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Publié par Guy Millière le 20 octobre 2010

 

Il m’arrive de me souvenir d’une affiche des années 1980. François Mitterrand était dans les premières années de son premier mandat. Je travaillais à l’époque pour les « Etats Généraux de l’opposition ». Les idées de liberté d’entreprendre et de prospérité capitaliste n’étaient pas encore honnies, ou, tout au moins, pas au point où elles le sont aujourd’hui.  

On voyait sur l’affiche, un enfant demander à son père ce que c’était que la dignité de l’être humain, et sembler ne plus être capable de comprendre quoi que ce soit au monde qui l’entourait. La légende disait : « Il n’a connu que le socialisme ». A l’époque, la perspective ainsi esquissée n’était pas encore une réalité, mais simplement un spectre qui planait sur le pays, et qui avait gagné de la consistance un jour de mai 1981. Depuis, le spectre s’est insinué partout dans la société française. Quasiment rien ne lui échappe. Ni le programme de l’UMP, ni celui du Parti socialiste, ni les discours des journalistes à la télévision, ni les livres qui se vendent dans les librairies. Le lamentable scénario qui se déroule sous les yeux de la planète entière a des allures de déjà vu, et ressemble à la millième représentation d’une pièce de théâtre de boulevard un peu triste, que tout le monde devrait connaître par cœur. Et néanmoins, les acteurs jouent leur rôle comme si c’était la première. Les spectateurs d’autres contrées observent avec un sourire navré, mais les spectateurs de France, eux, disent les sondages, ne paraissent pas vraiment se lasser.  

Cela a commencé, donc, avec un projet de réforme des retraites qu’un travailliste anglais trouverait myope et pusillanime, mais qui, vu de Paris, semble d’une extrême audace. Cela a continué avec un concours de crétinisme, où il est difficile de savoir qui, de Ségolène Royal, de Martine Aubry, de Bernard Thibault ou de François Chérèque mériterait le bonnet d’âne. Je les encouragerais bien à s’entraîner à braire si ce n’était d’ores et déjà ce qu’ils font. J’ai eu sous ma fenêtre, voici longtemps, un âne, un vrai, pendant toute une nuit, alors que j’essayais de dormir dans une chambre d’hôte sur une île grecque. Je dois dire que je préférais les braiements de cet âne. Ils avaient au moins l’accent de la sincérité, et, en y réfléchissant, je me dis qu’ils avaient l’avantage d’être porteurs d’une nuance d’intelligence.  

Le concours de crétinisme a, bien sûr, trouvé toutes les caméras de France pour se trouver retransmis. Les braiements ont été pris pour paroles d’évangile chez nombre de journalistes qui, eux, se sont entraînés à braire à leur façon, dans des écoles spécialisées, où on leur a appris ce qu’était la déontologie fondamentale de leur métier : répéter ce qu’on leur dit, et surtout ne pas essayer de penser, car penser fatigue (quelques journalistes français pensent encore, je sais, je les compte sur les doigts d’une seule main).  

Des cortèges ont été organisés dans les rues, avec sifflets, tambours, affiches, banderoles repeintes, mais portant les mêmes slogans qu’il y a trente ans. Des gens ont défilé, semblant s’imaginer qu’en s’époumonant à souffler dans un sifflet à roulette, ou en criant des phrases aussi vides qu’une page blanche dans le cahier d’un cancre, ils allaient changer les données de la démographie, et celles de la finance internationale. Ils ont mangé quelques merguez, et bu quelques bières, avant de reprendre l’autocar en sens inverse, satisfaits de n’avoir rien fait, mais de n’avoir rien fait tous ensemble. Répétez après moi : tous ensemble, tous ensemble, ho, ho, ho.  

Les adultes ne pouvant pas se permettre de perdre trop de journées de travail ont envoyé dans la rue leur progéniture, et des « lycéens » ont pris le relais. Si on leur demandait ce qu’ils voulaient faire plus tard dans la vie, ils répondaient : « gréviste comme papa, et puis, entre deux grèves, chômeurs ». Et quand bien même ils ne répondaient pas exactement par ces mots, on les devinait en filigrane. Les professeurs de marxisme avaient visiblement bien fait leur travail, ou, plus exactement, leur préparation physique et mentale des futurs grévistes et des futurs chômeurs. Les étudiants vont-ils se mettre de la partie ? C’est très envisageable. Je m’attends, en retournant à l’université où j’enseigne, à trouver des amoncellements de tables et de chaise dans les escaliers, des graffitis rouges sur les murs, et des draps tendus. Ceux d’il y a quelques mois auraient pu servir à nouveau, mais ils ont été brûlés dans un feu de joie. Si, quand on est étudiant de nos jours, on n’assiste pas à des scènes d’incendie, c’est qu’on n’est pas étudiant en France.  

Parmi les lycéens, des membres de gangs de banlieue sont venus incendier quelques voitures, casser quelques vitres, se livrer à de menues agressions. Ne leur en voulez pas : c’était écrit à l’avance, le théâtre de boulevard a ses règles.  

Des routiers n’ont pas voulu rester extérieurs, et ont organisé des opérations de ralentissement de la circulation : pourquoi auraient-ils laissé le monopole de l’orchestration d’embouteillages à toutes les mairies qui s’emploient à bétonner les routes, et à y placer des milliers de poteaux métalliques qui font, sans doute, le bonheur de la sidérurgie en Chine, pays où la grève n’existe pas.  

Les raffineries et les dépôts de carburants étant bloqués, tous les utilisateurs d’automobiles se sont précipités vers les pompes. Les cuves de nombreuses stations services sont vides. A Roissy et à Orly, un avion sur deux ne peut plus décoller, faute de kérosène.  

Dans la mesure où les caisses de l’Etat sont vides elles aussi, et même beaucoup plus que vides, puisqu’il faut emprunter des milliards d’euros chaque année, le gouvernement ne peut pas se permettre de céder. Ses membres savent que la « réforme » est myope et pusillanime, et qu’il en faudra une autre dans quelques années, mais ils se taisent. Nicolas Sarkozy, après un parcours de trois ans qui  est censé ressembler à un puzzle, mais sans que le résultat soit là, tant les pièces sont mal assorties et ne s’imbriquent pas, entend se donner l’image de la fermeté, sans dire que les marchés financiers s’attendent déjà au dépôt de bilan, et lui présenteront la facture de la faillite s’il ploie. Les socialistes attendent en embuscade, et espèrent revenir au pouvoir en songeant que, même s’ils doivent régir un pays aussi disloqué que l’Argentine, au temps des plans de sauvetage du FMI, il leur restera les ors des palais ministériels, et de quoi manger de la brioche tandis que dehors, les gueux assez abrutis pour avoir voté pour eux, iront se fournir à la soupe populaire.  

Dans quelques jours, le calme reviendra. Jusqu’à la prochaine grève, ou jusqu’à la prochaine émeute. Le chômage restera élevé. La pauvreté s’accroîtra. Des usines fermeront encore. Des investisseurs hésiteront à investir. Mais nous aurons vécu un bien bel automne. Et pour se vider la tête, une manifestation coûte moins cher qu’une bouteille de gros rouge, bue tristement sur une table de cuisine : encore que, en regardant le bulletin de paie à la fin du mois…

Guy Millière

 

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