat appelé à servir son pays et que ce pays est Israël ?
 
À monsieur Sarkozy, qui s'affichait ami d'Israël, et qui, lui aussi comme tant d'autres, choisit le camp de la facilité et de la peur, je demande « où êtes-vous ? ».
 
Et moi, où suis-je, qui semble venir ici donner des leçons à tout un chacun ? Je suis en Israël, un pays où j'ai choisi de vivre pour partager le destin de mes sœurs et frères juifs sur la terre promise à Abraham. Je suis dans ce lieu qui me permet de vivre en harmonie avec mes racines spirituelles, quel que soit le prix à payer.
 
Mais je n'oublie aucun des malheurs de ces femmes qui sont mes sœurs et qui vivent voilées, brulées, pendues ou lapidées par des hommes qui les tiennent en esclavage et se servent de leurs ventres pour faire naitre de nouveaux soldats d'Allah.
 
Je n'oublie aucun des malheurs de ces hommes qui sont mes frères en humanité et qui sont flagellés sur les places publiques parce qu'ils ont joué à des jeux de hasard ou qu'ils ont vendu de la nourriture durant le ramadan, ou qui ont été simplement pris à partie par une foule haineuse, lynchés sans que les forces policières n'interviennent pour les protéger.
 
Non, je n'oublie aucun de ces hommes amputés, décapités ou brulés parce qu'ils se sont convertis au christianisme ou qu'ils priaient dans leurs églises sur terre d'islam.
 
Je n'oublie pas ces jeunes femmes enterrées vivantes par leurs frères et pères ou maris ou assassinées devant leurs mères, pour sauver un honneur familial imaginaire.
 
Je l'ai dit et écrit ; mon amour pour Israël et mon peuple m’ouvrent à l'altérité et à mon sens de la responsabilité pour Autrui, quel que soit le lieu de son existence. Mais cette fraternité que je veux universelle se nourrit de mon identité et des forces que j'emploie à défendre mon pays et mon peuple, car je ne saurai comprendre Autrui si je ne sais qui je suis et où je vis.
 
Rachel Franco

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